Le Forum Catholique

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images/icones/marie.gif  ( 955112 )"Sainte Marie, Mère et épouse du Christ" par Gereo (2022-11-02 14:06:52) 

J'avais déjà posé la question ICI, mais cela ne disait rien à personne, pourtant cela apparaît dans les Litanies mariales de l’ordre des Prêcheurs : "Sainte Marie, Mère et épouse du Christ"

L'enjeu est de savoir si cette idée est délirante est hétérodoxe chez un Thomas Philippe, ou finalement traditionnelle. Je cite la notice biographique des frères prêcheurs écrite par Etienne Fouilloux :


[Le père Thomas Philippe] passe avec succès, à l’Angelicum en 1939, l’examen ad gradus, dernière étape avant la maîtrise en théologie. Mais le caractère décisif de son premier séjour romain est ailleurs. Il aurait été bénéficiaire, le 20 octobre 1938, d’une révélation devant le tableau du XIXe siècle représentant Marie Mater admirabilis, dans une chapelle de l’église de la Trinité des Monts : non pas une apparition, mais une sorte de mariage mystique avec la Vierge, dans lequel il voit la transposition du mariage de Jésus avec sa mère, conviction aventurée qui fera frémir Jacques Maritain (« Et cette manière de vouloir faire de la Sainte Vierge l’épouse de son Fils […] m’exaspère et me scandalise », lettre à l’abbé Journet, Correspondance, IV, 24 juillet 1951, p. 140). Aussitôt rapporté au père Dehau, l’épisode ne semble pas avoir conduit celui-ci à freiner l’ardeur périlleuse de son dirigé. La piété mariale du père Philippe, déjà notoire, envahit alors l’ensemble de sa vie spirituelle et de sa prédication



Si quelqu'un en sait plus...
images/icones/neutre.gif  ( 955137 )Les vierges consacrées sont dites épouses du Christ | par jl dAndré (2022-11-02 21:13:06) 
[en réponse à 955112]

On ne voit pas pourquoi la très sainte vierge ferait exception.
Il reste que l'expression est pour le moins inusitée, justement parce que la sainte vierge est aussi sa mère.
images/icones/neutre.gif  ( 955151 )Merci pour la réponse par Gereo (2022-11-03 12:14:01) 
[en réponse à 955137]

qui va d'ailleurs dans le sens des litanies mariales que je citais :


Vierge Mère de Dieu,
Mère inépousée,
Mère toujours vierge,
Vous qui êtes Mère et Vierge

images/icones/neutre.gif  ( 955152 )Pour compléter Maritain par Sombreval (2022-11-03 12:27:33) 
[en réponse à 955112]

".... Et cette manière de vouloir faire de la Sainte Vierge l’épouse de son Fils […] m’exaspère et me scandalise"

Je vous renvoie à ce passage de Création et Procréation d'Albert Frank-Duquesne qui va dans le même sens que Maritain.


Quant à la Vierge, parfois qualifiée lyriquement d'Eve nouvelle, nous avouons ne pas goûter personnellement l'espèce de syzygie Adam-et-Eve ou Christ-et-Vierge qu'on célèbre parfois, parce qu'elle me rappelle trop certaines aberrations gnostiques, ou encore, qu'on me pardonne, les incestes pharaoniques. Ayons la tête dans le ciel, mais les pieds sur la terre ; on peut être à la fois mère et fille, voire sœur, non pas épouse (il y a là, comme en certaines autres extravagances de vocabulaire ultra-bigot et sentimentalo-mièvre, quelque chose qui choque ma pudeur et mon goût). L'Epouse du Christ, c'est, d'après la Révélation, la nature humaine transfigurée, hypostatiquement, vitalement unie à Dieu : l'Eglise, Sophie créaturelle. La Vierge, au sein de l'Eglise la première à réaliser le but, est parvenue au terme après ses jours de chair (cf. Hébr., 5:7-9) ; en elle, ce que doit accomplir l'Eglise est effectué déjà : elle est ce que l'Eglise doit devenir et elle l'est dès sa conception, dès sa création même. A ce titre, elle est le « signe », la réalité vivante et symbolique à la fois, le « drapeau » de l'Eglise (c'est pourquoi, au Chapitre XII de l'Apocalypse, où saint Jean, pour représenter l'éternelle Eglise, la double Sagesse, lui donne les traits de Marie, il parle d'un « signe ».


