CHAPITRE VI
Des peines causées par le démon
Il est encore nécessaire d'une charité cordiale, d'une longue patience, d'une grande douceur pour soutenir, fortifier et consoler ces âmes. Notre-Seigneur, tout Dieu qu'il était, ayant bien voulu permettre au diable de le prendre, de l'emporter, de le tenir entre ses bras, d'en faire ce qu'il voulait, le montant et le laissant aller en plusieurs lieux ; il n'y a pas à s'étonner s'il lui permet d'agir sur les fidèles qui doivent avoir une dévotion spéciale au mystère de la tentation de ce débonnaire Sauveur.
Il y a eu des saints qui ont été possédés quelques jours auparavant leur mort. Si cet état est l'un des plus humiliants et des plus pénibles, il est aussi l'un des plus grands pour arriver à une haute sainteté. Si les personnes qui en sont affligées endurent pour leurs fautes, qu'elles ne laissent pas de se consoler, c'est une marque de leur salut. Dieu qui les châtie par les démons en cette vie les délivrera Miséricordieusement de leur tyrannie en l'autre.
Oh! Quelle grâce, quelle Miséricorde, quelle consolation, de voir des peines infinies et éternelles changées en des souffrances qui passeront sitôt ! Qu'elles regardent Dieu dans leurs tourments, étant assurées que les démons ne peuvent rien faire sans sa permission ; ce qui est bien facile à remarquer dans l'Écriture, qui nous enseigne que le diable ne put tenter Job sans une permission spéciale.
Cela étant de la sorte, encore une fois, quelle consolation ! Assurons-nous que ce Père des miséricordes ne permet point que nous soyons affligés de la sorte, que ce ne soit pour notre plus grand bien ; mais nous ne le voyons pas, il nous parait tout le contraire :
il suffit que cela soit aux yeux de Dieu, et cela nous doit contenter pleinement. Il faut donc se tenir dans une grande patience, ne pas contester avec nos pensées, mais les laisser là, faisant garder le silence à notre esprit, de telle sorte même que le diable ne sache pas ce qui se passe en nous, nous retirant dans le centre de l'âme. Oh ! Quel fruit l'on doit tirer de cette conduite, si l'on en fait un bon usage !
Enfin, il faut avoir un grand courage ; je ne dis pas le sentir, car dans le sentiment, ce ne sont qu'abattements et désespoirs. Sainte Thérèse dit que, comme elle considérait qui les démons étaient les esclaves du Seigneur qu'elle servait, elle disait :
Pourquoi n'aurai-je pas la force de combattre tout l'enfer ? Elle assurait de plus qu'elle ne craignait pas ces mots, diable, diable, où l'on peut dire Dieu, Dieu, et qu'elle craignait plus ces personnes qui ont tant de peur des démons, comme de certains confesseurs. Aussi Notre-Seigneur lui dit : Qui craignez-vous ? Ne suis-je pas tout-puissant ?
Ces paroles, s'écrie la sainte, sont capables de faire entreprendre de grands travaux. Et de vrai, ayant un si grand roi qui peut tout, quel sujet avons- nous de craindre ? Le diable, selon le témoignage de saint Antoine, s'enfuit des esprits résolus ; ce qui est conforme à l'Écriture qui dit : Résistez au diable, et il s'enfuira de vous. Le mépris que l'on en fait les arrête et diminue leurs forces.
Source : livres-mystiques.com
Que Jésus Miséricordieux vous bénisse
ami de la Miséricorde