Le Forum Catholique
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( 940546 )
La traduction en français du tweet du Pape François tombe très mal par Bernard Joustrate (2022-02-10 11:18:01)
Lu sur Huffingtonpost :
La traduction en français du tweet du Pape François tombe très mal
Le terme "caresser" a été mal reçu par certains internautes, alors que l'Église est empêtrée dans des scandales de violences sexuelles envers des mineurs
(...) Ce mercredi 9 février, un tweet du Pape François a fait l’unanimité contre lui en raison de mots malheureusement choisis, ou mal traduits en français. A 14h30, le compte officiel en latin du souverain pontife a publié un message comme il le fait très régulièrement. Pour les latinistes, voici les mots qu’il adresse à sa communauté: “Senem blandiri eandem spem significat ac puerum blandiri, cum vitae initium et finis semper mysterium sint, mysterium verendum, comitandum, curandum, amandum.” (...) Le même tweet a été publié à la même heure sur les autres comptes du pape, dans toutes les langues. (...) Le Huffpost a demandé l’avis d’une latiniste. “Blandiri est une forme du verbe blandior qui signifie flatter, amadouer, cajoler, choyer”, explique Claire Chauviré, professeure de lettres. “Personnellement, je traduirais par choyer” voire “chérir”, ajoute-t-elle. Les internautes ont donc supplié le Pape de s’acheter les services d’un traducteur, pour éviter une nouvelle bourde. À noter qu’en anglais, le terme choisi est également “to caress”, qui a un sens similaire à celui du français.

( 940549 )
Mon prof de latin ... par Roger (2022-02-10 11:33:36)
[en réponse à 940546]
Nous avait expliqué que blandire était un verbe à caractère sexualité, employé par Virgile dans un sens homosexuel...
Je doute que le saint père connaisse assez de latin pour le savoir ! Et il est certain que il ne rédige pas ses Tweets..
En revanche il est possible que le vrai rédacteur soit plus cultivé et ait volontairement mis une grenade degoupillee dans le message ...

( 940553 )
Bah, après le suicide assisté... par Davidoff2 (2022-02-10 12:49:47)
[en réponse à 940549]
... pourquoi ne pas militer pour ça, au moins là ils savent de quoi ils causent.

( 940561 )
Votre prof de latin ... par Lycobates (2022-02-10 14:05:06)
[en réponse à 940549]
vous aura dit certainement que blandiri est en toute règle un verbe déponent ?
À en croire le Lexikon zu Vergilius mit Angabe sämtlicher Stellen [Lexique de Virgile avec toutes les occurrences] de Hugo Merguet (Leipzig 1912), ce verbe n'apparaît pas dans les vers du poète.
L'adjectif blandus (câlin, flatteur), lui, apparaît 6 fois* chez Virgile, mais j'ai du mal à cerner le "caractère sexualité" "dans un sens homosexuel" que votre "prof de latin" voudrait y voir.
*
E. IV,23 (dit des fleurs)
G. III 127 (dit de l'étalon, blando labore); III 185 (dit de louanges, blandis laudibus de l'éleveur des chevaux); III 496 (dit de chiens)
AEn. I 670 (Didon retient Énée blandis vocibus avec des mots gentils); V 827 (dit de joies, blanda gaudia, "un doux contentement" du rescapé)
Ajoutons (mais ce n'est pas Virgile):
Ciris 11 (lacune, blandum deponere amorem), 197 (dans qqs manuscrits tardifs, dit d'oiseaux, blandae volucres), 341 (dit de l'espérance, blanda spe)
Culex 279 blanda voce (d'Orphée)
bref ...
Paulo maiora canatis !

( 940564 )
Ou encore tout simplement le Gaffiot par Luc de Montalte (2022-02-10 14:16:31)
[en réponse à 940561]
blandĭor,11 ītus sum, īrī (blandus), intr., ¶ 1 flatter, caresser, cajoler [alicui, qqn] : CIC. Fl. 92 ; de Or. 1, 90, etc. ; blandiendo ac minando LIV. 32, 40, 11, par des flatteries et des menaces ; blandiens patri, ut duceretur in Hispaniam LIV. 21, 1, 4, entourant son père de caresses pour être emmené en Espagne ║ blandiri sibi, se flatter, se faire illusion : PLIN. MIN. Ep. 5, 1, 11 ; 8, 3, 2 ¶ 2 flatter, charmer : video, quam suaviter voluptas sensibus nostris blandiatur CIC. Ac. 2, 139, je vois comme le plaisir caresse (chatouille) agréablement nos sens ; ignoscere vitiis blandientibus TAC. Agr. 16, pardonner aux vices attrayants ; blandiente inertia TAC. H. 5, 4, la paresse étant pleine de charmes ; opportuna sua blanditur populus umbra OV. M. 10, 555, un peuplier nous offre à propos la caresse de son ombre ║ avec le subj. : (voluptas) res per Veneris blanditur sæcla propagent LUCR. 2, 173, (le plaisir) par l’attrait des œuvres de Vénus amène les mortels à perpétuer la race ║ blanditus, a, um, [au sens de blandus], agréable, charmant : PLIN. 9, 35 ; 10, 67.

