Henry Edward Manning, né en 1808 en Grande-Bretagne, et décédé en 1892 à Londres, fut un ecclésiastique anglican qui, devenu catholique en 1851, fut archevêque catholique de Westminster. En 1875 il fut créé cardinal par le Pape Pie IX. Il participa au conclave qui élut le Pape Léon XIII en 1878.
Dans le livre
The Pope and The Antichrist, on peut y lire 4 conférences données par le Cardinal Manning au sujet de la papauté en tant qu'obstacle à la manifestation de l'Antéchrist, de même qu'au sujet de la Passion de l'Église. Il affirme que ''
Rome apostasiera de la foi et chassera le Vicaire du Christ, et retournera à son ancien paganisme''. Il explique que les étapes menant à la dernière persécution contre l'Église sont: l'indifférence envers la vérité; la persécution de la vérité; et le détrônement du Vicaire du Christ. Ce qu'il décrit est prophétique et nous aide à comprendre les événements actuels. Voici donc la traduction d'un extrait:
Conférence IV
''(...) Maintenant, c`est contre cette personne [le Pape] et avec insistance, comme il a été dit précédemment, que l'esprit du mal et du mensonge va diriger son assaut; car si la tête du corps est frappée, le corps lui-même doit mourir. "Je frapperai le berger, et les brebis seront dispersées" était la vieille ruse du malin, qui frappa le Fils de Dieu afin de disperser le troupeau. Mais ceci a été essayé une fois, et déjoué à jamais; par la mort qui frappa le berger, le troupeau a été racheté: et si le berger qui est constitué à la place du Fils doit être frappé, le troupeau ne peut plus être dispersé.
Pendant trois cents ans, le monde s'est efforcé de couper la lignée des souverains pontifes; mais le troupeau n'a jamais été dispersé, et il en sera ainsi jusqu'à la fin. C'est pourtant contre l'Église de Dieu, et surtout contre son Chef, que tous les esprits du mal de tous les temps, et surtout de nos jours, dirigent les traits de leur inimitié. (…)
Or l'Église a déjà dû subir deux persécutions, une de la main des Juifs et une aussi de la main des païens; ainsi les écrivains des premiers âges, les Pères tant de l'Orient que de l'Occident, ont prédit que, dans le dernier âge du monde, l'Église devra subir une troisième persécution, plus amère, plus sanglante, plus sophistiquée, et plus ardente que toutes celles qu'elle a subies jusqu'à présent, et cela des mains d'un monde infidèle révolté contre le Verbe incarné. (…)
Comme les méchants n'ont pas prévalu contre lui [Notre-Seigneur Jésus-Christ], même lorsqu'ils l'ont lié avec des cordes, l'ont traîné en jugement, lui ont bandé les yeux, se sont moqués de lui comme d'un faux roi, l'ont frappé sur la tête comme un faux prophète (...) et l'ont crucifié - dans ce moment où ils reçurent ce pouvoir, ils semblaient avoir domination absolue sur lui, il se trouvait au sol sans défense et presque anéanti sous leurs pieds; et pourtant, à ce moment-même où Il était mort et enterré hors de leur vue, il était vainqueur de tous, et quand il est ressuscité le troisième jour, et est monté au ciel, il a été couronné, glorifié, et a été investi de sa royauté, et de son règne suprême, le Roi des rois et Seigneur des seigneurs - de même il en sera de son Église : bien que pour un temps persécutée et, aux yeux de l'homme, renversée et piétinée, détrônée, dépouillée, bafouée et écrasée, elle aura ce grand moment de triomphe; les portes de l'enfer ne prévaudront pas.