images/icones/neutre.gif  ( 955183 )Concernant votre citation par Gereo (2022-11-04 12:59:33) 
[en réponse à 955152]

Pourriez-vous m'indiquer la référence précise (n° de page) du livre d'Albert Franck-Duquesne (aux éditions de Minuit 1951 ?)
images/icones/neutre.gif  ( 955188 )Les références par Sombreval (2022-11-04 13:49:19) 
[en réponse à 955183]

Bonjour,
Les références exactes de cet ouvrage unique qui est aussi le premier traité de sophiologie catholique, avant la trilogie de Bouyer sur la Sophia (Bouyer qui au passage ne cite même pas Frank-Duquesne, ce qui est le comble...) :

Dans l'édition de 1951 (éditions de Minuit) : p.88

L'ouvrage est disponible en format pdf dans le Fonds Frank-Duquesne : p.75-76
images/icones/idee.gif  ( 955153 )Il y a aussi : "épouse du Saint-Esprit" par Sacerdos simplex (2022-11-03 12:49:52) 
[en réponse à 955112]


c'est sûr que "épouse du Christ" évoque des sentiments étranges, même si c'est théologiquement envisageable.
De nombreux mystiques* ont qualifié Marie de "Fille du Père Eternel, Mère du Fils, Epouse du Saint-Esprit", ce qui me semble tout à fait acceptable, et met en valeur ses liens avec chaque personne de la sainte Trinité.


*Ne me demandez pas lesquels, je ne sais plus, tellement j'en a lus...


images/icones/neutre.gif  ( 955160 )De dérive en dérive... par Yves Daoudal (2022-11-03 17:59:02) 
[en réponse à 955112]

il faudrait aussi mettre dans ces litanies "Belle-mère du Christ", puisqu'elle est la mère de l'Eglise qui est l'épouse du Christ...

Dans le Cantique des cantiques, l'épouse est "soror mea sponsa", ma soeur épouse. Cette épouse est l'Eglise, et (donc) aussi la Mère de Dieu, "immaculata mea". Conformément aux trois niveaux de lecture du Cantique, c'est aussi toute âme de croyant, puisque le chant nuptial est celui des noces de toute âme avec le Christ. Toute âme est donc épouse du Christ, donc la Mère de Dieu, dans ce sens, l'est éminemment... Mais c'est absurde de tout mettre ainsi en vrac, "mère et épouse" - et belle-mère - dans une prière.
images/icones/neutre.gif  ( 955203 )Je suis bien d'accord avec vous, mais par Gereo (2022-11-04 16:12:22) 
[en réponse à 955160]

la question se pose de l'"autorité" de cette litanie qui fait partie du sanctoral dominicain. Assez ancien il me semble, je ne sais pas où trouver la version latine.

Sans ce sanctoral, on pourrait dire que l'expression relève d'une espèce de gnose mariale (Cf. l'avis de l'auteur cité par Sombreval), du moins d'un raccourci fâcheux. L'expression se retrouve aussi sous la plume de son frère, le M-D Philippe dans ce passage qui me paraît par ailleurs très critiquable :


Mais le Père veut que Marie soit là, que Jean soit là, que nous soyons là. Le Père veut que la Croix du Christ soit source d’autres croix, qu’elle soit source du mystère de la Compassion. Pourquoi cela ? Pour que, par le mystère de la Compassion, Marie soit plus intimement liée à Jésus. L’alliance de l’Époux et de l’épouse réclame que l’épouse porte toute la souffrance de l’Époux, qu’ils aient “même vouloir” (comme dit saint Thomas) et qu’ils puissent réaliser ensemble la même œuvre. Autrement Marie ne serait pas l’épouse du Crucifié, elle serait seulement la petite enfant qui reçoit tout gratuitement. Ce serait très beau, certes, mais il y a quelque chose d’encore plus grand : cette petite enfant aime tellement qu’elle veut réaliser la même œuvre que Jésus, être “une” avec Jésus dans le mystère de la Croix. C’est un grand mystère que celui de l’Agonie, qui nous fait comprendre cette surabondance de la Croix : dans l’ordre de la justice, la Passion du Christ, la Croix du Christ, suffit ; mais dans l’ordre de l’amour (qui demande toujours de surabonder), il faut le mystère de la Compassion pour que la Femme, Marie, soit plus intimement liée à Jésus, et que l’alliance de l’Époux et de l’épouse annoncée dans l’ancienne Alliance (depuis le prophète Osée jusqu’au Cantique des cantiques) puisse se réaliser pleinement entre Jésus et Marie, entre Jésus, Marie et Jean. Et ce mystère est pour toute l’Église ; nous sommes donc, nous aussi, directement concernés.


