Le Forum Catholique
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( 950268 )
François héritier infidèle de St Jean Paul II ? par Roger (2022-07-28 13:49:19)

( 950281 )
Destruction programmée de l'héritage par Johanis (2022-07-28 17:22:01)
[en réponse à 950268]
Jean-Paul II a laissé un héritage, auquel le pape François devrait être fidèle. Mais il a toujours manifesté qu'en matière morale en particulier, il voulait annuler dans l'Eglise cet héritage.
Comme le pape François n'a jamais assumé d'être héritier du magistère de son prédécesseur, je ne dirais pas qu'il est un héritier infidèle. Le titre de l'article d'Aletheia parle de mise en danger de l'héritage, mais je pense qu'on est aujourd'hui au-delà de la mise en danger.
Je sais gré à Georges Weigel, théologien et grand biographe de Jean-Paul II, d'avoir courageusement dénoncé les attaques de François sur cet héritage. Il a en particulier dès le point de départ dénoncé la transformation destructrice opérée sur l'académie pontificale pour la vie et l'Institut Jean-Paul II, pour qu'ils servent la mise en œuvre du "nouveau paradigme" (Cardinal Parolin) affirmé dans Amoris Laetitia à l'encontre de l'enseignement de Jean-Paul II et du but dans lequel il avait créé ces institutions.
Dans le développement du processus de "substitution de paradigme" (et par là de renversement du magistère antérieur), la publication récente du livre dénoncé par Weigel est une étape importante : il est en particulier manifesté dans cet ouvrage que dans les organes et publications officiels du Vatican il est désormais tout à fait légitime de contester Humanae Vitae et de préconiser des thèses contraires.
Il faut être attentif au développement des processus, car ce développement est essentiel dans la praxis du pape.
Dans les justifications qui ont été apportées à la publication d'un tel ouvrage, il a été dit que s'il n'y avait pas cette liberté d'affirmation théologique, on ne pourrait pas préparer les évolutions futures du magistère !!
Quand on associe à cela l'intransigeance de François vis-à-vis de ceux qui contestent les abus de son "magistère", on mesure les dégâts que ce pape fait subir aujourd'hui à l'Eglise.
On peut se réjouir que la revue Aletheia se fasse l'écho d'une critique du pontificat, même si c'est dans une revue de presse et en prenant la précaution d'imputer toute la responsabilité de cette critique à l'auteur de l'article initial.

( 950282 )
Entre Jean Paul II et François par Jean-Paul PARFU (2022-07-28 17:28:54)
[en réponse à 950268]
Il y a le fossé qui existe entre les Conciliaires conservateurs d'une part et les Conciliaires "progressistes" de l'autre !

( 950283 )
Précisez cher maître par Roger (2022-07-28 17:46:17)
[en réponse à 950282]
Pouvez-vous être plus précis sur ce fossé ?
Une lecture différente du Concile ?
Autre chose ?

( 950284 )
Pour faire simple par Jean-Paul PARFU (2022-07-28 18:40:15)
[en réponse à 950283]
Je citerai le Cardinal Ratzinger :
"Si l'on cherche un diagnostic global du texte, (Gaudium et Spes) on pourrait dire qu'il est (en liaison avec les textes sur la liberté religieuse et sur les religions du monde) une révision du Syllabus de Pie IX, une sorte de contre-Syllabus. (...) Contentons-nous ici de constater que le texte joue le rôle d'un contre-Syllabus, dans la mesure où il représente une tentative pour une réconciliation officielle de l'Eglise avec le monde tel qu'il était devenu depuis 1789."
(Joseph, cardinal Ratzinger, "Les principes de la théologie catholique - Esquisse et matériaux", Collection Croire et Savoir, ed. Téqui 1985, p.423-427)
En un mot, les Traditionalistes sont du côté de Pie IX, tandis que les Conservateurs et les Progressistes sont des "Libéraux philosophiques" parce qu'ils approuvent les textes ci-dessus cités par le Cardinal et qui sont le coeur de Vatican II.
Les Conciliaires conservateurs ne vont toutefois pas jusqu'au bout des principes destructeurs qu'ils approuvent. Ils restent attachés, pour la plupart, et contrairement aux Progressistes, à une liturgie "plan-plan" ou, disons, pas trop opposés à une belle liturgie et à la morale commune qui relève de l'ordre naturel, de la loi morale naturelle, donc de la raison. Comme le disait Mgr Fellay à propos du pape Benoît XVI, "ils ont une tête moderne, mais un coeur traditionnel !".

