CHAPITRE VI
Éclaircissement des difficultés que l'on peut proposer contre la dévotion de l'esclavage de la sainte Vierge
Les marques extérieures que les esclaves doivent porter, comme des chaînettes, peuvent être omises par une prudence chrétienne, et non pas par aucune honte : ce qui serait indigne et insupportable à un véritable esclave de la Mère de Dieu. (...)
Il n'y a point à rougir dans le service de la grande reine du paradis, dont l'esclavage est à préférer aux empires, et dont les chaînes sont plus glorieuses que les sceptres et les couronnes. Le divin Paul mettait toute sa gloire en ses chaînes, et saint Chrysostome proteste qu'il les aimerait mieux que des diadèmes.
Saint Babylas, évêque et martyr d'Antioche, voulut qu'on ensevelit avec son corps les chaînes qui l'avaient garrotté, comme les plus illustres marques de ses victoires.
Quoique autrefois il n'y ait rien eu de plus infâme que la croix, à présent ce bois ne laisse pas d'être la chose la plus glorieuse du christianisme : disons le même des fers de l'esclavage : il n'y avait rien de plus ignominieux parmi les anciens, et à présent parmi les fidèles il n'y a rien de plus illustre. Ce sont des chaînes qui nous délivrent de nos chaînes, c'est un esclavage qui ôte l'esclavage, comme la mort de Notre-Seigneur qui a détruit la mort.
Si on se lie, ce n'est que pour se mettre en liberté ; il faut porter ces chaînes à l'extérieur, pour marques des liens sacrés qui tiennent notre intérieur à celui de la glorieuse Vierge ; il faut porter ces chaines pour marques de celles dont nous avons été délivrées par son moyen, et pour faire voir que nous ne sommes plus à nous, mais à Marie ; pour marquer que nous ne sommes plus à notre corps, plus à nos sens, plus au monde, plus aux vanités du monde, plus aux créatures et à ce que les créatures estiment et aiment, mais tout au pur amour de Marie pour le pur amour de Jésus.
Si c'est une grande chose que d'aimer la tout aimable Marie, c'est quelque chose de plus grand que de persévérer en son virginal amour ; mais ce qui est très grand, c'est de ne pouvoir en quelque façon se tirer de son service, et quitter son amour.
Il semble que c'est là le privilège des chaînes heureuses de son esclavage, qui, fortes comme la mort, et plus fortes que la mort même, nous lient non seulement pour le temps, mais pour l'éternité, à notre glorieuse maîtresse.
Nous voyons que plusieurs saintes âmes ont voulu même imprimer sur leurs corps avec un fer chaud, les marques de leur amour et de leur servitude, comme le bienheureux Henri de Suso, et la vénérable mère de Chantal. C'était de la sorte que les anciens marquaient leurs esclaves.
Source : Livres-mystiques.com
Que Jésus Miséricordieux vous bénisse
ami de la Miséricorde