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images/icones/carnet.gif  ( 939021 )"Il est plus facile de s'attaquer au christianisme..." par Cristo (2022-01-21 16:17:45) 

Rémi Brague: «Il est plus facile de s'attaquer au christianisme qu'à d'autres religions»

Par Entretien FigaroVox
Publié hier

«Il est plus facile de s'attaquer au christianisme qu'à d'autres religions ; là, au moins, on ne risque pas de se faire égorger.» Jean-Christophe Marmara / Le Figaro

FIGAROVOX/ENTRETIEN - Après une série d'actes de vandalisme d'églises, Gérald Darmanin a annoncé une enveloppe de quatre millions d'euros pour sécuriser les lieux de culte. Attaquer l'Église catholique, c'est aussi une façon d'affaiblir le pays tout entier, estime le philosophe Rémi Brague pour qui la solution à apporter n'est pas uniquement financière.

Membre de l'Institut de France, normalien, agrégé de philosophie et professeur émérite de philosophie à l'université Panthéon-Sorbonne, Rémi Brague est notamment l'auteur d'Europe, la voie romaine (Folio essais, 1999) et du Règne de l'homme. Genèse et échec du projet moderne (Gallimard, 2015).

FIGAROVOX.- Depuis le 1er janvier, huit églises ont fait l'objet d'actes de vandalisme ou de vols. Comment les catholiques perçoivent-ils ces actes malveillants ?

Rémi BRAGUE.- Il y a pas mal de temps que des gestes de ce genre ont lieu. Il y a des vols dans les églises, et pas seulement des pillages de tronc, mais des vols d'œuvres d'art, tableaux et statues, depuis longtemps, et encore plus depuis que beaucoup d'églises ne sont fréquentées que de loin en loin. Les vases sacrés, calices, ciboires, etc., que les imbéciles croient être en métal précieux, et qui sont plus faciles à écouler, sont évidemment plus visés. Briser des statues de saints est une tradition française depuis la Réformation protestante, puis depuis la Révolution. Les vols d'hosties consacrées sont d'un autre ordre et sont probablement explicables par une montée en puissance des cultes satanistes que l'on signale un peu partout.

Je ne sais pas si le début de cette année marque une recrudescence nette, mesurable, de ce genre d'incidents. Il semble que oui. Ou en tout cas, il est sûr qu'on en parle plus qu'à l'accoutumée. Il est intéressant que ce soit seulement maintenant qu'on leur donne une couverture médiatique à peu près à la hauteur. Encore cela dépend-il des médias. Pour certains, c'est un non-événement. Au lieu de dire que seuls les médias de «droite» en parlent, et le leur reprocher, ceux de «gauche» devraient faire leur examen de conscience, ou expliquer clairement pourquoi ils choisissent de taire ce genre d'événements.

"Ces actes révèlent une incompréhension totale, voire une ignorance subie ou voulue du message chrétien, de la personne du Christ, de ce qu'ont réalisé les saints représentés par les statues qu'on décapite."
Rémi Brague

Les catholiques sont évidemment peinés. Ce n'est pas tellement par les humiliations ou les menaces dont leurs personnes sont l'objet, comme lors de cette procession que des musulmans ont attaquée. C'est surtout par les destructions matérielles. Non pas, bien évidemment, parce que le plâtre ou la pierre seraient plus précieux que la chair humaine ; c'est le contraire. Mais c'est à cause de ce que ces actes révèlent une incompréhension totale, voire une ignorance subie ou voulue du message chrétien, de la personne du Christ, de ce qu'ont réalisé les saints représentés par les statues qu'on décapite. Qu'on déboulonne une statue de Cecil Rhodes passe encore, mais de Saint-Antoine de Padoue ou de Saint-Vincent de Paul ?

Pour l'heure, l'Église semble avoir peu réagi. Faut-il y voir une forme de timidité?

Par «l'Église», vous entendez, me semble-t-il, la hiérarchie, donc l'épiscopat. Il est vrai que ses réactions restent discrètes. À quoi attribuer ce peu de bruit ? Prudence dans l'attente de ce que les faits soient mieux établis, les coupables identifiés, leurs motivations mises en lumière ? Lâcheté pure et simple, souci de ne pas «faire de vagues», comme dans l'Éducation nationale ? Désir de ne pas jeter de l'huile sur le feu dans une situation déjà tendue ? De ne pas «faire le jeu» de X ou Y (en l'occurrence, plutôt de Z, d'ailleurs…) ? Je l'ignore.

Comment expliquer cette haine contre la foi chrétienne?

Il y a d'abord un fait très simple, c'est qu'il est plus facile de s'attaquer au christianisme qu'à d'autres religions ; là, au moins, on ne risque pas de se faire égorger.

