( 960747 )Synode : pourquoi une étape continentale ? L'analyse du Club des Hommes en noir par Bernard Joustrate (2023-02-17 18:57:28)
Le Club des hommes en noir réunit cette semaine les abbés Célier et Benoit, le père Jean-François Thomas et Guillaume de Thieulloy autour de Philippe Maxence.
Les questions du moment :
Qu’attend le pape François du synode sur la synodalité ? Comment celui-ci se déroule-t-il ?
Il semble qu'il y ait un problème avec le code, alors, cliquez ici si rien ne s'est affiché.
( 960748 )Témoignage personnel par Roger (2023-02-17 19:05:28)
[en réponse à 960747]
Quand j'étais étudiant (à Sciences Po Paris vers 1985) l'aumônier était un jésuite progressiste (le P Bureau).
Il nous avait expliqué qu'après Jean Paul II, la papauté se réduirait à la seule fonction de " point de contact" entre des Églises continentales.
N'est ce pas ce qui se passe sous nos yeux ?
( 960757 )L'accentuation synodale du caractère idéologique de la néo-Eglise par Scrutator Sapientiæ (2023-02-18 07:40:17)
[en réponse à 960747]
Bonjour,
Au moins depuis la publication du document intitulé : Élargis l'espace de ta tente, fin octobre 2022, nous sommes témoins de l'accentuation ou du renforcement du caractère idéologique du nouveau régime ecclésial, dans le cadre du déploiement du processus synodal.
Il s'agit de l'idéologie de l'adaptation et de l'évolution, du changement et du mouvement, du concernement et du discernement, du dialogue et de l'inclusion, de l'innovation et de l'ouverture, du renouveau et de l'unité.
En gros, il s'agit de parachever et de pérenniser la transformation, hier conciliaire, de l'Eglise catholique, qui a été l'instance critique de la modernité pendant quatre siècles, en une néo-Eglise, désormais synodale, qui est une instance suiviste de la post-modernité depuis déjà bientôt dix ans.
Parmi les symptômes de la manipulation des fidèles et de la neutralisation des objections qui sont à l'oeuvre, il y a l'articulation
- entre des considérations dont le caractère théologal est de plus en plus "subliminal",
- et des considérations dont le caractère sociétal est de plus en plus "transcendantal".
En effet, voici la liste des transcendantaux d'hier : le beau, le bon, le vrai, et voici celle des transcendantaux d'aujourd'hui :
- l'accueil globalement approbateur des conceptions et de la conduite de l'autre, sauf si c'est un catholique conservateur ou traditionnel notamment occidental,
- la collaboration avec l'écolo-gauchisme, l'égalitarisme interreligieux, l'hosexualisme et l'immigrationnsime,
et
- la transformation permanente des structures mentales de l'Eglise et des fidèles, pour que la néo-Eglise soit de plus en plus accueillante, inclusive, unitaire.
Une telle néo-Eglise, incarnation de l'auto-référentialité, de l'auto-satisfaction et de l'auto-suffisance, sous l'angle de l'herméneutique comme sur le plan programmatique, a-t-elle encore besoin de l'Écriture, de la Tradition, et d'un Magistère digne de ce nom ?
Bonne journée.
Scrutator.
( 960759 )Oui et j'ajouterai par Roger (2023-02-18 09:00:08)
[en réponse à 960757]
Cher Scrutator
Que nous avons affaire aujourd'hui à des vieillards qui veulent réaliser leurs rêves des années 1970 en effaçant ce qui fut à leurs yeux le cauchemar réactionnaire des pontificats de Jean Paul II et Benoît XVI.
( 960848 )Quelques réactions par le torrentiel (2023-02-21 04:35:18)
[en réponse à 960747]
"À quoi est censée s'opposer une Église synodale? ", interroge Philipe Maxence. Il me semble que c'est à une Église pyramidale. Et la même question peut être posée sur la mise en avant tout à fait disproportionnée du mot de "cléricalisme". À quoi s'oppose le cléricalisme? Au "laïcardisme"? Il peut naturellement y avoir une corruption ou un exercice abusif du pouvoir clérical et pyramidal. L'Église catholique n'en reste pas moins une triple pyramide:
-Elle nous raconte l'histoire dans laquelle nous sommes inscrits depuis la Création du monde jusqu'à l'Apocalypse.
-Elle relie entre eux les vivants et les morts.
