Le Forum Catholique

http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=933493
images/icones/livre.gif  ( 933493 )thèse soutenue à Rome ce jour sur les évêques démissionnaires en 1801 par JVJ (2021-11-16 17:36:29) 

Sujet d'actualité ?

Non, il s'agissait de complaire à Bonaparte.

Une pensée pour les fidèles de la Petite Eglise (je suis intéressé par ceux qui vivent encore) qui à mon avis avait raison et aux évêques qui durent démissionner, avec un sentiment certain de trahison.

La situation n'était pas simple.

Thèse de l'abbé Yann Le Bras (ordonné 2019) soutenue à l'Université Ste-Croix piazza Navona, tenue par l'Opus Dei.



témoignage de l'abbé Lebras

Une pensée pour César-Guillaume de La Luzerne, débarqué en 1801, avant de devenir cardinal en 1817.

Espérons que ce prêtre puisse publier rapidement sa thèse.

Benoît XVI est encore affiché dans cette salle...



images/icones/heho.gif  ( 933496 )La petite Eglise, raison ? par Ptitlu (2021-11-16 18:17:43) 
[en réponse à 933493]

Elle a pourtant été expressément condamnée par Pie VII, entre autres (bref 16/9/1818, Rome).

Et puis vous avez très rapidement dans la Petite Eglise des prêtres qui se comportent de façon objectivement contraire à l'intérêt du sacerdoce (vénalité, insultes envers les autres prêtres, même issus de la Petite Eglise, abus divers, alcoolisme...)

Il y a des scissions locales, souvent assez bien étudiées (par exemple l'histoire de la Petite Eglise en Aveyron, dite "les enfarinés").

Franchement, JVJ, vous me surprenez, et pourtant pour y arriver il faut se lever matin et mettre la dose...
images/icones/1a.gif  ( 933505 )Je me moque de la morale et de la théologie ! par JVJ (2021-11-16 18:58:50) 
[en réponse à 933496]

Je parle d'Histoire !

Ceux qui ont vu d'un très mauvais oeil le concordat et les négociations avec le tyran en herbe corse, n'avaient pas tort du tout.

Et les démissions exigées par le pape étaient dégoûtantes au possible.

Tous n'ont pas été comme l'évêque d'Orléans, qui a prêté serment à la constitution civile du clergé avant de défroquer !

Les combats désespérés si chers à Jean Raspail et à Chateaubriand sont par ailleurs les plus beaux.

Je ne vais pas me signer à chaque fois que je lis une bulle de Benoît XIII, sous le prétexte qu'il est, pour l'Eglise d'aujourd'hui, un anti-pape. Benoît XIII fut pape, point.

Vous êtes du côté des papes ! Quand cela arrange, sinon...

L'alcool doit être le propre de la Petite Eglise, comme les abus et les vices. Ce sont des dérives auxquelles l'Eglise canal historique a toujours échappé. Je prends note. Dans un bon catéchisme pour enfant, on ne doit même pas tenir ce genre de propos au nom de la Vérité. L'Eglise est sainte, mais faite de pécheurs, le pape en premier. En principe, cela détend et c'est théologiquement inattaquable.

Je connais comme vous un chanoine cultivé qui n'a pas craché sur le livre que je lui ai offert chez Beauchesne sur les mouvements marginaux de l'Eglise (dir. JP Chantin), parmi eux, la Petite Eglise dont nous avons parlé. Je n'ai même pas ce livre ! Trop cher...

Les prêtres guillotinés durant la Révolution étaient plus proches de la Petite Eglise que de l'Eglise concordataire ! Comme d'autres parlent de l'Eglise conciliaire...

Le pape n'a pas se mêler de tout et le consul s'en est bien servi, en position de force.

