Le Forum Catholique

http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=936709
images/icones/carnet.gif  ( 936709 )"A ­l’abbaye de Lagrasse, la querelle des deux chapelles" par Cristo (2021-12-22 23:30:36) 

quelqu'un a lu la suite ? Ca a l'air de ne pas voler très haut comme d'habitude quand les bouffeurs de curés mal soignés nous cherchent des poux dans la tête ...


https://www.lemonde.fr/m-le-mag/article/2021/12/22/a-l-abbaye-de-lagrasse-la-querelle-des-deux-chapelles_6107074_4500055.html
images/icones/info2.gif  ( 936710 )C'est le bouquin des 14 écrivains qui agite le Landerneau par Ptitlu (2021-12-23 00:11:27) 
[en réponse à 936709]

Le client, Renaud Oulès, connaît bien le lieu ou plutôt, les lieux. Posée de l’autre côté de l’Orbieu, la rivière qui traverse Lagrasse, l’abbaye est scindée en deux. Le théâtre d’une guerre de territoires et de cultures. Une partie du bâtiment principal – un cloître, le cellier et des jardins – appartient au conseil départemental de l’Aude, et héberge l’association Le Marque-page, fondée par d’anciens militants d’extrême gauche, et pour laquelle travaille Renaud Oulès.

C’est elle qui organise Le Banquet du livre de Lagrasse. Cette manifestation pointue mêlant littérature et savoir autour de débats, de projections et de rencontres accueille chaque été plusieurs milliers de visiteurs. L’autre partie du bâtiment principal – un autre cloître, un autre jardin et l’église – appartient aux chanoines. Les uns et les autres ne partagent pas la même vision de la société, mais vivaient en bonne intelligence jusqu’à ce que certains, ici, appellent « l’attentat ».

A l’été 2007, Le Banquet du livre prend pour thème « La nuit sexuelle », en référence à un roman de Pascal Quignard. Un soir, on projette Salo ou les 120 journées de Sodome, de Pier Paolo Pasolini. Le lendemain, L’Empire des sens, de Nagisa Oshima. D’abord, seuls les sites Web traditionalistes s’en émeuvent.

Puis Le Figaro s’y intéresse. « Je souhaite de tout mon cœur qu’il ne s’agit pas d’une provocation », explique au quotidien le chef de la communauté, le père abbé Emmanuel-Marie. « Ce sont des habitants du village qui sont venus nous prévenir du thème de la manifestation, précise-t-il à l’époque. Pour eux, il s’agit d’une profanation de ce lieu à vocation spirituelle. » Les organisateurs du Banquet se souviennent avoir été, dans la foulée, inondés d’e-mails orduriers ou menaçants.

Mélange de fuel et de gasoil
Dans la nuit du 8 au 9 août 2007, un ou des inconnus pénètrent dans la librairie éphémère du Banquet. Ils aspergent plusieurs milliers de livres avec un mélange de fuel et de gasoil, sans y mettre le feu. Malgré des relevés d’empreintes ADN et l’identification des portables présents dans la zone, l’enquête ne donne rien. Les chanoines condamnent publiquement cette attaque contre leurs voisins, et assurent n’avoir rien vu, rien entendu.

Mais Jean-Michel Mariou, habitant de Lagrasse et cofondateur du Banquet des livres, a sa petite idée. Le vice-président de l’association Le Marque-page assure que le lendemain des faits, il aurait aperçu « trois scouts avec des têtes de fachos » sortir de l’autre partie de l’abbaye, celle des religieux. « Depuis, on se regardait en chiens de faïence, mais en s’ignorant », explique-t-il.

Ça, c’était avant que Beigbeder révèle ce projet de livre sur les chanoines. Pour Jean-Michel Mariou, qui les suspecte de vouloir étendre leur emprise sur le site de l’abbaye et le village, c’est une provocation, et même une déclaration de guerre : « Ils ont fait le choix de nous attaquer sur notre terrain, la culture. Depuis quinze ans qu’ils sont là, ils n’ont même pas organisé un concert de flûte à bec, et tout d’un coup, il y a une quinzaine d’écrivains qui débarquent ? »

Dans sa jeunesse toulousaine, Jean-Michel Mariou militait à « la GP », la Gauche prolétarienne, un mouvement maoïste fondé en 1968. En 1973, son meneur, Benny Lévy, un proche de Sartre, en décide la dissolution. Le combat doit continuer, mais autrement. A Paris, d’anciens militants fondent le quotidien Libération.

