Le Forum Catholique

http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=957572
images/icones/find.gif  ( 957572 )Décret: 10 futurs bienheureux et 14 nouveaux vénérables par Chicoutimi (2022-12-20 07:04:12) 

Parmi les nouveaux vénérables, il y a Matteo Ricci, le célèbre missionnaire jésuite du 17ème siècle; et Franz de Castro Holzwarth, un laïc brésilien (dont ''l'offrande de la vie'' a été reconnue) qui s'est offert en otage lors d'une émeute dans une prison en 1981 et qui fut tué par balle lorsque la police a pris d'assaut la prison.

Parmi ceux qui seront éventuellement béatifiés, il y a toute une famille polonaise - Jozef et Wiktoria Ulma et leurs six enfants (ainsi qu'un septième qui était encore dans le ventre de sa mère) - qui a été exécutée par le régime nazi parce qu'elle abritait des Juifs.

Un article de Vatican News:

Le jésuite Matteo Ricci: du cœur de la Chine impériale au statut de Vénérable

17/12/2022

''(...) Au cours de l'audience de ce samedi 17 décembre avec le cardinal Marcello Semeraro, préfet du Dicastère pour les causes des saints, le Pape François a autorisé la promulgation de décrets concernant 10 nouveaux bienheureux et 14 nouveaux vénérables.

Matteo Ricci Vénérable

Avec la reconnaissance des vertus héroïques, le prêtre jésuite Matteo Ricci, apôtre en Chine dans la deuxième moitié du 16e siècle et au début du 17e, devient Vénérable. Il est reconnu comme l'un des plus grands missionnaires de l'Eglise et est toujours vénéré en Asie. (...)

Une famille entière vers la béatification

Parmi les nouveaux bienheureux figure toute la famille polonaise Ulma, avec les parents Józef et Wiktoria, leurs six enfants, plus un septième dans le ventre de leur mère, tous exterminés par les nazis en 1944 pour avoir hébergé clandestinement huit Juifs. (...)

Le don de la vie de Franz de Castro

Un premier pas vers la béatification a été franchi concernant Franz de Castro Holzwarth, un laïc brésilien du siècle dernier, reconnu pour avoir fait don de sa vie en prenant la place d'un otage lors d'une émeute dans une prison où il apportait une aide spirituelle et matérielle. (...) En février 1981, lors de violentes émeutes dans la prison de Jacareí, il s'est proposé comme médiateur dans les négociations avec la police: il s'est ensuite livré librement et volontairement aux émeutiers comme substitut d'un policier pris en otage. La police a rompu l'accord et ouvert le feu sur les prisonniers. Franz de Castro a été victime de la fusillade.

Giacinto Vera, missionnaire infatigable

Mgr Giacinto Vera, évêque de Montevideo au 19e siècle, en Uruguay, figure également parmi les prochains bienheureux. (...)

Le Pape a également autorisé le Dicastère pour les Causes des Saints à promulguer les Décrets concernant les vertus héroïques des Serviteurs de Dieu:


Ugo De Blasi, prêtre diocésain italien décédé en 1982;
Alessandro Woźny, prêtre diocésain polonais décédé en 1983 à Poznań;
Ignazio Posadzy, prêtre diocésain, cofondateur de la Société du Christ (...) décédé en 1984 à Puszczykowo en Pologne;
Martin Benedict, prêtre profès de l'Ordre des Frères Mineurs Conventuels, décédé en Roumanie en 1986;
Joseph Marco Figueroa, religieux profès de la Compagnie de Jésus, (...) décédé en Argentine dans les années 1940;
Miradio della Provvidenza di San Gaetano, fondatrice de la Congrégation des Filles Pauvres de Saint Antoine (...) décédée à Naples en 1926;
Maria Ignazia Isacchi, fondatrice de la Congrégation des Ursulines du Sacré-Cœur d'Asola, décédée à Seriate (Italie) en 1934;
Margherita Crispi, fondatrice de la Congrégation des Oblates au Divin Amour, décédée à Rome en 1974;
Margherita Maria Guaini, fondatrice de la Congrégation des Sœurs Missionnaires de Jésus le prêtre Éternel, décédée à Varallo Sesia en 1994;
Maddalena Aulina Saurina, fondatrice de l'Institut séculier des Señoritas Operarias Parroquiales, qui a vécu jusqu'à la moitié du siècle dernier en Espagne;
Teresa Veronesi, religieuse professe de la Congrégation des Sœurs Minimes de Notre-Dame des Douleurs, décédée en 1950 à Sant'Agata Bolognese, et
Luisa Guidotti Mistrali, laïque consacrée de l'Association des Femmes Médecins Missionnaires, décédée en 1979 au Zimbabwe.''



Pour lire en entier, c'est ICI
images/icones/fleche2.gif  ( 957575 )La béatification d'un enfant pas encore né... par Chicoutimi (2022-12-20 07:41:45) 
[en réponse à 957572]

me semble être une première! En tout cas, le texte de Vatican News compte bien cet enfant pas encore né de la famille Ulma au nombre des 10 futurs bienheureux. Il s'agirait donc de la plus jeune personne béatifiée (ou du moins en voie de l'être) à ce jour. Et je trouve cela très intéressant.

Cela pourrait même nous amener à considérer que des bébés avortés ont été de véritables martyrs. En effet, si parmi les personnes ayant une responsabilité dans la mise à mort de ces bébés (que ce soit les parents, le médecin, les politiciens ayant voté des lois en faveur de l'avortement, et toute autre personne ayant coopéré à cet acte) il y a en a une qui ait coopéré à ce péché en étant mû par la haine du Christ, cela suffirait à faire de ces enfants de véritables martyres. Tout comme les saints innocents!

