Le Forum Catholique

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images/icones/vatican.gif  ( 951791 )Les cardinaux Ouellet et Kasper s'objectent à une réforme de François par Chicoutimi (2022-08-30 19:53:55) 

Un article d'Yves Daoudal:

Sa curie

29/08/2022

''(...) deux cardinaux ont pris les devants pour dénoncer l’un des aspects phares de la réforme : la possibilité pour le pape de nommer des laïcs à la tête des dicastères.

Il est hélas significatif que ces cardinaux ne soient que deux, et surtout qu’ils ne soient pas du tout du côté tradi : il s’agit de Ouellet et Kasper. Et ils affirment que cette réforme est contraire à l’enseignement de Vatican II. Ce qui est vrai.

Sans doute cela montre-t-il que les cardinaux non plus n’ont pas lu les textes de Vatican II. A l’exception de ces deux-là, et vraisemblablement de quelques autres qui placent l’obéissance aveugle au pape avant la vérité.

(...)

En bref, Vatican II a enfin établi que l’épiscopat est sacramentel, la plénitude du sacrement de l’ordre. L’Église d’Occident au moyen âge avait progressivement adopté le mode de fonctionnement, donc aussi le mode de pensée, de la féodalité. Lorsque la doctrine s’est cristallisée à la Renaissance, notamment au concile de Trente, on a vu le sacrement de l’ordre comme le sacrement qui fait les prêtres, dont certains étaient «élevés à la dignité d’évêque», ce qui leur donnait divers pouvoirs. A commencer par le « pouvoir » d’ordonner des prêtres en leur «conférant» les instruments nécessaires pour célébrer la messe. Et il aura fallu attendre Pie XII pour que l’Église d’Occident admette enfin que le sacrement de l’ordre est transmis par l’imposition des mains (comme le disait saint Paul !), et non par la «porrection des instruments».

La doctrine élaborée en ces temps-là conduisait au fait que le « pouvoir » n’était pas intimement lié au sacrement. Et c’est ainsi que des laïcs pouvaient être cardinaux et gouverner des diocèses, ou être abbés commendataires. Ce qui est une aberration du point de vue de l’Église du premier millénaire, et toujours une aberration pour les Églises d’Orient, d’où sans doute la réaction du cardinal Kasper.

Ces deux cardinaux disent donc haut et fort que François veut en revenir aux aberrations d’antan et qu’il s’oppose à l’enseignement de Vatican II. (...)''

Pour lire en entier, c'est ICI.
images/icones/1j.gif  ( 951810 )S'opposent par Jean-Paul PARFU (2022-08-31 09:57:27) 
[en réponse à 951791]

serait peut-être mieux ?!
images/icones/info2.gif  ( 951816 )Plus exactement par XA (2022-08-31 11:41:24) 
[en réponse à 951791]

Selon le Multidictionnaire, le Chouinard, le Colpron et le Dagenais, il n'est pas admis d'utiliser le verbe objecter à la forme pronominale. Cet emploi serait attribuable à l'influence du verbe anglais to object, qui peut traduire aussi bien objecter (quelque chose) que s'opposer (à quelque chose).

S'objecter, de fait, n'est pas reçu dans le Petit Robert, le Lexis ni le Trésor de la langue française informatisé.
images/icones/carnet.gif  ( 951827 )Objection, votre honneur! par Chicoutimi (2022-08-31 18:50:19) 
[en réponse à 951816]

Permettez-moi, cher XA, de développer deux objections:

1- La coutume versus la norme

Il est vrai que plusieurs instances rejettent l'usage du verbe ''objecter'' à la forme pronominale.

Par exemple, sur le site du Gouvernement canadien, l'emploi de ce verbe à la forme pronominale est qualifié de ''barbarisme'', de ''solécisme'' et ''d'anglicisme'', mais on y reconnaît tout de même un usage ancien:


''C’est par analogie avec le verbe s’opposer qu’on en est venu à dire [s’objecter] dans l’ancien parler du Canada français. Encore de nos jours, d’ailleurs, l’emploi d’objecter à la forme pronominale est fort répandu et persistant, comme l’attestent les nombreuses occurrences de cette forme vicieuse dans notre langue, tant parlée qu’écrite.

En plus d’être un barbarisme (...), c’est un solécisme (...) et un anglicisme (...)''. (Source).



