Le Forum Catholique

http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=912444
images/icones/mitre4.png  ( 912444 )François: Prions pour avoir ''des prêtres miséricordieux et non bourreaux'' par Chicoutimi (2021-03-03 20:07:40) 

Un article de Vatican News:

''(...) L'intention de prière du Saint-Père pour le mois de mars porte sur le sacrement de la réconciliation:


«Lorsque je vais me confesser, c’est pour me guérir, guérir mon âme. Pour en ressortir avec plus de santé spirituelle. Pour passer de la misère à la miséricorde. Au cœur de la confession, il y a non pas les péchés que nous disons mais l’amour divin que nous recevons et dont nous avons toujours besoin. Au cœur de la confession, il y a Jésus qui nous attend, nous écoute et nous pardonne. Souvenez-vous de ceci: avant même nos erreurs, c’est nous qui sommes présents dans le cœur de Dieu. Prions pour vivre le sacrement de la réconciliation avec une profondeur renouvelée, afin de goûter l’infinie miséricorde de Dieu. Et prions pour que Dieu donne à son Église des prêtres miséricordieux et non bourreaux.» (Source)



Question: Concrètement, c'est quoi un prêtre bourreau?
images/icones/hum2.gif  ( 912447 )Une bonne question par AVV-VVK (2021-03-03 20:51:30) 
[en réponse à 912444]

Inconsciemment le pape emploie un langage anticlérical.
Et où est la place du repentir ?
images/icones/hein.gif  ( 912452 )Inconsciemment? par Chicoutimi (2021-03-03 21:28:35) 
[en réponse à 912447]

Je ne sais pas si c'est juste de dire que c'est inconsciemment que François adopte un langage anticlérical, mais à plusieurs reprises il a dénoncé ce qu'il appelle le cléricalisme. Et je pense que ce choix de langage a été fait en toute conscience. Je trouve cela dangereux puisqu'il s'agit sensiblement du même langage que celui de l'ennemi. Et un terme comme "cléricalisme" ou celui de "bourreau" n'est pas assez précis (tout comme celui de "fanatique" d'ailleurs) et il y a donc un risque que ce genre de terme soit utilisé pour attaquer l'Église.
images/icones/neutre.gif  ( 912456 )Quelques suggestions par Vox clamantis (2021-03-03 21:57:25) 
[en réponse à 912444]

Un prêtre bourreau peut être :
- un prêtre qui se sert de la confession pour assouvir ses perversions (cela s'est vu, hélas)
- un prêtre qui s'impose dans la vie de son pénitent et/où se mêle de ce qui ne le regarde pas (y inclus le prêtre qui a failli me refuser l'absolution parce que je n'étais pas encore enceinte cinq mois après mon mariage) ; ou qui semble le juger...

De façon générale je pense que nous avons tous eu de "mauvaises expériences" au confessionnal, à côté de confessions plus ordinaires et de souvenirs merveilleux. Nous ne nous en formalisons pas parce que nous sommes "de vieux routards" et que nous pouvons relativiser : le prêtre était de mauvaise humeur/fatigué, ou bien je suis tombée sur un sale con mais tous les prêtres ne peuvent pas être des saints...

Mais la confession est toujours un moment de grande vulnérabilité. Pour une personne qui se confesse très peu, pour qui le caractère exceptionnel de la confession renforcé cette vulnérabilité et qui n'a pas de point de comparaison pour se "défendre" psychologiquement, un prêtre mal luné ou désagréable peut faire des ravages.

Je sais que la plupart des prêtres sont très attentifs à ce genre de situation mais j'ai aussi entendu des récits de personnes qui ont eu une très mauvaise expérience pour une première confession après plusieurs années (voire après l'adolescence), et qui, comme c'est étonnant, n'ont pas souhaité renouveler.
images/icones/fleche3.gif  ( 912460 )Merci, mais... par Chicoutimi (2021-03-03 22:18:07) 
[en réponse à 912456]

Vous donnez de bons exemples de ce que peut être une mauvaise expérience de confession. Mais cela ne nous amène pas plus à définir la notion de bourreau.

