CHAPITRE VI
Qu'il faut recevoir les croix avec joie,avec actions de grâces, avec étonnement
Celui qui a un véritable amour pour la croix ne souffre pas seulement avec patience, comme le remarque saint Bernard, mais encore avec joie. Agir d'une autre manière, c'est manquer de foi, puisque la foi nous enseigne que les croix sont les plus grandes grâces de Dieu ; si l'on était intimement persuadé de cette vérité, comment pourrait-on n'avoir point de joie quand on en est favorisé ?
Si un grand roi vous honorait d'un don très précieux, n'en seriez-vous pas tout ravi ? Faudrait-il vous exhorter à la patience ?
Mais que dirait ce monarque, mais que dirait tout le monde si on savait que vous eussiez reçu ce don précieux seulement avec patience ? Aussi le Fils de Dieu, parlant de la manière d'accepter les plus rudes croix, dit à ses disciples : Réjouissez-vous et tressaillez de joie. (Matth. V, 11, 12)
L'Apôtre, entrant dans les sentiments de son divin Maître, proteste qu'il est non-seulement rempli de consolation, mais qu'il surabonde de joie dans toutes ses tribulations (II Cor. VII, 4) ; et parlant des premiers Chrétiens, il dit que l'abondance de leur joie a été dans la multitude de leurs tribulations.
Mais le Saint-Esprit nous enseigne en l'Épitre de saint Jacques (c. I, v. 2), que plusieurs sortes de souffrances sont la matière de toutes sortes de joies.
Ainsi, selon la doctrine du Saint-Esprit, les croix doivent être le sujet, non seulement d'une grande joie, mais de toutes les joies.
Figurons-nous donc la joie d'une personne pauvre à laquelle des richesses immenses arriveraient ; d'une personne, qui aimerait les délices de la vie, qui en gouterait toutes les douceurs apparentes ; d'une personne abjecte qui serait élevée sur le trône, à laquelle on donnerait une couronne.
Figurons-nous la joie des marchands qui font de grands gains dans leur trafic, des laboureurs qui font une heureuse récolte, des généraux d'armées qui gagnent des batailles, des rois dans la conquête des villes et provinces, des malades dans le recouvrement de leur santé, des captifs dans la délivrance de leurs chaînes, des plus affligés dans la cessation de leurs peines, et enfin tous les sujets de joie qui peuvent arriver généralement, et sans réserve
Toutes ces joies doivent être les joies d'une personne crucifiée. Ne nous étonnons donc plus si le Fils de Dieu a dit que dans les souffrances il faut tressaillir ou bondir de joie.
Ce ne serait pas exagérer, quand on dirait qu'il en faut mourir. Combien de personnes en sont mortes pour des sujets qui ne sont rien, comparés aux véritables, aux grands et extraordinaires que les croix nous donnent !
Mais il est vrai que la joie chrétienne ne dépend en rien du sensible : elle a son siège dans le centre de l'âme, où souvent elle n'est point aperçue de la partie inférieure, même raisonnable.
Elle y demeure cachée pour y demeurer dans sa pureté ; ses écoulements sur la partie sensitive, qui arrivent quelquefois, sont très exposés au danger de l'amour-propre, par la satisfaction qui en découle.
Source : livres-mystiques.com
Que Jésus Miséricordieux vous bénisse
ami de la Miséricorde