Les fidèles de la Petite Eglise étaient bien plus respectables que ceux qui ont appliqué la politique joséphiste (pour dire vite au bistrot).
images/icones/fleche2.gif  ( 933511 )Confus et caricatural par Peregrinus (2021-11-16 19:27:59) 
[en réponse à 933505]

D'une part, si vous lisez bien Jean-Pierre Chantin, vous vous apercevrez qu'il tend à récuser le terme de Petite Église pour lui préférer le terme d'anticoncordataires. À l'époque on disait souvent anticoncordatistes. Cette précaution terminologique n'est pas totalement infondée. Des évêques ont pu refuser la démission exigée de Rome sans pour autant se lancer dans la dissidence active dont le blanchardisme ou la Petite-Église des Deux-Sèvres ont donné l'exemple. Des prêtres ont pu se contenter de se tenir à l'écart de la réorganisation, parfois en raison de la personnalité du prélat concordataire. D'autres se sont ralliés à l'organisation concordataire après le décès en exil de leur évêque non démissionnaire. J'en ai des exemples.


Les prêtres guillotinés durant la Révolution étaient plus proches de la Petite Eglise que de l'Eglise concordataire ! Comme d'autres parlent de l'Eglise conciliaire...



Cela reste à voir. La réalité est que le clergé réfractaire était divers, depuis le début. Des nuances sont observables dans l'épiscopat dès les mois qui suivent l'adoption de la Constitution civile du clergé le 12 juillet 1790. Au moment de la crise du serment, certains prêtres prêtent le serment restrictif, en exceptant de leur serment tout ce qui serait contraire à la foi catholique et à la discipline de l'Église. Dans les départements massivement jureurs, la plupart des réfractaires sont des prêtres ayant fait le serment restrictif, proposé par l'évêque de Clermont Mgr de Bonal, mais rejeté par la Constituante.

Les divisions s'accroissent après le 10 août 1792 avec le serment de liberté-égalité. Le clergé réfractaire parisien mené par Monsieur Émery, qui ne manquait pourtant pas de courage, l'a accepté et plusieurs docteurs de Sorbonne se sont attachés à justifier cette position, déterminant de nombreux prêtres réfractaire à suivre cette voie. Plusieurs d'entre eux ont été aux pontons à Rochefort en 1794.

Les promesses de fidélité, puis le serment fructidorien de haine, et enfin le serment de fidélité à la Constitution de l'an VIII ont à chaque fois multiplié les occasions de dissensions dont est sortie la dissidence anticoncordataire. Il faut noter d'ailleurs que le clergé resté sur le terrain adopte généralement des positions moins intransigeantes que le clergé émigré ou déporté à l'étranger (voir les travaux de l'abbé Plongeron sur la question).

L'abbé Dubourg, chanoine et grand vicaire de Toulouse, par la suite évêque concordataire de Limoges en 1802, a passé toute la Terreur dans la clandestinité à Toulouse tout en créant des réseaux de soutien aux prêtres et aux religieuses fidèles et en circulant de nuit dans la ville sans cesser de porter la soutane alors que sa tête était mise à prix.

À Grenoble, plusieurs chanoines de la collégiale de Saint-André, qui se sont conduits en confesseurs de la foi pendant la Révolution, ont été les premiers collaborateurs de l'évêque concordataire à son arrivée en 1802. Etc., etc.

Bref, s'il ne faut pas caricaturer les anticoncordataires, pour lesquels on ne peut s'empêcher d'éprouver une certaine sympathie - leurs arguments n'avaient rien d'absurde - il faut se garder des caricatures en sens inverse.

Peregrinus
images/icones/fleche2.gif  ( 933517 )Tout ce que vous écrivez est intéressant par JVJ (2021-11-16 21:15:38) 
[en réponse à 933511]

Et je n'écris sur des sources ni ne lis des sources en faisant la morale ou la moraline.

Vous parlez de confusion dans mon message pour le plaisir de l'écrire.

JP Chantin sait de quoi il parle. Petite Eglise est un terme historiographique, ni plus, ni moins. De là à faire de ses membres des illuminés et des cinglés sous le prétexte qu'ils ont désobéi au pape, je ne suis pas d'accord.
Je le lis comme je lis d'autres spécialistes de cette époque, du Consulat et de l'Empire.