Ensuite, on peut haïr le christianisme soit en tant qu'il est une religion en général, soit parce qu'il est une religion déterminée, différente des autres. Il combine donc la haine des «laïcards», ennemis de toute religion et celle des ennemis du christianisme en particulier. Par exemple, pour ne parler que du christianisme catholique ou orthodoxe, musulmans et évangélistes peuvent vouloir concrétiser leur répugnance devant les images peintes ou sculptées...

De plus, c'est un fait que le christianisme sous sa forme catholique a été la religion d'une grande majorité des Français. Deux conséquences s'ensuivent : d'une part, pour beaucoup, «la religion» dont ils veulent la fin se présente nécessairement sous la figure du catholicisme. Et d'autre part ceux qui haïssent la France et rêvent de la détruire sentent plus ou moins confusément qu'attaquer l'Église catholique, c'est aussi une façon d'affaiblir le pays tout entier en en sapant les fondements spirituels.

En réponse, le ministre de l'intérieur, Gérald Darmanin, a annoncé une enveloppe de quatre millions d'euros pour sécuriser les lieux de culte. Ces mesures sont-elles suffisantes ? Les solutions sont-elles uniquement financières ?

En France, et depuis la loi de 1905, les lieux de culte qui existaient déjà avant ladite loi sont la propriété de l'État. C'est donc à lui de veiller à leur permanence. Il semble que, souvent, il se soucie davantage de ce qui, dans les églises, attire les touristes et remplit les caisses, alors qu'il néglige la maintenance de ce qui ne se voit pas et qui pourtant permet que l'édifice tienne debout. C'est une des causes de l'incendie de Notre-Dame. De façon un peu semblable, l'argent dépensé pour la «culture» va davantage aux «créations», même si elles sont laides ou stupides (ou les deux), et bien moins à l'entretien du patrimoine. La somme mentionnée par Gérald Darmanin pourra-t-elle sécuriser, ne serait-ce que toutes les églises catholiques, en laissant de côté les temples, mosquées, pagodes, etc. ? Quant aux cathédrales, basiliques, églises paroissiales, chapelles, il y en a dans les 40.000 ou 50.000. Cela ferait 100 euros par édifice, ou un peu moins…

"Il faudrait purifier la recherche historique des idéologies qui l'empoisonnent. Vaste programme."
Rémi Brague

Annoncer ces quatre millions, cela sonne bien en période électorale, et c'est mieux que rien s'ils sont effectivement versés. Et surtout, c'est plus facile : on peut le faire tout de suite. Effectuer les travaux nécessaires prendra de toute façon plus de temps.

Quant au vrai travail, qui consisterait à changer les mentalités, il est, lui, de très longue haleine. Il faudrait d'abord en finir avec la légende qui met tout le malheur du monde sur le dos de «la religion» et en particulier de l'Église. Cesser de mentionner «les religions» et faire un peu le tri entre les religions, ne pas confondre le message du ou des fondateurs ou celui des textes faisant autorité avec le comportement de certains croyants dans telles ou telles circonstances, etc. Bref, pratiquer des distinctions au fond très élémentaires. Il faudrait purifier la recherche historique des idéologies qui l'empoisonnent. Vaste programme.


https://www.lefigaro.fr/vox/religion/il-est-plus-facile-de-s-attaquer-au-christianisme-qu-a-d-autres-religions-20220120
images/icones/info2.gif  ( 939073 )Il y a beaucoup plus simple par Ptitlu (2022-01-22 01:17:53) 
[en réponse à 939021]

Les églises sont partout, et qu'elles soient ouvertes ou non, elles peuvent être plus facilement ouvertes que bien d'autres bâtiments (mairies, banques etc).

Sur les 7 églises touchées par des vols en septembre, d'après les données compilées par l'observatoire de la Christianophobie, cinq ont été fracturées avant, bien souvent au pied de biche. Il faut ajouter deux églises ouvertes où les troncs ont été forcés.

Dedans, les voleurs ont forcé le tabernacle (une fois), les troncs (à chaque fois, et parfois que le tronc) ou encore la sacristie, toujours au pied de biche (deux fois).

Les églises protestantes et les mosquées sont presque toujours fermées, et à ma connaissance vous n'y trouvez ni troncs ni objets de valeur.

Par ailleurs la vidéosurveillance des églises reste très rare (et souvent limitée à une ou deux caméras directionnelles braquées sur un tronc, un reliquaire bien précis ou la porte de la sacristie), la vidéosurveillance des abords n'est pas très efficace, les faits sont souvent découverts plusieurs jours, voire semaines après leur survenue s'il n'y a pas effraction, et on va le dire, les forces de l'ordre ont souvent plus urgent à s'occuper.