(Les Trois sagesses pp. 489-490.)
images/icones/neutre.gif  ( 955206 )[réponse] par Yves Daoudal (2022-11-04 19:10:18) 
[en réponse à 955203]

Je viens de faire une recherche sur G**gle sur "mater et sponsa Christi". Il n'y a que deux pages de résultats. Aucune litanie à la Vierge. L'expression ne se trouve en fait que pour désigner l'Eglise : "Ecclesia mater et sponsa Christi". L'Eglise mère et épouse du Christ. L'Eglise est mère des croyants parce qu'elle est l'épouse du Christ.

Que Marie soit le type de l'Eglise et donc notre mère n'implique pas qu'elle soit épouse du Christ comme on dit que l'Eglise est épouse du Christ.

Il est inadmissible de mettre ensemble les mots "mère et épouse" pour désigner les relations de Marie et du Christ. Ou alors il faut mettre "belle-mère, mère, épouse, sœur et fille du Christ"...
images/icones/neutre.gif  ( 955208 )Pour commencer par Meneau (2022-11-04 19:57:35) 
[en réponse à 955112]

... il s'agirait de savoir d'où vous tirez ces litanies. Je n'ai trouvé que le site auquel vous renvoyez pour dire "épouse et mère". Une autre version , complètement différente chez les dominicains d'Avrillé ne comporte pas le mot "épouse".

S'il s'agit vraiment de litanies "de l'ordre des frères prêcheurs", on doit pouvoir les trouver dans quelque recueil de prières à l'usage des dominicains non ?

Cordialement
Meneau
images/icones/neutre.gif  ( 955209 )Par ailleurs ... et pour Daoudal par Meneau (2022-11-04 20:05:06) 
[en réponse à 955208]

il est un peu paradoxal de lire d'abord "Mère inépousée", et 7 invocations plus loin "Mère et épouse". Mais bon, à la rigueur on pourrait trouver une explication.

Mère inépousée ? Cette invocation m'interpelle aussi. Et St Joseph dans tout ça ?

Mais pour Daoudal, et ceux qui connaissent un peu la liturgie orthodoxe, que pensez-vous de cette formulation : "Réjouis-toi, Epouse immaculée du Père invisible" que l'on trouve dans l'hymne acathiste de la dormition ?

Cordialement
Meneau
images/icones/neutre.gif  ( 955231 )[réponse] par Yves Daoudal (2022-11-05 11:51:51) 
[en réponse à 955209]

"Mère inépousée" est une traduction de Μῆτερ ἀπείρανδρε, mitèr apirandré, littéralement mère qui n’a pas connu d’homme, que l’on trouve dans la 9e ode des matines de la Pentecôte qui est aussi le mégalynaire (l'hymne mariale après la consécration) de la divine liturgie de la Pentecôte.

La formule la plus courante dans la liturgie byzantine est Νύμφη Ανύμφευτε, nymfi anymfèftè, épouse inépousée, refrain de l’Acathiste (12 fois).

On trouve aussi parfois, notamment dans la première ode de l’Acathiste, et aussi dans d’autres textes liturgiques, Θεόνυμφε, théonymfè, épouse de Dieu.

L’expression que vous citez ensuite ne se trouve que dans le texte mis en lien, et ne mérite donc aucun commentaire. On pourrait perdre beaucoup de temps à s’occuper d’expressions trouvées dans la floraison anarchique d’acathistes non canoniques. Comme dans les innombrables litanies qu'on peut trouver dans l’Eglise latine…

Je ne comprends pas pourquoi vous parlez de la « liturgie orthodoxe » alors que c’est la liturgie d’une dizaine d’Eglises catholiques. Je ne pense pas que vous dites « l’auteur orthodoxe Jean Chrysostome » pour désigner celui dont la principale divine liturgie byzantine porte le nom.
images/icones/neutre.gif  ( 955234 )Merci ! par Meneau (2022-11-05 12:37:19) 
[en réponse à 955231]

Je prends conscience que je suis moi-même tombé dans les travers que je dénonçais dans le même fil. Mea culpa !

Quant au dernier point : n'étant familier ni des liturgies orthodoxes ni des liturgies catholiques orientales, je pensais, sans doute à tort, que les prières dites "acathistes" étaient plutôt le fait des orthodoxes.

