Le Forum Catholique
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( 946679 )
La prophétie de Joseph Ratzinger par angloy (2022-06-02 15:45:56)
Bonjour,
En 1969, le futur Pape Benoit XVI s'est exprimé sur sa vision de l'avenir de l’Église.
Dans ce que l'on a appelé "la prophétie de Joseph Ratzinger", il confiait :
"Je pense, non, je suis sûr, que le futur de l’Église viendra de personnes profondément ancrées dans la foi, qui en vivent pleinement et purement (...).
De la crise actuelle émergera l’Église de demain- une Église qui aura beaucoup perdu.
Elle sera de taille réduite et devra quasiment repartir de zéro. (...).
Les hommes évoluant dans un monde complètement planifié vont se retrouver extrêmement seuls(...). Alors ils verront le petit troupeau de croyants avec un regard nouveau."
Je cherche l'intégralité de son message. Sur Google je n'en trouve que des extraits. Savez-vous s'il y a un site diffusant l'intégralité du texte ?
Merci par avance,
Philippe

( 946685 )
La prophétie de Joseph Ratzinger par Denis SUREAU (2022-06-02 16:26:42)
[en réponse à 946679]
https://baptises.fr/content/crise-actuelle-emergera-leglise-demain
De la crise actuelle émergera l’Église de demain – une Église qui aura beaucoup perdu. Elle sera de taille réduite et devra quasiment repartir de zéro. Elle ne sera plus à même de remplir tous les édifices construits pendant sa période prospère. Le nombre de fidèles se réduisant, elle perdra nombre de ses privilèges. Contrairement à une période antérieure, l’Église sera véritablement perçue comme une société de personnes volontaires, que l’on intègre librement et par choix. En tant que petite société, elle sera amenée à faire beaucoup plus souvent appel à l’initiative de ses membres.
Elle va sans aucun doute découvrir des nouvelles formes de ministère, et ordonnera à la prêtrise des chrétiens aptes, et pouvant exercer une profession. Dans de nombreuses petites congrégations ou des groupes indépendants, la pastorale sera gérée de cette manière. Parallèlement, le ministère du prêtre à plein temps restera indispensable, comme avant. Mais dans tous ces changements que l’on devine, l’essence de l’Église sera à la fois renouvelée et confirmée dans ce qui a toujours été son point d’ancrage : la foi en un Dieu trinitaire, en Jésus Christ, le Fils de Dieu fait Homme, en l’Esprit-Saint présent jusqu’à la fin du monde. Dans la foi et la prière, elle considérera à nouveau les sacrements comme étant une louange à Dieu et non un thème d’ergotages liturgiques.
L’Église sera une Église plus spirituelle, ne gageant pas sur des mandats politiques, ne courtisant ni la droite ni la gauche. Cela sera difficile pour elle, car cette période d’ajustements et de clarification va lui coûter beaucoup d’énergie. Cela va la rendre pauvre et fera d’elle l’Église des doux. Le processus sera d’autant plus ardu qu’il faudra se débarrasser d’une étroitesse d’esprit sectaire et d’une affirmation de soi trop pompeuse. On peut raisonnablement penser que tout cela va prendre du temps. Le processus va être long et fastidieux, comme l’a été la voie menant du faux progressisme à l’aube de la Révolution française – quand un évêque pouvait être bien vu quand il se moquait des dogmes et même quand il insinuait que l’existence de Dieu n’était absolument pas certaine – au renouveau du XIXe siècle. Mais quand les épreuves de cette période d’assainissement auront été surmontées, cette Église simplifiée et plus riche spirituellement en ressortira grandie et affermie. Les hommes évoluant dans un monde complètement planifié vont se retrouver extrêmement seuls. S’ils perdent totalement de vue Dieu, ils vont réellement ressentir l’horreur de leur pauvreté. Alors, ils verront le petit troupeau des croyants avec un regard nouveau. Ils le verront comme un espoir de quelque chose qui leur est aussi destiné, une réponse qu’ils avaient toujours secrètement cherchée.
Pour moi, il est certain que l’Église va devoir affronter des périodes très difficiles. La véritable crise vient à peine de commencer. Il faudra s’attendre à de grands bouleversements. Mais je suis tout aussi certain de ce qu’il va rester à la fin : une Église, non du culte politique car celle-ci est déjà morte, mais une Église de la foi. Il est fort possible qu’elle n’ait plus le pouvoir dominant qu’elle avait jusqu’à maintenant, mais elle va vivre un renouveau et redevenir la maison des hommes, où ils trouveront la vie et l’espoir en la vie éternelle.
Joseph Ratzinger – Lors de l'enregistrement d'une émission à la radio allemande en 1969...