Dans le cas numéro un (le prêtre qui sollicite au péché contre le 6e commandement), il s'agit non pas d'un bourreau mais d'un pervers. De tels cas ont pu exister, mais sont certainement très rares, d'autant plus qu'une peine d'excommunication est rattachée à ce délit (voir). Ces cas sont effectivement très graves mais en raison de leur rareté il est peu probable que François parle de ces derniers lorsqu'il parle de bourreaux.

Dans le cas numéro deux (le prêtre qui s'immisce dans la vie privée du pénitent), il s'agit non pas d'un bourreau mais d'un prêtre indiscret.

Si chaque confession décevante devait nous amener à qualifier le prêtre de bourreau, il me semble que cela ne serait ni juste ni conforme à la réalité.

Encore une fois, je ne nie pas la gravité des situations que vous avez décrites, mais rien ne prouve qu'elles décrivent le terme "bourreau" qui est dans l'esprit de François. D'ailleurs, c'est ce qui est dangereux avec un terme vague comme "bourreau"; tout le monde peut y mettre ce qu'il veut.
images/icones/1h.gif  ( 912462 )Pour parler clair par AVV-VVK (2021-03-03 22:30:45) 
[en réponse à 912460]

Je considère ce mot dans la bouche d' un pape comme choquant.
images/icones/livre.gif  ( 912508 )Précision sur les peines concernant les délits liés à la confession par Chicoutimi (2021-03-04 15:58:48) 
[en réponse à 912460]

Concernant le péché de sollicitation contre le 6e commandement de la part du confesseur, la peine est non pas l'excommunication mais bien la suspense, les interdictions, les privations, et le renvoi de l'état clérical (voir le no 4 ci-dessous).

Voici donc les 6 délits graves concernant le sacrement de pénitence:


1- L’absolution du complice dans le péché contre le sixième commandement du Décalogue: peine d'excommunication.


Can. 977 - En dehors du cas de danger de mort, l'absolution du complice d'un péché contre le sixième commandement du Décalogue est invalide.

Can. 1378 - § 1. Le prêtre qui agit à l'encontre des dispositions du ⇒ can. 977 encourt l'excommunication latae sententiae réservée au Siège Apostolique.



2- La tentative d’absolution sacramentelle ou l’écoute interdite de la confession: peine d'interdit ou de suspense.


Can. 1378 - §2 Encourt la peine latae sententiae d'interdit ou de suspense s'il est clerc:

2° qui, outre le cas mentionné au § 1, bien qu'il ne puisse pas donner validement l'absolution sacramentelle, attente de l'accorder ou d'entendre une confession sacramentelle.



3- La simulation d’absolution sacramentelle: une juste peine.


Can. 1379 - Qui, en dehors des cas dont il s'agit au ⇒ can. 1378, feint d'administrer un sacrement sera puni d'une juste peine.



4- la sollicitation au péché contre le sixième commandement du Décalogue dans l’acte ou à l’occasion ou au prétexte de la confession: peine de suspense, d'interdictions, de privations, et renvoi de l'état clérical.


Can. 1387 - Le prêtre qui, dans l'acte ou à l'occasion ou sous le prétexte de la confession, sollicite le pénitent au péché contre le sixième commandement du Décalogue sera puni, selon la gravité du délit, de suspense, d'interdictions, de privations, et dans les cas les plus graves, sera renvoyé de l'état clérical.



5- La violation directe ou indirecte du secret sacramentel: peine d'excommunication.


Can. 1388 - § 1. Le confesseur qui viole directement le secret sacramentel encourt l'excommunication latae sententiae réservée au Siège Apostolique; celui qui le viole d'une manière seulement indirecte sera puni selon la gravité du délit.

§ 2. L'interprète et les autres personnes dont il s'agit au ⇒ can. 983, § 2, qui violent le secret, seront punis d'une juste peine, y compris l'excommunication.