Je maintiens que les évêques démis indistinctement en 1801 sont des perdants injustes de l'Histoire de l'Eglise qui sut demander des sacrifices au nom d'intérêts politiques, diplomatiques et ecclésiaux "supérieurs". On les a sacrifiés.
Un jour on verra, comme cela est arrivé ici et là, des évêques demander la réintégration des évêques constitutionnels dans la liste épiscopale. Ils iront rejoindre ceux inventés du premier millénaire. Il faudrait que je retrouve les deux cas dont j'avais eu vent.
images/icones/1f.gif  ( 933520 )Perplexité par Peregrinus (2021-11-16 21:27:12) 
[en réponse à 933517]

Je ne comprends pas grand-chose à votre réponse.

Je n'ai dit nulle part que les anticoncordataires étaient tous des illuminés (certains sont en revanche manifestement dépressifs, d'après une correspondance que j'ai dépouillée).

J.-P. Chantin, que j'ai lu moi aussi, recommande de préférer le terme d'anticoncordataires à celui de Petite Église, qui ne rend pas compte de la diversité des positions doctrinales et des attitudes pratiques. Il me semble que c'est un fait.

L'ancien épiscopat a été sacrifié en 1801, c'est exact. Mais au fond Pie VII n'a fait que prendre acte du sacrifice qu'ils s'étaient déclarés disposés à faire de leurs sièges en 1790, à la suite de l'archevêque d'Aix Mgr de Boisgelin, dans la ligne de l'Exposition des principes. Le même Mgr de Boisgelin a tenté de convaincre Pie VII de renoncer à cette mesure, mais l'a acceptée et a par la suite été nommé au siège de Tours et créé cardinal.

Je suis loin d'être un fanatique du Concordat. Mais d'une certaine façon, la table rase concordataire correspond à un pouvoir que Bossuet lui-même reconnaissait au pontife romain, qui dans les cas de nécessité peut tout dans l'Église. Et on ne peut en aucun cas prétendre que les prêtres qui ont accepté la nouvelle organisation concordataire en 1802 avaient tous démérité dans l'épreuve révolutionnaire : ce n'est tout simplement pas vrai.

Je ne comprends pas du reste pourquoi vous ouvrez un nouveau front du côté de l'épiscopat constitutionnel.

Peregrinus
images/icones/neutre.gif  ( 933522 )Concordat : bibliographie (non exhaustive) par baudelairec2000 (2021-11-16 21:33:54) 
[en réponse à 933511]

Par manque de temps, je ne peux que renvoyer les uns et les autres - partisans du Concordat ou opposants - aux ouvrages suivants:

- Pie VI, Bref du 5 juillet 1796

- Ecole française de Rome, n° 319, Rome et la Révolution française. La théologie politique et la politique du Saint-Siège devant la Révolution française (1789-1799), 2004.

Basdevant-Gaudemet B., Le jeu concordataire dans la France du XIXe s. Le clergé devant le Conseil d’Etat, Paris, 1988.

Billot Auguste, La Petite Eglise dans la Vendée et les Deux-Sèvres (1800-1830), Paris, 1961.

Blenner-Michel Séverine, « L’autorité épiscopale dans la France du XIXe siècle », Histoire Politique 2012/3 (n° 18), p. 62-78.

Boudon Jacques-Olivier, «Les élites ecclésiastiques à la fin du Premier Empire : les vicaires généraux de 1813 », Revue Historique, n° 590, avril-juin 1994, p. 265-297.

Boudon Jacques-Olivier, L’épiscopat français à l’époque concordataire 1802-1905, Paris, 1996.

Boudon Jacques-Olivier, Napoléon et les cultes, Paris, 2002.

Boudon Jacques-Olivier, Ordre et désordre dans la France napoléonienne, Paris, 2008.

Boulet Marguerite. « Les élections épiscopales en France au lendemain du Concordat de Bologne (1516-1531) » in Mélanges d'archéologie et d'histoire, tome 57, 1940. pp. 190-234.