-De la base au sommet, du simple laïc au pape, l'Église est une société sacrée, donc hiérarchique ou hiérarchisée, question d'étymologie.
Qu'y a-t-il de plus savamment construit qu'une pyramide? Et nous voudrions contester exagérément cette merveille conjointement inventée par l'esprit humain et par l'Esprit saint parce qu'il y a des abus de pouvoir? Mais quand il ne reste plus que du pouvoir à partager, on peut craindre pour l'avenir de l'institution.
Institution ô combien ferment de civilisation. J'aime à dire pour m'opposer à l'esprit du temps que je me sens souvent plus catholique que chrétien. Chrétien, il m'arrive d'avoir des doutes, y compris sur la personne du Christ. Mais catholique, je crois avec l'Église et cette foi me protège, m'empêche de désespérer ou de trébucher dans mon espérance et me fait continuer d'avancer.
Les évangéliques attaquent souvent l'esprit de religion. Ils se trompent. Quand François a accédé au souverain pontificat, je voulais croire en sa promesse d'un "catholicisme évangélique": cela vaut bien les promesses du renouveau charismatique qui sont en train de faire "pchit". Certes, le pape est plein d'Evangile et ses commentaires quotidiens de l'Evangile sont très riches. Cela a été ma découverte du confinement. Mais la limite du catholicisme évangélique pris au sens confessionnel est de s'opposer à cet esprit de religion qui nous tient ensemble (à défaut de nous faire toujours "marcher ensemble".)
"Le seul qui ne partage pas son pouvoir et ne le soumet pas à la synodalité est François", note l'abbé Célier. Extérieurement c'est sans doute vrai. C'est du reste une des surprises du pontificat dont la première allocution avait semblé dégrader le ministère pétrinien au rang d'épiscopat de la ville de Rome, qui n'est plus la ville-monde. François avait semblé vouloir oublier la fonction pontificale, mais il aime faire le pape.
Voilà pour l'extérieur. Mais son premier article à la "Civita catholica" avait relevé ce que le livre de Jean-Pierre Moreau édité par "Renaissance catholique" dénonce en termes polémiques: le pape voudrait transférer son infaillibilité au "sensusfidei" du peuple catholique au nom de sa "théologie du peuple" qui ne me paraît pas être un prolongement de la théologie de la libération, car le péronisme était un conservatisme. Ce transfert de l'infaillibilité du pape au peuple de Dieu me paraît être le sens profond de la synodalité appelée de ses voeux par François.
Les extraits lus dans cette émission montrent que le synode est écrit en galimatias. Et il y a comme le dit l'abbé Benoît un "nombrilisme" de "l'Eglise qui se regarde faire Eglise"d'autant plus mal venu quand on déplore "l'autoréférentialité" d'une Église qui cesse par là même d'être christocentrique, comme le lui demandait Benoît XVI, qui a remis le Christ au centre de l'Eglise comme François essaie de remettre l'Evangile au centre de sa démarche.
Mais il n'y a de "conversion" qu'au Christ et certainement pas de "conversion écologique" qui est un renversement de perspective, ou de "conversion vers une Eglise synodale."L'Eglise est le moyen et non le but et je n'irais pas jusqu'à invoquer ici l'adage ignatien selon lequel les moyens sont indifférents...
J'entends bien qu'on ne parle pas du salut dans le document du synode continental, mais je veux croire qu'il est induit et penser que le reproche est caricatural. Pourtant ce que pointe le P. J.F. Thomas le fonde: "les points essentiels qui sont constamment relvés [dans ce document] ne ressortissent pas à la vie spirituelle: c'est le cléricalisme, la place des femmes, le sexisme, la tension global-local, la transparence, la formation à la synodalité. On ne parle pas ici de problèmes théologiques, pas de spiritualité, pas de mission et pas d'annonce du salut."
Les trois premiers thèmes énumérés me font dire que l'Eglise a toujours épousé les valeurs bourgeoises de son temps alors qu'elle ne devrait pas être mondaine. Mais ce faisant elle a toujours été en retard d'une guerre. Le féminisme et l'écologisme sont devenus tellement outranciers qu'ils ne peuvent être que sur le déclin.