( 946712 )
merci mais ce n'est qu'un extrait par angloy (2022-06-02 20:30:39)
[en réponse à 946685]
je cherche la totalité de l'interview ...
merci quand même :)

( 946787 )
Introuvable sur Internet par Gereo (2022-06-03 19:14:34)
[en réponse à 946712]
du moins en français. Se trouve dans le livre : Joseph RATZINGER, Foi et Avenir, Mame 1971, pages 111 à 130
Si un liseur possède le livre...
Un extrait plus long
ici

( 946814 )
Ah ben ça recoupe le message que j'ai écrit plus haut. par Davidoff2 (2022-06-04 11:15:58)
[en réponse à 946787]
L'interview de 1969 : https://fr.aleteia.org/2016/07/15/le-jour-ou-joseph-ratzinger-a-predit-lavenir-de-leglise/
Et ce passage qui lui est aussi attribué :
Nous aurons bientôt des prêtres réduits au rôle de travailleurs sociaux et le message de la foi réduit à une vision politique.
Tout semblera perdu, mais au bon moment, précisément dans la phase la plus dramatique de la crise, l'Église renaîtra.
Elle sera plus petite, plus pauvre, presque catacombique mais aussi plus sainte.
Parce que ce ne sera plus l'Église de ceux qui cherchent à plaire au monde, mais l'Église des fidèles à Dieu et à sa loi éternelle.
La renaissance sera l'œuvre d'un petit reste, apparemment insignifiant mais indomptable, passé par un processus de purification.
Parce que c'est ainsi que Dieu agit.
Contre le mal, un petit troupeau résiste.
Et il y a encore une autre interview plus explicite qu'il a donné à un journal allemand dans les années 80 que je ne retrouve plus... :-(

( 946816 )
Pas vraiment par Gereo (2022-06-04 12:04:45)
[en réponse à 946814]
En 1969 :
Eh bien, cela signifie que les grands discours de ceux qui prônent une Église sans Dieu et sans foi ne sont que des bavardages vides de sens. Nous n’avons que faire d’une Église qui célèbre le culte de l’action dans des prières politiques. Tout ceci est complètement superflu. Cette Église ne tiendra pas Ce qui restera, c’est l’Église du Christ, l’Église qui croit en un Dieu devenu Homme et qui nous promet la vie éternelle
Mais je suis tout aussi certain de ce qu’il va rester à la fin : une Église, non du culte politique car celle-ci est déjà morte, mais une Église de la foi.
La "citation" de 1982 :
Durant le siècle prochain, il y aura une institution, qui ne sera plus catholique, mais qui gardera l'apparence du catholicisme sans la foi.
En 1969, J. Ratzinger pensait au contraire qu'une Église sans la foi ne saurait tenir. L'idée qu'il puisse exister un petit reste catholique en dehors d'une institution qui aurait complètement perdu la foi me paraît très étrangère à sa pensée.

