Le Forum Catholique

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images/icones/hein.gif  ( 937556 )Loi civile ou religieuse ? Qu'est ce qui doit primer ? par Ptitlu (2022-01-02 12:59:04) 

Question du dimanche. J'entends régulièrement que la loi de Dieu doit primer sur la loi civile, ou la thèse tout à fait inverse - dans des domaines aussi divers que le respect des intentions des donateurs de biens religieux (ou du denier), le respect du droit du travail dans les organisations religieuses, l'affectation des lieux de culte, le droit civil, etc. Et évidemment dans le domaine de la santé.

Quel est le fondement moral pour privilégier l'un ou l'autre, autre que de "rendre à César ce qui est à César" ?

Je trouve parfois que la volonté de faire prévaloir la loi de Dieu sur celle des hommes cache (mal) la volonté de se soustraire à des obligations légales et même morales élémentaires (dans le droit du travail notamment où nombre d'employés d'organisations religieuses sont surexploités et payés au lance-pierres pour la "Cause").


Je sors délibérément du champ de ma question les situations où la loi civile sort de son périmètre et tente d'interdire le libre exercice de la religion (par exemple l'interdiction des messes lors des deux premiers confinements), bref le cas d'espèce Antigone contre Créon.
images/icones/neutre.gif  ( 937564 )tenter d'interdire le libre exercice de la religion par Paxtecum (2022-01-02 18:00:17) 
[en réponse à 937556]

vaste programme... puisque l'exercice de la religion se fait aussi par les œuvres et les choix faits dans nos actes quotidiens.

Effectivement pour un Catholique la loi de Dieu ne peut qu'être supérieure à celle des hommes forcément imparfaits.

Mais attention qu'entendons nous par Loi de Dieu, est-ce la pratique des 10 commandements, est-ce le commandement que nous transmets Jésus-Christ "Aimes ton prochain comme toi-même".

En fait il m'apparaît que seule la supériorité d'un Dieu qui s'anéantit à la fois dans l'effacement du Serviteur et la Miséricorde de son Amour ne peut être contesté par les consciences.

J'en conclus que Oui les Lois de Dieu sont supérieures aux Lois humaines, les Martyrs en sont le témoin! Mais celles d'un Dieu révélé et non créé ou autoproclamé par telle ou telle communauté.

Toute la difficulté provient que nous avons tendance à faire un Dieu à notre image alors que la révélation nous dis exactement l'inverse.Les Lois de ce Dieu à notre image ne sont alors plus supérieures au Lois humaines.
images/icones/neutre.gif  ( 937565 )La loi divine prime naturellement sur la loi humaine par Meneau (2022-01-02 18:25:14) 
[en réponse à 937556]

mais encore faut-il bien comprendre ce qu'est la loi humaine.

Selon St Thomas, une loi humaine juste oblige en conscience. Mais attention, l'appréciation du caractère juste d'une loi est à faire en fonction de critères précis, et n'est pas forcément laissée à tout un chacun.

Je pense que cet extrait de Ia IIae Q96 a4 répond à la plupart des questions de votre post, y compris celle de la loi immorale :


Les lois que portent les hommes sont justes ou injustes. Si elles sont justes, elles tiennent leur force d'obligation, au for de la conscience, de la loi éternelle dont elles dérivent, selon les Proverbes (8, 15): "C'est par moi que les rois règnent et que les législateurs décrètent le droit." Or, on dit que les lois sont justes, soit en raison de leur fin, quand elles sont ordonnées au bien commun, soit en fonction de leur auteur, lorsque la loi portée n'excède pas le pouvoir de celui qui la porte; soit en raison de leur forme, quand les charges sont réparties entre les sujets d'après une égalité de proportion en étant ordonnées au bien commun. En effet, comme l'individu est une partie de la multitude, tout homme, en lui-même et avec ce qu'il possède, appartient à la multitude; de même que toute partie, en ce qu'elle est, appartient au tout. C'est pourquoi la nature elle-même nuit à une partie pour sauver le tout. Selon ce principe, de telles lois qui répartissent proportionnellement les charges, sont justes, elles obligent au for de la conscience et sont des lois légitimes.

