CHAPITRE IV
Dieu seul est le fondement de l'esclavage de la sainte Vierge
Cependant il est très certain que toutes choses n'étant rien en elles-mêmes, elles ne sont que ce qu'elles sont en Dieu seul.
C'est pourquoi, comme selon la doctrine de saint Thomas, le serviteur a un rapport nécessaire au maître, et que la servitude est d'autant plus grande, que le maître et Seigneur a plus de pouvoir, il est assuré que Dieu étant le Seigneur des seigneurs, la servitude qui lui est due ne peut souffrir de comparaison :
et comme c'est Dieu qui a fait toutes choses, et que lui seul a un empire absolu et indépendant sur tout ce qui est créé, et que tous les seigneurs et maîtres ne le sont qu'à raison de la communication qu'il leur fait de son pouvoir, l'on doit dire (à proprement parler) que toute la dépendance que nous avons à l'égard des autres n'a point d'autre cause que la dépendance de ce seigneur souverain et infini, qui, selon le langage de l'Écriture et de l'Église, est le seul Seigneur.
Dieu seul donc est le fondement de l'esclavage de la sainte Vierge, qui n'est appuyé que sur le pouvoir qu'il lui a donné : et ce pouvoir est si grand, et la communication qui lui a été accordée de son souverain domaine, si extraordinaire, qu'il en suit une obligation très spéciale de dépendance et de servitude.
Le grand cardinal de Bérulle, qui a excellé en la dévotion de la sainte Vierge, et l'un de ses plus fidèles esclaves, avait une estime si haute de la grâce qui nous lie à cette aimable princesse d'une manière spéciale, qu'étant supérieur du saint ordre des religieuses Carmélites de France, de la réforme de sainte Thérèse, il donna ordre que le très saint sacrement de l'autel fût exposé une fois tous les mois en l'église, du grand couvent du faubourg Saint-Jacques, en action de grâces de la faveur particulière que possède cet ordre, d'avoir pour mère et pour dame, la Mère de Dieu et la dame des anges : dévotion qui se continue encore à présent en cette sainte maison avec plus de ferveur et de zèle que jamais.
Cet homme plus éminent par sa rare piété envers la très pure Vierge, que par la pourpre dont il était orné, en l'un de ses écrits, déclare qu'il la contemple et révère comme la personne la plus haute, la plus sainte, et la plus digne d'amour qui sera jamais, et comme celle qui surpasse en hautesse, dignité et sainteté toutes les personnes humaines et angéliques, même considérées ensemblement : qu'elle a été faite uniquement pour la très sainte Trinité ; qu'elle est comme un monde et un paradis à part, monde de grandeurs et paradis de délices pour le nouvel homme ; qu'elle est un ciel nouveau et une terre nouvelle, terre qui ne porte que l'Homme-Dieu, et ciel qui ne contient que lui, ne tourne qu'à l'entour de lui, n'agit que pour lui ; qu'elle est dans l'univers comme un autre univers, et dans l'empire de Dieu comme un autre empire, univers qui a son centre et ses mouvements différents, empire qui a ses lois et son État à part.
Il dit de plus, qu'elle fait un nouvel ordre dans tous les ordres de la puissance et sagesse de Dieu, ordre suréminent à tous les ordres de la grâce et de la gloire, ordre tout singulier qui fait et porte un nouvel empire sur les ordres de Dieu, ordre conjoint à l'ordre et à l'état de l'union hypostatique. Mais c'est tout dire, qu'elle est la digne Mère de son créateur, et l'on ne peut rien avancer de plus grand pour marquer sa souveraineté, que de faire voir que Dieu le souverain de toutes choses lui a été sujet.
Ces grandeurs, qui renferment, selon le Docteur angélique, une dignité presque infinie, méritent les services de toutes les créatures : mais c'est Dieu seul qui en est la source et l'unique cause, et elles se doivent terminer à son honneur et à sa gloire.
Source : Livres-mystiques.com
Que Jésus Miséricordieux vous bénisse
ami de la Miséricorde