Qu'en pensez-vous?

images/icones/neutre.gif  ( 957586 )Ce n 'est pas une réponse directe par AVV-VVK (2022-12-20 10:05:53) 
[en réponse à 957575]

mais ce pontificat semble passer de l' un extrême (p.ex. ici) à l' autre (p.ex. le cas de l'abbé Pavone), donc manquer d' une vision cohérente.
images/icones/fleche2.gif  ( 957626 )Complément de réponse... par Chicoutimi (2022-12-20 16:42:02) 
[en réponse à 957586]

La condamnation du P. Pavone a été voulue par l'épispocat libérale américaine alors que la béatification de la famille Ulma a été promue par l'épiscopat conservateur polonais. Français tente de plaire aux uns et aux autres, et cela donne un pontificat contradictoire.
images/icones/fleche3.gif  ( 957643 )D'autre part... par Chicoutimi (2022-12-20 18:26:02) 
[en réponse à 957586]

Si l'enfant pas encore né n'avait pas été compté parmi les futurs bienheureux, n'aurait-on pas soupçonné François de ne pas reconnaître l'humanité de cet enfant? Je pense qu'il faut voir les problèmes là où il y en a (la condamnation du P. Pavone est un problème assez troublant) et reconnaître les bonnes initiatives (la béatification de cette famille en est une).
images/icones/hein.gif  ( 957591 )Un enfant mort sans Baptême par Velankanni (2022-12-20 10:23:49) 
[en réponse à 957575]

peut-il être béatifié ?
images/icones/fleche2.gif  ( 957606 )Non par Regnum Galliae (2022-12-20 12:50:07) 
[en réponse à 957591]

Un enfant mort sans baptême ne peut entrer au Paradis et jouir de la vision béatifique. Sauf si Dieu décide de donner sa grâce par d'autres moyens mais nous n'avons pas la possibilité de le savoir et il serait donc téméraire de l'imposer à la croyance des fidèles.
A défaut d'un bonheur surnaturel, l'enfant mort sans baptême a néanmoins droit à un bonheur naturel dans ce que l'on a appelé les limbes. Ce n'est pas si mal.
Il me semble qu'un enfant tué par haine du Christ reçoit le baptême du sang, comme les saints Innocents ou, peut-être, certains fœtus avortés s'il s'avère que ces lois ont été votée par haine de la foi. En revanche, l'assassinat pour avoir protégé d'autres êtres humains n'entre pas dans cette catégorie. Pour être saint (ou bienheureux), il faut tout de même ne plus avoir le péché originel, c'est la base.
images/icones/fleche2.gif  ( 957607 )D'ailleurs par Regnum Galliae (2022-12-20 12:51:41) 
[en réponse à 957606]

on peut se demander en quoi le fait d'avoir protégé des juifs, aussi noble que soit cette action, est un critère de sainteté...
images/icones/hein.gif  ( 957608 )Y a-t-il plus grand amour... par Athanasios D. (2022-12-20 12:54:18) 
[en réponse à 957607]

... que de donner sa vie pour son prochain ?

Ath
images/icones/fleur.gif  ( 957611 )Ne peut-on par ptk (2022-12-20 13:53:19) 
[en réponse à 957591]

lui présumer le baptême de désir que sa mère a certainement voulu pour lui ?
images/icones/francis2.gif  ( 957625 )Il s'agit ici du baptême de sang... par Chicoutimi (2022-12-20 16:33:39) 
[en réponse à 957611]

puisqu'il y a eu reconnaissance du martyre pour toute la famille (incluant le bébé dans le ventre de sa mère). Il y a quelques saints reconnus par l'Église qui n'ont jamais reçu le baptême sacramentel mais qui ont eu le baptême de sang. Mais, dans le cas présent, c'est la première fois qu'il s'agit d'un enfant pas encore né.

Quant au baptême de désir, je ne pense pas - du moins dans la doctrine traditionnelle - que ce soit le désir des parents qui puisse faire effet mais bien le désir du catéchumène lui-même d'être baptisé.
images/icones/fleur.gif  ( 957642 )Merci de votre réponse par ptk (2022-12-20 18:04:28) 
[en réponse à 957625]

sur le baptême de désir.

En revanche, je n'avais pas lu qu'il y eût reconnaissance du martyr.
images/icones/neutre.gif  ( 957647 )Oui, et ... par Meneau (2022-12-20 18:47:55) 
[en réponse à 957625]

J'avoue m'être posé la question de prime abord.

Mais si les St Innocents ont pu être sanctifiés pour leur martyre, je trouve que c'est un message fort de l'Eglise : l'embryon pas encore né est une personne (béatifiable) au même titre que le bébé qui vient de naître.

Cordialement
Meneau
images/icones/coeur.gif  ( 957659 )S'il est un jour canonisé... par Athanasios D. (2022-12-20 22:47:40) 
[en réponse à 957647]

... cela équivaudrait à une définition dogmatique.

Ath
images/icones/1b.gif  ( 957719 )A vrai dire par Meneau (2022-12-22 11:16:27) 
[en réponse à 957659]

je pensais plus à l'aspect message anti-avortement qu'à l'aspect purement doctrinal.

Cordialement
Meneau
images/icones/1n.gif  ( 957605 )François contredit-il le Magistère ? par jejomau (2022-12-20 12:42:22) 
[en réponse à 957572]

Le Magistère de l'Eglise Catholique enseigne que les âmes des enfants qui n'ont pu être baptisées ne peuvent accéder au Paradie mais sont dans les limbes.

