Après le choc, les fidèles de retour à l’église à Montfort-sur-Meu
L’abbé Yannick Poligné, curé de la paroisse de Montfort-sur-Meu (Ille-et-Vilaine), près de Rennes, a été mis en examen dimanche 6 novembre 2022 et placé en détention provisoire pour viol aggravé sur un adolescent de 15 ans. Une semaine après, les fidèles étaient de retour à l’église pour la messe, dimanche 13 novembre 2022, où Mgr d’Ornellas, archevêque de Rennes, est venu à leur rencontre.
Ouest France - Virginie ÉNÉE.
« Je ne veux pas en parler, ça me fait trop mal… » Les visages sont fermés en entrant dans l’église de Montfort-sur-Meu. Ce dimanche matin 13 novembre 2022 s’y tient le premier office depuis le placement en détention de l’abbé Yannick Poligné, 52 ans, curé de cette paroisse de l’ouest de Rennes (Ille-et-Vilaine). Il est mis en examen pour viol aggravé sur un adolescent de 15 ans, avec usage de drogue pour altérer le discernement de la victime. Ainsi que mise en danger de la vie d’autrui, du fait de sa séropositivité.
Le ciel brumeux est à l’image de l’âme des fidèles. « Oh, vous savez… », commence cette septuagénaire avant de retenir ses larmes, de s’excuser et de rentrer dans l’église.
D’autres ont du mal à cacher leur colère : « On ne peut plus croire en rien, c’est inquiétant pour notre jeunesse surtout, déplore ce couple de quinquagénaires. C’est bien triste. »
Mgr d’Ornellas venu demander pardon
L’église est quasi comble. Une majorité de fidèles âgés, mais aussi quelques familles avec enfants, et quelques adolescents. L’office est donné par Monseigneur Pierre d’Ornellas, archevêque du diocèse, venu écouter « la colère, la tristesse, la stupéfaction ».
« Votre douleur est aussi la mienne, assure-t-il en introduction : ma confiance aussi a été trahie. Voilà que vous découvrez qu’il a succombé au mal au point de briser l’âme d’un mineur, en abusant de lui sexuellement. Comment comprendre l’inacceptable ? Comment parler aux jeunes que vous avez la mission d’éduquer ? Moi, votre évêque, au nom de l’Église, je vous demande pardon », poursuit-il, avant de « demander au Seigneur de bénir cette église pour la laver du mensonge qui l’a habitée ».
Il s’agenouille ensuite longuement devant l’autel, dos aux fidèles, pour demander pardon. Le chœur reprend le chant : « Oh Christ, prends pitié de nous. » L’émotion se lit sur les visages.
« Le fléau des abus sexuels »
Un peu plus tard, dans son homélie, l’archevêque a appelé à prier pour la jeune victime « abusée violemment » et rappelle l’engagement du pape François et de l’Église contre « le fléau des abus sexuels, en particulier ceux commis sur des mineurs ». Avant de conclure : « Peut-être qu’en raison d’une maladie [sa séropositivité], celui qui était votre curé s’est isolé de la communauté dont il était le pasteur. Le drame est arrivé… »
« Ça a été un cataclysme »
À la sortie de l’église, les fidèles saluent la venue de leur évêque : « C’était apaisant. Il a reconnu les choses, on avait besoin de l’entendre. Maintenant il faut avancer », commente une dame.
« Ces paroles ont été réconfortantes », abonde une autre femme, toujours heurtée par ce qu’elle a appris jeudi dernier. « C’était un bon prêtre, on ne pouvait pas imaginer ça du tout, ça a été un cataclysme. »
« On est tous choqués car on le connaissait bien », confie Pierre-Marie. Pas de quoi pour autant ébranler la foi du jeune homme : « Je fais la différence entre un acte mené par une personne, et l’Église, la foi. Le fait que l’église soit pleine ce matin le confirme, je pense. »