Dans le sud, une petite bande s’installe à Lagrasse et crée une maison d’édition, Verdier, du nom d’un hameau voisin. Elle rassemble au sein de collections littérature, philosophie ou sciences humaines « tous ceux qui avaient su garder dans l’oreille “la petite musique de la langue de Mai” » afin de « contribuer à changer les consciences », présente-t-on sur le site Internet de la maison.

Une vingtaine d’années plus tard, l’association Le Marque-page est fondée. « Depuis 1995, nous avons accueilli plus de 480 intervenants dans des séminaires, des conférences ou lors des Banquets du livre en été, expose son président, l’historien Yann Potin. Les chanoines pensent qu’on occupe leur lieu, mais ce sont eux les derniers arrivés. »

Les religieux ne s’installent effectivement sur le site qu’en 2004. Ils font l’acquisition de la partie détenue jusqu’ici par un ressortissant allemand, qui espérait ouvrir un hôtel de luxe. Selon l’acte notarié que nous avons pu consulter, ils lui rachètent le bien et des dettes pour 2,6 millions d’euros, financés pour l’essentiel par des emprunts bancaires.

Des « chanoines », et pas des moines
Créée à Moissac, dans le Tarn-et-Garonne, puis déménagée à Gap, dans les Hautes-Alpes, leur petite communauté a enfin trouvé un point de chute idéal. C’est un religieux français qui a créé l’ordre des chanoines réguliers de la mère de Dieu, en 1969, quatre ans après la fin de Vatican II (1962-1965), le concile destiné à moderniser l’Eglise catholique.

Des « chanoines », et pas des moines : s’ils vivent eux aussi en ­communauté, ils ne s’enferment pas dans la contemplation, et doivent diffuser la bonne parole hors les murs. Des chanoines « réguliers », car observant les règles fixées par saint Augustin. Si Vatican II a abandonné la messe en latin au sein des paroisses, ils pourront préserver le rite tridentin (tel que codifié par le concile de Trente, au XVIe siècle). Pour autant ils récusent l’appellation de « traditionalistes », assurant respecter l’esprit du concile et l’autorité du pape.

La communauté compte aujourd’hui une quarantaine de chanoines à Lagrasse, et une vingtaine de chanoinesses à une trentaine de kilomètres de là. A sa tête, le père abbé Emmanuel-Marie, 62 ans. Dans une vie antérieure, il s’appelait Marc Lefébure du Bus. Et se destinait à une carrière d’ingénieur agronome, après être sorti de la grande école spécialisée, « l’Agro » (alors l’Institut national agronomique).

Son propre frère, ancien élève de Saint-Cyr, a renoncé à l’uniforme pour la soutane, et vit sous ses ordres à l’abbaye. On y croise aussi plusieurs docteurs en philosophie, comme le père Jean-Baptiste Golfier, qui a consacré sa thèse au diable à l’institut catholique de Toulouse. Il est aussi connu pour avoir prononcé l’homélie aux obsèques d’Arnaud Beltrame, le colonel de gendarmerie assassiné par un terroriste après s’être substitué à son otage, dans un supermarché de Trèbes (Aude), en 2018. Beltrame était un habitué de l’abbaye et y suivait avec le père Jean-Baptiste un cycle de préparation au mariage, une des spécialités du lieu.

Des cerveaux et des réseaux
Les chanoines de Lagrasse ont des cerveaux mais aussi des réseaux. En janvier 2020, ils organisent une table ronde au couvent des cordeliers, à Paris. Thème de la rencontre : « Sauvegarder le patrimoine religieux, luxe ou nécessité ? » Il s’agit surtout de recruter des donateurs pour l’abbaye et sa fondation, récemment créée.

Sa rénovation, appelée le « grand relèvement », coûte cher : en tout 6 millions d’euros sur cinq ans. Parmi les intervenants, le président de Renault, Jean-Dominique Senard, l’essayiste Pascal Bruckner ou l’animateur Stéphane Bern, le « M. Patrimoine » d’Emmanuel Macron. Le débat est animé par Alexis Brézet, directeur des rédactions du Figaro, qui siège par ailleurs au conseil d’administration de la fondation de l’abbaye. Le quotidien de droite et son magazine du week-end suivent de près l’actualité des chanoines, leur offrant une médiatisation sans rapport avec leur importance réelle au sein de l’Eglise catholique.