François peut-il enseigne que cet embryon est désormais au Paradis comme Bienheureux en contradiction avec la Parole divine telle qu'elle a été explicitée par les théologiens depuis 2000 ans ?
images/icones/hein.gif  ( 957622 )Magistère par Jérusalem (2022-12-20 16:22:34) 
[en réponse à 957605]

Avez-vous lu le document auquel vous renvoyez ?

Jérusalem
images/icones/1e.gif  ( 957628 )Visiblement non par Super-Malouin (2022-12-20 16:45:34) 
[en réponse à 957622]

Et c'est assez significatif du personnage !
images/icones/nounours.gif  ( 957635 )vous faites partie par jejomau (2022-12-20 17:23:29) 
[en réponse à 957628]

des sachant qui font les petit malins quand ils savent parfaitement ce que dit le Catéchisme de l'Eglise sur le sujet
images/icones/iphone.jpg  ( 957668 )Catéchisme ou pas par Vincent F (2022-12-21 10:00:10) 
[en réponse à 957635]

Les limbes n’ont jamais été une vérité de foi mais seulement une opinion théologique.
images/icones/bible.gif  ( 957682 )oui... mais... par jejomau (2022-12-21 13:00:44) 
[en réponse à 957668]

Un lien à lire en entier. Extraits :

Normalement, ordinairement, les enfants morts sans baptême ne peuvent aller au ciel : voilà ce que nous connaissons par la Révélation. A cette loi générale, Dieu peut faire des exceptions


La doctrine catholique au sujet de ces enfants

Quel est donc le sort des enfants qui, morts sans baptême, n’ont pas commis de péchés personnels et meurent avec le seul péché originel ? [6] Puisque ces âmes n’ont pu faire aucun acte volontaire, libre, en bien ou en mal, elles n’ont pu mériter ni le ciel ni l’enfer. Elles vont dans un autre lieu, qu’on appelle les limbes des petits enfants. Le mot a été utilisé à partir du XIIIe siècle, mais la doctrine se trouve dès le Ve siècle chez les Pères de l’Eglise



Les limbes sont un lieu où les petits enfants morts sans le baptême, ou bien les personnes qui n’ont jamais eu l’usage de la raison et n’ont pas été baptisées, demeurent à jamais. Ils sont un état éternel, comme le ciel et l’enfer (tandis que le purgatoire cessera à la fin du monde).



Ces âmes qui se trouvent dans les limbes ne possèdent pas la vue de Dieu « face à face », qu’on appelle la vision béatifique.



L’existence des limbes n’est pas un dogme, mais elle est proche de la foi [8] ; c’est ce qu’on appelle une conclusion théologique, déduite par la théologie de vérités révélées, ou une vérité révélée virtuellement. Celui qui la nierait ne serait pas hérétique mais téméraire. Le pape Pie VI a déclaré : « La doctrine qui rejette ce lieu des enfers (que les fidèles appellent communément les limbes des enfants) dans lequel les âmes de ceux qui sont morts avec la seule faute originelle sont punies de la peine du dam, sans la peine du feu, est fausse, téméraire, injurieuse pour les écoles [9] catholiques»



images/icones/fleche2.gif  ( 957630 )Ce document... par Chicoutimi (2022-12-20 17:04:41) 
[en réponse à 957605]

est de la Commission Théologique Internationale. Ce n'est pas un document du Magistère de l'Église, mais une réflexion théologique qui va plus dans le sens d'abandonner la doctrine des limbes, ou du moins qui rétrograde le statut de cette doctrine au rang d'hypothèse théologique.

PS: il y a des saints martyrs qui n'ont jamais eu le baptême sacramentel, à commencer par les saints Innocents.
images/icones/1a.gif  ( 957634 )[réponse] par jejomau (2022-12-20 17:20:30) 
[en réponse à 957630]

C'est vrai , votre exemple est bon. Après, je m'en tiens à la doctrine de l'église sur le sujet que vous n'ignorez pas puisqu'elle se trouve dans la Catéchisme de l'Eglise Catholique.
images/icones/find.gif  ( 957638 )Commission théologique internationale par Jean-Paul PARFU (2022-12-20 17:27:14) 
[en réponse à 957630]

En effet, et ce document avait, en 2007, quelque peu defrayé la chronique.

Il s'agissait de l'étude 23 intitulée : "L’espérance du salut pour les enfants qui meurent sans baptême" (2007).

Voir la liste des documents produits par cette commission ici
images/icones/fleche3.gif  ( 957672 )nuance par Lycobates (2022-12-21 11:08:39) 
[en réponse à 957630]


PS: il y a des saints martyrs qui n'ont jamais eu le baptême sacramentel, à commencer par les saints Innocents.



C'est correct, mais ces martyrs étaient venus à l'âge de la raison.

On distingue communément (même si le Magistère n'a pas tranché ce point de façon définitive et il subsiste quelque discussion) trois conditions pour parler de martyre : le traitement infligé doit être mortel (même si par accident il ne conduit pas à la mort, ou Dieu l'en préserve miraculeusement) ; il doit être infligé in odium fidei (par haine de la foi, ou d'une autre vertu chrétienne) ; il doit être assumé par la victime de façon soumise (à la volonté de Dieu). Il faut donc que le martyre, pour être efficace et justifiant (pour un non-baptisé), revête le caractère d'un acte surnaturel de charité (effusio sanguinis non habet rationem baptismi, si sit sine charitate, Saint Thomas dans la Somme, III, q. 66, art. 12, ad 2).

Quant aux Innocents, leur statut est spécial, ils font encore partie de l'Ancienne Alliance, ou sont à cheval entre l'Ancienne et la Nouvelle. On ne peut pas comparer leur situation à la nôtre, post Evangelium promulgatum.