Il y a en réserve pour l'Église de Dieu une résurrection et une ascension, une royauté et une domination, une récompense de gloire pour tout ce qu'elle a enduré. Comme Jésus, elle doit souffrir sur le chemin de sa couronne; une fois couronnée, elle sera éternellement avec lui. Que personne donc ne se scandalise si la prophétie parle de souffrances à venir. Nous aimons imaginer des triomphes et des gloires pour l'Église sur la terre, — que l'Évangile doit être prêché à toutes les nations, et le monde doit être converti, et tous les ennemis vaincus, et je ne sais quoi, — jusqu'à ce que certaines oreilles s'impatientent d'entendre qu'il y a en réserve pour l'Église un temps d'épreuve terrible : et nous faisons ainsi comme les Juifs d'autrefois, qui attendaient un conquérant, un roi et la prospérité ; et quand leur Messie est venu dans l'humilité et la passion, ils ne l'ont pas connu. Ainsi, j'ai bien peur que beaucoup d'entre nous s'enivrent de visions de succès et de victoire, et ne peuvent supporter l'idée qu'il y a encore un temps de persécution à venir pour l'Église de Dieu. (…)
Le premier signe, ou marque, de cette persécution à venir est une indifférence à la vérité. De même qu'il y a un calme plat avant une tempête (...) de même avant une éruption, il y a un temps de tranquillité. Le premier signe est l'indifférence. Le signe qui présage plus sûrement que tout autre le déclenchement d'une persécution future est une sorte d'indifférence méprisante à l'égard du vrai ou du faux. La Rome antique, dans sa force et sa puissance, avait adopté toutes les fausses religions de toutes ses nations conquises et avait donné à chacune d'elles un temple dans ses murs. Elle était souverainement et dédaigneusement indifférente à toutes les superstitions de la terre. Elle les a encouragées; car chaque nation avait sa superstition propre, et cette superstition propre était un moyen de tranquilliser, de gouverner et de maintenir dans la sujétion le peuple qui se complaisait à construire un temple dans ses portes. De la même manière, nous voyons les nations du monde chrétien, en ce moment, adopter peu à peu toutes les formes de contradiction religieuse, c'est-à-dire lui donner toute son ampleur et, comme on dit, la parfaite tolérance ; ne reconnaissant aucune distinction de vérité ou de fausseté entre une religion ou une autre, mais laissant toutes les formes de religion suivre leur propre voie. (…)
Ici grandit une haine intense de ce qu'on appelle le dogmatisme, c'est-à-dire de toute vérité positive, de tout ce qui est défini, de tout ce qui est définitif, de tout ce qui a des limites précises, de toute forme de croyance qui s'exprime dans des définitions particulières - tout cela est tout à fait désagréable aux hommes qui encouragent par principe toutes les formes d'opinion religieuse. (…)
La prochaine étape est donc la persécution de la vérité. (…) Dans la Rome antique, il y avait toutes sortes de confréries sacrées, d'ordres et de sociétés, et je ne sais quoi; mais il y avait une société qui n'était pas autorisée à exister, et c'était l'Église du Dieu vivant. Au milieu de cette tolérance universelle, il y avait une exception faite avec l'exactitude la plus péremptoire, pour exclure la vérité et l'Église de Dieu du monde. Or c'est ce qui doit encore arriver inévitablement, car l'Église de Dieu est inflexible dans la mission qui lui est confiée. L'Église catholique ne compromettra jamais une doctrine ; elle ne permettra jamais que deux doctrines soient enseignées dans son sein; elle n'obéira jamais au gouverneur civil qui prononce un jugement en matière spirituelle. L'Église catholique est tenue par la loi divine de souffrir le martyre plutôt que de compromettre une doctrine, ou d'obéir à la loi du gouverneur civil qui viole la conscience; et plus que cela, elle n'est pas seulement tenu d'offrir une