La famille Dassault, propriétaire du groupe de presse, est aussi un des mécènes de l’abbaye. En 2014, la structure familiale de mécénat, Dassault Histoire et Patrimoine, lui a décerné son Grand trophée. Depuis, Le Figaro Magazine a publié plusieurs reportages sur les chanoines, et Le Figaro a ouvert ses pages à l’abbé Emmanuel-Marie. Pour une interview croisée avec Pascal Bruckner sur la crise du Covid-19, ou une tribune, en 2020, dans laquelle il affirmait que Noël serait « la matrice de notre culture et de notre civilisation ».

Un jackpot de 600 000 euros
Stéphane Bern, lui, aurait découvert l’abbaye en 2017, en tournant un numéro du « Village préféré des Français », son émission sur France 2. « J’ai été touché par Lagrasse », nous explique-t-il d’un jeu de mots. Dans le cadre de la mission que lui a confiée le chef de l’Etat, il supervise le Loto du patrimoine : une partie du produit de la vente des tickets est reversée à des projets de rénovation. Il conseille aux chanoines de candidater.

En juin 2020, l’abbaye de Lagrasse est retenue parmi les sites qui bénéficieront du prochain tirage. Résultat, une dotation de 600 000 euros au total, partagée entre les deux propriétaires du site : 200 000 euros pour le conseil départemental, qui possède un tiers de la superficie totale, et 400 000 pour les chanoines. « Chacun pensait avoir un projet plus important que l’autre, ils n’arrivaient pas à s’entendre, j’ai eu recours à tous mes talents de diplomate pour les mettre autour d’une table », se félicite Stéphane Bern.

A Paris, les chanoines de Lagrasse peuvent aussi compter sur l’éditeur Nicolas Diat, 46 ans. Il a travaillé un temps en politique, à droite, notamment comme conseiller spécial du ministre Laurent Wauquiez sous le quinquennat Nicolas Sarkozy. Il se consacre depuis à l’édition, chez Fayard. Il a sa petite réputation, celle d’un faiseur de best-sellers, tendance réac. Fayard lui doit les livres du général Pierre de Villiers, l’ancien chef d’Etat-major des armées, et deux livres de son frère, Philippe de Villiers.

Mais aussi des ouvrages du cardinal Robert Sarah, un dignitaire du Vatican n’hésitant pas à comparer les théories du genre au nazisme. Diat a lui-même signé un livre sur Benoît XVI, et plusieurs sur la vie monacale. « J’ai aussi écrit un roman sur un travesti [“Ce qui manque à un clochard”, consacré à l’artiste Marcel Bascoulard], mais ça, on ne m’en parle pas », s’amuse-t-il. C’est lui, assure-t-il, qui a eu l’idée d’envoyer des écrivains séjourner à ­l’abbaye de Lagrasse. Il aurait voulu faire une expérience, « comme un entomologiste, en regardant des espèces inconnues réagir dans un milieu qui n’est pas le leur ».

Des héritiers de la droite littéraire
Le livre, Trois jours et trois nuits, coédité par Fayard et Julliard, est sorti fin novembre. Au final, il réunit quatorze auteurs qui ont accepté de reverser leurs droits pour la restauration de l’abbaye. Des héritiers de la droite littéraire, comme Frédéric Beigbeder. Des vétérans de la sarkozie, comme Camille Pascal, plume de Nicolas Sarkozy et aujourd’hui du premier ministre Jean Castex. Des chasseurs de bien-pensants, comme Franz-Olivier Giesbert et Pascal Bruckner. Ou l’écrivain ­voyageur Sylvain Tesson qui, de retour d’un voyage dans le Haut-Karabakh n’a pas hésité à ­participer, le 13 octobre, à une conférence de l’association proche de l’extrême droite SOS Chrétiens d’Orient qui entretient l’idée d’une guerre de civilisations entre chrétiens et musulmans.

Les quatorze auteurs auraient en réalité dû être quinze. Début mai, Michel Onfray est lui aussi passé chez les chanoines, avec un autre contributeur du livre, l’écrivain et directeur délégué de la rédaction du Figaro Magazine Jean-René Van der Plaetsen. Il en est reparti toujours athée, mais pas insensible au rite tridentin. Le 16 juillet, le pape François publie un motu proprio (l’équivalent au Vatican d’un décret) restreignant l’usage du latin dans les églises, que son prédécesseur avait libéralisé. Outré, Michel Onfray publie une tribune dans Le Figaro : le pape François « congédie tout sacré et toute transcendance » et « préfère les églises vides avec ses thèses que pleines avec celles de Benoît XVI ».