Je relève néanmoins un autre point dans votre réponse :


Θεόνυμφε, théonymfè, épouse de Dieu


Dans quel sens doit-on entendre cette formulation, et ne peut-on pas en déduire d'une façon ou d'une autre l'expression par vous plus haut controversée d'épouse du Christ ?

Cordialement
Meneau
images/icones/neutre.gif  ( 955254 )[réponse] par Yves Daoudal (2022-11-05 16:44:59) 
[en réponse à 955234]

Pardonnez-moi d'insister, mais l'expression "liturgies catholiques orientales" n'est pas recevable si c'est par distinction d'avec des "liturgies orthodoxes". Car il s'agit rigoureusement de la même chose. (A l'exception de la liturgie maronite, qui sous influence romaine a quelque peu dérivé de sa source syriaque.)

Un prêtre grec-catholique peut se servir d'un missel grec-orthodoxe et réciproquement. C'est exactement le même texte et les mêmes rubriques (avec des variantes selon les Eglises, mais qui ne changent rien à l'affaire).

L'Acathiste est un office important du carême byzantin, donc tant chez les catholiques que chez les orthodoxes.

J'ai évoqué Θεόνυμφε, qui est assez peu usité, parce que le terme explique en partie l'expression Νύμφη Ανύμφευτε: l'épouse inépousée est l'épouse de Dieu, c'est pourquoi elle est inépousée du point de vue humain. Telle est la différence entre épouse de Dieu-Trinité, qui donne naissance à Dieu fait homme, et l'impossible "épouse du Christ" qui serait épouse de celui qui est non seulement vrai Dieu mais vrai homme, lequel homme est son fils.

Quant à saint Joseph, dans la liturgie byzantine, on fait seulement mémoire de lui le dimanche après la Nativité, par le canon des matines qui lui est dédié, et par un tropaire par lequel on lui demande d'annoncer à David (evangelizou) les merveilles dont il est le témoin. Il est à noter que le mot qui le désigne est μνήστωρ, mnistor, qui ne veut pas dire époux mais prétendant, fiancé (c'est le mot que saint Luc emploie, dans sa forme verbale, dans l'évangile de l'Annonciation).
images/icones/neutre.gif  ( 955255 )Il y a pourtant bien des différences par Halbie (2022-11-05 17:09:00) 
[en réponse à 955254]

Une partie des Grecs-catholiques célèbrent la divine liturgie en semaine en Carême et il y a des messes/offices de saint Joseph et du Saint Sacrement.
images/icones/neutre.gif  ( 955256 )J'oubliais par Halbie (2022-11-05 17:11:42) 
[en réponse à 955255]

Le dimanche de saint Grégoire Palamas qui n'est évidemment pas célébré la plupart du temps.
images/icones/neutre.gif  ( 955259 )Bien sûr. par Yves Daoudal (2022-11-05 18:29:25) 
[en réponse à 955255]

les melkites catholiques ont la fête Dieu depuis le XIXe siècle, les Siciliens célèbrent saint Joseph, la plupart des byzantins catholiques ne célèbrent pas saint Grégoire Palamas, etc.

Je voulais parler de ce que nous appelons "l'ordinaire de la messe".
images/icones/neutre.gif  ( 955272 )Il me semble que l'ordinaire est lui-même par Halbie (2022-11-05 21:57:29) 
[en réponse à 955259]

Allégé chez les Roumains et le Ruthènes (sinon officiellement du moins en pratique).
images/icones/neutre.gif  ( 955285 )Chez bien d'autres aussi par Yves Daoudal (2022-11-06 10:59:24) 
[en réponse à 955272]

mais sans doute aussi chez des orthodoxes. Il n'y a pas chez les byzantins autant de "rubriques" impératives que chez les latins. Il en est de même de l'office. L'office et liturgie de la nuit de Pâques à Sviatogorsk dure huit heures, et les moines ne traînent pas. Il y a une notion de participation: on participe à l'office comme on peut, ce qui vaut d'une certaine manière pour la divine liturgie. Il me semble d'ailleurs qu'un byzantin considère qu'il a participé à la liturgie s'il est allé faire brûler un cierge et baiser les icônes (importance capitale des icônes sur le plan liturgique).

Cela dit, en y repensant, il y a UNE différence: c'est seulement chez les catholiques que le diacre demande de prier pour "le pape de Rome"...