De même, selon l'Office de la langue française au Québec, cet usage n'est pas recommandé même si on reconnaît qu'elle est courante au Québec:


''La forme pronominale s'objecter, courante au Québec, est sans doute attribuable à l'influence du verbe anglais to object, qui rend à la fois l'idée d’«objecter quelque chose» et celle de «s'opposer à quelque chose». Le recours à la forme réfléchie s'objecter pour exprimer ce dernier sens s'explique peut-être par l'attraction formelle avec le verbe s'opposer, avec lequel objecter partage une partie de son sens.

Des verbes comme s'opposer à, être contre, se prononcer ou s'élever contre, ou encore protester peuvent être substitués à s'objecter selon le contexte.'' (Source)



Ceci étant dit, une manière de parler qui est coutumière, et ce depuis une bonne période de temps, est-elle illégitime en raison d'une norme linguistique, ou bien a-t-elle préséance sur une norme?

Permettez-moi une analogie avec la coutume ecclésiale selon le droit canonique: ''(...) la coutume centenaire ou immémoriale peut prévaloir contre une loi canonique (...) et ''la loi ne révoque pas les coutumes centenaires ou immémoriales, et la loi universelle ne révoque pas les coutumes particulières.'' (canons 26 et 28).

En ce sens, la question se pose: dans le domaine linguistique, est-ce la norme qui doit toujours prévaloir, ou bien la coutume?


2- Usage ancien versus usage contemporain

D'autre part, il semble que le refus de l'emploi du verbe s'objecter soit assez récent. En sens contraire, les dictionnaires du XIXe siècle semblent l'accepter.

Par exemple, Le Littré (1880) donne en exemple une citation de Bossuet:


''Calvin, s'objectant à lui-même que, par la doctrine qu'il enseignait, tous les jugements de l'Église.... devenaient sujets à la révision (BOSSUET 6e avert. III, 2).'' (Source).



Le même dictionnaire donne également cette définition:


3. S'objecter, v. réfl. Être objecté. Voilà ce qui s'objecte en pareille circonstance.



De même, le Dictionnaire universel (1834) de Pierre Claude Victoire Boiste donne cette citation:


''On commence par s'objecter des raisons, des arguties, puis des injures.'' (Source).




Quant au Dictionnaire général et grammatical des dictionnaires français (1849), de Napoléon Landais, il donne cette définition:


- s'objecter, v. pron., être, pouvoir être objecté. (Source).



De plus, le Dictionnaire de la langue française (1876), par Amédée Beaujean, affirme ceci:


S'objecter, v. r. Être objecté. (Source).



Ainsi, on peut voir qu'au XIXe siècle, on utilisait le verbe s'objecter. On peut également présumer que cette forme était utilisée même avant le XIXe siècle, puisque Bossuet lui-même l'avait employée. On peut donc affirmer que s'objecter correspond à un usage ancien de la langue française, et que c'est l'usage contemporain (au moyen de certaines instances) qui rejette ce verbe pronominal.

On peut donc se poser la question: est-ce l'usage contemporain qui a préséance ou bien l'usage ancien?

Permettez-moi encore une analogie avec le domaine religieux. On sait que l'usage ancien est un critère qui parle à la majorité des liseurs du FC en ce qui concerne la liturgie. Il faudrait expliquer pourquoi, lorsqu'il est question de la langue française, ce serait l'usage contemporain qui aurait préséance sur l'usage ancien.

Conclusion

Je termine par la citation d'un article de Claude Poirier (Trésor de la langue française au Québec) qui, dans un texte paru dans le Courrier de l'Université laval, répond au juge Robert Auclair sur cette question de l'emploi du verbe s'objecter:


''Prenons un exemple, soit la locution s'objecter à au sens de "s'opposer à", que M. Auclair nous reproche d'avoir employée. Cette locution a été condamnée par d'autres que lui, mais sans justification convaincante. Les deux seules raisons invoquées sont que cette façon de dire n'a pas cours en France (c'est vrai!) et qu'elle viendrait de l'anglais (c'est ce que déclare le Multi). Sur quelle analyse repose donc la seconde affirmation? Ne s'est-on pas rendu compte que l'emploi pronominal de ce verbe n'existe tout simplement pas en anglais? Par ailleurs, on trouve en français objecter à ou objecter à ce que, par exemple chez Julien Gracq (cité dans Trésor de la langue française, Nancy-Paris) : "Le contingent d'Ortello retombe à notre charge. Orsenna ne peut objecter à ce qu'on l'emploie utilement". Enfin, le verbe pouvait accepter la construction pronominale au XIXe siècle, au sens de "s'opposer à soi-même des difficultés" (Larousse 1866). Conclusion? Le verbe pronominal s'objecter ne vient sûrement pas de l'anglais, et divers indices suggèrent une filiation française de l'emploi qu'en font les Québécois.