désobéissance passive, qui peut être faite dans un coin, et donc non détectée, et parce que non détectée non punie; mais l'Église catholique ne peut se taire; elle ne peut pas se tenir en paix; elle ne peut cesser de prêcher les doctrines de la Révélation, non seulement de la Trinité et de l'Incarnation, mais aussi des Sept Sacrements, et de l'infaillibilité de l'Église de Dieu, et de la nécessité de l'unité et de la souveraineté, à la fois spirituelle et temporelle, du Saint-Siège; et parce qu'elle ne sera pas silencieuse, et qu'elle ne peut pas faire de compromis, et n'obéira pas dans les affaires qui sont de sa propre prérogative divine, elle est donc seule dans le monde ; car il n'y a pas une autre Église ainsi appelée, ni aucune communauté professant être une Église, qui ne se soumette, ou n'obéisse, ou ne se taise, quand les gouverneurs civils du monde commandent. (…)
Les saints Pères qui ont écrit au sujet de l'Antéchrist et des prophéties de Daniel, sans une seule exception, autant que je sache, et ce sont à la fois les Pères de l'Orient et de l'Occident, de l'Église grecque et de l'Église latine, tous unanimes, disent qu'à la fin du monde, sous le règne de l'Antéchrist, le saint sacrifice de l'autel cessera. Dans l'ouvrage sur la fin du monde, attribué à saint Hippolyte, après une longue description des afflictions des derniers jours, nous lisons ce qui suit : ''
Les Églises se lamenteront d'une grande lamentation, car il n'y sera plus offert d'oblation, ni encens, ni culte agréable à Dieu. Les édifices sacrés des églises seront comme des taudis; et le Corps et le Sang précieux du Christ ne seront pas manifestés en ces jours-là; la liturgie sera éteinte ; le chant des psaumes cessera; la lecture de la Sainte Écriture ne sera plus entendue. Mais il y aura sur les hommes des ténèbres, et deuil sur deuil, et malheur sur malheur. Alors, l'Église sera dispersée, chassée dans le désert, et sera pour un temps, comme elle était au commencement, invisible, cachée dans des catacombes, dans des tanières, dans des montagnes, dans des cachettes; pour un temps, elle sera balayée, pour ainsi dire, de la surface de la terre.'' Tel est le témoignage universel des Pères des premiers siècles. (…)
Les sociétés secrètes ont depuis longtemps miné et anéanti la société chrétienne d'Europe, et se concentrent en ce moment sur Rome, le centre de tout ordre chrétien dans le monde. L'accomplissement de la prophétie est encore à venir; (...) cette grande armée de l'Église de Dieu sera, pour un temps, dispersée. Elle semblera, pour un temps, être vaincue, et le pouvoir des ennemis de la foi pour un temps prévaloir. Le sacrifice continuel sera ôté, et le sanctuaire sera renversé. (…) Si vous voulez comprendre cette prophétie de la désolation, entrez dans une église qui était autrefois catholique et où maintenant il n'y a aucun signe de vie; elle est vide, sans locataire, sans autel, sans tabernacle, sans la présence de Jésus. (…)
Et ainsi nous arrivons à la troisième marque, le renversement du "Prince de la Force", c'est-à-dire l'autorité divine de l'Église, et spécialement de celui en la personne duquel elle s'incarne, le Vicaire de Jésus-Christ. (…)
Le détrônement du Vicaire du Christ est le détrônement de la hiérarchie de l'Église universelle, et le rejet public de la Présence et du Règne de Jésus. (…)
La tendance directe de tous les événements que nous voyons en ce moment est clairement celle-ci: renverser le culte catholique dans le monde entier. Nous voyons déjà que chaque gouvernement en Europe exclut la religion de ses actes publics. Les pouvoirs civils sont eux-mêmes sans-Dieu: le gouvernement est sans religion; et si le gouvernement est sans religion, l'éducation doit être sans religion. On le voit déjà en Allemagne et en France. Elle a été maintes et maintes fois tentée en Angleterre. Le résultat de ceci ne peut être que le rétablissement de la simple société naturelle; c'est-à-dire que les gouvernements et les puissances du monde, qui pour un temps furent soumis par l'Église de Dieu à la croyance au christianisme, à l'obéissance aux lois de Dieu et à l'unité de l'Église, s'étant révoltés et s'étant profanés, sont retombés dans leur état naturel. (…)
