Qu'est-ce qu'un sacrement ?
2. C'est le Christ qui fait cela. (suite)
À travers une langue et des mains qui sont celles d'un homme, c'est donc Jésus lui-même qui agit et qui parle dans les sacrements, celui que l'on appelle « ministre » du sacrement lui prêtant alors son humanité. Mettons pour l'instant de côté la question de la nature exacte de cette présence du Christ en son ministre, et retenons simplement que les sacrements ne sont pas des gestes magiques, mais des rencontres entre Jésus et son disciple à travers des paroles et des gestes d'homme, rencontres qui continuent sa vie commune avec nous, qui nous incorporent à lui, qui étendent son incarnation et font croître son "corps mystique" qu'est l'Église. Mais une rencontre suppose d’être deux !
Si Jésus vient vers nous, il faut aussi que nous allions vers lui, et que nous ayons autant que lui cette volonté de vie commune. Et cela indique d'avance que, faute de cette intention, les gestes et les paroles de Jésus tomberont littéralement dans le vide, et que son incarnation n'ira pas plus loin.
j'ai élu mes ministres, pour votre salut, afin que par eux vous soit distribué le Sang de
l'humble Agneau immaculé, mon Fils unique. A ceux-là, j'ai donné pour fonction d'administrer le Soleil,
en leur confiant la lumière de la science et la chaleur de la divine charité, et la couleur unie à la
chaleur et à la lumière, le Sang et le Corps de mon Fils.
(...)
Elus par moi, Oints par moi, placés par moi dans le corps mystique de la sainte Eglise pour la
dispensation du Soleil qui est Moi-Même, pour distribuer le corps et le sang de mon Fils unique avec
les autres sacrements qui contiennent la vie par la vertu du Sang, ils les administrent extérieurement,
et ils les administrent spirituellement. Je veux dire qu'ils répandent dans le corps mystique de la
Sainte Eglise la lumière qui est en eux : lumière de science surnaturelle, jointe à la couleur d'une vie
honnête et sainte, conforme à la doctrine de mn Vérité, et rayonnent la chaleur de la plus ardente
charité. La chaleur de leur charité met en fermentation les âmes stériles; leur science les éclaire de sa
lumière; et l'exemple de leur vie [36] réglée et sainte achève de dissiper les ténèbres des nombreux
péchés mortels et de toutes les infidélités! Ils ramènent à ma discipline ceux qui, en dehors de toute
loi, vivaient dans la nuit du péché et dans le froid de la mort par la privation de la grâce. N'est-il donc
pas vrai qu'ils sont des soleils, puisqu'ils ont la propriété du soleil, de par moi le vrai Soleil, après que,
par sentiment d'amour, ils sont devenus une même chose avec moi, et moi avec eux, comme je te l'ai
exposé en un autre endroit!
(...)
Et les prélats institués dans l'état de la prélature par mon Christ de la terre! Comme par la sainteté et
l’honnêteté de leur vie, ils m'offraient le sacrifice de justice! Cette perle précieuse de la justice,
enchâssée dans une véritable humilité et une très ardente charité, comme elle brillait en eux et dans
ceux qui leur étaient soumis, à la lumière du sens chrétien!
En eux surtout, qu'elle était éclatante cette justice! Comme ils me rendaient bien ce qui m'est dû!
Comme ils entouraient mon nom d'honneur et de gloire! Pour eux, ils n'avaient que haine, que mépris
pour leur propre sensualité. Le vice, ils l'avaient en horreur, et ils s'attachaient à la vertu de toute
l'ardeur de leur charité pour Moi et pour leur prochain. Leur humilité foulait aux pieds l'orgueil. C'est
comme des anges qu'ils montaient à la table de l'autel, la pureté dans le coeur, sans souillure dans
leur corps, et, dans la pleine sincérité de leur âme, ils célébraient le sacrifice, tout embrasés du feu de
la charité.