Rappelons qu'il est de foi que pour ceux non parvenus à l'âge de la raison, le baptême de l'eau (sacramentel) est le seul moyen du salut.
images/icones/livre.gif  ( 957688 )Selon Mgr Paul Guérin... par Chicoutimi (2022-12-21 16:07:25) 
[en réponse à 957672]

qui fut Camérier de sa Sainteté Léon XIII et auteur de la célèbre série "Les Petits Bollandistes - Vies de Saints", il est possible - en s'en remettant à l'autorité de Benoît XIV - de canoniser des enfants non-baptisés s'ils ont été martyrs. C'est ce qu'il dit dans sa notice sur saint Simon de Trente:


''Le pape Benoît XIV démontre, dans son traité de la Canonisation, que l'on ne doit point canoniser les enfants qui meurent après le baptême et avant l'âge de raison, quoiqu'ils soient saints, parce qu'ils n'ont point pratiqué des vertus dans le degré d'héroïsme requis pour la canonisation. Mais il faut excepter les enfants, même non baptisés, qui ont été massacrés en haine du nom de Jésus-Christ: tels sont les saints Innocents, que l'Église honore comme martyrs; tel est aussi saint Siméon, dont le nom figure dans le Martyrologe romain.''

Source: Mgr Paul Guérin, Vie des saints pour tous les jours de l'année, réédition de l'ouvrage du XIXe siècle par les Éditions DFT en 2003, p. 180.

images/icones/fleche2.gif  ( 957713 )à vérifier par Lycobates (2022-12-22 00:40:37) 
[en réponse à 957688]

Je vous remercie pour cette référence.

Je ne connais pas votre Mgr Guérin et son livre (mais cela ne veut rien dire à priori), je vous conseillerais quand-même de consulter de préférence l'édition originale du XIXe s., et pas sa réédition "tradie". On aura tout vu.

Et même le XIXe s. n'est pas à l'abri de certaines mystifications pieuses.

Ceci dit, je suis sûr que ce Mgr Guérin, s'il est sérieux, et je le concède à priori, aura donné en pied de page une référence exacte au traité du pape Benoît XIV [que la réédition n'a peut-être pas reproduite, surtout si elle était en latin, on se demande pourquoi], qui aurait un poids certain, s'il donnait des exemples avérés d'enfants béatifiés, ou mieux, canonisés, comme martyrs, qui n'étaient pas parvenus à l'âge de la raison (ce serait assez surprenant), voire non baptisés (ce serait encore plus surprenant).
Je n'ai pas le temps de vérifier ce soir (les textes sont en ligne).

Dans ce cas, je reviserais mon propos, mais entretemps je préfère m'en tenir à l'Aquinate, qui exige, pour un véritable martyre, l'exercice en acte de la vertu de charité envers Dieu.

Le cas des Innocents est, comme on a dit, d'un ordre unique, qui ne saurait servir d'argument. Nous sommes là avant Golgotha, et avant l'exigence du baptême au salut. (Ces garçons étaient par ailleurs probablement circoncis, mais même si par aventure certains ne l'étaient pas, cela ne changerait pas beaucoup l'argument).

Quant au beato Simonino, non canonisé, mais béatifié par une béatification équipollente, et depuis lors, à ce jour, l'objet d'une vénération locale fervente dans le calendrier liturgique de certains diocèses (c'est un argument certain) a, lui, sans doute aucun été baptisé. Il était l'enfant d'une famille chrétienne, d'un âge de deux ans et demi au moment de sa mort, et enlevé et tué précisément pour cette raison : d'être un enfant chrétien. Son supplice n'aurait pas eu de sens s'il n'était pas un enfant chrétien baptisé.
Mais, c'est vrai, il n'était pas parvenu à l'âge de la raison (sauf miracle), donc techniquement, selon l'acception thomiste, il n'a pas pu être martyr.

Je rappelle que la discussion théologique n'est pas close à ce sujet, ce qui pourrait expliquer certaines inconséquences, pas au niveau des canonisations (dans ce cas la discussion serait close), mais peut-être au niveau des béatifications, surtout équipollentes, ou autres formes de vénération.

Une parenthèse quand-même.
Dans la "béatification" qui nous occupe (nous ne sommes pas en présence ici d'un acte de l'Église catholique) le châtiment (moralement inique, puisque "Sippenhaft", punition collective) infligé par l'occupant à cette famille polonaise qui protégea des pauvres juifs contre leurs persécuteurs, ne saurait être considéré comme étant perpétré in odium fidei. Les persécuteurs n'avait cure de la foi de cette famille, ni des vertus chrétiennes, qu'ils ne connaissaient probablement même pas, mais nous sommes le cas échéant en présence d'une mesure purement politique, raciale, sociétale, et pas du tout d'une persécution religieuse. Les persécuteurs auraient infligé le même châtiment (et de fait, cela s'est produit), à une famille non-catholique, protestante, libérale ou socialiste, ayant agi de la même sorte, pour avoir aidé des juifs. Ce qui importe pour déterminer l'aspect "in odium fidei", n'est pas la motivation de la victime pour poser l'acte, mais celle du persécuteur pour le punir.
Par ailleurs cet acte d'aide, d'une humanité certes charitable, aurait pu se diriger tout autant, comme cela fut le cas plus tard, après la guerre, à des communistes maquisards ou des nazis défaits fuyant à leur tour leurs persécuteurs ; un chrétien ne demande pas le CV, ni le certificat de baptême ou le billet de confession à quelqu'un qui se présente à sa porte en temps de crise aiguë et qui est visiblement en danger de mort : dans ce cas tout venu devient le prochain en danger. Si, par un hasard politique, un acte pareil de charité de la part d'un chrétien envers un maquisard ou un nazi avait été puni par une autorité en place de façon pareillement inique par la peine de mort, collective de surcroît (car une certaine peine, moins sévère certes, envers le responsable direct, pas les autres membres de sa famille, serait justifiable par un souci d'ordre social, même si cet ordre en temps de guerre ou de post-guerre comporte des aspects iniques), cela n'en aurait pas fait un martyr pour autant, car le châtiment ne serait pas non plus infligé pour une raison religieuse, mais purement politique ou sociétale.
images/icones/livre.gif  ( 957714 )Le Cardinal Journet et saint Thomas d'Aquin... par Chicoutimi (2022-12-22 04:18:42) 
[en réponse à 957713]