Bourdin P. et Boutry P., « L’Église catholique en Révolution : l’historiographie récente », Annales historiques de la Révolution française, n° 355 (janvier-mars 2009)

Delacroix Simon, La réorganisation de l’Eglise de France après la Révolution 1801-1809, t. I, Les nominations d’évêques et la liquidation du passé, Paris, 1962.

Leflon Jean, La crise révolutionnaire, 1789-1846, Paris, 1951.
Léniaud J. –M., L’administration des cultes pendant la période concordataire, Paris, 1988.

Lafon Jean, Les prêtres, les fidèles et l’Etat, le ménage à trois du XIXe siècle, Paris, 1987.

Plongeron Bernard, « Face au Concordat (1801), résistances des évêques anciens constitutionnels », Annales historiques de la Révolution française, n° 337 (juillet-septembre 2004).

Plongeron Bernard, Des résistances religieuses à Napoléon (1799-1813), Paris, 2006.

Dean Rodney J., L’Eglise constitutionnelle, Napoléon et le Concordat de 1801, 2004.

Roumy Franck, « Le concept de concordat dans la doctrine canonique des XVIe et XVIIIe siècles », dans Les origines historiques du Statut des Confessions religieuses dans les pays de l’Union européenne, B. Basdevant-Gaudemet et F. Messner (dir.), Paris, 1999.

Sild Nicolas, Le gallicanisme et la construction de l'Etat (1563-1905), Institut universitaire Varenne, 2016.

Tulard Jean, Administration et Eglise, du Concordat à la séparation de l’Eglise et de l’Etat, Genève, 1987.

Vilmer J.-B., Commentaire du Concordat de 1801 entre la France et le Saint-Siège, …


Quelques citations:

Jean de Viguerie qui a le mérite de souligner que le plus grand tort du Concordat est de maintenir l'extinction des Ordres religieux et de consacrer le renoncement de l'Eglise de France à la restitution de ses biens.

"La liberté religieuse était bannie depuis onze ans. Le Concordat la restitue. Le schisme était ouvert depuis onze ans. Le Concordat le ferme. L’Etat et l’Eglise étaient séparés depuis onze ans. Le Concordat les réunit. Cependant le Concordat porte la marque de la Révolution. La situation qu’il fait à l’Eglise et à la religion catholique ne ressemble que de très loin à celle d’avant 1789. Les ordres monastiques demeurent éteints et supprimés et le corps de l’Eglise est comme amputé. Le clergé renonce définitivement à ses biens confisqués, les évêques et les prêtres sont payés comme des fonctionnaires, et l’Eglise n’a plus les moyens d’une véritable indépendance. En fin l’Etat est toujours séparé de la religion. La Constituante avait fait entrer cette séparation dans les faits. Le Consulat la maintient. A un moment de la négociation du Concordat, il avait été proposé que la religion catholique soit proclamée ‘religion du gouvernement’, mais Bonaparte a seulement accepté la formule suivante : ‘ Le gouvernement de la République française reconnaît que la religion catholique, apostolique et romaine est la religion de la grande majorité des français’. (Christianisme et Révolution, p. 215-218).

Jacques-Olivier Boudon, dans Ordre et désordre, chap. X, Un nouvel ordre religieux, p. 173 à 198:

« Napoléon aime à se présenter, à partir de 1801, comme le restaurateur des cultes en France. De fait, par le concordat signé avec la papauté le 15 juillet 1801, il met fin au schisme entre réfractaires et constitutionnels qui divisait l’Eglise de France depuis 1790. Mais s’il a bien compris, en disciple de Rousseau, l’importance de la religion comme ciment de la société, il n’oublie pas non plus, dans la tradition du gallicanisme, que l’Etat doit exercer un contrôle sur l’Eglise. La notion de « police des cultes » prend alors tout son sens, d’autant plus que, tout au long de la période, les questions religieuses ont été un des ferments d’opposition au régime. »


