Ce que vous décrivez c'est le caractère organique du développement de la liturgie, le principal rôle dévolu au Pape en la matière étant de corriger ou de valider les évolutions, d'en choisir certaines plutôt que d'autres, d'éliminer certains rites au profit d'autres. En ce sens, je suis d'accord avec vous, et il est beaucoup plus difficile d'appliquer ce qualificatif "organique" à cette nouvelle liturgie que constitue le NOM et qui a été fabriquée en chambre, et faite d'archaïsmes et d'agrégation d'autres liturgies (en particulier orientales) plus quelques modifications du propre cru du Consilium.
Vous voyez que quand vous argumentez, vous pourriez presque être d'accord avec Candidus finalement.
La fiche Wikipedia sur St Grégoire est un peu courte pour ce qui concerne la liturgie. Si vraiment vous voulez faire du wikipedia, il faut au moins aller voir le renvoi à l'article "histoire du rite romain". Vous verrez que St Grégoire a quand même fait personnellement des modifications du Canon romain, et pour le reste, si toutes les modifications ne venaient pas personnellement de lui, il a choisi certaines évolutions dans certaines liturgies plutôt que certaines autres et il a codifié la chose. Sur le développement du Canon romain, j'ai trouvé l'article
ICI intéressant. (Je ne connais pas l'auteur)
De même St Pie V abolit dans Quo Primum tous les rites de moins de 200 ans d'existence. Pourquoi 200 et pas 100 ou 500 ? Un rite qui a 199 ans d'existence n'est-il pas lui aussi issu d'un développement organique et n'est-il pas respectable ? Et pourtant !
Tout cela montre que le Pape a bel et bien un pouvoir sur la liturgie, qui ne se limite pas à rajouter un Saint par-ci par-là comme vous le prétendiez. Ce pouvoir lui est en fait donné par la Constitution même de l'Eglise, et l'histoire de l'Eglise montre bien que de nombreux papes ne se sont pas privés de l'utiliser.
Quant à votre conclusion : la messe traditionnelle ne peut peut-être pas être purement et simplement supprimée, mais un pape pourrait très bien en imposer un nouveau développement organique. C'était, je pense, l'intention des Pères Conciliaires lorsqu'ils ont signé Sacrosanctum Concilium.
4. Enfin, obéissant fidèlement à la Tradition, le saint Concile déclare que la sainte Mère l’Église considère comme égaux en droit et en dignité tous les rites légitimement reconnus, et qu’elle veut, à l’avenir, les conserver et les favoriser de toutes manières ; et il souhaite que, là où il en est besoin, on les révise entièrement avec prudence dans l’esprit d’une saine tradition et qu’on leur rende une nouvelle vigueur en accord avec les circonstances et les nécessités d’aujourd’hui.
(...)
21. Pour que le peuple chrétien bénéficie plus sûrement des grâces abondantes dans la liturgie, la sainte Mère l’Église veut travailler sérieusement à la restauration générale de la liturgie elle-même. Car celle-ci comporte une partie immuable, celle qui est d’institution divine, et des parties sujettes au changement qui peuvent varier au cours des âges ou même le doivent, s’il s’y est introduit des éléments qui correspondent mal à la nature intime de la liturgie elle-même, ou si ces parties sont devenues inadaptées. Cette restauration doit consister à organiser les textes et les rites de telle façon qu’ils expriment avec plus de clarté les réalités saintes qu’ils signifient, et que le peuple chrétien, autant qu’il est possible, puisse facilement les saisir et y participer par une célébration pleine, active et communautaire.
Le résultat n'a certainement pas été à la hauteur des espérances, mais une telle espérance était légitime (les Pères Conciliaires ne se sont pas posés la question de savoir si oui on non on pouvait faire évoluer la liturgie) et sa concrétisation effective aurait pu elle aussi être légitime.
Cordialement
Meneau