''(...) Le Motu proprio anti-traditionnel du pape François partage certaines similitudes avec les décisions liturgiques fatidiques et extrêmement rigides prises par l’Église russe-orthodoxe sous le patriarche Nikon de Moscou entre 1652 et 1666. Elles avaient fini par aboutir à un schisme durable connu sous le nom de «Vieux Ritualistes» (en russe: staroobryadtsy), qui ont maintenu les pratiques liturgiques et rituelles de l’Église russe telles qu’elles existaient avant les réformes du patriarche Nikon. Résistant à l’adaptation de la piété russe aux formes contemporaines du culte grec-orthodoxe, ces vieux ritualistes ont été anathématisés, ainsi que leur rituel, lors du synode de 1666-67, ce qui a provoqué une division entre les vieux ritualistes et ceux qui ont suivi l’Église d’État dans sa condamnation du vieux rite. Aujourd’hui, l’Église orthodoxe russe regrette les décisions draconiennes du patriarche Nikon, car si les normes qu’il a mises en œuvre avaient réellement été pastorales, et qu’elles avaient permis l’utilisation de l’ancien rite, il n’y aurait pas eu un schisme de plusieurs siècles, avec de nombreuses souffrances inutiles et cruelles. (...)''
''(...) Le nouveau Motu proprio du Pape François est finalement une victoire à la Pyrrhus ; il aura un effet boomerang. Les nombreuses familles catholiques et le nombre toujours croissant de jeunes et de prêtres – en particulier de jeunes prêtres – qui assistent à la messe traditionnelle, ne pourront pas permettre que leur conscience soit violée par un acte administratif aussi radical. Dire à ces fidèles et à ces prêtres qu’ils doivent simplement être obéissants à ces normes ne fonctionnera pas avec eux, en définitive, parce qu’ils comprennent qu’un appel à l’obéissance perd son pouvoir quand le but est de supprimer la forme traditionnelle de la liturgie, le grand trésor liturgique de l’Église romaine.
Avec le temps, une chaîne mondiale de messes-catacombes va certainement apparaître, comme cela se produit en période d’urgence et de persécution. Il se peut que nous assistions à une ère de messes traditionnelles clandestines, semblables à celle, si impressionnante, dépeinte par Aloysius O’Kelly dans son tableau Mass in Connemara (Ireland) during Penal Times. Ou peut-être vivrons-nous une époque semblable à celle décrite par saint Basile le Grand, lorsque les catholiques traditionnels étaient persécutés par un épiscopat arien libéral au quatrième siècle. (...)
La diffusion admirable, harmonieuse et tout à fait spontanée de la forme traditionnelle de la Messe et sa croissance continue, dans presque tous les pays du monde, y compris dans les terres les plus reculées, est sans aucun doute l’œuvre de l’Esprit Saint, et un véritable signe de notre temps. Cette forme de la célébration liturgique porte de véritables fruits spirituels, en particulier dans la vie des jeunes et des convertis à l’Église catholique, car beaucoup de ces derniers ont été attirés à la foi catholique précisément grâce au pouvoir irradiant de ce trésor de l’Église. Le pape François et les autres évêques qui exécuteront son Motu proprio devraient sérieusement prendre en considération le sage conseil de Gamaliel, et se demander s’ils ne sont pas en train de lutter contre une œuvre de Dieu : «Et maintenant je vous dis : Retirez-vous de ces hommes, et laissez-les aller ; car si ce conseil ou cette œuvre vient des hommes, elle (se) dissoudra ; mais si elle vient de Dieu, vous ne pourrez pas la dissoudre, et vous risquez de combattre contre Dieu même!» (Actes 5, 38-39). Puisse le pape François reconsidérer, en vue de l’éternité, son acte draconien et tragique, et rétracter courageusement et humblement ce nouveau Motu proprio, en rappelant ses propres paroles : «En réalité, l’Église se montre fidèle à l’Esprit Saint dans la mesure où elle n’a pas la prétention de le régler ni de le domestiquer» (Homélie à la cathédrale catholique du Saint-Esprit, Istanbul, samedi 29 novembre 2014).
En attendant, de nombreuses familles catholiques, des jeunes et des prêtres de tous les continents pleurent maintenant, car le Pape – leur père spirituel – les a privés de la nourriture spirituelle de la Messe traditionnelle, qui a tant renforcé leur foi et leur amour pour Dieu, pour la Sainte Mère l’Église et pour le Siège Apostolique. (...)
Ces familles, ces jeunes et ces prêtres pourraient adresser au pape François des mots semblables à ceux-ci : «Très Saint Père, rendez-nous ce grand trésor liturgique de de l’Église. Ne nous traitez pas comme vos enfants de seconde zone. Ne violez pas nos consciences en nous obligeant à adopter une forme liturgique unique et exclusive, vous qui avez toujours proclamé au monde entier la nécessité de la diversité, de l’accompagnement pastoral et du respect de la conscience. N’écoutez pas les représentants d’un cléricalisme rigide qui vous ont conseillé de réaliser une action aussi impitoyable. Soyez un vrai père de famille, qui “tire de son trésor ce qui est nouveau et ce qui est ancien” (Mt 13, 52). Si vous voulez bien entendre notre voix, au jour de votre jugement devant Dieu, nous serons vos meilleurs intercesseurs.»
''(...) Il faut aussi signaler ceci: ni dans l'Église romaine ni en Orient aucun patriarche, aucun évêque n'a jamais entrepris d'autorité une réforme liturgique. Mais en Orient comme en Occident, il y eut au cours des ans un développement organique progressif des formes liturgiques.
Lorsque le patriarche de Moscou, Nikon, entreprit au XVIIe siècle de procéder à quelques modifications de détail du rite - concernant la manière d'écrire le nom de Jésus ou la question de savoir avec combien de doigts il convenait de faire le signe de la croix -, il en résultat un schisme. Environ douze millions de ''vieux croyants'' (raskolniks) se sont alors séparés de l'Église d'État. (...)''
"Nous ne pouvons que nous réjouir qu’il y ait eu des pas en avant dans la communion eucharistique entre les évêques de la Fraternité Saint-Pie X et le pape Benoît XVI. [...] J’ai été étonné de constater l’absence de solidarité de certains catholiques par rapport à la décision du pape. Il n’a rien fait d’autre qu’exercer son ministère de l’unité ; il est un peu triste de voir que cela divise l’Eglise catholique. Je crois pouvoir dire que, de leur côté, les médias orthodoxes russes ont perçu plutôt positivement la levée des excommunications. Il nous semble que le pape ne veut pas trancher avec la tradition d’avant Vatican II et il souhaite laisser les fidèles vivre cela sereinement, sans les contraindre. Selon nous, on ne peut pas imposer aux fidèles des réformes, fussent-elles conciliaires, sans le plein consensus et la totale réception du peuple de Dieu. Ce serait faire violence au Corps du Christ ! L’Eglise russe a connu un schisme pour des raisons liturgiques, après le concile de 1666-1667. C’est le schisme des vieux croyants. Les réformes étaient pourtant beaucoup moins importantes que celles qui ont marqué le concile Vatican II. Mais des excommunications ont été lancées à l’époque et le schisme dure toujours. En 1970, le patriarcat de Moscou, à l’initiative du métropolite Nicodème (Rotov), a levé ces excommunications et anathèmes. Mais, d’une certaine façon, c’était trop tard. Je crois modestement que le pape a eu raison: lever les excommunications rapidement est une chose nécessaire pour ne pas laisser un schisme perdurer"!"