Peu après, interrogé sur ses lectures de vacances par Le Figaro Magazine, le philosophe confie potasser saint Augustin en vue d’un texte sur son séjour à Lagrasse. Mais depuis, Michel Onfray a disparu du casting final. Il a refusé de répondre à nos questions, et Nicolas Diat ne souhaite pas ­s’exprimer sur ce sujet sensible. Selon des sources ayant suivi le projet, Michel Onfray aurait contesté la présence dans la liste des contributeurs d’un autre auteur, Jean-Paul Enthoven, son ancien éditeur. Les deux hommes sont brouillés depuis une dizaine d’années.

Nicolas Diat n’aurait qu’un regret, l’absence au sommaire de Michel Houellebecq. Un séjour chez les ­chanoines ne risquait pas d’effrayer le romancier. En 2013, il a déjà effectué une retraite à l’abbaye Saint-Martin de Ligugé, dans la Vienne, où devaient se dérouler des scènes de son roman Soumission. Son ami Beigbeder a transmis l’invitation. L’abbé Emmanuel-Marie aurait aussi écrit en personne à l’auteur des Particules élémentaires. Il a pu lui rappeler des souvenirs communs : comme lui, l’écrivain a étudié à « l’Agro » à la fin des années 1970, à une promotion d’écart seulement. Houellebecq aurait poliment expliqué être trop occupé à terminer son livre Anéantir (Flammarion), à paraître le 7 janvier.

Nicolas Mathieu et Delphine Horvilleur approchés
Si aucun auteur classé à gauche ne figure dans Trois jours et trois nuits, ce n’est pas faute d’en avoir contacté, assure Nicolas Diat. Nicolas Mathieu, prix Goncourt 2018 pour Leurs enfants après eux (Actes Sud), nous confirme avoir bien été approché. Mais il a décliné. Même si le règlement de l’abbaye interdit d’envoyer des femmes séjourner chez les chanoines, Nicolas Diat assure avoir cherché à féminiser ce livre collectif en demandant une postface à la rabbine Delphine Horvilleur.

« ON N’A AUCUN PROBLÈME AVEC LE FAIT QUE DES ÉCRIVAINS DE DROITE PUBLIENT DES LIVRES DE DROITE, MAIS QU’ON NE MENTE PAS SUR LA MARCHANDISE, CE N’EST PAS UN LIVRE DE SPIRITUALITÉ. » PATRICK BOUCHERON
Femme, féministe, juive libérale, que demander de plus pour calmer les esprits chagrins ? Elle a refusé. « Je ne sais rien sur cette abbaye, mais je ne voulais pas être la seule femme à participer, nous explique-t-elle. S’il ne devait y en avoir qu’une, il fallait prendre une chrétienne. Si on veut faire de la place au féminin, il faut le faire dans la maison. »

Feuilletons ce bouquin. Chaque auteur est resté fidèle à son style. Beigbeder, le blagueur : « Je descends aux vêpres en pantalon et polo Lacoste blanc, par solidarité avec le look virginal des brothers. » Tesson, le baroudeur, émerveillé par la pensée augustinienne : « Longtemps je m’étais promené du côté de la Mongolie extérieure où l’on disait autrement ces choses-là (et par surcroît, dans une langue impossible). »

Giesbert, le « médiacrate » qui défie les médias : « Je pourrais vous faire un pastiche de l’article que ne manquera pas d’écrire, un jour, quand l’histoire de Lagrasse sera remontée jusqu’à Paris, le journaliste du Monde ou de tout autre média bien-pensant ne reconnaissant aucun droit aux catholiques, même pas celui d’exister. » Ce qu’un bien-pensant pouvait espérer trouver dans ce livre, c’est éventuellement la contribution d’écrivain de culture musulmane. Rôle dévolu à Boualem Sansal qui écrit : « Vatican II a répandu le wokisme et la “cancel culture” dans le monde occidental. »

L’abbé Emmanuel-Marie signe la postface. Au détour de son texte, il cite Antonio Gramsci, le philosophe communiste enfermé par les fascistes. Une citation en apparence inoffensive, sur l’intérêt de maîtriser le latin pour comprendre la civilisation. Un lecteur aussi attentif de Gramsci sait que l’Italien a surtout théorisé l’hégémonie culturelle, un concept qui a inspiré l’extrême droite, de Patrick Buisson à Eric Zemmour : pour remporter la guerre politique, il faut d’abord gagner la bataille des idées, en imposant subtilement les siennes dans le débat public.