"Le concordat jette les bases d’une nouvelle organisation ecclésiastique, reposant sur une nouvelle géographie et un nouveau clergé, dont les cadres, évêques et curés sont nommés par l’Etat ou avec le contrôle de l’Etat. En échange, ils reçoivent une rémunération de l’Etat. Le clergé régulier est ignoré par le concordat, les ordres religieux restent officiellement interdits en vertu des lois révolutionnaires. Le Saint-Siège a accepté d’importantes concessions, y compris la démission des évêques de l’ancienne France, afin de favoriser la réorganisation de l’Eglise. Il est vrai en retour qu’il acquiert de fait une nouvelle autorité sur une église naguère très attachée aux principes gallicans d’indépendance à l’égard de la papauté. "

Sur la Police des cultes et les articles organiques:


-Les articles organiques

"Pour venir à bout des opposants à cet accord, Bonaparte en diffère l’examen par les assemblées, Tribunat et Corps législatif. « Mais surtout, sur l’initiative du directeur des cultes, Portalis, il adjoint au texte du concordat des articles organiques, non négociés avec Rome, qui peuvent apparaître à certains égards comme un règlement de police permettant de contrôler les activités de l’Eglise. Une partie de ces articles concernent par ailleurs les cultes protestants qui obtiennent également une reconnaissance de la part de l’Etat, faisant tomber les espoirs de la papauté d’une primauté du catholicisme en France.

Le premier objectif des articles organiques pour le culte catholique est de limiter la puissance de l’Eglise en entravant ses moyens de communication avec l’extérieur. Ainsi toute correspondance avec le Saint-Siège est soumise à une autorisation du gouvernement, de même que la publication des décrets de synodes étrangers ou conciles généraux. Tout représentant du pape ne peut venir en France sans y être autorisé.

L’Eglise voit également limiter ses capacités d’organisation. Aucun concile, national ou régional, aucun synode, ne peuvent avoir lieu sans une autorisation du gouvernement, ce qui signifie que, pour se réunir, évêques et prêtres doivent en référer à l’Etat. Ce dernier se donne ainsi les moyens de lutter contre l’émergence d’une puissance particulière au sein de l’Etat. L’article 5 précise dans quelles conditions le Conseil d’Etat peut être susceptible de juger un ecclésiastique comme d’abus. Le Conseil d’Etat assure ainsi le rôle dévolu aux Parlements sous l’Ancien Régime. ‘ Les cas d’abus sont l’usurpation ou l’excès de pouvoir, la contravention aux lois et aux règlements de la République, l’infraction des règles consacrées par les canons reçus en France, l’attentat aux libertés, franchises et coutumes de l’Eglise gallicane, et toute entreprise et tout procédé qui, dans l’exercice du culte, peut compromettre l’honneur des citoyens, troubler arbitrairement leur conscience, dégénérer contre eux en oppression ou en injure, ou en scandale public ’. Cette dernière partie de l’article sur les cas d’abus souligne la volonté du législateur de limiter la puissance de l’ecclésiastique vis-à-vis du citoyen qui est ainsi protégé contre d’éventuels abus de pouvoir ecclésiastique, ce qui peut concerner un refus d’admission à l’église ou la dénonciation d’un individu en chaire, toute cause que le Conseil d’Etat aura à juger dans les années suivantes. A l’inverse, ce dernier est également compétent en cas d’atteinte à l’exercice public du culte.

Le fait de confier au Conseil d’Etat les cas d’abus suppose que ceux-ci échappent à la justice ordinaire. Le gouvernement entend en effet garder la haute main sur des questions qui peuvent avoir une forte résonance politique. De ce fait, si l’on ajoute que le Conseil d’Etat a aussi à connaître de la publication en France des textes provenant de Rome, y compris les bulles d’investiture canonique des évêques, on perçoit comment il a pu devenir l’instance d’arbitrage en matière d’exercice des cultes au cours du XIXe siècle. Sous l’Empire en effet, le recours comme d’abus n’est quasiment jamais utilisé. Seul apparaît en 1812 un projet de décret, finalement abandonné, à propos d’un refus de sépulture. Les fidèles rechignent à avoir recours au Conseil d’Etat. Quant à l’Etat, lorsqu’il veut sévir contre un prêtre, il ne s’embarrasse pas de précautions de ce type et l’interne purement et simplement, comme on le verra plus loin.