( 950303 )
De la réconciliation à la subordination à l'esprit du temps par Scrutator Sapientiæ (2022-07-29 11:35:17)
[en réponse à 950284]
Bonjour Jean-Paul PARFU,
Il me semble ce qui suit.
À l'origine, il y a un socle d'inspiration à peu près commun
- aux conciliaires conservateurs ou rénovateurs (ni anti-libéraux ad extra et en matière religieuse, ni philo-libéraux ad intra et en matière morale),
- aux conciliaires démanteleurs ou transformateurs (philo-libéraux ad extra mais aussi ad intra, en matière religieuse et en matière morale).
En effet, en gros, les uns et les autres sont souvent culturellement, sinon toujours doctrinalement, post-kantiens, post-hegeliens, post-lamennaisiens et post-schleiermachiens.
Et puis, à partir de 1945, une différenciation commence à s'opérer entre ceux qui ont une vision néo-thomiste et/ou patristique (cf., notamment, Daniélou et Maritain) et ceux qui ont une vision marxisante et/ou teilhardienne (cf., notamment, une partie des prêtres ouvriers).
Au Concile, surtout à partir de la troisième session, cette différenciation se traduit par une bi-polarisation
- entre ceux qui ont une vision avant tout rénovatrice ad intra, notamment au moyen de Dei verbum et de Lumen gentium, et ad extra, notamment au moyen de NA et de UR,
- et ceux qui ont une vision avant tout transformatrice, non seulement ad intra, d'où une lecture du Concile, dont SC, propice à son dépassement immédiat, mais aussi ad extra, notamment au moyen de DH et surtout au moyen de GS.
Les papes Paul VI, Jean-Paul II et Benoît XVI ont incontestablement représenté la tendance conciliaire conservatrice, partisane d'une réconciliation avec "ce qu'il y a de meilleur", au sein de la modernité humaniste libérale, et le pape François représente incontestablement la tendance conciliaire transformatrice, promotrice d'une subordination à ce qu'il y a de plus émancipateur et de plus unificateur, en aval de cette modernité libérale.
Au surplus, la philosophie de la libération, la théologie du peuple, le peronisme, ingrédients argentins s'il en est, contribuent grandement à faire en sorte que le pape et le pontificat actuels soient identifiables en tant que produits et vecteurs de la tendance conciliaire démanteleuse ou transformatrice, comme en témoigne l'inclusivisme périphéristement et synodalistement correct.
Il est possible que les conciliaires transformateurs soient moins incohérents et plus déterminés que les conciliaires conservateurs, d'où le pontificat actuel, au cours duquel on peut d'autant moins entendre une critique du "bergoglionisme", en provenance des conciliaires conservateurs (s'il en existe encore suffisamment), que cette critique les obligerait à reconnaître que Jean-Paul II et Benoît XVI ont eu tort de ne presque jamais s'en prendre à leur Concile adoré, et que le tiers de siècle de recentrage n'a nullement provoqué "l'assagissement" complet et définitif des conciliaires démanteleurs ou transformateurs.
François risque fort d'être le pape qui inaugure une autoroute à sens unique permettant à l'Eglise catholique, ou à l'Eglise néo-catholique post-conciliaire, de "cheminer ensemble" en direction d'une espèce de latitudinarisme philo-mondialiste et philo-postmoderne généralisé.
Bonne journée.
Scrutator.

( 950286 )
Entre Girondins et Montagnards... par vistemboir2 (2022-07-28 19:50:59)
[en réponse à 950282]
C'est un écart analogue que reproduisent les Conciliaires conservateurs et les Conciliaires "progressistes" : la Révolution conciliaire est leur œuvre commune, et l'Église prend la place de la France dans le rôle de la victime...

( 950287 )
Et en général par Jean-Paul PARFU (2022-07-28 20:37:02)
[en réponse à 950286]
Ce sont les "Progressistes" qui finissent par l'emporter. La différence entre Conservateurs et Progressistes ou entre Girondins et Jacobins, c'est que les Premiers sont dans l'erreur, tandis que les Seconds sont haineux.

( 950306 )
et Napoléon ? par Regnum Galliae (2022-07-29 12:21:53)
[en réponse à 950287]
Jean-Paul II n'est-il pas au concile ce que Napoléon fut à la révolution : après les excès que l'on connait, un retour à un certain ordre, une autorité, une relative apparence d'Ancien régime mais qui, sans une réaction contre-révolutionnaire, n'ont fait que consolider les acquis de cette révolution dite française.

( 950339 )
Comparaison intéressante par Roger (2022-07-29 15:33:07)
[en réponse à 950306]
Avec toutefois une nuance : les réformes conciliaires furent voulues par Jean Xxiii et Paul VI. Il n y a eu aucune rébellion des pères contre l autorité pontificale.
C est pourquoi la référence à la Révolution peut faire débat...

( 950346 )
Une explication par Jean-Paul PARFU (2022-07-29 17:53:30)
[en réponse à 950339]
1) On ne passe pas directement d'une situation normale à une situation anormale. Il y a une phase intermédiaire initiée par des personnes ambiguës. Pie XII surnommait Montini "son Hamlet".
2) La papimanie qui s'était développée au XIXème siècle, pour protéger l'Eglise contre la Révolution, s'est retournée contre elle. Les évêques ont suivi parce que le pape le voulait.
3) Il se trouve enfin que la grande majorité des évêques de l'époque du concile avait été formée pour lutter contre les ennemis extérieurs de l'Eglise et non contre ses ennemis intérieurs, malgré les mises en garde de St Pie X contre le Modernisme.
Les évêques étaient surtout formés à se battre pour la défense de la morale ; ils n'étaient pas formés pour se battre sur le terrain de la liberté religieuse, de l'oecuménisme, des religions non-chrétiennes, de la "Tradition vivante", de ce qu'est l'Eglise ...