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Action catholique : pouponnière de responsables politiques et autres par Cristo (2023-04-15 23:28:41)
Savourez en fins gourmets les diverses références à l'Evangile !
CHRISTIANISME
En perte de vitesse, les mouvements d’action catholique restent un berceau des leaders sociaux
Minoritaires dans l’Église, en perte de vitesse depuis des années, la Jeunesse ouvrière chrétienne (Joc), la Jeunesse étudiante chrétienne (Jec) et le Mouvement rural de jeunesse chrétienne (MRJC) continuent de fournir de grands noms de la lutte sociale. Comme Sophie Binet, élue à la tête de la CGT.
Par Caroline Vinet
Publié le 12/04/2023
SOPHIE BINET - CGTSophie Binet, élue nouvelle secrétaire générale de la CGT. • DENIS MEYER/HANS LUCAS
Elle ne s’en cache pas. Sophie Binet a commencé son engagement militant à 15 ans à la Jeunesse ouvrière chrétienne (Joc)… « sans être chrétienne », précise tout de même la cheffe nouvellement élue de la CGT au micro de France Inter. La religion n’est pas en odeur de sainteté à la CGT. Et pourtant. Combien de syndicalistes, de politiques et d’intellectuels ont été formés par les mouvements d’action catholique avant d’être projetés sur le devant de la scène ?
Jacques Delors, Cécile Duflot, Laurent Berger et Sophie Binet ont fait leurs armes à la Joc. La Jeunesse étudiante chrétienne (Jec) a bercé Jean-Yves Le Drian, Plantu, le sénateur PS Jean-Pierre Sueur ou encore l’historien et sociologue Pierre Rosanvallon. Le Mouvement rural de jeunesse chrétienne (MRJC) a accouché d’un premier ministre : Jean-Marc Ayrault ; d’un député socialiste : Dominique Potier ; d’un président de la FNSEA : Luc Guyau ; d’un porte-parole de la Confédération paysanne : François Dufour ; et plus récemment d’une députée France insoumise : Mathilde Hignet.
À l’image de ce que sont devenus ces mouvements tant dans l’Église que dans la société, l’âge et le nombre de leurs héritiers semblent devoir aller en déclinant. Mais leurs enseignements restent vivaces. La JOC, qui comptait plusieurs dizaines de milliers d’adhérents au sortir de la Seconde Guerre mondiale n’en compte plus que 6 000. Elle reste pourtant à l’avant-poste de la société. Son puissant ancrage territorial et l’attention qu’elle porte aux jeunes font d’elle un éclaireur précieux pour les politiques qui souhaitent sonder les aspirations de la jeunesse.
« La dignité au travail était le premier plaidoyer de Jésus »
Car si ses membres sont moins nombreux, ils restent investis dans leurs missions. Très tôt, les jeunes sont mis en responsabilité et invités à participer à la vie démocratique de l’organisation. « Plus on a de responsabilité, moins notre parole a de valeur. On est au service de ceux qui ont moins de responsabilités que nous », expliquent la présidente et la secrétaire générale de la Joc, Chloé Corvée et Manon Schricke. C’est ce qu’elles appellent un fonctionnement en « pyramide inversée ». « Nos convictions ouvrières et chrétiennes sont très liées », poursuivent les deux jeunes femmes. « Jésus s’est intéressé aux plus petits. La dignité au travail était le premier plaidoyer de Jésus », résument-elles. La parole « d’en bas » est célébrée et respectée. C’est elle qui dicte les actions de la Joc.