Parce qu'ils avaient tout d'abord établi la justice en eux-mêmes et dans leur vie, ils la faisaient aussi
régner dans ceux qui leur étaient Soumis. Ils voulaient les voir vivre saintement et les corrigeaient
sans crainte servile, parce qu'ils s'oubliaient eux-mêmes pour ne penser qu'à mon honneur et au salut
des âmes. O les bons pasteurs! Comme ils [39] suivaient vraiment le bon Pasteur, ma Vérité, que je
vous ai donnée pour vous conduire, mes chères brebis, en lui imposant de donner sa vie pour vous!
Ils ont bien suivi ses traces, ils ont bien corrigé à temps, ils n'ont pas laissé les membres se
corrompre, faute de soins; ils ont mis leur charité, non seulement à les redresser avec onction de la
douce bonté, mais aussi à porter le feu daîis la plaie, quand c'était nécessaire, par la réprimande, par
la pénitence plus ou moins sévère, suivant la gravité de la faute. Et dans cet office de droiture et de
vérité, jamais ils ne se laissèrent arrêter par la crainte de la mort.
Ils étaient, ceux-là, de vrais jardiniers! C'est avec zèle, avec une sainte crainte, qu'ils arrachaient les
épines des péchés mortels, pour planter à leur place les fleurs parfumées des vertus. Aussi leurs
sujets vivaient-ils dans une sainte crainte, et s'élevaient comme des fleurs odoriférantes dans le jardin
de la sainte Eglise, parce qu’ils les corrigeaient sans la crainte servile qu'ils ne connaissaient pas.
Exempts eux-mêmes de péché, ils étaient tout zèle pour la sainte justice, reprenant humblement, mais
sans peur aucune. En eux brillait vraiment cette pierre précieuse; l'éclat qu'elle répandait, versait la
paix avec la lumière dans les âmes de mes créatures, et les maintenait dans la sainte crainte et dans
l'union des coeurs. S'il y a tant d'obscurité dans le monde, sache-le bien, tant de division entre
séculiers et religieux, entre clercs et prélats de la sainte Eglise, l'unique raison en est, que la lumière
de la justice [39] s'est éteinte, et que dès lors les ténèbres de l'injustice ont enveloppé la terre.
Qu'est-ce que le prêtre? Un homme qui tient la place de Dieu, un homme qui est revêtu de tous les pouvoirs de Dieu. « Allez, dit Notre-Seigneur au prêtre. Comme mon Père m'a envoyé, je vous envoie.... Toute puissance m'a été donnée au ciel et sur la terre. Allez donc, instruisez toutes les nations.... Celui qui vous écoute m'écoute ; celui qui vous méprise me méprise. »
Lorsque le prêtre remet les péchés, il ne dit pas : « Dieu vous pardonne. » Il dit : « Je vous absous. » A la consécration, il ne dit pas : « Ceci est le Corps de Notre-Seigneur. » Il dit : « Ceci est mon corps. »
Saint Bernard nous dit que tout nous est venu par Marie, on peut dire aussi que tout nous est venu par le prêtre : oui, tous les bonheurs, toutes les grâces, tous les dons célestes.
Si nous n'avions pas le sacrement de l'Ordre, nous n'aurions pas Notre-Seigneur. Qui est-ce qui l'a mis là, dans ce tabernacle ? C'est le prêtre. Qui est-ce qui a reçu votre âme, à son entrée dans la vie? Le prêtre. Qui la nourrit pour lui donner la force de faire son pèlerinage ? Le prêtre. Qui la préparera à paraître devant Dieu, en lavant cette âme, pour la dernière fois, dans le sang de Jésus-Christ ? Le prêtre, toujours le prêtre. Et si cette âme vient à mourir, qui la ressuscitera, qui lui rendra le calme et la paix? Encore le prêtre. Vous ne pouvez pas vous rappeler un seul bienfait de Dieu, sans rencontrer, à côté de ce souvenir, l'image du prêtre.
Allez vous confesser à la sainte Vierge ou à un ange vous absoudront-ils? Non. Vous donneront-ils le corps et le sang de Notre-Seigneur? Non. La sainte Vierge ne peut pas faire descendre son divin Fils dans l'hostie. Vous auriez deux cents anges là, qu'ils ne pourraient vous absoudre. Un prêtre, tant simple soit-il, le peut; il peut vous dire « Allez en paix; je vous pardonne. »
Oh ! que le prêtre est quelque chose de grand !