6- Enregistrer, par n’importe quel moyen technique, ou divulguer avec malice par les moyens de communication sociale, des choses dites par le confesseur ou par le pénitent au cours de la confession sacramentelle réelle ou simulée: peine d'excommunication.


Étant ferme ce qui est prescrit au canon 1388, quiconque, par quelque instrument technique que ce soit, enregistre ou divulgue par les moyens de communication sociale ce qui est dit par le confesseur ou par le pénitent au cours de la Confession Sacramentelle, vraie ou feinte, faite par lui-même ou par un autre, encourt l’excommunication latae sententiae (CDF)




Source
images/icones/neutre.gif  ( 912464 )C'est vrai par Eudoxie (2021-03-03 22:49:32) 
[en réponse à 912456]

Ça me rappelle ce jeune moine qui m'a posé des questions complètement perverses en confession, à l'âge où j'étais jeune et innocente...
Ce type était taré.
images/icones/hein.gif  ( 912465 )je ne suis pas un spécialiste de cette langue mais... par jejomau (2021-03-03 23:00:36) 
[en réponse à 912444]

Je ne comprends pas exactement la même chose .

François dit à la fin (à mon avis) : "Et prions pour que Dieu donne à son Église des prêtres miséricordieux et non et non pas torturés"... c'est à dire "trop scrupuleux"; "trop axés sur des détails sans importance" (dans le sens qui est donné)
images/icones/fleche2.gif  ( 912466 )hum par Dam (2021-03-03 23:31:28) 
[en réponse à 912465]

Je traduirais par : "des prêtres qui accablent (culpabilisent)"
images/icones/fleche3.gif  ( 912472 )Non : "torturadores" par Sacerdos simplex (2021-03-04 00:52:07) 
[en réponse à 912465]

Pluriel de torturador : celui qui torture
en portugais comme en espagnol :
https://en.wiktionary.org/wiki/torturador#Spanish

François avait déjà émis cette idée au sujet de la confession.

Le problème, c'est que le confesseur est tiraillé entre son devoir de confesseur (qui comporte le fait de poser certaines questions),
et d'autre part des réactions excessives de pénitents et d'évêques qui donnent comme consigne de ne poser aucune question.
Le confesseur devient alors un distributeur d'absolution, sans donner d'explications à des gens qui en auraient besoin.

Un peu comme un médecin - car le confesseur est pour les âmes ce qu'un médecin est pour les corps.
Imaginez ce genre de dialogue :
"Docteur, j'ai tel symptôme !
- Ah, vous avez probablement aussi tel autre symptôme, n'est-ce pas ?...
- Comment ! Espèce de sale pervers ! Ma vie privée ne vous regarde pas !..."

Parfois, il arrive qu'un pénitent ne comprend pas les propos, très sages, du confesseur.
Ou encore, il ignorait que telle chose est un péché, et en plus un péché grave.
Zou, absolution, aucune explication, on le laisse dans l'ignorance.
Sans parler des gens mal disposés, par exemple qui refusent de croire que telle chose soit un péché - grave de surcroit.

Effectivement, on ne va pas s'ingérer dans la vie privée du pénitent : s'il s'accuse d'avoir trompé sa femme avec une autre, on ne va pas lui demander de préciser laquelle !

Bref, c'est souvent aussi, difficile pour le confesseur...



images/icones/bravo.gif  ( 912473 )Concile de Trente: ''il est impie de l'appeler torture des consciences'' par Chicoutimi (2021-03-04 06:46:45) 
[en réponse à 912472]

Permettez-moi cher père de vous remercier pour ces mots de sagesse et aussi pour votre ministère qui est si important pour le salut des âmes.

Je pense qu'il n'est certainement pas facile d'être un confesseur dans les circonstances actuelles. On parle souvent de la vulnérabilité du pénitent, mais oublie celle du confesseur. En effet, que peut-il bien faire pour sa défense alors qu'il est tenu au secret sacramentel?

