Le Forum Catholique

http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=950871
images/icones/carnet.gif  ( 950871 )"Si les campagnes se repeuplent, quel sera l’avenir de ces églises?" par Cristo (2022-08-09 17:37:41) 


"Si les campagnes se repeuplent, quel sera l’avenir de ces églises, notre patrimoine ?"
Tribune
Par Jules Ayuso-Watier
Publié le 09/08/2022

D’années en années, les néo-ruraux, notamment grâce au tournant du télétravail, posent leurs bagages à la campagne. Mais ces derniers ne doivent pas oublier le patrimoine qu'y constituent nos églises, alerte Jules Ayuso-Watier, co-auteur de « Souverains Demain » (2021, Éditions Marie B.).
Comme une précaution d’usage destinée à ses contemporains, vacanciers sur le départ pour l’un des sites de notre merveilleux patrimoine religieux, Victor Hugo écrivait ces lignes : « Chaque face, chaque pierre de ce vénérable édifice est une page non seulement de l’histoire du pays mais encore de l’histoire de la science et de l’art ». Ainsi, l’auteur de Notre-Dame de Paris nous emmène par-delà les frontières de la seule spiritualité, et incite à penser la complexité d’une identité commune. Celle qui façonne depuis des siècles les cultures françaises et européennes.

À LIRE AUSSI : L’Église catholique a-t-elle encore un rôle à jouer aujourd'hui ?

Depuis quarante ans, l’Église est confrontée à une importante hémorragie de fidèles. Si en 1981 la « fille aînée de l’Église » comptait 70 % de catholiques, la France n’en recense désormais plus que 32 %. Si le déclin du religieux en Occident, et singulièrement en France, est un fait marquant de ce début du XXI siècle, il est aussi à l’origine d’un vaste bouleversement patrimonial, bien moins exploré par nos contemporains. Alors que l’église était historiquement le foyer d’une vie sociale et paroissiale, dont la vocation était principalement spirituelle, son usage évolue à l’aune des mutations fondamentales de la pratique religieuse. Jadis seulement lieu de croyances, les églises se muent désormais en lieux de visites patrimoniales.

MUSÉIFICATION

Les grandes abbayes et cathédrales des métropoles deviennent des hauts lieux du tourisme mondialisé. Autocars de touristes, audio-guides et parfois entrées payantes : les églises les plus remarquables des grandes villes sont désormais, au même titre que n’importe quel musée, davantage un lieu de déambulations et de « selfies » que de prières et de silence. Les petites églises de nos campagnes n’échappent pas à cette mutation du spirituel vers la muséification. L’exode rural et la baisse de la démographie dans les territoires ruraux ont participé à une désertification des dizaines de milliers de chapelles de nos villages. Désormais relayées au rang de petits musées isolés, ces églises sont circonscrites à leur seule dimension culturelle, pour celles qui ont la chance d’être encore entretenues.

À LIRE AUSSI : "Notre patrimoine historique est le rempart qui nous protège des excès de l’époque"

Il ne s’agit pas ici de blâmer les visiteurs, pouvoirs publics et paroissiens qui maintiennent leurs sites par le tourisme bien sûr, mais plutôt de replacer l’église, que l’on soit croyant ou non, au cœur de la vie de la Cité, et pas seulement pour sa valeur patrimoniale. Plus encore que des œuvres architecturales, ces édifices sont le prolongement, subtil et harmonieux, d’une civilisation millénaire. De la petite église de Saint-Gènes-de-Lombaud, construite au XIe siècle sur les ruines d’un temple païen, au gothique flamboyant la cathédrale Notre-Dame décrite avec passion par Hugo, ces monuments, tous majestueux, sont une pierre à l’édifice commun de notre identité. Les 60 000 édifices religieux bâtis sur notre territoire font partie intégrante du paysage. Tel un vallon ou une colline, ils forment son prolongement et imprègnent l’histoire et la géographie de la France. Ainsi, détruire nos églises ou les délaisser reviendrait à rompre avec la continuité culturelle qu’elles symbolisent.