Le Cardinal Charles Journet, s'appuyant sur saint Thomas d'Aquin, affirme ceci:


''(...) Les théologiens expriment cela en disant que le martyre sanctifie ex opere operato. Saint Thomas, ayant rappelé que le baptême d'eau agit ex opere operato, ajoute que le baptême de sang libère de toute faute précédente et de toute obligation à la peine. Il fait cela, précise-t-il, non pas seulement ex opere operantis, car il pourrait se faire qu'une charité même supérieure à celle du martyre soit insuffisante à le libérer de sa peine: ''Il fait cela par sa ressemblance à la passion du Christ, hoc habet ex imitatione passionis Christi... Aussi, même les petits enfants qui n'ont pas encore le libre arbitre, s'il arrive qu'ils soient tués pour le Christ, sont baptisés dans son sang et sauvés'' (voir références 1 et 2 ci-bas).

(...) La liturgie célèbre la Fête des Saints Innocents. On a vu tout à l'heure que saint Thomas étendait leur privilège à tous les enfants qui seraient tués pour le Christ. ''Aujourd'hui encore, reprend Billuart, les petits enfants non baptisés qui seraient occis en haine du Christ ou de la religion chrétienne seraient des martyrs.'' Cette grande perspective continue de demeurer ouverte.''

Source: Charles Journet, Oeuvres complètes, volume XIII: 1952-1954, ICI



Référence 1:

Saint Thomas, Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 3 a. 3 qc. 3 ad 1 Voir:


''Aussi est-il dit des martyrs dans Ap 7, 14 : Ils ont lavé leurs tuniques dans le sang de l’Agneau. C’est pourquoi les enfants, bien qu’ils n’aient pas le libre arbitre, s’ils sont tués pour le Christ, sont sauvés en étant baptisés dans leur sang.'' (et ideo pueri quamvis liberum arbitrium non habeant, si occidantur pro Christo, in suo sanguine baptizati salvantur).



Référence 2:

Saint Thomas, Somme théologique, IIIa, q. 87, a. 1, ad 2 Voir:


''La passion endurée pour le Christ, on l'a dit plus haut, a l'efficacité du baptême. Elle purifie de toute faute vénielle et mortelle, à moins qu'elle ne rencontre une volonté adhérant actuellement au péché.''

images/icones/fleche2.gif  ( 957783 )Excellent ! par Lycobates (2022-12-23 11:33:07) 
[en réponse à 957714]

Merci pour ces précisions.

La citation du Super sententiis est très claire. La rédaction de ce texte précède d'une vingtaine d'années le texte de la Somme (III, q. 66, art. 12, ad 2) que j'avais cité.

Apparemment le saint Docteur ne prend plus en compte le cas des martyrs non baptisés dans la Somme, autant que je voie, pas dans la q. 87 que vous citez (qui concerne les adultes), et pas non plus dans la question consacrée au martyre (II-IIae q. 124 **), où est affirmée aussi (art. 2 ad 2) clairement la nécessité d'une charité in actu (martyrium sine caritate non valet).

Il subsiste donc une certaine inconséquence même chez Saint Thomas ce qui explique la discussion entre théologiens.

Pour résoudre la contradiction on pourrait dire avec Solá (De baptismo et confirmatione, dans le tome IV de la Sacrae Theologiae Summa, que pour être à la fois concis et complet j'avais pris en main par facilité) que la justification des enfants martyrs non baptisés se fait ad modum privilegii.

Mais ce n'est pas très satisfaisant.
Comme je disais il n'existe pas de décision définitive du Magistère sur ce point.

** si ce n'est art. 1, ad 1, où le saint Docteur évoque la possibilité que acceleratus est miraculose liberi arbitrii usus, que l'usage de la raison serait accéléré miraculeusement pour ceux qui n'en ont pas l'âge, pour leur permettre un acte volontaire de vertu, possibilité qu'il juge toutefois insatisfaisante, préférant (melius dicendum) que la gloire du martyre leur est acquise per Dei gratiam.
images/icones/livre.gif  ( 957811 )Selon saint Alphonse et saint Robert Bellarmin... par Chicoutimi (2022-12-23 18:32:48) 
[en réponse à 957783]

Voir surtout ce qui est en caractère gras.

Selon saint Alphone de Liguori:


''(...) Le baptême de sang est le versement du sang de quelqu’un, à savoir la mort, offert pour la Foi ou pour une autre vertu chrétienne. Ainsi, ce baptême est comparable au vrai baptême car, comme le vrai baptême, il permet la rémission des péchés et des châtiments, comme ex opere operato. Je dis «comme», car le martyre n’agit pas comme une stricte causalité [non ita stricte] à la manière des sacrements, mais par un certain privilège, en vertu de sa ressemblance avec la Passion du Christ. Ainsi, le martyr concerne également les enfants, étant donné que l’Eglise vénère les Saints Innocents comme de vrais martyrs. C’est pourquoi Suarez enseigne à juste titre que l’argument contraire [c’est-à-dire, l’opinion selon laquelle les enfants ne peuvent bénéficier du baptême de sang, ndt] est téméraire, au minimum. Chez les adultes, toutefois, l’acceptation du martyr est requise, au moins habituellement, dans le cadre d’un motif surnaturel. (...)''

