Le Forum Catholique
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( 924421 )
Pratique catholique en France depuis 1700 par Glycéra (2021-07-24 16:19:28)
Qui aurait des liens de documents sur le sujet ?
Je ne trouve que très peu de choses : courbes d'ordinations depuis 1500, tableaux partiels ou indications d'une région ou d'une autre,
mais je n'ai pas trouvé de document qui donne un relevé historique global.
Exemple : dans mes souvenirs (paroisse bretonne, 2000 habitants) vers 1960, trois messes dominicales, grande église plus qu'à moitié remplie, 1 ou 2 messes quotidiennes avec 30 personnes. En 2010, une seule messe mensuelle, un dimanche, avec moins de 100 personnes.
Où trouver des renseignements plus généraux ?
Merci à tous ceux qui sauront donner des indications sur ce sujet où nous cherchons des courbes et/ou des chiffres corrects.
Pardon si c'est déjà sur le Forum, je n'ai pas su trouver.
Avec mes bonnes salutations
Glycéra
But ? un topo d'un jeune homme pour son groupe de réflexions.

( 924690 )
Pratique religieuse depuis 1900 ? par Glycéra (2021-07-27 18:34:59)
[en réponse à 924421]
Je repose la même question.
Mais pour le XX°, quelqu'un saurait-il où trouver des chiffres de pratique religieuse ?
Glycéra
qui tente sa chance en pleines vacances ...

( 924695 )
Très variable selon les régions par Turlure (2021-07-27 19:28:54)
[en réponse à 924421]
Dès le XVIIIe siècle (voire avant dans les campagnes), on assiste à un phénomène d'effondrement de la pratique dans une vaste zone centrale englobant un grand bassin parisien et descendant vers le sud-ouest jusqu'à Bordeaux, ainsi que sur la côte Méditerranéenne (et on peut ajouter la Corse qui deviendra française en 1768).
Ce bouleversement religieux précède (et contribue bien sûr à causer) la Révolution politique. Et, de façon très intéressante, cette carte de la pratique restera extrêmement stable jusqu'au milieu des années 1960. C'est la "carte Boulard", du nom du chanoine qui entreprit Après-Guerre de cartographier la pratique dominicale et pascale en France :
Il y a donc des régions où la pratique est restée massive - presque unanime - jusqu'à la période du concile. La Bretagne en fait partie et on peut sans trop de risque rattacher la paroisse de votre enfance à cette France là. A l'inverse, dans des régions comme le Limousin, la pratique dominicale est alors déjà marginale (autour de 10%) et on commence même à rencontrer au XXe siècle des enfants non baptisés et non catéchisés, chose rare dans les campagnes françaises, même quand là où la pratique dominicale était faible.
Sans nul doute, un livre récent de référence sur ce sujet est celui de Guillaume Cuchet,
Comment notre monde a cessé d'être chrétien (Seuil, 2018), dont il a plusieurs fois été question ici.

( 924759 )
Etonnante cette déchristianisation précoce par Regnum Galliae (2021-07-28 10:40:11)
[en réponse à 924695]
Dès le XVIIIè siècle !
A croire qu'en 1500 ans, la France n'a été christianisée qu'en surface, à la différence de l'Irlande, la Pologne, l'Espagne, l'Italie... Le vieux paganisme des campagnes semble n'avoir jamais vraiment été éradiqué en fait.
Et si la Bretagne et le Cotentin faisaient figure d'exception jusque dans les années 60, c'est grâce à l'apostolat de St Louis-Marie Grignon de Montfort au cours du XVIIè siècle. Si apostolat il y eut, c'est probablement que ces régions en avaient besoin à l'époque.
Merci pour la référence littéraire, ce livre est tentant.

