Le Forum Catholique

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images/icones/frFlag.gif  ( 916847 )Solennité de sainte Jeanne d'Arc ce dimanche par Abbé Jacques Olivier (2021-05-06 10:55:34) 

La fête liturgique de Jeanne d’Arc a lieu, en France, le jour de sa mort – c'est-à-dire de sa naissance au Ciel – le 30 mai. Toutefois, une ‘solennité extérieure’, à savoir un transfert de la messe au dimanche est possible dans certains cas, afin d’y faire participer davantage de fidèles. En France, cette solennité a été fixée en 1909, au moment de la béatification, au VIe dimanche après Pâques (aujourd'hui appelé dimanche après l’Ascension). Dès 1921, après l’instauration de la fête de Jeanne d’Arc comme fête ‘du patriotisme’, dans le contexte de pacification de l’après-guerre, cette solennité liturgique a été transférée au deuxième dimanche de mai, jour de la libération d’Orléans (le dimanche 8 mai 1429) afin de faire coïncider la fête religieuse de la patronne secondaire de la France avec la nouvelle fête républicaine instaurée par la loi du 10 juillet 1920 et publiée symboliquement au Journal Officiel le 14 juillet. La réforme liturgique de 1969 a, par la suite, supprimé cette solennité extérieure, comme toutes les autres, sauf dans le cadre de la forme extraordinaire du rite romain. En ce dimanche 9 mai 2021, nous fêtons donc le centenaire de cette solennité qui s'est tenue pour la première fois le dimanche 8 mai 1921 !

C’est l’occasion de relire un extrait de l’homélie prononcée par le pape Benoît XV en cette circonstance :
« Choisie providentiellement, Jeanne, par les miracles que le ciel lui a donné d’accomplir, est une attestation de l’existence de Dieu. En effet, si les voix secrètes qu’elle a entendues ont transformé une pauvre petite jeune fille ignorante en une héroïne accomplissant les plus durs sacrifices, connaissant la science militaire, remportant des victoires impossibles aux hommes, pénétrant les secrets des cœurs et prophétisant l’avenir, cela prouve que le doigt de Dieu était là. Tous ceux qui ont tenté d’expliquer Jeanne sans Dieu se sont perdus dans un labyrinthe aux dédales inextricables.
Avec raison la France se glorifie de Jeanne, mais la sainte Église aussi triomphe en elle. Dieu fit naître cette enfant pour sauver sa patrie, mais en même temps l’héroïne fit tout pour établir le règne de Jésus Christ. Avant de rien entreprendre, elle invoquait ardemment l’aide du ciel ; victorieuse, elle attribuait le succès non à elle même, mais au Maître de toutes choses […] Sa mort manifeste davantage encore cette vérité. Pour prouver son mandat céleste, elle accepte le plus dur supplice et, au milieu des flammes crépitant déjà autour de son corps virginal, elle embrasse avec amour l’image du divin Crucifié, recommandant son âme à Celui pour lequel seul elle avait toujours vécu… »

images/icones/sacrecoeur.gif  ( 916849 )Sur le sens de la mission de Jeanne d'Arc par Jean-Paul PARFU (2021-05-06 11:35:34) 
[en réponse à 916847]

D'abord félicitations, Monsieur l'abbé, pour votre thèse sur ce sujet, l'obtention brillante de votre doctorat et la prochaine publication de votre thèse. Je l'achèterai.

Ste Jeanne d'Arc a été appelée pour une mission, comme le fut Abraham et elle est condamnée par un tribunal religieux, comme le fut Notre Seigneur-Jésus-Christ Lui-même. C'est donc une très grande sainte. "La plus grande sainte après Marie", disait Péguy.


"... Pour bien la comprendre ..., il faut saisir que sa mission n'a pas pas été nationaliste et matérielle, mais d'incarnation spirituelle. Jeanne est venue comme un signe pour rayonner sur l'avenir, pour éclairer une vue de l'Etat fondée sur Dieu ...

Le roi de France, sacré à Reims, c'était le fils de Saint Louis ; c'était (dans cette union avec la Chrétienté que soulignait l'hommage d'Hugues Capet à l'Empereur) le co-héritier de la promesse et du gage de Tolbiac, du sacre et du serment de Charlemagne : c'était vraiment, comme beaucoup l'ont remarqué, le représentant de Dieu au temporel.

Jeanne soutient le style armagnac contre le style bourguignon, et donc aussi contre les Anglais, dans la mesure où ils sont le glaive de l'hérésie bourguignonne. Elle soutient les Armagnacs, c'est-à-dire les tenants d'une cité aux bases sacrées, la tradition de Clovis, de Charlemagne et de Saint Louis. Elle combat les Bourguignons, c'est-à-dire le parti politique, bourgeois et franc-maçon avant la lettre, déjà "laïque" sous une forme cléricale, le courant d'Etienne Marcel et des légistes de Philippe le Bel ...

En fait l'opposition est la suivante : d'un côté l'Etat temporel, mais à marque religieuse, fondé sur l'ordre voulu par Dieu ; de l'autre, l'Etat purement humain, fondé d'abord sur la "volonté propre" des hommes qui le constituent. C'est comme représentant légitime de l'Etat fondé sur Dieu que Charles était l'objet d'une mission. En empruntant le langage de l'Eglise, on pourrait dire que, dans un sens profond, ..., Jeanne était venue proclamer d'avance le dogme du Christ-Roi ...

Ce serait donc un contresens de s'appuyer sur Jeanne pour prôner une restauration des Bourbons, par un retour plus ou moins sournois aux routines du passé. Jeanne ne nous invite pas à faire marche arrière, même vers St Louis ; elle nous invite à promouvoir, par exemple, une cité européenne qui serait, pour notre époque, non la semblable mais l'analogue de ce qu'était pour le Moyen-Âge, la cité française de St Louis ; c'est-à-dire aussi différente de celle-ci que les deux époques sont différentes l'une de l'autre ...

Jean Jaélic (pseudonyme de Jean Hélluin - 1912-1992)
"La Droite cette inconnue", pp 207-209, Préface de Gabriel Marcel,1963, "Les Sept Couleurs.