Source: Saint Alphonse de Liguori, Théologie Morale, Livre 6, n°95-97 ICI




Selon saint Robert Bellarmin:


CHAPITRE 6

Le baptême du sang et du feu

''La question qui se pose maintenant est la suivante : le baptême de l’eau peut-il être remplacé par le baptême du sang (le martyre) tant pour les adultes que pour les enfants. Et, chez les adultes, par une vraie conversion du cœur. Kemnitius (...) admet ces trois baptêmes, et dit que les anciens avaient finement distingué trois baptêmes : celui du sang, du feu et de l’eau. Mais, c’est dans l’explication qu’il en donne, qu’il s’éloigne des catholiques. Il ne veut pas que ce soit le martyre ou la pénitence qui remette les péchés comme le fait le baptême d’eau, mais seulement la foi, que, pendant le martyre et la pénitence, le Christ accueille. Car, c’est elle seule qui justifie.

Illyricus aussi (...), dit que «contre la parole de Dieu, et en injuriant le baptême, Prosper a égalé le martyre au baptême.» Mais il n’apporte aucun argument. Kemnitius donne comme preuve que le martyre et la pénitence sont nos œuvres. «Il est donc absurde et impie d’accorder à nos œuvres une valeur égale au sang du Christ et à la vertu du baptême.»

Il le confirme par un passage tiré de saint Augustin (livre 4, chapitre 22, contre les donatistes) qui dit que ce n’est pas par sa passion que le bon larron a obtenu la rémission de ses péchés, mais par sa foi dans le Christ. Corrigeant ainsi saint Cyprien, qui avait enseigné le contraire. Je réponds que la sentence de Kemnitius est non seulement fausse, mais milite contre elle-même, et n’est pas dénuée de mensonges. Car, comme le même Kemnitius enseigne souvent, comme son maître Luther, que dans le baptême d’eau seule la foi justifie, ne se contredit-il pas quand il dit que le martyre et la pénitence ne remettent pas comme le baptême, puisque, en eux, seule la foi justifie?

De plus, on trouve deux mensonges dans sa sentence. Le premier. Quand il prétend que saint Augustin enseigne que le bon larron a été justifié par la seule foi. Car, ce n’est pas ce que dit saint Augustin. Il dit plutôt que le bon larron a été justifié «par la foi et la conversion du cœur.» Le deuxième mensonge. Quand il prétend que Saint Augustin a réfuté saint Cyprien qui a enseigné que le martyre justifie comme le baptême. Car cela est un impudent mensonge. Car, non seulement saint Augustin ne réfute pas saint Cyprien, mais il le loue dans ces termes : «La passion peut parfois produire l’effet du baptême, dit-on, du bon larron, qui n’avait pas été baptisé. Ce n’est pas une faible preuve que nous présente saint Cyprien : «aujourd’hui même tu seras avec moi dans le paradis.»

Il enseigne ensuite, un peu plus bas, qu’on ne peut pas dire que le bon larron a été un martyr, ni qu’il a été sauvé par le baptême du sang, mais par le baptême du feu. Mais, il dit cela pour confirmer la sentence de saint Cyprien. Car si le baptême du feu justifie, le baptême du sang justifiera bien plus, comme saint Cyprien l’avait dit. Et, pour donner une explication complète, j’énonce trois propositions.

La première. On dit avec raison que le martyre est un baptême. On prouve cette assertion par deux raisons. L’Écriture et les saints pères ont coutume de donner le nom de baptême au martyre. Marc X : «Pourrez-vous boire au calice que je boirai, ou être baptisés du baptême dont je vais être baptisé?» C’est ce que les pères enseignent souvent. Tertullien (dans son livre sur le baptême), dit, en parlant du martyre : «Voici le baptême que le bain de la régénération n’apporte pas ou n’annule pas.» Et Prosper dans ses épigrammes : «Et tout ce qu’apporte la forme mystique du lavement sacré, la gloire du martyre le fournit au complet.» Dans sa préface sur l’exhortation au martyre, saint Cyprien dit que le martyre est un baptême, et même «un plus grand que le baptême d’eau.» Saint Ambroise (dans le psaume 118, sermon 3), distingue trois baptêmes : un d’eau, un du sang, et l’autre du purgatoire dans l’autre vie.

Saint Jérôme (chapitre 4, aux Éphpsiens, sur les mots : «un seul baptême»), distingue le baptême d’eau du baptême du martyre. Saint Augustin (livre 13, chapitre 7, de la cité de Dieu, et épitre 168 à Séleucien, livre 1, chapitre 9, sur l’origine de l’âme), et livre 4 sur le baptême, chapitre 21 et 22), saint Cyrille de Jérusalem (catéchèse 3) parlent de ces deux baptêmes, comme le font aussi saint Grégoire de Naziance (dans son sermon sur les saintes lumières), saint Jean Damascène (livre 4, chapitre 10), saint Bernard (épitre 77), Hugues de Saint Victor (livre 2, par 6, chapitre 7 sur les sacrements).