RACINES CHRÉTIENNES

Bien qu’agnostique, François Mitterrand avait compris cette continuité. Alors que le candidat socialiste revenait de Château-Chinon où il avait mené campagne, il intima à son chauffeur de s’arrêter en lisère du village de Sermages. Là, il fut charmé par le petit clocher de l’église communale qui dominait le paysage du Morvan, à tel point qu’il fit de cette image d’Épinal l’emblème de sa campagne présidentielle. L’homme politique comme l’intellectuel qu’il était avait saisi l’affection sincère que portaient les Français aux chapelles de leurs villages, non pas pour le symbole religieux qu’elles peuvent représenter – il avait fait effacer la pointe du clocher jugée agressivement cléricale – mais bien pour l’image de cette France authentique et rurale qu’elle représentait. Véritable allégorie de son slogan phare, « la force tranquille », cette vision apaisée et rassurante de notre pays le porta au pouvoir le 10 mai 1981.

À LIRE AUSSI : "La disparition de Paris", nouveau coup de pelle sur la tête d’Anne Hidalgo

Quarante années plus tard, alors que notre pays a profondément changé, les églises demeurent au cœur de nos vies. Par des événements imprévus, à l’instar de la pandémie de coronavirus, les Français reprennent contact avec les racines chrétiennes de la France. Telle une rencontre un peu fortuite et incomprise, ils se retrouvent face à l’une des églises qui ponctuent villes et villages.

Fuyant l’enfer des confinements successifs, un peuple venu des métropoles a repris racine, provisoirement pour la plupart, avec ces campagnes dont beaucoup ignorent tout. D’années en années, les néoruraux, notamment grâce au tournant du télétravail, posent leurs bagages dans l’un des villages de France. Comme souvent, l’histoire est facétieuse et pleine de rebondissements. Après des décennies d’exode rural, voilà maintenant celui des doutes sur la vie urbaine et son lot d’inconforts. Si les campagnes se repeuplent, quel sera l’avenir de ces églises ? Seront-elles les vitrines léchées du monde des néourbains ou donneront-elles, par la magie de leurs pierres, les clés du monde spirituel à leurs visiteurs ?


https://www.marianne.net/agora/tribunes-libres/si-les-campagnes-se-repeuplent-quel-sera-lavenir-de-ces-eglises-notre-patrimoine
images/icones/barbu2.gif  ( 950873 )un bémol pour ma part par jejomau (2022-08-09 20:12:16) 
[en réponse à 950871]

Si le confinement de 2020 a effectivement poussé des citadins à partir dans les campagnes, le phénomène restera minoritaire. Il y a une tendance lourde à faire revivre (ou à développer) les métropoles tout en vidant les campagnes des hommes au profit d'une idéologie écolo malthusienne. Nos clercs devraient d'ailleurs s'inquiéter vraiment des bouleversements à venir concernant ces sujets
images/icones/fleche2.gif  ( 950974 )Il est irrémédiablement terminé le temps d’une église par village par Super-Malouin (2022-08-12 14:51:19) 
[en réponse à 950871]

Nos églises de campagne, des petites villes se dégradent de plus en plus, certaines ne seront pas restaurées.
Si elles étaient restituées aux catholiques la dégradation serait plus rapide. Les communes n’ont pas les moyens de les transformer en salles polyvalentes.
Il il va falloir se résigner à leur disparition c’est inévitable.


Bien sûr je lis déjà Pol qui va nous écrire : il faut les donner à l’unique Tradition à la FSSPX !

800 prêtres pour le monde entier

30 000 églises en France.
images/icones/5b.gif  ( 950997 )Personne ne connaît l'avenir par Yves Daoudal (2022-08-13 11:36:14) 
[en réponse à 950974]

en dehors des Personnes divines.

A vue (trop) humaine, vous avez évidemment raison.

Mais lorsque Roger de Hauteville prit le pouvoir en Sicile l'île était entièrement musulmane, au point qu'il y avait 300 mosquées à Palerme. A la mort de son fils Roger II il n'y avait plus un seul musulman et il y avait de somptueuses églises normanno-byzantines. Et la Sicile devenait une très fervente communauté catholique pour de nombreux siècles.