Les titres suivants des articles organiques, véritable règlement de police, précisent, par rapport au concordat, les modes de fonctionnement de l’Eglise catholique. Elle est conçue par le pouvoir politique comme une institution hiérarchisée, ‘ le culte catholique sera exercé sous la direction des archevêques et évêques dans leurs diocèses, et sous celle des curés dans leurs paroisses ‘. Les curés, c’est-à-dire les 3 000 titulaires des paroisses des chefs lieux de canton, ont sous leur autorité les desservants (entre 24 et 30 000 prêtres desservants les paroisses succursales) et les vicaires. Le clergé est donc encadré. Aucun ecclésiastique ne peut exercer le culte s’il n’appartient à un diocèse et donc n’est placé sous l’autorité d’un évêque. Les articles fixent même le costume des ecclésiastiques. ‘ Tous les ecclésiastiques seront habillés à la française et en noir’, y compris les évêques qui auront droit tout de même, en signe de reconnaissance, aux bas violets et à la croix pastorale. Mais l’objectif est bien que le clergé se fonde dans la société. De même, l’article 45 précise qu’ ‘aucune cérémonie n’aura lieu hors des édifices consacrés au culte catholique, dans les villes où il y a des temples destinés à différents cultes ’. Autrement dit, l’exercice du culte catholique est libre dans les édifices prévus à cet usage, en l’occurrence les églises dûment répertoriés par les pouvoirs publics - l’ouverture de chapelles privées est en effet soumise à autorisation – mais limité dans les villes où vivent des communautés protestantes ou juives, ce qui permet d’y interdire les processions. Il s’agit d’éviter les troubles entre communautés religieuses que pourraient provoquer par exemple des processions, jugées ostentatoires par les protestants. De même l’article 52 stipule que les prêtres ‘ ne se permettront pas dans leurs instructions, aucune inculpation directe ou indirecte, soit contre les personnes, soit contre les autres cultes autorisés dans l’Etat ’. Les ecclésiastiques doivent donc se cantonner dans l’exercice unique de leur culte et ne pas sortir de leur rôle au risque d’être sanctionnés par les pouvoirs publics. La liberté du culte est donc encadrée et les règles nettement fixées. Expression d’un gallicanisme rénové, qui voit l’Etat affirmer son autorité sur l’Eglise en matière de police des cultes, les articles organiques permettent à la loi du 18 germinal an X d’être adoptée par une majorité de députés, même si une minorité y demeure hostile. »

La police des cultes

«  Parmi les missions assignées à l’administration des cultes, figure en bonne place le contrôle des actes du clergé. La transformation de la direction des cultes en ministère de plein exercice en juillet 1804 marque aussi la volonté de renforcer ce contrôle de l’Etat sur le clergé, le ministre, en l’espèce Portalis, dépendant désormais directement de Napoléon qui, au même moment, a rétabli le ministère de la Police générale, en le confiant à nouveau à Fouché. La concomitance de ces deux créations signale la volonté d’encadrement renforcée de la société par l’Etat napoléonien. Il revient à l’ensemble des fonctionnaires publics, en particulier les maires, les sous-préfets et les préfets de rendre compte au gouvernement d’éventuels manquements à l’ordre public. Les préfets transmettent donc ces informations au ministre qui en rend compte régulièrement à l’empereur.

En janvier 1806, à une époque charnière qui se situe entre le sacre de 1804 et la crise entre le pape et l’empereur amorcée en 1808, Portalis dresse un état de l’Eglise catholique qui fait apparaître des situations variables selon les diocèses et révèle dans quelle mesure les prêtres peuvent être facteurs de désordre, même si, au terme de son rapport, Portalis tire une conclusion positive de l’état du clergé : ‘Il est consolant de voir, écrit-il, que sur plus de 40 000 prêtres employés, il en est à peine 100 qui, aient donné lieu à quelques plaintes, encore la plupart de ces plaintes sont-elles exagérées, ou même entièrement calomnieuses’.