Les communes déposent plainte pour l'assurance, les paroisses refusent de faire des vagues, et roule. On apprend quelque chose soit dans les territoires où il y a plusieurs titres de presse en concurrence (Bretagne, Manche, Eure, Lyonnais, pays Basque, Alsace, IDF...), soit où les faits divers sont lus et intéressent (Oise Hebdo, L'union, Courrier Picard, LVDN, Dauphiné libéré...), soit quand c'est gros, soit à la faveur de signalements divers.

L'affaire de Vitry (vols et profanations) a failli rester secrète, il a fallu une double fuite, d'abord un curé qui a prévenu un petit groupe de paroissiens dans une messe, puis quelqu'un qui a contacté le bon journaliste du Parisien... Elle serait peut être ressortie avec celles de Bondy et Romainville (idem, 9 au 10 janvier) où le diocèse a choisi de communiquer d'emblée après avoir subi un échec à garder secret le bris de statues à St Denis le 4 janvier (sorti par Boulevard Voltaire avec photos puis la presse russe en France, avant de devenir un sujet politique).

Aux États-Unis où les cambriolages d'églises sont nombreux, y compris de divers cultes protestants, ce sont les décorations de Noël, les matériels de sono, les ordinateurs et les pots catalytiques des "church vans" qui sont particulièrement embarqués. Les vêtements et la bouffe (idem en Angleterre, avec une spécialité locale, les toits en métal. Depuis quelques années les pavés anciens aussi).

Quant aux 4 millions de Darmanin ils ne changeront rien. Même 40 ou 400. Les communes se dédouanent en mettant des caméras, les diocèses en faisant des inventaires, les gendarmes se retrouvent avec des listes d'objets qu'ils sont souvent bien incapables de distinguer - même les spécialistes ont du mal, et qui à de rares exceptions près ont des dizaines/centaines d'analogues partout en France, des milliers même pour les pique-cierges, goupillons, encensoirs etc.
images/icones/fleche2.gif  ( 939075 )Sans compter que par Ptitlu (2022-01-22 01:35:10) 
[en réponse à 939073]

Pour avoir vu déjà diverses fois lesdits inventaires, et même y avoir participé, les objets sont souvent soit pas marqués du tout, soit il y a des étiquettes collantes en papier avec un numéro dessus. Bref...

Le seul intérêt est de retrouver des choses qu'on pouvait croire perdues et de ranger enfin en ordre et au même endroit les ornements anciens (quand les bourses et les manipules n'ont pas été définitivement perdus, ou que les étoles sont dans une autre église, à 5 bornes, car les paroisses ont été regroupées et que le curé d'alors célébrait en blanc (voire en civil), mais avec une étole à la couleur).

Sur le plan de la protection des objets du vol ça ne sert à rien sauf pour les plus identifiables. Qui sont déjà thésaurisés par la base Palissy des Monuments historiques le plus souvent (objets classés) ou par les dossiers de l'inventaire général mené par les DRAC et généralement mus en ligne sur les sites régionaux... Mine d'informations pour les historiens, la population... Et aussi les voleurs.

Je n'epiloguerai même pas sur les différences juridiques avec nos voisins européens, ou sur le partage des bases de données d'objets volés, et le contrôle très défaillant de nos frontières (du reste, même quand elles étaient vraiment contrôlées, nos frontières, comment voulez vous empêcher des gens de passer comme ils le veulent et avec quoi ils veulent des frontières qui traversent des agglomérations, des rues, voire des maisons ?)

Mais les vols d'objets en métal sur les monuments aux morts (en Picardie, Nord pas de Calais) et dans les cimetières (Eurométropole de Lille, Algrange, Alsace) en dit long...
images/icones/neutre.gif  ( 939103 )Vivent les Bretons par Roger (2022-01-22 11:27:12) 
[en réponse à 939075]

Quand Lu sera directeur général de la police ducale de Bretagne, il fera construire un mur de barbelés pour faciliter les contrôles aux frontières...
images/icones/fleche3.gif  ( 939109 )D'abord par Ptitlu (2022-01-22 11:49:34) 
[en réponse à 939103]

Je serai intendant et non directeur, quitte à être Old Regime, allons y carrément, et ensuite il y aura une mesure simple : les vols dans les églises passeront parmi les vols aggravés et vaudront dix ans de bagne, sans réduction automatique de peine.

Les bagnards seront chargés de travaux d'intérêt général, réalisés avec des moyens écologiques (des pelles), par exemple creuser un large canal, format Panamax, le long de la frontière avec la France.

Cela devrait participer à régler le problème.

Gouverner, c'est prévoir.