( 940587 )
[réponse] par O’Dunne (2022-02-10 18:47:21)
[en réponse à 940549]
"Blandiri", pas "blandire", si je puis me permettre.

( 940595 )
blanditia , le substantif, par baudelairec2000 (2022-02-10 19:28:40)
[en réponse à 940549]
signifiant caresse, flatterie (au pluriel: séductions, attraits - c'est là où le terme est connoté sexuellement) est employé dans un sens moral par saint Augustin et repris par Hincmar de Reims dans deux traités, pratiquement dans les mêmes termes,(années 870-880) dont le premier est un miroir du prince:
le "De regina persona et regio ministerio" (De la personne du roi et du ministère royal), chap. 21:
"Que le roi ne se laisse pas gagner par les présents ou les cajoleries (blanditiae) du scélérat, ou qu'il ne se laisse pas séduire par ses flatteries(adulationes)."
Le "De ordine palatii" (De l'organisation du palais), chap. IX:
" Que le roi , comme le démontre saint Augustin, ne se laisse ni gagner par les présents et les flatteries des méchants, ni tromper par les adulations."
On le comprend aisément " blanditia " et "adulatio" sont presque synonymes.

( 940562 )
Bof par Luc de Montalte (2022-02-10 14:14:19)
[en réponse à 940546]
Polémique ridicule franchement. La phrase traduite est mal tournée, c’est vrai, mais c’est tout.

( 940565 )
Si vous étiez le traducteur, vous vous sentiriez bien mal, non ? par Glycéra (2022-02-10 14:41:11)
[en réponse à 940562]
Au moins parce que les profanes auront de quoi ridiculiser des gens d'Eglise, avec l'amalgame habituel entre l'Eglise et certains des gens qui parlent et diffusent en usurpant (de fait) son nom.
Ah l'(in)curie dite Romaine ...
Non, les disciples n'étaient pas fiers non plus de l'amalgame fait entre les propos de Judas et ceux que Jésus demandait d'aller enseigner.
Ne sommes-nous pas dans le même climat ?
Un mot tel que celui-ci compte ...
Pourvu que les journaleux nuls ne le voient pas ...
Ce sera tout de même mieux !

( 940576 )
Je pense que tout à été bien traduit ! par Davidoff2 (2022-02-10 16:35:58)
[en réponse à 940565]
Une caresse n'est pas sexuée, il y a la caresse du vent sur la peau, la caresse d'un fils sur le bras de son vieux père malade, la caresse de parents aimants à leurs enfants qu'ils chérissent.
Donc je pense que le mot est juste (sinon proposez-en un autre ?), mais l'Eglise ne peux même plus se permettre de parler de tendresse envers les enfants, les plus petits, les plus fragiles, c'est comme ça et c'est bien dommage.

( 940608 )
Non, c'est mal traduit par Paterculus (2022-02-10 22:16:37)
[en réponse à 940576]
Blandiri a un sens beaucoup plus général que "caresser".
En gros, il désigne un acte qui va dans le sens de la volonté de celui à qui il est destiné.
Il peut s'agir de "flatter" (bon, d'accord, cela peut aussi se dire "caresser dans le sens du poil") : dans ce cas on exploite la faiblesse orgueilleuse d'un supérieur, de quelqu'un dont on attend un avantage, et là c'est immoral.
Il peut s'agir de tendresse à l'égard de qui en a besoin, et là c'est vertueux : c'est ce dont parle le texte du Souverain Pontife, manifestement. Cela inclut toutes sortes de soins et de gestes, comme faire des visites ou adresser un sourire, etc.
Les caresses ne sont qu'un aspect mineur dans le sens de blandiri.
Si l'on veut une autre traduction, je propose "manifester de la tendresse".
Votre dévoué Paterculus
PS. De mes souvenirs de lecture, j'ai l'impression que blandiri et ses dérivés sont très peu fréquents en latin classique, tandis qu'on les retrouve davantage en latin d'Eglise (notamment biblique et liturgique).

( 940591 )
Malheureusement… par Luc de Montalte (2022-02-10 19:02:58)
[en réponse à 940565]
… nous sommes plus qu’habitués je pense à la communication déplorable du Vatican. La portée de la bourde est ici très légère, on voit bien qu’il s’agit simplement d’une traduction inélégante, surinterprétée par des lecteurs certainement malveillants.