Faire évoluer la société « par le bas », telle est justement la conviction portée par Sophie Binet à la tête de la CGT. De même, l’historien spécialiste des mouvements de jeunesse chrétienne et directeur de l’ouvrage Voir, juger, agir : Action catholique, jeunesse et éducation populaire (1945-1979) (Presses universitaires de Rennes, 2022) Bernard Giroux remarque un « grand pragmatisme » dans les méthodes de Laurent Berger, ancien jociste : « Derrière les idéologies, il y a ce désir d’être concret, de rester en prise avec la société. »
Hors les grandes figures syndicales, de nombreux jocistes poursuivent leur engagement aux échelons « d’en bas », syndicaux, associatifs comme politiques dans les mairies ou les collectivités. « On les forme à ce que sont la politique et le droit du travail », font remarquer Chloé Corvée et Manon Schricke. Il n’est donc pas surprenant de retrouver nombre d’entre eux au PC, chez EELV, au PS et dans les syndicats. « Très peu de mouvements de jeunesses sont capables de former et de fidéliser leurs militants », poursuit l’historien. « Même s’ils sont peu nombreux, il n’est pas impossible qu’ils restent influents parce qu’ils n’ont pas de concurrents. »
« Voir, juger, agir »
« Voir, Juger, Agir ». La devise des mouvements d’action catholique tient en trois mots inséparables les uns des autres. Leur mission : l’éducation populaire. Chrétiens, mais non moins ouverts sur la société et les autres confessions. Ils accueillent en leur sein aussi bien des catholiques, des protestants, des athées, des agnostiques, des juifs que des musulmans. « On est apartisan mais on porte un projet politique dans le sens où on forme les jeunes à des enjeux de société pour qu’ils se construisent leur propre avis en pleine conscience », défend Nelly Valence, présidente du MRJC, avant de rappeler les deux piliers de son organisation : l’émancipation des personnes et la transformation sociale. Le MRJC compte aujourd’hui près de 3 000 jeunes actifs en France, répartis sur 25 départements. Ils embrassent les idées de leur temps. Si l’association a longtemps défendu la mécanisation de l’agriculture, elle penche aujourd’hui pour une agriculture paysanne proche des valeurs d’écologie intégrale prônées par l’encyclique Laudato si' du pape François.
« Ils se voient comme le levain dans la pâte : par leurs valeurs, ils transforment le monde pour l’ouvrir au message de Dieu », reprend Bernard Giroux. « C’est un christianisme de discrétion. C’est peut-être ce qui fait que ça a moins marché : il y a moins de transmission d’une génération à l’autre tandis que le christianisme plus tourné vers lui-même a mieux marché. » Nés à la fin des années 1920, ces mouvements ont connu leur âge d’or dans les années 1960 avant de décliner. L’historien avance plusieurs raisons à cela : la sécularisation de la société, une perte des valeurs du collectif à la faveur de la montée de l’individualisme dans les années 1970 et le virage à gauche de ces mouvements… pourtant placés sous mandat de l’Église et donc censés ne pas faire de politique.
Le profil des membres change
Ce virage partisan a été particulièrement défavorable à la Jeunesse étudiante chrétienne (Jec). Après avoir pris position contre la guerre d’Algérie, une partie de ses membres ont été contraints de démissionner en 1965. L’organisation ne s’en est jamais remise. Elle ne compte aujourd’hui qu’environ 400 membres sur toute la France. Mais Claire Barbay l’assure : elle n’a rien perdu de ses valeurs. À 44 ans, cette ancienne jéciste est devenue coordinatrice de l’association. Elle témoigne de l’évolution de ces dernières années : « Beaucoup d’anciens nous disent : ce que j’ai appris à la Jec, je continue de le mettre en place. La démarche, l’écoute et un certain regard sur la société… On encourage les étudiants à se rendre proche des autres. »
L’esprit demeure mais le profil des membres change. Forte d’un réseau international bien établi, la Jec attire aujourd’hui principalement des étudiants étrangers. Les valeurs spirituelles reprennent elles aussi de la vigueur. D’origine Malaisienne, Kiara est étudiante en informatique. Elle a rejoint la Jec il y a 5 ans : « Souvent les gens disent que c’est comme l’aumônerie, les Scouts ou le Frat. Mais notre spécificité c’est qu’on fait aussi des réunions mensuelles, on discute de ce qui se passe autour de nous et on essaie de voir comment agir dessus avec nos valeurs chrétiennes. Pour des chrétiens, c’est important de se dire qu’on a un rôle à jouer pour établir le Royaume de Dieu sur Terre. On ne pense pas au paradis après la mort mais à créer quelque chose de bien là où on est, maintenant. »

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Merci à Cristo d'avoir proposé cet article, mais par Diafoirus (2023-04-16 09:33:57)
[en réponse à 963296]
je voudrais pour ceux qui ne sont pas au courant de l'histoire des laïcs catholiques en France proposer ce passage d'un éditorial de Jacques Tremolet dans Permanences :
Voici:
"Le problème des rapports dans l'action sociale, politique et culturelle des croyants et des non croyants est un des plus délicats qui se soient posé aux catholiques depuis la fin de « l’État Très Chrétien ».
En théorie, la position est simple : le catholique est, comme tout citoyen, fils de sa patrie. Il lui doit le service prévu par le IVè Commandement: « Tu aimeras ton père et ta mère ». La charité politique est définie comme la plus haute forme de charité après la charité religieuse. Donner l'ordre, la sécurité, la liberté et la paix, construire des espaces de sociabilité, est considéré comme le plus haut service après l'évangélisation.