L'opinion des auteurs de manuels correctifs n'est pas sans intérêt, mais elle vaut peu de chose quand elle n'est pas étayée. Sur ce plan, le linguiste Jean Darbelnet, dont M. Auclair reconnaît la compétence, avait donné l'exemple. À propos de s'objecter, qu'il ne conseillait pas, il écrivait tout de même ceci: "Il faut reconnaître cependant qu'il a une valeur pittoresque, qu'il correspond assez bien, par sa structure et sa sonorité, à un mouvement de protestation. Logiquement, il pourrait aussi se justifier si l'on considère que celui qui proteste se jette au devant de ce qu'il veut empêcher, 'se met en travers', comme on dit familièrement." (L'Enseignement secondaire, 1966). Pour ce qui est de la prise en compte de l'usage, nous accordons un crédit plus important aux personnes qui se soucient de la qualité de leur parler et de leur écriture, sans exiger qu'elles soient nées en France. En l'occurrence, s'objecter à se trouve sous la plume d'éditorialistes et de bons journalistes de chez nous, comme Nathalie Petrowski et Lysiane Gagnon. Les Québécois n'ont-ils pas voix au chapitre?'' (Source).



Bref, je garde mon titre tel que je l'ai écrit, à moins que l'on me prouve, de manière convaincante, que ce n'est pas du bon français.
images/icones/1b.gif  ( 951828 )Ah ben non ! par Meneau (2022-08-31 19:00:53) 
[en réponse à 951827]

D'abord ici, on ne parle pas canadien (ou un sous-patois du canadien nommé québécois - ok je vais me faire assassiner), mais français ! "Le génie de la langue française" disent les règles du FC

Ensuite, en aucun cas les exemples de votre deuxième partie n'admettent "s'objecter à quelque-chose" mais seulement "s'objecter à soi-même" ou éventuellement "s'objecter quelque-chose".

Cordialement
Meneau

images/icones/neutre.gif  ( 951832 )Vive le Québec libre par Roger (2022-08-31 20:38:15) 
[en réponse à 951828]

Par principe je suis plutôt hostile aux patois mais au cas particulier je comprends mal que l'on puisse être vraiment choqué par une expression fautive, certes, mais tolérée au Canada...de plus, sous la plume d'un liseur québécois...

D'ailleurs "liseur"...est ce bien français ?
images/icones/neutre.gif  ( 951836 )La biodiversité du français par Ecclesiola (2022-08-31 22:31:12) 
[en réponse à 951832]

Personnellement, je pense que le recul des patois, dialectes et langues minoritaires est une grosse perte, due, me semble-t-il, à un mépris social qui remonte bien loin dans le temps. Dans le passé, une partie du clergé a pourtant défendu ces langues : par exemple, le Cardinal de Cabrières, dont le centenaire de la mort a été célébré l'an dernier à Montpellier, était un défenseur et pratiquant de la langue d'oc, celle des vignerons, qu'il avait accueillis, lors de leur grande manifestation en 1907, dans sa cathédrale et dans les églises de Montpellier. Et c'est grâce à ce cardinal qu'à Lourdes, les paroles de la Sainte Vierge ont été inscrites en béarnais au pied de sa statue.

Mais actuellement, je sens aussi monter un mépris pour la langue française par une partie des élites qui lui préfèrent l'anglais : en France, dans les facultés des sciences, désormais, certains masters 1 sont partiellement en anglais, d'autres totalement en anglais, et dans les masters 2, l'anglais est encore plus répandu. On est donc en train d'angliciser les meilleurs des étudiants, mais cet anglais est enseigné en insistant beaucoup sur l'oral, avec un manque de rigueur et de précision : quand il s'agit de faire de la traduction, on s'aperçoit que les étudiants sont dans l'à-peu-près.

Finalement, je comprends le combat des Québécois pour la langue française, qu'ils parlent et prononcent un peu différemment de nous, mais, en ce qui me concerne, je les trouve très compréhensibles.