Les paroles de François - plus particulièrement le terme de ''bourreau'' - sont questionnables dans la mesure où elles peuvent semer la confusion, et ce au moins en ce qui concerne trois parties essentielles du sacrement de pénitence. Je développe donc ici en sachant que si je dis quelque chose d'incorrect vous aurez bien la bonté de me le signaler.

1- L'acte de confesser ses péchés

Faut-il considérer comme un ''bourreau'' le prêtre qui demande des explications concernant le nombre ou les circonstances du péché confessé? La réponse est non du point de vue de la doctrine de l'Église.

Lorsque François dit: ''Au cœur de la confession, il y a non pas les péchés que nous disons mais l’amour divin que nous recevons'', cela peut certes être interprété dans un sens orthodoxe (car ce que nous célébrons dans la confession ce ne sont pas nos péchés mais le pardon). Mais cela peut aussi être interprété dans un sens erroné, à savoir qu'il ne serait pas nécessaire dans la confession de déclarer l’espèce, le nombre ainsi que les circonstances aggravantes.

Le Code de droit canonique rappelle cette obligation:


Can. 988 - § 1. Le fidèle est tenu par l'obligation de confesser, selon leur espèce et leur nombre, tous les péchés graves commis après le baptême



Le Catéchisme de l'Église catholique, citant le Concile de Trente, affirme également:


''Les pénitents doivent, dans la confession, énumérer tous les péchés mortels dont ils ont conscience après s’être examinés sérieusement, même si ces péchés sont très secrets et s’ils ont été commis seulement contre les deux derniers préceptes du Décalogue (n. 1456)



Le Concile de Trente ajoute également ceci:


''Il suit, en outre, que l'on doit aussi expliquer dans la confession les circonstances qui changent l'espèce du péché, (...) Il est également impie de dire que la confession prescrite de cette manière est impossible, ou de l'appeler la torture des consciences.''



2- La contrition

Faut-il considérer comme un ''bourreau'' le prêtre qui pose des questions afin de s'assurer des bonnes dispositions du pénitent? La réponse est non du point de vue de la doctrine de la l'Église.

En effet, une partie importante du sacrement de pénitence consiste dans la contrition des péchés. Il est donc normal que le prêtre pose quelques questions et qu'il donne (ou diffère) l'absolution en fonction de la contrition exprimée par le pénitent. Évidemment, il y a une différence entre ''poser des questions'' et ''tomber dans l'indiscrétion''.

Le Code de droit canonique rappelle ceci:


Can. 979 - Que le prêtre procède avec prudence et discrétion quand il pose des questions, en tenant compte de la condition et de l'âge du pénitent, et qu'il s'abstienne de s'enquérir du nom du complice.

Can. 980 - S'il n'y a pas de doute pour le confesseur sur les dispositions du pénitent, et que celui-ci demande l'absolution, cette dernière ne sera ni refusée, ni différée.



3- L'absolution

Un prêtre qui refuse l'absolution - parce que le pénitent ne veut pas ''se mettre en règle'' - serait-il un ''bourreau''? La réponse est non du point de vue de la doctrine de l'Église.

Il y a une chose que l'on peut logiquement et raisonnablement penser: la plupart des absolutions refusées concernent les gens vivant dans une situation matrimoniale irrégulière.

J'ai personnellement vu, à quelques reprises, des connaissances (toutes des femmes) sortir du confessionnal en pleurant et se plaignant que l'absolution leur avait été refusée à cause de leur situation matrimoniale. Évidemment, pour certaines personnes, c'est un choc de se faire dire (même si c'est d'une manière charitable) que l'absolution ne peut pas leur être donnée. Mais cette mesure prévue dans la doctrine et la pratique de l'Église vise à amener ces personnes à changer de vie, car la confession n'est pas un acte magique qui s'accomplit en dehors des dispositions du pénitent appelé à la conversion, ce qui signifie au moins avoir l'intention d'éviter les occasions de péché. Parmi ces personnes, j'en ai vu qui ont depuis régularisées leur situation. On ne saurait donc pas accuser le prêtre qui refuse l'absolution à ces personnes d'être un bourreau.