C’est bien ce qui inquiète les habitués du Banquet du livre, comme l’historien Patrick Boucheron, professeur au Collège de France et membre du conseil d’administration du Marque-Page : « Ce livre est une démonstration de force, une force que nous n’avons pas et que nous ne leur envions pas. On n’a aucun problème avec le fait que des écrivains de droite publient des livres de droite, mais qu’on ne mente pas sur la marchandise, ce n’est pas un livre de spiritualité. »

Nicolas Diat se défend d’offrir, avec ce livre, une tribune au catholicisme le plus conservateur. Ses auteurs sont en majorité des athées, assure-t-il. « Je ne suis pas du tout pratiquant et je ne sais pas si je suis croyant, ça dépend des jours, nous explique ainsi Frédéric Beigbeder. Cette permanence du sacré me semblait assez fascinante, je ne comprends pas pourquoi on associe ça à quelque chose de réac ou facho. »

Une promo bulldozer
Le livre bénéficie en tout cas d’une promo bulldozer. Sept pages d’extraits et de photos des chanoines dans Le Figaro Magazine. Une critique dithyrambique dans Le Figaro, signée par Eugénie Bastié, une plume appréciée à droite de la droite. Une pleine page d’éloges dans Le Journal du Dimanche. Beigbeder, Tesson et Giesbert invités du JT de Laurent Delahousse sur France 2. La date de parution de l’ouvrage tiré à 35 000 exemplaires a été choisie pour en faire un cadeau de Noël idéal.

Le maire de Lagrasse, René Ortega, socialiste et « laïc convaincu », se dit inquiet et « de plus en plus agacé par l’attitude des chanoines ». A Pâques, en réponse au Covid-19, « ils ont déroulé une grande banderole “Dieu vous sauvera” et les gendarmes sont venus verbaliser car personne ne portait le masque lors de la messe du dimanche », s’insurge-t-il. Il craint de voir son village colonisé par les traditionalistes : « Ce qui nous inquiète le plus, c’est que des familles de la grande bourgeoisie liées aux chanoines ont acheté une dizaine de maisons dans le village. Ils sont de plus en plus présents. »

Il en veut pour preuve l’apparition de nombreux « noms à particule » sur les listes d’émargement lors des derniers scrutins. Hervé Baro, vice-président socialiste du conseil départemental de l’Aude, admet lui aussi « une tension ». Le département souhaite modifier le cadre de sa partie de l’abbaye, en lui obtenant le statut d’établissement public culturel de coopération (EPCC), qui sanctuariserait les activités de l’association Marque-Page et le Banquet du livre. Pour Hervé Baro, la sortie de Trois jours et trois nuits doit être interprétée comme « une déclaration de guerre à la création de l’EPCC ».

« NOUS NE VIVONS QUE DE DONS ET ACCUEILLONS AUSSI LES PLUS DÉMUNIS, MÊME DES PUNKS À CHIENS. » LE PÈRE LOUIS-MARIE
Les chanoines se disent étonnés de l’intérêt que leur portent les journalistes ces jours-ci, mais nous accueillent volontiers. On suit le chemin qu’empruntent, le dimanche, les processions de fidèles. On passe un potager. Le père Michel, le « sous-prieur », numéro deux de l’abbé, nous attend. Café, petits gâteaux, le sourire est de mise. Le discours convenu et pacificateur, aussi.

« Dans une époque de tensions dans la société, de violences verbales, nous voulons instaurer ici du dialogue, de la discussion, de l’accueil », veut-il nous rassurer. Bien sûr, « il y a un certain traditionalisme dans le mode vie, mais aucun prosélytisme, et encore moins de politique dans ces murs ». On traverse un cloître du XVIIIe siècle, épuré, « un endroit idéal pour la médiation » selon le père Michel.