L’autre raison est que le martyre ressemble au baptême d’eau par trois effets. Il configure l’homme à la passion et à la mort du Christ, il remet le péché originel et les autres péchés. Il remet aussi toute peine due aux péchés, autant éternelle que temporelle. Ce qui, parmi les sacrements, n’est propre qu’au baptême. Il faut également observer que ces choses ne sont pas toutes également certaines. Il est certain que le martyre soit une configuration à la mort du Seigneur, et une configuration plus noble que celle du baptême d’eau; parce que l’une est réelle, l’autre sacramentelle. Il est aussi certain pour tous qu’il remet toute peine, de façon à ce que les martyrs entrent directement dans le ciel. On le déduit cela de ce que l’Église ne prie jamais pour le repos de l’âme des martyrs, mais se recommande à eux. Comme le dit saint Augustin dans son sermon 17 sur les paroles des apôtres, et saint Innocent (dans le chapitre cum Marthae, sur la célébration de la messe) : «Celui qui prie pour le martyr fait une injure au martyre.»

Voilà pourquoi saint Cyprien (livre 4, épitre 2 à Antonianus) dit, en comparant la mort des martyrs avec celle des autres chrétiens : «Autre est d’obtenir le pardon, autre est de parvenir à la gloire; autre est d’être envoyé en prison et ne pas en sortir tant qu’on n’aura pas payé le dernier centime, autre est de recevoir immédiatement la récompense de la foi et de la vertu; autre est d’être purifié de ses péchés par des tourments et de grandes souffrances, et d’être purgés longtemps dans le feu, autre est de purger tous ses péchés par le martyre; autre est de dépendre de la sentence du Seigneur au jour du jugement, autre est d’être couronné tout de suite par le Seigneur.»

Le second effet présente une plus grande difficulté. Car, ne manquent pas les théologiens, comme Dominique a Soto et Martin Ledesmius (1V, dist 3, question 1, art 11) qui enseignent le martyre ne produit pas une grâce par l’œuvre opérée, mais seulement par l’œuvre de l’opérant, et que ce degré de grâce correspond au mérite de charité du martyr. Car un martyre soutenu sans charité n’est d’aucun profit. Voilà pourquoi nous croyons que tous les vrais martyrs ont eu la charité véritable et même parfois, la plus grande, avant même qu’ils subissent le martyre. Saint Jean XV : «Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis.»

Mais la sentence la plus probable est que le martyre confère la première grâce par l’œuvre opérée (l’opération de l’œuvre), de telle sorte que si quelqu’un se présente au martyre en état de péchés, avec une foi et une charité de commençants, et une pénitence imparfaite, il faut que, avant le baptême d’eau, il soit justifié et sauvé dans la vertu du martyre, par l’œuvre opérée. C’est ce qu’enseigne expressément saint Thomas ( 4 dist 4.question 3, art 3, a 1, et toute la question 4), Jean le majeur, Gabriel et d’autres (même dist livre 4.)

Et on le prouve d’abord, par le martyre des enfants. Il est établi que les enfants tués pour le Christ ne sont pas seulement sauvés, mais placés par l’Église au rang des martyrs, comme nous le montre la fête des saints Innocents, dont parle saint Bernard (dans son sermon sur les innocents, et avant lui saint Augustin (livre 3, chapitre 23 du libre arbitre, et l’épitre aux tibaritains. Or, les enfants ne peuvent rien faire, et ils sont pécheurs avant d’avoir été baptisés par l’eau ou le sang.

Ils répondent que les saints innocents avaient été circoncis, et donc justifiés avant le martyre. Mais cette réponse ne vaut rien. D’abord, nous ne savons pas vraiment s’ils ont été circoncis. Il est même probable, pour ne pas dire à peu près certain qu’ils n’ont pas tout été circoncis. Car, Hérode tua tous les enfants qui étaient à Bethléem et dans les parages. Et il ne commanda pas que seuls les enfants Juifs soient tués mais, tous les enfants. Il est fort probable qu’il y ait eu quelques Gentils parmi eux. De plus, il ordonna de tuer tous les enfants de deux ans en baissant. Ont donc pu être tués aussi des enfants qui n’étaient pas encore parvenus au huitième jour.

De plus, ce n’est pas de foi que la circoncision justifiait. Et pourtant l’Église croit, en toute sureté, que tous ces enfants sont sauvés. Et elle les honore comme martyrs. On peut donc en conclure que la passion qu’ils ont subie pour le Christ leur a conféré cela par l’œuvre opérée. Sotus répond que ce fut un privilège d’enfants. Mais il l’affirme cela sans aucun fondement. Or, si le martyre confère quelque chose aux enfants par l’œuvre opérée, pourquoi pas aux adultes aussi? Le martyre des adultes n’est certes pas moins grand et moins efficace que celui des enfants. Au contraire, il est plus noble et plus efficace.


On le prouve ensuite par la raison de saint Thomas. Car, la grâce de rémission de tous les péchés qui est donnée aux martyrs ne peut pas l’être par l’œuvre de l’opérant, car cela viendrait ou de la tolérance de la peine, ou de la ferveur de la charité. Non de la tolérance de la peine, car plusieurs martyrs furent autrefois de grands criminels qui avaient mérité mille fois la mort, et une mort légère comme la décapitation n’était certainement pas une peine suffisante. Et cependant, s’ils ont été de vrais martyrs, toutes les peines leurs ont été remises. Cela n’a pas pu se faire non plus par le mérite de la charité. Car, il y a eu beaucoup de confesseurs qui ont eu une charité plus grande que les martyrs. Et pourtant, ils n’ont pas eu la rémission de toutes les peines dues au péché. Il faut donc reconnaitre que le martyre confère la grâce par l’œuvre opérée, c’est-à-dire de par le pacte et l’institution du Christ. Or, si le martyre confère la grâce par l’œuvre opérée, il pourra certes procurer la première grâce.