Or, c'est justement ce que je crains avec ces paroles de François. Le terme ''bourreau'' est vague, mais il est mis en opposition avec ''prêtres miséricordieux''. Je suis 100% d'accord avec le fait que le prêtre doit être miséricordieux. Je suis même d'accord que la miséricorde de Dieu est encore plus grande que sa justice. Mais cela ne veut pas dire qu'il n'y a plus de justice et qu'il n'y a plus de conversion. Certains partisans de l'accès aux sacrements pour les divorcés-remariés ont déjà affirmé que de demander à ces derniers de vivre en frères et soeurs serait leur mettre un fardeau insupportable sur les épaules. Cela est une erreur, car nous sommes tous appelés à la conversion.

Le Code de droit canonique rappelle donc judicieusement les deux dimensions du confesseur:


Can. 978 - § 1. Que le prêtre se souvienne, en entendant les confessions, que son rôle est à la fois celui d'un juge et celui d'un médecin



Bref, je pense qu'il faut faire attention avec des qualificatifs comme ''bourreau'' car le confesseur a une très grande responsabilité et doit s'assurer non seulement de la validité du sacrement mais aussi de conduire les âmes au salut et de préserver l'honneur de Dieu.

Qu'il y ait de mauvaises expériences de confession, c'est bien malheureux. Mais, il y a beaucoup plus d'expériences heureuses de confessions, et sur ce point les fidèles ont aussi une grave responsabilité: partager la joie d'avoir été pardonné et mettre en évidence qu'il y a bien plus de bons prêtres que le monde pense.

Je profite donc de l'occasion pour remercier tous les prêtres sur ce Forum, de même que tous les prêtres qui m'ont entendu en confession. Je ne pense pas que je pourrais vivre sans ce sacrement merveilleux. Je salut aussi l'initiative de François voulant revaloriser ce sacrement; je déplore cependant l'utilisation du terme ''bourreau'' qui m'apparaît être dangereux. J'espère me tromper et que cela puisse contribuer à l'augmentation des expériences positives de confession qui sont déjà beaucoup plus nombreuses que les mauvaises.

Bien à vous.

images/icones/neutre.gif  ( 912475 )Merci par Roger (2021-03-04 06:55:32) 
[en réponse à 912473]

Chicoutimi pour cet exposé très clair
images/icones/fleche2.gif  ( 912526 )Merci à vous... par Chicoutimi (2021-03-04 17:35:23) 
[en réponse à 912475]

pour ce son de cloche de votre part. C'est très apprécié.

Nous sommes tellement redevables envers ces prêtres dévoués qui ont donné leur vie pour que nous puissions accéder au salut.

Nous ne pouvons pas ne pas prendre leur défense sur cette question très précise du sacrement de pénitence, tout comme nous devons nous en remettre à la doctrine de l'Église qui a été admirablement exposée dans les décrets du Concile de Trente concernant les sacrements.

Bien à vous.
images/icones/fleche2.gif  ( 912476 )J'ajouterais concernant la pénitence... par Chicoutimi (2021-03-04 07:35:04) 
[en réponse à 912473]

un petit complément afin survoler l'ensemble du sacrement en question.

Je n'ai pas parlé de la 4e partie du sacrement de pénitence dans mon post précédent pour ne pas surcharger le post en question et aussi parce que je ne pense pas que François ait en tête cette dimension lorsqu'il parle des prêtres ''bourreaux''.

En effet, on constate que dans la pratique actuelle, la pénitence est vraiment minime. Pourtant, la pénitence doit être ajustée aux nombres et à l'espèce des péchés confessés (d'où l'importance de parfois poser des question).

Le Code de droit canonique précise:


Can. 981 - Selon la nature et le nombre des péchés, en tenant compte cependant de la condition du pénitent, le confesseur lui imposera des satisfactions salutaires et convenables; le pénitent est tenu par l'obligation de les accomplir personnellement.