Si quelqu'un avait dit en 1050 qu'un siècle plus tard la Sicile ne serait plus un émirat mais un pays catholique après le règne de deux descendants de vikings, on lui aurait ri au nez...

Pour en revenir à l'actualité, la disparition des églises n'est pas encore inévitable (sans parler de celles qui sont des monuments historiques que vous excluez je suppose, de votre plan de démolition). Je vois en Bretagne, mais c'est aussi le cas certainement ailleurs, comment des conseils municipaux non-pratiquants et religieusement indifférents, voire d'ancien héritage communiste, prennent soin de leur église. Comment à plusieurs reprises des référendums municipaux ont vu d'écrasantes majorités favorables à la restauration de l'église au prix d'une augmentation des impôts locaux. Et encore une fois, nul ne sait ce qui se passera demain.
images/icones/fleche2.gif  ( 951002 )Je reste très très pessimiste par Super-Malouin (2022-08-13 16:28:17) 
[en réponse à 950997]

Si vous faites un référendum aujourd’hui pour la restauration de l’église de mon bourg breton (Haute Bretagne pays du Poudouvre) le oui l’emportera timidement.

La construction d’habitations individuelles de type HLM et donc une population déracinée : dans 5 ans ce sera non.

Et les combattants sont morts ou partent dans leur petite chapelle FSSPX.
images/icones/fleche3.gif  ( 951035 )les solutions existent ! par Cristo (2022-08-14 23:34:32) 
[en réponse à 950871]

pas d'église sans pratiquants qui les animent !
Même si ce ne sont pas des lieux que vous fréquentez pour votre pratique religieuse, attachement au VOM oblige, il y a mille et une manière de les "investir" et partant, de les protéger en les faisant vivre :

- les faire ouvrir en journée : vous en chargez vous-même (je vis dans une commune dont l'église, située comme il se doit au centre du bourg, est ouverte de 8h à 19h : on ne dira jamais assez le bien que cela fait par rapport à la désolation d'une église porte close en permanence ; vous allez à la mairie, au bureau de poste, à la boulangerie : hop, un détour par l'église : le Maître est là qui nous attend)

- y aller pour prier, par exemple le chapelet, en famille pourquoi pas ?, le dimanche après-midi ou tout autre jour, et bien sûr plus fréquemment si vous êtes retraité(e), a fortiori si le Saint-Sacrement s'y trouve

- pousser le "bouchon" en systématisant le chapelet et en l'annonçant, pour agréger d'autres personnes.

Sortez de vos tanières : c'est bien d'aller dans votre chapelle tradie le dimanche, mais l'église du coin est aussi la vôtre.

C'est si facile de pousser des jérémiades sur le malheur des temps et la grande détresse des églises de France : que chacun se préoccupe à son niveau de celle de son quartier ou de son village et ensuite on en recause !


images/icones/fleche2.gif  ( 951039 )Une bonne idée mais par Super-Malouin (2022-08-15 00:48:37) 
[en réponse à 951035]

s’il suffisait d’entrer dans une église pour assurer son entretien cela se saurait.


Je vis dans une petite ville j’ouvre l’église chaque jour, je ferme le soir.
Il y a la messe dominicale, les obsèques, deux messes en semaine et deux heures d’adoration par semaine (NOM)


Il manque toujours 2 millions pour la toiture et la voute !

Alors vos solutions ?

images/icones/neutre.gif  ( 951042 )Subventions par Roger (2022-08-15 07:49:30) 
[en réponse à 951039]

Un détail

Les églises sont des bâtiments communaux

Soit elles sont protégées au titre des monuments historiques et alors elles peuvent bénéficier de subventions du ministère de la culture (de 20 à 40 %)

Soit elles ne le sont pas et peuvent alors bénéficier de subventions des Préfectures (DETR de l ordre de 30 à 40%) pour les communes de moins de 20 000 habitants.

Dans les deux cas une aide de la Région et du Département est possible.

Au maire de se battre auprès du préfet ou des élus régionaux ou départementaux. .

Ces dernières années les taux étaient particulièrement bas sur les prêts aux communes...