Cela dit, le moderne que je suis malgré tout (un moderne qui voudrait garder la foi du charbonnier), considère comme un progrès l'insistance mise sur l'universalité du salut et que la ligne de partage se soit déplacée, dans l'interprétation de la parabole de l'ivraie et du bon grain, pour dire qu'une personne n'est jamais totalement de l'ivraie ou du bon grain, mais que ce champ mêlé, c'est la personne elle-même qui, tout en les laissant grandir ensemble de peur de tout arracher ou d'éteindre la mèche qui brûle encore, doit cultiver son champ de manière à brûler les germes de zizanie qu'est l'ivraie et cultiver le bon grain pour donner "trente, cinquante et cent" épis "pour un" germe.
( 960881 )La 3ème transformation des structures mentales en 130 ans par Scrutator Sapientiæ (2023-02-21 13:48:00)
[en réponse à 960848]
Bonjour le torrentiel,
Nous en sommes à la troisième manifestation de la présence, au sein de l'Eglise catholique, d'une dynamique de transformation des structures mentales des fidèles catholiques, en à peu près cent trente-ans.
Il y a eu
- une première manifestation de cette dynamique entre 1893 et 1914, dans le cadre de la crise moderniste,
puis
- une deuxième manifestation de cette dynamique dans les années 1960-1970, dans celui du Concile Vatican II.
Et il y a une troisième manifestation de la même dynamique depuis le début du pontificat de François, en mars 2013.
Pourquoi donc est-il aussi important, pour les responsables religieux catholiques qui effectuent le pilotage du processus synodal, de mettre ainsi en oeuvre cette troisième dynamique de transformation des structures mentales des fidèles, en moins d'un siècle et demi ?
A quel contenu doctrinal inhérent à la foi catholique, à la morale chrétienne et aux sacrements de l'Eglise les fidèles catholiques seront-ils encore fidèles, à l'issue de cette troisième manifestation de cette dynamique de transformation de leurs structures mentales, qui se déroulera, au minimum, de 2013 à 2024 ?
Bonne journée.
Scrutator.
( 960906 )Modernisme ou americanisme? par Roger (2023-02-21 19:24:34)
[en réponse à 960881]
On entend souvent condamner le modernisme...mais il ne faut pas oublier cette autre hérésie que fut l Americanisme et qui me semble très présente parmi les transformateurs notamment liturgiques.
Il faudrait renoncer aux traditions qui en raison de leur décalage par rapport aux mentalités contemporaines entraveraient l Évangélisation...
Il me semble que cette idée est en fait assez présente.
Au cours du Concile Vatican II bien des prélats ont défendu des réformes justifiées par l'idée de coller à l'esprit de l'époque.
( 960915 )Il existe un modernisme pratique purement suiviste cf. un document par Scrutator Sapientiæ (2023-02-21 21:47:40)
[en réponse à 960906]
Bonsoir Roger,
Vous avez absolument raison.
Il a existé un modernisme qui était doté d'une architecture intellectuelle, mais il existe aujourd'hui, au moins depuis les années 2000, un modernisme pratique, purement suiviste, qui n'est pas nécessairement "communisant" ni "socialisant", et qui ne fait manifestement plus référence aux inspirateurs tels que Chenu, Congar, de Lubac, Maritain, Mounier, Rahner et Teilhard.
C'est la composante "mimétique" du Renouveau conciliaire, gay-friendly, green-friendly et "big-other-iste", parce qu'il est apparemment plus altruiste de l'être que de ne pas l'être, et parce que cela a l'immense mérite de positionner à l'intérieur du camp du bien.
Je vous renvoie à ceci (cliquer sur : "Lire le document", en bas, à gauche) :
Bonne lecture (le progressisme d'hier débouchait du modernisme social, alors que le progressisme d'aujourd'hui découle du modernisme social, ne con-fon-dons pas !).
Scrutator.
( 960921 )La question sociétale s'est substituée à la question sociale par Scrutator Sapientiæ (2023-02-21 22:04:41)
[en réponse à 960915]
Rebonjour,
C'est une chose d'être chrétien de gauche pour lutter pour la justice sociale et contre la pauvreté culturelle et surtout matérielle.
C'est une autre chose d'être chrétien de gauche pour lutter pour l'inclusion des LGBTs et des migrants et contre les discriminations et les stéréotypes politiquement ou religieusement incorrects.
Telle est, à mon sens, la différence entre la question sociale, telle qu'elle a été comprise, au moins entre 1848 et 1968, et la question sociétale, la conception dominante de la prise en charge de la question sociétale étant, vraisemblablement, d'inspiration foucaldienne et non d'inspiration marxisante.