Pour le réaliser, le chrétien non seulement peut, mais doit se concilier l'appui de tous les hommes honnêtes. Même s'il y a avec ces hommes honnêtes, de graves divergences en matière religieuse et morale, l'accord ponctuel est possible sur les domaines de la pratique politique. Ces principes simples, définis à la fin du siècle dernier par Léon XIII ont été, chez nous, mis à rude épreuve par deux expériences : celle de l'Action Française et celle du Parti communiste.
L'Action Française était composée, à ses débuts, d'un groupe de positivistes, générale¬ment incroyants ou agnostiques, mais fortement attachés à ra défense et au renouveau de l'essentiel français. Leur chef, Charles Maurras, personnellement éloigné de la foi catholique, concluait son analyse par un vibrant hommage à l’Église de Rome, à l’Église de l'Ordre.
Les catholiques affluèrent en masse derrière ce chef incroyant avec lequel il semblait que l'action commune fut non seulement possible mais enthousiasmante et victorieuse.
Pressé de condamner les écrits offensants de Charles Maurras à l'égard de la religion chrétienne, le Pape Pie X déclarait « Damnabile, seb non damnandus », «condamnable, il ne doit pas être condamné ». L'avantage de la charité politique l'emportait sur le scrupule doctrinal.
Quelques années plus tard, son successeur, le Pape Pie XI, renversait la position et mettait à l'index le journal quotidien l'Action Française, interdisait l'adhésion à la Ligue, la participation aux groupes, etc... (1926) Treize ans plus tard, le Pape Pie XII levait l'interdiction (1939). Etonnante et significative valse hésitation du Vatican lui-même dans la mise en pratique des principes pourtant si simplement définis.
Pour les catholiques embarqués dans cette aventure politique, sociale et culturelle que fut l'Action française, il en est resté un souvenir globalement douloureux et amer : celui d'une trahison. Leurs pasteurs leur apparurent pour leurs pires ennemis. De quoi vous dégoûter... et enseigner à ses enfants qu'il faut se garder comme de la peste de l'engagement politique et de l'engagement religieux.
Au lieu de distinguer spirituel et temporel pour mieux les unir, on les sépara clairement pour avoir la paix. Les « droites » non chrétiennes, voire anti-chrétiennes, en tout cas détachées de toute référence à la doctrine sociale de l’Église sont sorties de là.
Comme l'aventure avait été autant culturelle que politique, le « politique d'abord » de Maurras se doublant d'un « Mental d'abord », il en restera le souvenir que le lien entre la politique et la culture est aussi dangereux que le lien entre la politique et la religion. La Droite non religieuse, non culturelle, de l'après 1945 est aussi sortie de là.
Plus de religion, plus de culture... il ne restait que la gestion des biens matériels. Son discours se fit économique.
Mais pendant que se déroulait cette authentique tragédie, un autre drame allait se nouer. Les catholiques, retirés par force de leurs groupes d'Action française, étaient sommés d'aller au monde par une autre voie : celle de l'Action catholique.
Dirigés et « mandatés » par leurs évêques, accompagnés et surveillés par leurs aumôniers, libérés de l'influence pernicieuse d'agnostiques tels que Maurras ou Bainville, ils étaient invités par Jacques Maritain à « coopérer au salut du monde ».
« Primauté du spirituel », disait-on alors, en réplique au « Politique d'abord ! » de Charles Maurras.
On n'échappe pas au politique... Les catholiques, encadrés, protégés et mandatés par leurs évêques, et leurs prêtres, trouvèrent d'autres incroyants avec qui il leur fut proposé de faire un bout de chemin: les communistes.
En 1974, au Congrès de la J.O.C., devant quarante-trois évêques, la foule entonne le chant de l'Internationale. En cinquante ans, on était passé du Roi sauveur au Prolétariat Rédempteur, de Maurras à Marx. Soljenitsyne, Robrieux, Panine, Boukovski, Walesa... et Jean-Paul Il, sonnèrent l'alarme.
La grande masse ... ou ce qu'il en restait, se retira, les « convertis » étant eux, sur ordre du P.C. appelés à venir renflouer (1974) un parti agonisant.
Comment ces catholiques que le R.P. Bruckberger appelle durement « une belle collection de ballotins », et qui ont été ainsi ballottés, ne seraient-ils pas dégoûtés et de l'action politique, et de l'action culturelle, et de la détermination précise des alliances qu'elles imposent ?
Pourtant, le devoir d'état à l'égard de la cité reste imprescriptible. Ce n'est pas parce qu'il est difficile, voire dangereux, qu'on peut s'en dé¬gager. Au contraire, c'est une raison de plus pour y aller… .
Jacques Trémolet
-Laïc vient du grec laos, qui signifie" le peuple ».
Permanences numéro 237