Mais les lois peuvent être injustes de deux façons. D'abord par leur opposition au bien commun en s'opposant à ce qu'on vient d'énumérer, ou bien par leur fin, ainsi quand un chef impose à ses sujets des lois onéreuses qui ne concourent pas à l'utilité commune, mais plutôt à sa propre cupidité ou à sa propre gloire; soit du fait de leur auteur, qui porte par exemple une loi en outrepassant le pouvoir qui lui a été confié; soit encore en raison de leur forme, par exemple lorsque les charges sont réparties inégalement dans la communauté, même si elles sont ordonnées au bien commun. Des lois de cette sorte sont plutôt des violences que des lois, parce que "une loi qui ne serait pas juste ne paraît pas être une loi", dit S. Augustin. Aussi de telles lois n'obligent-elles pas en conscience, sinon peut-être pour éviter le scandale et le désordre; car pour y parvenir on est tenu même à céder son droit, selon ces paroles en S. Matthieu (6, 40): "Si quelqu'un te réquisitionne pour faire mille pas, accompagne-le encore deux mille pas; et si quelqu'un te prend ta tunique, donne-lui aussi ton manteau."

Les lois peuvent être injustes d'une autre manière: par leur opposition au bien divin; telles sont les lois tyranniques qui poussent à l'idolâtrie ou à toute autre conduite opposée à la loi divine. Il n'est jamais permis d'observer de telles lois car, "il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes" (Ac 5, 29).



Les articles et questions suivants de la Somme pourraient vous apporter des éléments supplémentaires. En particulier, même question, article 4 :


Or, il arrive parfois qu'un précepte adapté, dans la plupart des cas, au bien du peuple, ne convienne pas à telle personne, ou dans tel cas donné, soit parce qu'il empêcherait un bien supérieur, soit même parce qu'il entraînerait quelque mal, comme nous l'avons montré précédemment. Or, il serait dangereux qu'une telle situation fût soumise au jugement privé de n'importe qui; sauf peut-être à cause d'un danger évident et subit, nous l'avons déjà dit. Voilà pourquoi celui qui est chargé de gouverner le peuple a le pouvoir de dispenser de la loi humaine, qui dépend de son autorité: afin qu'il accorde la permission de ne pas observer la loi, aux personnes et dans les cas où la loi n'atteint pas sa fin.



Cordialement
Meneau

images/icones/find.gif  ( 937567 )La question est mal posée par Jean-Paul PARFU (2022-01-02 18:41:34) 
[en réponse à 937556]

Elle est mal posée, parce qu'elle renvoie en réalité au problème que rencontrent nos sociétés occidentales face à l'islam.

En Chrétienté, il y a :

- la loi morale naturelle (rappelée par Dieu sous la forme des Dix Commandements) ;

- et les rapports entre l'Eglise et l'autorité civile.

Sur le premier point, il est clair qu'avant d'être un péché, l'homosexualité, par exemple, est contre-nature et que le mariage entre personne du même sexe ne doit pas être autorisé. Une loi qui ne respecte pas la loi naturelle, est absurde ou/et conduit une société dans le fossé.

A Nuremberg, la plupart des accusés expliquaient qu'ils n'avaient fait qu'obéir aux ordres ou/et agir comme la loi alors en vigueur le leur commandait. Bien sûr, c'était un peu court, car il y a des lois supérieures aux lois civiles positives, ce que reconnaissaient donc, au moins implicitement, les Alliés.

Si le droit du travail n'est pas respecté par des clercs, les personnes lésées doivent saisir le juge compétent.

Sur le deuxième point, l'Etat, a besoin d'un cadre culturel de référence. Si ce n'est pas celui qui provient du Christianisme, ce sera celui d'une autre religion ou l'Etat se créera sa propre religion. Il créera une religion civile, il se rendra un culte à lui-même et aux grands hommes qui l'ont servi.
images/icones/fleche2.gif  ( 937589 )Oui et non par Ptitlu (2022-01-02 21:56:00) 
[en réponse à 937567]

Oui elle est mal posée, en vrac suite à des réflexions de la semaine cet après la messe, je vous remercie ainsi que les autres liseurs qui ont répondu de contribuer quand même.

Et non, je n'avais pas en tête l'islam, mais des problèmes qui se posent dans un cadre bien catholique (quoique plus souvent moderne/NOM, étant donné que c'est le cadre récurrent des questions qui sont liées au patrimoine historique, à la loi de 1905, à l'affectation ou à la vente du patrimoine affecté au culte etc).

J'avais en revanche plutôt en tête les rapports entre l'Eglise et l'autorité civile, merci beaucoup.