Ainsi, un prêtre qui donne une pénitence ajustée à la gravité de ce qui a été confessée, mais aussi en tenant compte des capacités du pénitent, est-il un bourreau? La réponse est non selon la doctrine de l'Église.

Le Concile de Trente est très explicite à ce sujet:


''Les prêtres du Seigneur doivent donc, dans la mesure où l'esprit de prudence le leur suggérera, enjoindre des satisfactions salutaires et convenables, selon la nature des fautes et les possibilités des pénitents. Car s'ils venaient à fermer les yeux sur les péchés et montreraient trop d'indulgence aux pénitents, en enjoignant des peines très légères pour des délits très graves, ils participeraient aux péchés d'autrui (1 Tm 5, 22). (...) car les anciens Pères croient et enseignent comme nous: le pouvoir des clés n'a pas été concédé aux prêtres pour délier seulement, mais aussi pour lier. ce qui ne les a pas fait estimer que le sacrement de pénitence était un tribunal de colère ou de peines - aucun catholique ne l'a jamais pensé! - (...)''.



Non seulement, la pénitence est un élément essentiel du sacrement du pardon, mais on ne saurait nier que, dans l'Église actuellement, cette dimension est vécue avec beaucoup plus de laxisme que de sévérité. D'où le non-sens de voir des bourreaux au confessionnal en considérant cet aspect de la pénitence.

Je conclus en disant que la subjectivité du pénitent peut parfois être à l'origine de malentendus sur la soi-disant sévérité du confesseur. Il convient donc de sensibiliser les fidèles sur les parties essentielles de ce grand sacrement, et de nous rappeler qu'un saint Padre Pio ou un saint Curé d'Ars, tout en étant miséricordieux, ont eu à exercer une certaine sévérité que nous ne voyons plus de nos jours. Je ne dis pas qu'il faille exactement faire comme eux, mais il faut éviter de voir des bourreaux là où il n'y en a pas, surtout en ces temps où c'est le laxisme, et non la sévérité, qui est pratiquée.
images/icones/neutre.gif  ( 912477 )Non, vous ne vous trompez pas.... par Pol (2021-03-04 08:09:14) 
[en réponse à 912473]

....et merci encore pour vos contributions si régulières et interessantes.
images/icones/bravo.gif  ( 912530 )Merci à vous Pol... par Chicoutimi (2021-03-04 17:54:11) 
[en réponse à 912477]

vos remarques sont toujours source de motivation. Je crois que vous avez un don: celui d'encouragement (que saint Paul cite parmi la liste des dons dans l'Église).

Donc, merci pour vos encouragements.

PS: Vous disiez dernièrement que vous êtes dans un pays anglophone. Si ce n'est pas indiscret, vous êtes dans quel pays?

I salute your guardian angel.
images/icones/neutre.gif  ( 912540 )Pas du tout.... par Pol (2021-03-04 18:26:49) 
[en réponse à 912530]

....je suis a Durban, dans ce que j'appelle 'le Grand Sud' !( Afrique du Sud et ce , depuis 50 ans). Je suis maintenant dans un 'Home', mais encore actif et en bonne santé, sauf que je suis devenu sourd a 100%, subitement, en 2014, mais j'ai eu la chance de pouvoir avoir un C.I.(Cochlear Implant)en 2016 et je peux entendre et converser avec quelqu'un si la personne est dans un rayon de 1 metre de moi. Par contre pas de TV(cela ne me manque pas, en passant !), pas de radio, pas de SERMONS a notre chapelle le dimanche....depuis 6 ans....grande douleur offerte pour mes petits-enfants. Voila, j'ai mon ordi et whatsapp sur mon tel.portable et me tiens au courant tant bien que mal. Je vous lis toujours avec grand interet et MERCI ! I.S.Y.G.A.( I salute your guardian angel).

