Quelle belle image suggestive du ministère sacerdotal qui va vous être aujourd’hui conféré. Vous deviendrez des instruments, configurés ontologiquement au Christ tête, pasteur, serviteur et époux de l’Église, par les gestes de votre ministère vous communiquerez la grâce de l’Esprit-Saint, vous serez les instruments de la puissance divine, que vous recevez comme un trésor inestimable, dans des vases d’argile, c’est à dire dans des poteries sans valeur. Ayez conscience que vous représentez le Christ au sein du peuple chrétien, que vous rendez présent le Christ, au point que l’on pourra vous dire alter Christus, autre Christ, ipse Christus, le Christ même, comme dit la tradition. Vous pourrez dire avec Saint Jean-Baptiste, lorsqu’on lui demandait « qui es-tu ? », « je ne suis pas le Christ », car votre humanité ne sera pas comme celle de Jésus l’instrument conjoint de la divinité en vertu de l’union hypostatique. Votre humanité restera séparée, votre humanité restera celle d’un homme pécheur, réconcilié par la grâce du baptême, mais qui aura toujours besoin de conversion. Rappelez-vous que vous devrez toujours demeurer d’humbles serviteurs, venus comme Jésus, non pas pour être servis, mais pour servir, et donner votre vie en rançon pour la multitude. Rappelez-vous que vous aurez, comme dit saint Pierre dans sa première épître, à paître le troupeau de Dieu, qui ne sera jamais votre troupeau, que vous ne pouvez jamais accaparer à votre personne et à votre autorité, qui demeurera toujours le troupeau de Dieu. Mais vous aurez à le paître, non pas en commandant en maître à ceux qui vous seront confiés, en devenant les modèles du troupeau, appelés sans cesse, avec vos frères et sœurs baptisés du peuple chrétien, à devenir des saints et à vous convertir toujours davantage en prenant cette parole de saint Jean Baptiste : il faut qu’il croisse, lui, dans les âmes, et que moi, je diminue.
À l’origine de votre appel, de votre appel particulier au sein de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre, je crois, après avoir entendu l’histoire de chacun, qu’il n’y a pas d’abord une décision éthique, je veux dire un acte militant, qu’il n’y a pas d’abord une idée préconçue, voire une idéologie, mais il y a une rencontre, avec un événement, une personne, qui donne à votre vie un nouvel horizon, et par là son orientation décisive. Des événements qui vous ont conduit à rencontrer la Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre et à choisir de répondre à l’appel du Seigneur au sein de cette fraternité. Cela me semble très important de souligner ainsi la dimension charnelle de toute vocation et tout appel, on a tôt fait d’enfermer les fidèles, les prêtres et les communautés dans des schémas rigides et préconçus, au nom de constructions intellectuelles et idéelles qui rendent si peu compte de la réalité concrète et existentielle de votre vocation et ici en particulier d’une vocation sacerdotale.