Beaucoup tomberont de leur fidélité à Dieu. Et comment cela arrivera-t-il? Premièrement par peur, en partie par tromperie, en partie par lâcheté, en partie parce qu'ils ne peuvent pas supporter la vérité impopulaire face au mensonge populaire; en partie parce que l'opinion publique méprisante qui prévaut, comme dans un pays comme celui-ci, et en France, soumet et effraie tellement les catholiques, qu'ils n'osent pas avouer leurs principes et, enfin, n'osent pas les tenir. (…)
La Parole de Dieu nous dit que vers la fin des temps, la puissance de ce monde deviendra si irrésistible et si triomphante que l'Église de Dieu tombera sous sa main - que l'Église de Dieu ne recevra plus d'aide des empereurs ou des rois, ou princes, ou législatures, ou nations, ou peuples, pour faire résistance contre le pouvoir et la force de son antagoniste. Elle sera privée de protection. Elle sera affaiblie, déconcertée et prostrée, et gisant en sang aux pieds des puissances de ce monde. Cela vous semble incroyable? Que voyons-nous donc en ce moment? Regardez l'Église catholique et romaine à travers le monde. Quand ressemblait-elle encore plus à sa Tête divine à l'heure où il était pieds et poings liés par ceux qui le trahissaient? Regardez l'Église catholique, toujours indépendante, fidèle à sa foi divine, et pourtant rejetée par les nations du monde; regardez le Saint-Père, le Vicaire de notre Divin Seigneur, en ce moment moqué, raillé, méprisé, trahi, abandonné, dépouillé de ce qu'il a, et même ceux qui cherchent à le défendre sont assassinés. Quand, je le demande, l'Église de Dieu a-t-elle jamais été dans un état plus faible, dans un état plus fragile aux yeux des hommes, et dans cet ordre naturel, qu'elle ne l'est maintenant? Et d'où, je le demande, la délivrance viendra-t-elle? Y a-t-il sur terre une puissance capable d'intervenir? Y a-t-il un roi, un prince ou un potentat qui ait le pouvoir d'interposer soit sa volonté soit son épée pour la protection de l'Église? Pas une; et il est prédit qu'il devrait en être ainsi. (…)
Mais il y a une seule puissance qui détruira tous les antagonistes; il y a une seule personne qui brisera et frappera, comme la poussière de l'aire en été, tous les ennemis de l'Église, car c'est lui qui consumera ses ennemis ''par le souffle de sa bouche'', et les détruira ''avec l'éclat de sa venue''. (...) La prophétie est claire et explicite que le dernier renversement du mal se fera par le Christ lui-même; qu'il ne sera opéré par aucun homme, mais par le Fils de Dieu afin que toutes les nations du monde sachent que Lui, et Lui seul, est Roi, et que Lui, et Lui seul, est Dieu. (...)
Les écrivains de l'Église nous disent que dans les derniers jours la ville de Rome deviendra probablement apostate de l'Église et du Vicaire de Jésus-Christ; et que Rome sera encore punie (...); et le jugement de Dieu tombera sur le lieu d'où il régna autrefois sur les nations du monde. (...)
Rome apostasiera de la foi et chassera le Vicaire du Christ, et retournera à son ancien paganisme. (…)
L'Antéchrist, et le mouvement antichrétien, a ces marques: premièrement, le schisme de l'Église de Dieu; deuxièmement, le refus de sa voix divine et infaillible; et troisièmement, la négation de l'Incarnation. Il est par conséquent l'ennemi direct et mortel de l'unique sainte Église catholique et romaine (…).''
Source: Henry Edward Manning,
The Temporal Power of the Vicar of Jesus Christ,
Lecture IV:
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