Troisièmement. Quand l’Église veut vénérer quelqu’un comme martyr, elle ne se demande jamais s’il était en état de grâce, mais honore tous indifféremment ceux qui, après enquête, sont déclarés avoir été tués pour le Christ, en haine de la foi. Car, les hérétiques et les schismatiques ne peuvent pas être des martyrs, puisqu’ils font obstacle à la grâce de Dieu par le péché d’infidélité et de schisme, dans lequel ils persévèrent en acte.

Quatrièmement. Si le martyre ne conférait pas la première grâce par l’œuvre opérée, mais seulement par la ferveur de la charité, le baptême du sang ne se distinguerait pas suffisamment du baptême de pénitence, puisque les deux consisteraient dans une conversion interne, et une motion de l’âme en Dieu, car l’un et l’autre seraient un baptême de conversion et dans un mouvement de l’âme vers Dieu. Et pourtant, le baptême du sang se distingue du baptême de feu, par l’effusion elle-même du sang qui, dans le martyre, supplée au baptême d’eau. Dans le baptême de feu, seule compte la conversion interne et l’aspiration du Saint-Esprit. (...)''



Source: Saint Robert Bellarmin, Les Controverses de la Foi Chrétienne contre les Hérétiques de ce Temps (Disputationes de controversiis christiniæ fidei adversus hujus temporis hæreticos) ICI.
images/icones/1a.gif  ( 957865 )Vous êtes bien zélé ... par Lycobates (2022-12-24 23:19:04) 
[en réponse à 957811]

et je vous en remercie, ainsi que pour ces citations, bien connues, qui démontrent (notamment celle de Saint Bellarmin ***) la discussion théologique (non aboutie et non tranchée par le Magistère) à ce sujet, même si à partir du XVI/XVIIe s., je vous le concède tout de suite, un certain consensus se dessine en faveur de la thèse que vous défendez. Je ne m'y opposerais pas. Pointer du doigt cette discussion était en fait le motif principal de mes messages "nuance" et "à vérifier" plus haut dans ce fil.

Car rassurez-vous, il ne s'agit pas de nier ou de mettre en doute la justification de la vénération des Innocents (ce ne serait pas possible) ou d'autres enfants non baptisés martyrs canonisés (encore faudrait-il qu'on en donnât des exemples concrets et précis, ce qui n'est, autant que je voie, jamais le cas ; or, les Innocents sont, à mon avis, un cas spécial, ad modum privilegii, c'est ce que dit Saint Alphonse aussi, dans votre citation).

La question n'est en effet pas de savoir si ces Innocents et éventuellement d'autres enfants martyrs canonisés de l'époque chrétienne ultérieure (post Evangelium promulgatum, car les Innocents sont de l'Ancienne Alliance), tués dans des circonstances pareilles, sont de vrais saints (on ne saurait en douter), mais d'élucider comment il faut comprendre qu'ils ont pu être martyrs (témoins), et donc saints, sans avoir voulu (sans avoir pu vouloir) l'être.
Saint Thomas (je l'ai cité, II-IIae q. 124, art. 1, ad 1) écarte comme invraisemblable l'idée que leur libre arbitre aurait été accéléré de façon miraculeuse pour leur permettre de faire un acte de vertu surnaturelle (et c'est peut-être en effet infondé de supposer un tel miracle, mais il n'est pas infondé de postuler sa nécessité), et il présume, je crois faute de mieux (Alexandre de Hales, Bonaventure, et après lui, Domingo de Soto, Bañez et Vásquez n'étaient pas de cet avis), une grâce spéciale, ad hoc, de Dieu.
Fort bien, mais c'est encore autre chose que de dire carrément, comme pour les Sacrements proprement dits, que le martyre opère pour un non baptisé la grâce de la justification ex opere operato, par le fait même. Et en fait on ne dit pas cela, les théologiens parlent de façon plus prudente (voir e.a. Scheeben, Dogmatik IV, nº 366 pour un aperçu) d'un quasi ex opere operato ou per modum operis operati.

Il existe à ce sujet une thèse de Wilhelm Hellmanns, de l'Université de Breslau (en Silésie), faculté de théologie catholique, Wertschätzung des Martyriums als eines Rechtfertigungsmittels in der altchristlichen Kirche bis zum Anfange des vierten Jahrhunderts de 1912.
Je ne l'ai pas, je vais essayer de la trouver.

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Soulignés et ajouts par moi

Le second effet présente une plus grande difficulté. Car, ne manquent pas les théologiens, comme Dominique a Soto et Martin Ledesmius (1V, dist 3, question 1, art 11) qui enseignent le martyre ne produit pas une grâce par l’œuvre opérée, mais seulement par l’œuvre de l’opérant, et que ce degré de grâce correspond au mérite de charité du martyr. Car un martyre soutenu sans charité n’est d’aucun profit [Saint Thomas le dit aussi explicitement dans III, q. 66, art. 12, ad 2 et II-IIae q. 124, art. 2 ad 2 !]. Voilà pourquoi nous croyons que tous les vrais martyrs ont eu la charité véritable et même parfois, la plus grande, avant même qu’ils subissent le martyre. Saint Jean XV : «Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis.» Mais la sentence la plus probable est que le martyre confère la première grâce par l’œuvre opérée (l’opération de l’œuvre), de telle sorte que si quelqu’un se présente au martyre en état de péchés, avec une foi et une charité de commençants, et une pénitence imparfaite, il faut que, avant le baptême d’eau, il soit justifié et sauvé dans la vertu du martyre, par l’œuvre opérée. C’est ce qu’enseigne expressément saint Thomas ( 4 dist 4.question 3, art 3, a 1, et toute la question 4 [mais pas dans la Somme !]), Jean le majeur, Gabriel et d’autres (même dist livre 4.)