Une chaise, un bureau et un lit
L’église est austère, elle aussi. On n’entrera pas dans le bâtiment abritant les dortoirs, destinés aux fidèles effectuant des retraites, et les cellules ayant accueilli les écrivains. Selon le ­chanoine, le mobilier s’y limite à une chaise, un bureau et un lit, sans décoration. De retour dans le cloître, on croise un jeune homme sans soutane. Il a 21 ans, prépare l’agrégation de lettres, préfère qu’on ne cite pas son nom. Il est en retraite à l’abbaye, c’est un habitué : « Ma famille est catholique, très pratiquante, et connaît bien Lagrasse. Je viens quasiment une fois par an. Je suis là pour trois jours pour parler avec Dieu. »

Le père Louis-Marie qui se présente comme le « chanoine à tout-faire » de la communauté confie : « Nous ne vivons que de dons et accueillons aussi les plus démunis, même des punks à chiens ». Lui aussi assure ne pas comprendre « le début de polémique sur le livre, qui est parti d’un petit ­projet, sans cahier des charges et dans un principe de liberté ».

Pendant longtemps, les chanoines s’aventuraient rarement de l’autre côté de la rive de l’Orbieu, sinon pour y faire des courses ou participer le dimanche, et en soutane, à un match de foot contre une équipe locale. Mais en 2017, ils ont racheté une maison à restaurer dans le village. Selon les religieux, ses trois niveaux et ses huit chambres sont destinés à accueillir « les plus modestes ». Cet été, pour bénir la demeure, quelques médailles de saints ont été déposées sur le sol avant d’y couler des dalles en béton. Des médailles de saints, les chanoines devront en semer beaucoup pour espérer mettre fin aux soupçons et apaiser les tensions.

Par François Krug et Philippe Gagnebet (Toulouse, correspondant)
images/icones/hein.gif  ( 936713 )Source par Le Webmestre (2021-12-23 08:37:59) 
[en réponse à 936710]

Correspondant? Mais de quoi?
images/icones/fleche2.gif  ( 936716 )Correspondant local je suppose par Ptitlu (2021-12-23 09:09:14) 
[en réponse à 936713]

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Il travaille pour Politis aussi, journal quasi en faillite dont l'ex rédacteur en chef était mêlé à de bien curieuses combines

Cela dit il est assez de facile de deviner les sources du Monde quand elles ne sont pas explicites.

Toujours les mêmes histoires qui tournent en rond... Et puis le bouquin des écrivains entre visiblement en résonnance avec d'autres soubresauts qui agitent l'édition en ce moment.

Assis sur leurs subventions et leur entre-soi, les gauchistes ont oublié que tout cela pouvait se justifier et être supportable quand la gauche représentait 1/3 des voix et une clientèle. Avec 8 candidats entre 1 et 7% et une quasi-disparition dans l'opinion...
images/icones/neutre.gif  ( 936717 )Un article assez neutre par Eudoxie (2021-12-23 09:15:14) 
[en réponse à 936709]

D'assez bonne qualité. On voit qu'il penche à gauche sans dénigrer les chanoines. Un exercice acrobatique plutôt réussi. J'avais entendu parler de tout ça, mais tout devient clair à présent.
images/icones/1a.gif  ( 936729 )Vous avez le sens de la litote par Gaspard (2021-12-23 10:25:01) 
[en réponse à 936717]

Le sujet de cet article, c'est de dézinguer le livre à succès de quatorze écrivains "Trois jours et trois nuits" non pas sur le fond, mais sur le simple fait que ce livre existe, sur le simple fait que les chanoines de Lagrasse osent publier un livre chez un éditeur ayant pignon sur rue, sur le simple fait que cet acte inouï, publier un livre sans l'autorisation des bien-pensants et notamment des bien-pensants locaux qui occupent le tiers du bâtiment de l'abbaye de Lagrasse et qui sont d'extrême gauche revendiquée.

Comme vous le dites très bien avec votre sens de la litote, "l'article est assez neutre" (votre titre), et "penche à gauche" précisez-vous dans votre post, en effet, et "sans dénigrer les chanoines", encore une litote très bien vue : Le Monde parle expressément de "guerre", le terme revient cinq fois, et le motif de la guerre, c'est d'avoir publié un livre à succès comme l'explique l'ancien militant maoïste de la Gauche prolétarienne, qualités citées tranquilou par Le Monde sans une pensée pour les millions de mort du Grand Timonier :

c’est une provocation, et même une déclaration de guerre : « Ils ont fait le choix de nous attaquer sur notre terrain, la culture


à titre personnel, j'aime bien la litote mais, si je puis me permettre, il me semble que trop de litotes tue la litote !