( 924804 )
St Martin, et les "païens" par Glycéra (2021-07-28 15:27:59)
[en réponse à 924759]
Païens, paysans, même étymologie.
St Martin a sorti la foi catholique des villes où elle est arrivée chez nous, et a arrosé les campagnes de sa force.
Mais pourquoi les pointes de la France sont-elles plus pratiquantes ? Bretagne, Nord, Est, Alpes, Pays basque ...
Les Celtes ?
St François de Sales ?
et quid des autres régions ?
Pourquoi ce désert au centre de la nation ?
Nous avons beaucoup à apprendre de nos ancêtres et de leur solidité pour ne pas lâcher nous aussi.

( 924815 )
Attention par Turlure (2021-07-28 16:41:07)
[en réponse à 924759]
Contrairement à ce que vous semblez penser, cette chute de la pratique n'est pas propre à la France et concerne justement aussi certaines régions de pays que vous identifiez comme profondément christianisés.
Le sud du Portugal, l'Andalousie et l'Italie du Sud sont, contrairement à l'idée qu'on s'en ferait volontiers (l'image religieuse qu'on a en France de ses trois pays nous vient plutôt de la moitié nord de chacun d'eux), fortement déchristianisés pendant la même période.
Emmanuel Todd a donné des clés pour comprendre ce phénomène dans L'invention de l'Europe (Seuil, 1990), où il consacre un chapitre à la déchristianisation sur le continent européen. Il y distingue trois phases bien distinctes de déchristianisation : certaines régions catholiques dès le XVIIIe siècle, le monde protestant (y compris anglican) à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, puis le reste du monde catholique dans les années 1960).
S'agissant de la première, il a trouvé une corrélation avec certains types de sociétés agricoles (grande exploitation employant de nombreux ouvriers agricoles, métayage) et certains modèles familiaux (ceux reposant sur l'égalité des enfants). Selon lui, le catholicisme s'est comme spontanément évanoui dans les contrées où les valeurs d'égalité (dans le sphère familiale) dominent (et où on trouve de larges contingents de personnes travaillant une terre qu'ils ne possèdent pas), et s'est solidement - mais temporairement - maintenu (dans une forme durcie par contraste) là où les valeurs d'autorité dominent (et où la petite exploitation familiale est la norme).
Todd est, me semble-t-il, un auteur à lire, même si les idées qu'il émet sont souvent à compléter par d'autres éléments, et parfois à prendre avec des pincettes. Ici, il serait intéressant d'approfondir les éléments concrets qui ont alimenté cette chute de la pratique religieuse et l'enchainement dans le temps des événements, notamment auprès d'historiens de la période spécialisés sur ce sujet et ces régions.

( 924803 )
Grand merci, et autre question par Glycéra (2021-07-28 15:24:44)
[en réponse à 924695]
Il me souvenait qu'il en avait été parlé, en aparte, au milieu d'un autre fil. En fait, ce fil insistait sur les ordinatiosn et non sur les pratiques populaires. D'où, j'avais "zappé" le livre de G.Suchet.
La carte Boulard est intéressante. 1947 est en effet la fin d'une période quasi stable, malgré les tempêtes de 1789 et suivantes, et indiquait la saignée des campagnes via le pouyvoir centralisateur de Louis XIV, qui eut peur de ne pas contrôler son monde.
La Renaissance avait fait le début du grand travail de descente spirituelle, avec le protestantisme qui découlait de la révolte de Philippe le Bel contre le pouvoir spirituel, et l'envie des hommes de tout décider, explorer par eux-mêmes. Le XVIII° a complété en écrivant ses manuels dans cet esprit.
Mais quid de la pratique en villes ? Peut-on trouver quelque chose ?
Intéressant de voir ceci !
Encore merci de votre réponse
Glycéra

( 924817 )
Il me semble par Turlure (2021-07-28 17:09:42)
[en réponse à 924803]
Que dans les villes, d'une façon générale, on pouvait trouver une pratique plus importante dans les régions de faible pratique, et moins importante dans les régions de forte pratique : les sociétés urbaines sont plus semblables d'une région à l'autre que les sociétés rurales.
Il me semble qu'on trouve du contenu à ce propos dans le livre de D. Cuchet.