DEUXIÈME TRAITÉ
CHAPITRE IV
Pratiques de dévotion pour tous les ans, les mois, les semaines et les jours
Pline rapporte qu'on a autrefois payé des tributs pour l'ombre : un empereur en a imposé non-seulement pour tout ce que la terre pouvait donner, mais encore pour l'air que l'on respirait. Froton, roi de Danemark, l'exigeait pour toutes les parties du corps, il est bien plus juste que nous le payons à notre Dieu en l'honneur de sa divine Mère.
Les Lacédémoniens demandèrent aux Samiens pour tribut un jour de jeûne, c'est-à-dire qu'ils leur payassent autant qu'ils auraient dépensé en ce jour, eux, leurs valets et leurs chevaux.
Les personnes riches peuvent en faire autant pour la gloire de la reine du ciel, donnant en aumônes ce qu'ils auraient pu employer dans les repas dont ils s'abstiennent.
Louis XI offrit en hommage à la souveraine du ciel le comté de Boulogne ; saint Henri, empereur, fit bâtir ou réparer près de mille églises en son honneur ; saint François jeûnait tous les jours depuis la fête de saint Pierre jusque l'Assomption ; sainte Élisabeth pratiquait le même jeûne, mais c'était au pain et à l'eau ; le savant cardinal Tolet, de la Compagnie de Jésus, jeûnait pendant ces quarante jours qui précèdent la fête du triomphe de la reine du paradis avec la même austérité, ne mangeant que du pain et ne buvant que de l'eau.
Il ne faut qu'aimer et faire ; car l'amour est tout plein d'industries, et il inspirera toujours assez de moyens aux véritables esclaves de payer le tribut à leur bonne maîtresse. C'est une excellente pratique, d'avoir une boite où l'on mette tous les jours ou toutes les semaines quelque argent de ce qu'on aura pu épargner, pour l'offrir ensuite comme un tribut.
Une tentation que l'on aura surmontée, une occasion dangereuse dont l'on aura été délivré, quelque fâcheux accident dont l'on aura été préservé, un acte de vertu que l'on aura pratiqué, quelques grâces particulières que l'on aura reçues, peuvent servir d'une juste occasion pour faire quelque petite épargne, pour mettre dans ce que l'on amasse pour le tribut de notre glorieuse maîtresse. Mais l'exercice intérieur de la pratique des vertus lui sera sans doute encore plus agréable.
Ainsi, le fidèle esclave, devant travailler continuellement dans son service, s'appliquera à lui rendre quelques devoirs plus particuliers, prenant à tâche de surmonter le vice auquel il est le plus sujet, et de dompter l'inclination qui le domine davantage, ou de pratiquer la vertu qui lui est nécessaire.
Et tous les actes qu'il fera de la mortification de son inclination, ou de la vertu dont il a plus de besoin, pourront composer un bouquet sacré et mystique qu'il offrira ou tous les mois, ou tous les ans, au jour de la rénovation, à la sainte dame, conférant les mois avec les mois, et les années où il est avec les années précédentes, pour remarquer s'il avance ou recule dans le service de la Mère de Dieu.
Source : livres-mystiques.com
Que Jésus Miséricordieux vous bénisse
ami de la Miséricorde