Le clergé est aussi sollicité comme auxiliaire de l’Etat en matière de conscription. Or à ce propos, Portalis ne peut que se louer de l’action de l’épiscopat : ‘ Tous les évêques français se sont distingués par leurs mandements et leurs instructions dans la guerre de sept semaines que Votre Majesté vient de terminer si glorieusement ; ils se sont distingués par les instructions qu’ils ont données sur la conscription, et, par le zèle qu’ils ont su inspirer à leurs coopérateurs. Aussi la conscription militaire a été opérée avec plus de rapidité et moins d’obstacles que jamais ’. Bien sûr il y a des exceptions, mais elles sont rares… La publication du Catéchisme impérial met l’accent sur ce devoir d’obéissance aux pouvoirs publics, et sur le respect de la conscription. »


Bonne lecture à tous et longue réflexion sur un sujet important pour l'histoire de l'Eglise.
images/icones/fleur.gif  ( 933523 )merci beaucoup, cela va m'occuper pendant quelques heures... par JVJ (2021-11-16 21:43:39) 
[en réponse à 933522]

J'ai lu aussi un canoniste français laïc au nom impossible à retenir sur le concordat, qui a publié récemment. J'étais un peu resté sur ma faim.

Je ne me lève pas vers mes rayons.

Outre le chanoine Ardura, qui se lit vite.

N'oubliez jamais JM Leniaud pour l'Eglise concordataire, ses architectes diocésaines, juriste triplé d'un historien et historien de l'art.

Il faut des monographies diocésaines, comme toujours (celle de Vendée date un peu). Or on fait des synthèses bien souvent à partir des sources étatiques ou parisiennes.

J'aimerais savoir comment ces années furent vécues par exemple dans le Morbihan, ce qu'un Cadoudal pouvait en penser si jamais on le sait.

Ensuite, bonjour les sources diocésaines...

Lu les quatre Boudon que vous citez.

Je ne me presserai pas pour lire les bouquins des années 60. De l'eau a coulé sous les ponts depuis. Même Tulard, si vénérable soit-il, est dépassé par Lentz, Vial et quelques autres, désormais. Si on aime la littérature, on peut toujours lire Bainville, mais ce n'est plus de l'Histoire.
images/icones/1d.gif  ( 933521 )On a bien compris par Ptitlu (2021-11-16 21:29:32) 
[en réponse à 933505]

(pour le titre)

Les fidèles de la Petite Église étaient surtout confus et manipulés. Ici aussi la petite Église a tenté de s'implanter, sur le même substrat chouan-royaliste-religion familiale (qui a donné le meilleur comme le pire, des zouaves pontificaux en quantité comme des dérives jansénisantes diverses), elle s'est même maintenue jusque dans les années 1950 très à la marge, ici, et a nourri d'autres schismes (la secte de Derval etc).

Il y en a eu aussi à la Chapelle-Saint-Martin dans le Loir-et-Cher jusque fin XIXe.

Et oui il y avait des abus divers et variés dans ce genre de mouvement, et une bonne chape de plomb dessus. C'est le problème de l'eau stagnante que rien ne vient renouveler - elle croupit.
images/icones/neutre.gif  ( 933540 )Tyran ? par Roger (2021-11-17 07:23:47) 
[en réponse à 933505]

Comment pouvez vous qualifier de tyran l homme qui a rétabli l Eglise en France ? Qui a signé le Concordat ? Qui a été sacré par le Pape ?

Vous n aimez ni la théologie, ni la morale, ni l autorité ?

Seriez-vous soixante-huitard ?
images/icones/pelerouin1.gif  ( 933552 )Tyran, ça se justifie par Ptitlu (2021-11-17 11:33:58) 
[en réponse à 933540]

Qui a usurpé la place des Rois
Qui a enlevé le Pape
Qui a bâillonné la démocratie (voir Constitutions de 1791 et 1793, la dernière n'a jamais été appliquée)
Qui a entraîné le peuple français dans des guerres de conquête, de pillages et de destructions inutiles.