P.S. Nous avons deux Pretres et un Frère ici à our Lady of the Holy Rosary.
images/icones/1b.gif  ( 912561 )Il n'est pas totalement impossible ... par Ion (2021-03-04 19:28:24) 
[en réponse à 912540]

... qu'on se connaisse, au moins indirectement, ma famille étant aussi from Mauritius, et une partie étant au Sud-Afrique depuis bien longtemps, et cela m'a donné l'occasion de passer par Durban plusieurs fois, avant et après le changement de régime ... La première fois que j'ai participé à une messe après le changement de traduction du missel - notamment le consubstantial au lieu du Of One being with - alors que j'étais habitué à la liturgie encore inchangée en Angleterre qui n'a adopté la nouvelle traduction que plus tard), c'était en 2011 à Durban (NOM, bien sûr, ce qui ne vous intéresse pas trop, je sais ...)

Yours ...
images/icones/neutre.gif  ( 912566 )Merci pour votre mot sympathique... par Pol (2021-03-04 20:00:59) 
[en réponse à 912561]

....vous m'avez fait sourire dans votre derniere phrase....Vous avez bien deviné...Vous avez raison, peut-etre qu'on se connait directement, mais certainement indirectement...Mon nom de famille commence par M. Je comprends un peu que vous etes en Angleterre.
Ici sur le FC, nous sommes aux antipodes, sort of, mais on peut etre copain et amical : salut donc de mon Grand Sud.
images/icones/bravo.gif  ( 912577 )Merci beaucoup Pol... par Chicoutimi (2021-03-05 06:02:33) 
[en réponse à 912540]

pour ce partage de votre expérience. Vous avez eu de rudes épreuves qui, en quelque sorte, vous ont rendu plus fort pour le combat spirituel (j'ai noté que cette notion de ''combat'' revenait de temps à autre dans vos messages et cela me rejoint beaucoup).

Merci pour ce témoignage. Il est intéressant aussi de savoir que vous êtes en Afrique du Sud! Nous avons tant à apprendre du continent africain. J'espère que les choses ne vont pas trop mal là-bas en ce qui concerne la pandémie. Comme vous le savez, nous sommes vraiment dans un ''combat mortel'' (pour reprendre votre expression) et le plus grand danger n'est pas le virus.

Je suis également dans un milieu anglophone (dans une province canadienne officiellement bilingue, mais dans la réalité les choses se passent surtout en anglais). J'en profite pour améliorer ma langue seconde, mais rien n'égalera jamais cette langue française que nous avons reçue en héritage!

Bien à vous.
images/icones/bravo.gif  ( 912565 )Une très bonne réflexion par Athanase (2021-03-04 19:45:19) 
[en réponse à 912473]



Merci pour ces lignes éclairantes, cher Chicoutoumi. On ne peut qu'apprécier cette réflexion qui lie le sacrement de pénitence à notre conversion.
images/icones/livre.gif  ( 912578 )Merci beaucoup Athanase... par Chicoutimi (2021-03-05 06:15:45) 
[en réponse à 912565]

Votre commentaire est très apprécié, comme toujours.

En parlant du lien entre le sacrement de pénitence et notre conversion, je découvre que ''sacrement de conversion'' est le premier des noms donnés à ce sacrement dans le Catéchisme de l'Église catholique:


I. Comment est appelé ce sacrement ?

1423 Il est appelé sacrement de conversion puisqu’il réalise sacramentellement l’appel de Jésus à la conversion (cf. Mc 1, 15), la démarche de revenir au Père (cf. Lc 15, 18) dont on s’est éloigné par le péché.

Il est appelé sacrement de Pénitence puisqu’il consacre une démarche personnelle et ecclésiale de conversion, de repentir et de satisfaction du chrétien pécheur.

1424 Il est appelé sacrement de la confession puisque l’aveu, la confession des péchés devant le prêtre est un élément essentiel de ce sacrement. Dans un sens profond ce sacrement est aussi une " confession ", reconnaissance et louange de la sainteté de Dieu et de sa miséricorde envers l’homme pécheur.