Blague à part, harmoniser la législation du recel et celle des casses et des points de rachat d'objets d'occasion, en Europe, aurait déjà des effets positifs. On pourrait y rajouter une BDD européenne des biens volés, qui serait ouverte au public.
images/icones/neutre.gif  ( 939111 )Je suis partagée sur votre analyse par Vox clamantis (2022-01-22 11:50:55) 
[en réponse à 939073]

L'idée que les églises sont ouvertes alors que les temples et synagogues sont fermées est tout simplement fausses. Dans bien des endroits, aujourd'hui, les églises sont fermées.

Et ça ne protège pas forcément des vols ou dégradations. Au contraire ! Si l'église est fermée (comme dans la majorité des cas que vous évoquez, puisqu'il a fallu un pied de biche pour entrer !), c'est la certitude qu'on pourra prendre son temps et agir tranquillement sans être dérangé par un éventuel fidèle ou même touriste qui constituerait un témoin gênant.

En revanche c'est sûr que c'est techniquement plus facile de prendre un pied de biche et de s'introduire nuitamment dans l'église de X que de cambrioler une banque, dont le niveau de sécurité est très faible. Il faudrait au moins des alarmes mises en place la nuit... mais JVJ, s'il était là, nous rappellerait qu'on donne tous les codes et clés à tout le monde dans l'Eglise, au mépris de la sécurité, et que donc le code aurait assez circulé au bout de six mois pour n'avoir plus aucune efficacité (et il aurait raison : je connais une chapelle d'adoration perpétuelle dont le code "ne doit être donné qu'aux adorateurs de nuit dûment inscrits", je n'ai jamais été inscrite comme adoratrice même de jour... et je pourrais avoir le code en moins de deux coups de téléphone si je voulais, et j'ai eu l'un des anciens codes).

Sur l'inventaire général du patrimoine, je pense que vous êtes assez optimiste si vous pensez que toute l'orfèvrerie ecclésiastique des églises communales est inventoriée, mais c'est sûr qu'une bonne partie l'est (et très probablement en Bretagne où le service de l'Inventaire est l'un des plus "avancés" dans son travail)... cela permet cela dit de documenter les vols.

Quant à l'OCBC... il fait c'qu'il peut avec les moyens qu'il a.
images/icones/1b.gif  ( 939113 )Protéger les églises des vols en les fermant ne sert à rien par Ptitlu (2022-01-22 12:07:26) 
[en réponse à 939111]

C'est un fait.

c'est techniquement plus facile de prendre un pied de biche et de s'introduire nuitamment dans l'église de X que de cambrioler une banque, dont le niveau de sécurité est très faible

Oh, même moi je peux vous le dire. Et le pire, ce sont les chantiers, comme il n'y a généralement personne pour surveiller les artisans, un coup sur 3 les clés ne sont pas rendues. Donc on fait un autre double, et roule.

Sans compter les accès laissés ouverts à tous vents

Plus à l’ouest, on s’arrêtera à l’église Sainte-Thérèse, située non loin du rond-point de Vannes et du marché des Américains (mardi matin). Lors d’un chantier récent de réhabilitation, une porte menant à l’intérieur de l’église est restée souvent ouverte, selon des riverains. Pourtant, cette porte donne sur la chaufferie… mais aussi le clocher.

Toujours Nantes.

Lors du chantier de Notre-Dame de Bon Port, il n’y a eu de réels efforts de sécurité faits après que des vandales ont sorti des armoires et brisé les croix de procession de l’église, vidé les tiroirs du grenier de la sacristie et volé des ornements, détruit des missels grégoriens. L’une des portes d’accès à l’église est restée ouverte des nuits durant, et les codes des cadenas de l’entrée officielle du chantier ainsi que de la porte principale étaient facilement disponibles : ils étaient au dos du bulletin de chantier destiné aux divers intervenants qu’on pouvait trouver, abandonné sur les tables, à l’entrée de l’église…


Autre histoire issue de ma pratique. Un jour je suis allé accompagner un ami maire nouvellement élu visiter son église (XIIIe-XVIe-XIXe). La conversation a rapidement roulé sur la sécurité et les travaux, nous sommes montés en toiture, sur les chéneaux, le clocher, et en redescendant on tombe devant un accès extérieur à la sacristie (et à l'église), une belle serrure à chiffre toute simple.

Je lui dis qu'avec n'importe quelle clé ou presque on peut lui vider son église, il me dit chiche, je prends le tas de clés qu'on nous a remis (l'église, les parties annexes, l'ancienne cure attenante qui était alors vide...), la dedans bien une dizaine de clés à chiffre, j'ai ouvert la porte successivement avec cinq d'entre elles.

Vous auriez du voir sa tête. Pour tout le reste y a MasterCard.

Depuis, il y a eu (rapidement) des serrures sécurisées sur l'église et l'accès extérieur à la sacristie, des verrous un peu partout, et 600kE de travaux divers sur la mandature. La cure a été vendue et l'accès muré.