( 946823 )
Voila le texte tiré du livre "Foi et Avenir" par angloy (2022-06-04 14:00:53)
[en réponse à 946816]
Je viens d'emprunter le livre à la Bibliothèque Diocésaine. Monseigneur Aillet en parle dans la revue "Notre Église" de ce mois de juin.
Dans ce livre, le chapitre intitulé "Chrétiens pour l'an 2000" va de la page 111 à la page 130. Ce que l'on a appelé "la prophétie de Joseph Ratzinger", ce qui nous intéresse donc, va de la page 124 à la page 130. Voici le texte :
Nous voici ainsi arrivés à notre aujourd’hui, et au regard que nous pouvons porter sur demain. L’avenir de l’Église ne peut venir et il ne viendra que des énergies de ceux qui ont de profondes racines et vivent de la plénitude de leur foi. Il ne saurait venir de ceux qui ne savent vivre qu’au rythme de l’instant. Il ne viendra pas non plus de ceux qui critiquent autrui et se considèrent comme la mesure de l’infaillibilité ; de ceux qui choisissent les chemins faciles et évitent celui de la passion de la Foi, qui baptisent mensonge et vieillerie, tyrannie et légalisme, tout ce qui interpelle l’homme, lui cause une souffrance, l’oblige à faire don de lui-même. Disons-le en clair. L’avenir de l’Église, une fois encore, portera la marque de ses saints : c'est-à-dire d’hommes qui trouvent un sens derrière les phrases, ce en quoi ils sont précisément modernes. Des hommes capables de mieux voir parce que leur vie embrasse de plus grands espaces. Cette mort à soi-même qui libère l’homme, c’est dans la seule patience des petites renonciations à soi-même qu’elle s’acquiert.
C’est dans cette passion quotidienne, qui lui permet de mesurer à quel point son propre moi l’enchaine, et là seulement, que l’homme s’ouvre. Il ne voit que dans la mesure où il a vécu et souffert. Si nous avons aujourd’hui tant de peine à percevoir Dieu, c’est sans doute parce qu’il nous est trop facile de nous fuir nous-même, de fuir la profondeur de notre existence dans le « divertissement » et le confort matériel. Et c’est ainsi que nous n’avons pas accès au secret de nos âmes. S’il est vrai que l’on ne voit bien qu’avec le cœur, combien sommes-nous tous des aveugles (1)!
Mais où cela nous conduit-il ? A ceci : que les grands mots de ceux qui nous prophétisent une Église sans Dieu et sans Foi ne sont que des discours vides. Une Église qui, dans une « prière politique », célèbre le culte de l’action, nous la refusons, c’est un superflu. Et elle périra d’elle-même. Demeurons l’Église de Jésus-Christ. L’Église qui croit en ce Dieu qui s’est fait homme et nous a promis la vie qui transcende la mort.
De même, un prêtre, qui n’est qu’une fonction sociale, des psychothérapeutes, des spécialistes en tous genres, peuvent en tenir lieu. Celui dont nous continuerons à avoir besoin, ce n’est pas le spécialiste qui se tire d’affaire en s’établissant dans un rôle de consultant, mais le prêtre investi de Dieu, qui est au service des hommes, qui est à leurs côtés dans le deuil et dans la joie, dans l’espérance et dans l’angoisse.
Allons plus loin. De la crise d’aujourd’hui naîtra demain une Église qui aura beaucoup perdu. Elle sera petite et devra, pour ainsi dire, repartir à zéro. Elle ne pourra plus remplir bon nombre des édifices construits au temps de sa splendeur. Et la diminution du nombre de ses fidèles s’accompagnera d’une diminution du nombre de ses privilèges sociaux.
Elle aura à donner l’image d’une communauté fondée sur le choix libre et indépendant de ses adeptes. Et cette petite société assumera beaucoup plus fermement les initiatives de ses membres. De nouvelles fonctions seront créées, la prêtrise conférée à des chrétiens « adultes ». Dans les petites communautés, dans les groupes sociaux homogènes, ce sont eux qui auront la charge de la vie pastorale. Le prêtre, en tant que fonction majeure, demeurera irremplaçable. Mais au milieu de tous ces changements que l’on peut pressentir, l’Église retrouvera résolument l’essence d’elle-même dans ce qui a toujours constitué son centre : la foi dans le Dieu un et trine, la foi en Jésus-Christ, le fils de Dieu qui s’est fait homme, la foi dans le soutien de Dieu qui nous est dispensé jusqu’à la fin. Oui, c’est dans la foi et dans la prière qu’elle retrouvera le centre d’elle-même, que les sacrements redeviendront le Service de Dieu au lieu de susciter des problèmes d’aménagement liturgique.
Ce sera une Église tournée vers l’intérieur, non une Église qui se bat pour un mandat politique mais qui évitera de flirter aussi bien avec la droite qu’avec la gauche. Sa tâche sera difficile, car le mécanisme de cristallisation et de décantation lui coûtera beaucoup de ses forces. Il la rendra pauvre, il fera d’elle l’Église des petits. Et le processus sera d’autant plus délicat qu’il lui faudra garder l’équilibre entre le sectarisme étroit et l’entêtement dans les grands mots. On peut prédire que cela lui demandera du temps. Ce sera un chemin long et difficile comme celui du faux progressisme à l’avant-veille de la Révolution quand il était bien porté chez un évêque de railler les dogmes et même de laisser entendre que l’existence de Dieu n’avait rien de précisément certain.
Mais quand elle aura subi l’épreuve de toutes ces tensions, c’est une grande force qui coulera dans cette Église, riche de son dépouillement et de sa vie intérieure ; car les hommes d’un monde intégralement planifié seront indiciblement seuls. Et, quand Dieu les aura quittés, ils mesureront toute leur pauvreté. Alors, ils découvriront la petite communauté des hommes de foi comme quelque chose d’entièrement neuf. Comme une espérance qui les concerne, comme une réponse, qu’au secret de leur cœur ils ont toujours attendue.
Cette crise de l’Église est à peine entamée. Des bouleversements considérables nous guettent. Mais une chose est également certaine ; ce qui restera définitivement, ce n’est pas cette Église, culte politique, qui avec Gobel avait connu l’échec, mais l’Église de la Foi. Jamais elle ne pourra reconquérir la puissance sociale prépondérante dont elle jouissait tout récemment encore. Mais elle refleurira et les hommes verront en elle une patrie, source de vie et d’espoir au-delà de la mort (2).
(1) Voir les remarquables développements de H. de Lubac, « L’Église dans la crise actuelle », dans la Nouvelle Revue théologique, 91 (1969), 580-596, spécialement 592 ss.
(2) Lire également avec intérêt sur ce sujet, Serviteurs du Christ, de K.Rahner, notamment le chapitre VI, consacré au prêtre de demain.
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( 946829 )
Et pour aller un peu plus loin... par Davidoff2 (2022-06-04 16:49:35)
[en réponse à 946823]
... mais c'est comme une suite de ce témoignage, la Bienheureuse Anne-Catherine Emmerich voit une sorte d'agonie, puis un semblant de mort de l'Eglise, mais elle renaîtra avec une telle force qu'elle nomme cela "La Gloire Crépusculaire de l'Eglise", il nous sera donné une génération de paix (25 ou 40 ans, je ne sais pas, ... une génération), avant l'avènement de l'ennemi, l'antéchrist, et le retour glorieux du Christ.