Le prêtre ne se comprendra bien que dans le ciel... Si on le comprenait sur la terre, on mourrait non de frayeur, mais d'amour...
Les autres bienfaits de Dieu ne nous serviraient de rien sans le prêtre. A quoi servirait une maison remplie d'or, si vous n'aviez personne pour vous en ouvrir la porte ? Le prêtre a la clef des trésors célestes c'est lui qui ouvre la porte ; il est l'économe du bon Dieu, l'administrateur de ses biens.
Sans le prêtre, la mort et la passion de Notre-Seigneur ne serviraient de rien. Voyez les peuples sauvages quoi leur a-t-il servi que Notre-Seigneur fût mort? Hélas ! ils ne pourront pas avoir part au bienfait de la rédemption, tant qu'ils n'auront pas des prêtres pour leur faire l'application de son sang.
Le prêtre n'est pas prêtre pour lui : il ne se donne pas l'absolution; il ne s'administre pas les sacrements. Il n'est pas pour lui, il est pour vous.
Après Dieu, le prêtre, c'est tout !... Laissez une paroisse vingt ans sans prêtres : on y adorera les bêtes.
Si M. le missionnaire et moi nous nous en allions, vous diriez : « Que faire dans cette église ? il n'y a plus de messe; Notre-Seigneur n'y est plus; autant vaut prier chez soi... Quand on veut détruire la religion, on commence par attaquer le prêtre, parce que là où il n'y a plus de prêtre, il n’y a plus de sacrifice, et là où il n’y plus de sacrifice, il n’y a plus de religion.
Lorsque la cloche vous appelle à l'église, si l'on vous demandait « Où allez-vous?» vous pourriez répondre: « Je vais nourrir mon âme. » Si on vous demandait, en vous montrant le tabernacle : « Qu'est-ce que c'est que cette porte dorée? — C'est l'office; c'est le garde-manger de mon âme. —Quel est celui qui en a la clef, qui fait les provisions, qui apprête le festin, qui sert à table? —C'est le prêtre. —Et la nourriture? — C'est le précieux corps et le précieux sang de Notre-Seigneur... » O mon Dieu! mon Dieu! que vous nous avez aimes
Voyez la puissance du prêtre ! La langue du prêtre, d'un morceau de pain fait un Dieu! C'est plus que de créer le monde... Quelqu'un disait : « Sainte Philomène obéit donc au Curé d'Ars? » Certes, elle peut bien lui obéir, puisque Dieu lui obéit.
Si je rencontrais un prêtre et un ange, je saluerais le prêtre avant de saluer l'ange. Celui-ci est l'ami de Dieu, mais le prêtre tient sa place... Sainte Thérèse baisait l'endroit où un prêtre avait passé... Lorsque vous voyez un prêtre, vous devez dire : « Voilà celui qui m'a rendu enfant de Dieu et m'a ouvert le ciel par le saint baptême, celui qui m'a purifié après mon péché, qui donne la nourriture à mon âme... » A la vue d'un clocher, vous pouvez dire : « Qu'est-ce qu'il y a là? Le corps de Notre-Seigneur. Pourquoi y est-il? Parce qu'un prêtre a passé là et a dit la sainte messe. »
Quelle joie avaient les apôtres, après la résurrection de Notre-Seigneur, de voir le Maître qu'ils avaient tant aimé ! Le prêtre doit avoir la même joie, en voyant Notre-Seigneur qu'il tient dans ses mains... On attache un grand prix aux objets qui ont été déposés dans l'écuelle de la sainte Vierge et de l'Enfant Jésus, à Lorette. Mais les doigts du prêtre, qui ont touché la chair adorable de Jésus-Christ, qui se sont plongés dans le calice où a été son sang, dans le ciboire où a été son corps, ne sont-ils pas plus précieux?... Le sacerdoce, c'est l'amour du cœur de Jésus. Quand vous voyez le prêtre, pensez à Notre-Seigneur Jésus-Christ.