Il est appelé sacrement du pardon puisque par l’absolution sacramentelle du prêtre, Dieu accorde au pénitent " le pardon et la paix " (OP formule de l’absolution).

Il est appelé sacrement de Réconciliation car il donne au pécheur l’amour de Dieu qui réconcilie : " Laissez-vous réconcilier avec Dieu " (2 Co 5, 20). Celui qui vit de l’amour miséricordieux de Dieu est prêt à répondre à l’appel du Seigneur : " Va d’abord te réconcilier avec ton frère " (Mt 5, 24).



Source
images/icones/hein.gif  ( 912474 )Deux réponses par Roger (2021-03-04 06:53:21) 
[en réponse à 912444]

Si on écarte l hypothèse que François dit n importe quoi à tout bout de champ sans vraiment réfléchir (hypothèse peu sérieuse), on peut comprendre deux choses

- il s adresse au clergé argentin (ou italien ?) Qui est peut-être resté assez exigeant dans la pratique de la confession (allant jusqu'à refuser l absolution fréquemment ??) Et non au clergé ordinaire français qui dans mon souvenir est devenu très laxiste...
- il considère que le confesseur ne doit pas poser de questions, simplement écouter et ensuite absoudre en infligeant la pénitence la plus légère qui soit ...un distributeur de sacrements disait on en 1970...qui suis je pour juger ?

Question: le confesseur doit il agir ainsi avec les avorteurs, les mafieux, les proxénètes, les prêtres indignes, et toutes les catégories reprouvees par le même pape ?
images/icones/fleche2.gif  ( 912518 )Vous posez de bonnes questions... par Chicoutimi (2021-03-04 17:20:32) 
[en réponse à 912474]

qui m'amènent à me demander: le fait de brandir le spectre "bourreau" sans que l'on sache trop ce qu'en est sa définition mais tout en sachant qu'Amoris Laetitia est derrière tout cela, le pape ne risque-t-il pas de faire croire que les soi-disant bourreaux sont un phénomène répandu, ce qui pourrait davantage faire fuir les fidèles?

Au fond, vous avez raison: le pape parle pour quelle situation exactement? Cela concerne quelle partie de l'Eglise?
images/icones/fleche2.gif  ( 912481 )D' un ton moins dur, acerbe... par AVV-VVK (2021-03-04 10:23:23) 
[en réponse à 912444]

Source: lefigaro.fr/actualité-france/2014/03/28

Vendredi matin, en recevant des prêtres réunis pour approfondir le thème de la confession, le pape François a affirmé que la confession «n'est pas un tribunal destiné à condamner, mais une expérience de miséricorde et de pardon». S'adressant aux confesseurs il les a toutefois mis en garde: «La tradition nous indique que le double rôle des confesseurs est d'être médecins et juges. N'oublions jamais que le médecin est appelé à guérir et le juge à absoudre».

Car a-t-il conclu «le cœur du prêtre doit s'émouvoir (face à la personne repentante) non par sentimentalisme ou par pure émotivité, mais parce qu'il porte en lui les entrailles de la miséricorde du Seigneur». Il a enfin conseillé aux prêtres de se garder de “deux extrêmes opposés: le rigorisme et le laxisme “. En confessant, le prêtre ne doit adopter l'attitude «ni d'un juge ni d'un ami» mais il doit être signe de la “charité du père».


images/icones/bravo.gif  ( 912504 )En effet... par Chicoutimi (2021-03-04 13:55:59) 
[en réponse à 912481]

Les propos sont ici plus équilibrés et moins choquants.

Je dirais qu'il manque cependant un aspect: le pouvoir des clés qui est le pouvoir non seulement de délier mais aussi celui de lier (même si, effectivement, le but du sacrement de pénitence est, ultimement, de parvenir à délier tout pénitent).


Merci pour ce texte et pour toutes vos contributions. C'est toujours très apprécié.