Bonne journée,
Gaspard
images/icones/tao.gif  ( 936740 )Si l'on s'oppose à la Gauche par Jean-Paul PARFU (2021-12-23 10:53:39) 
[en réponse à 936729]

Notamment, sur son terrain qui est la culture, l'enseignement, etc ..., en un mot, si l'on ne se contente pas d'être une vague non-gauche purement gestionnaire, comme les Pécresse, Juppé et cie, qui finissent, bien entendu, toujours par accepter les dogmes de la Gauche, même si c'est avec retard, on est d'extrême-droite, on est des Fachos, etc ...

C'est aussi simple que ça !
images/icones/neutre.gif  ( 936767 )En tout cas c'est intéressant par Eudoxie (2021-12-23 17:38:13) 
[en réponse à 936729]

Je trouve que la querelle est bien expliquée (ce n'est pas cet article qui l'invente), et l'exposition claire des positions des deux parties (sans que le Père Abbé se fasse particulièrement dézinguer, ni que le projet de Nicolas Diat soit écorné ou déformé) permet de rationaliser l'affrontement entre les deux camps. Le Monde met en valeur la volonté de pluralisme de Nicolas Diat, son ouverture aux plumes de gauche, donc son non-sectarisme, que lui reprochent pourtant leurs voisins gauchistes. L'enquête est bien faite : les deux parties s'y sont expriméees (les chanoines s'y expriment volontairement et librement), ce qui permet de se faire un avis d'ensemble.


N'oublions pas que ce journal est capable de faire parfois des articles pro-tradis assez surprenants (cf l'affaire Mère Marie Ferréol des dominicaines du Saint-Esprit).
images/icones/1e.gif  ( 936731 )« des têtes de fachos », effectivement c'est vraiment neutre par Gaspard (2021-12-23 10:30:20) 
[en réponse à 936717]

et Le Monde ne juge pas les personnes sur leur apparence, non non non !
images/icones/neutre.gif  ( 936765 )C'est du journalisme par Eudoxie (2021-12-23 17:30:03) 
[en réponse à 936731]

Le journal se contente de rapporter des propos de quelqu'un entre guillemets. J'espère que vous comprenez que ce ne sont pas forcément ceux que tiendrait l'auteur de l'article.
images/icones/1r.gif  ( 936768 )Du journalisme orienté... par Pétrarque (2021-12-23 17:45:06) 
[en réponse à 936765]

...et globalement assez indigne d'un quotidien qui se considère comme une référence.

Cet article est à charge, c'est assez évident. Discrètement, sournoisement, onctueusement, assez fielleusement, ajouterai-je, mais à charge.
images/icones/neutre.gif  ( 936769 )C'est de gauche... par Eudoxie (2021-12-23 18:10:36) 
[en réponse à 936768]

Ils ont le droit de défendre une opinion non? Si c'est assez discret je ne vois pas trop le problème. Tant qu'on n'en est pas à accuser des gens gratuitement ou à mentir...
images/icones/fleche3.gif  ( 936774 )Que ce soit de gauche n'est pas fondamentalement le problème par Pétrarque (2021-12-23 20:03:13) 
[en réponse à 936769]

Ce qui est insupportable, c'est cette hostilité larvée, ces demi-amalgames cent fois rebattus avec l'extrême-droite...

Ils sont là où on les attend, en somme.
images/icones/neutre.gif  ( 936770 )Certes par Roger (2021-12-23 18:10:47) 
[en réponse à 936768]

Un article relativement partial mais tout de même le journaliste a fait son travail en interrogeant tout le monde y compris le maire qui craint de perdre son écharpe...
images/icones/1n.gif  ( 936781 )Neutre ? par Luc de Montalte (2021-12-23 20:42:08) 
[en réponse à 936717]

Dans les faits, le scribouillard donne une place démesurée aux insultes des pochtrons du coin (vue la teneur des propos et provocations, il n’y a pas d’autres mots), on fait des amalgames grossiers (cf. le passage sur l'éditeur), on évoque une polémique sur un bouquin mais on ne parle quasiment pas de son contenu. Bref la neutralité n’est que dans le ton, c’est plus hypocrite.
images/icones/neutre.gif  ( 936728 )Conservatrice par Roger (2021-12-23 10:19:21) 
[en réponse à 936709]

Je note que pour Le Monde cette abbaye n est pas intégriste mais simplement conservatrice.