Heureusement les Russes ont remis de l'ordre, comme d'habitude.
images/icones/1a.gif  ( 933514 )Docte assemblée par baudelairec2000 (2021-11-16 19:52:55) 
[en réponse à 933493]

On reconnaît sur la photo prise lors de la soutenance Cyrille Dounot, professeur à l'Université Clermont-Auvergne. C'est sous sa direction que le doctorant a préparé sa thèse. L'intitulé était le suivant:


La démission et la révocation par le pape des évêques français à l'occasion du concordat de 1801:histoire, enjeux et perpectives canoniques.


baudelairec2000 qui vous rejoint sur votre opposition au Concordat.



images/icones/fleur.gif  ( 933519 )"La déposition du pape hérétique" par JVJ (2021-11-16 21:25:09) 
[en réponse à 933514]

que le Professeur auvergnat a dirigé !

Je n'ai ni feuilleté ni lu de comptes rendus sur ce livre.

En tapant le nom de votre universitaire, je vois des enragés qui pétitionnent contre ce royaliste intégriste ! Le syndicat le plus intolérant qui soit, pour qui l'écriture inclusive est encore trop conservatrice.

Dans mes bras Monsieur le Professeur !

Je n'ai pas osé creuser la présence effective de cette U. publique et laïque en ces lieux romains...

Le pauvre homme, plusieurs sites l'accablent et lui reprochent d'être proche de Chéméré, par exemple.

Et si on faisait la liste des bars surlouches et des gitons d'autres universitaires, avec le même système de fiches ?

Il serait admirateur du sous-commandant ou nostalgique de la RDA, ce serait bien moins grave. Il écrit dans Catholica et dans l'Homme nouveau sur les scandales sexuels, est avocat à l'officialité de Lyon.
Chapeau bas.
Il dirige la thèse d'un prêtre de l'Opus Dei...

M'étonnerait pas qu'il lise le FC, à moins même qu'il n'y écrive. Je comprendrais son besoin de discrétion puisqu'on ne fait pas plus sectaire et fermé que l'Université.

Homme nouveau

images/icones/1a.gif  ( 933525 )Vous parlez à un convaincu ! par baudelairec2000 (2021-11-16 21:46:13) 
[en réponse à 933519]

j'ai eu la chance de pouvoir assister à l'ensemble du colloque organisé par l'université de Paris Sud : trois demi-journées de pur bohneur ... J'avais en son temps mentionné sur le FC cet ouvrage. Ouvrage auquel il convient d'ajouter celui de Laurent Fonbaustier

La déposition du pape hérétique ; une origine du constitutionnalisme ?



paru chez le même éditeur, ouvrage qui est à l'origine du colloque universitaire, lequel, dois-je préciser, ne fut pas seulement organisé par Cyrille Dounot.

Lien vers le livre de L. Fonbaustier
images/icones/fleur.gif  ( 933527 )Fichtre ! C'est aussi provocateur que du Bouthillon par JVJ (2021-11-16 21:57:50) 
[en réponse à 933525]

Je prends bien volontiers, mais je me méfie sur le fond.

Le canoniste qui parle d'histoire médiévale et de droit constitutionnel, c'est valable en théologie à la catho de Paris.

Je puis connaître un canoniste qui est aussi un médiéviste pur et dur, mais l'espèce est rare.

Je ne connaissais pas du tout et j'ai honte.

Croyez-vous qu'une vie suffira pour lire le centième de ce que l'on voudrait lire, sans parler de littérature ?

Je serais curieux de savoir ce que certains évêques ou présidente de la CORREF lisent... On parle très peu de livres chez les catholiques. Quand on tombe sur un prêtre qui lit, c'est l'émerveillement, car il a tout pour lui. Et si en plus il dit la messe traditionnelle ab und zu et n'est pas abonné à La Croix... Et si en plus il n'a pas la foi triste et raide...
images/icones/neutre.gif  ( 933548 )Saint Roch par Roger (2021-11-17 11:13:56) 
[en réponse à 933527]

Si vos pas vous conduisent à Paris, passez donc à Saint Roch ...vous y trouverez des abbés qui lisent et qui célèbrent les deux formes...