Le Forum Catholique

http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=912380
images/icones/hein.gif  ( 912380 )Jésus est très clair à ce sujet... par fils du vent (2021-03-03 09:38:19) 


un seul péché est impardonnable : le péché contre l'Esprit-Saint. C'est très complexe de comprendre ce qu'il veut dire. J'en vois déjà rappliquer (suivez mon regard) à coup de st Thomas d'Aquin pour dire : " non c'est très simple, lé péché contre le saint Esprit c'est ceci ou cela". A chaque fois qu'un prêtre prêche sur ce sujet c'est toujours différent. Comme je suis un SPF (sans paroisse fixe) j'entends des homélies diverses et variées (les plus longues d'ailleurs en Transylvanie où ça peut durer 45 mn).
Bref pourquoi le péché contre l'Esprit Saint ne peut pas être remis ? Curieux : il n'est pas évoqué un péché contre le Père. Mais peut-être que le péché contre le Saint Esprit offense le Père et le Fils puisque le Saint-Esprit, troisième Personne de la Trinité uni le Père et le Fils. Merci de ne pas changer de sujet au fil de la discussion comme ça arrive souvent.
images/icones/1i.gif  ( 912382 )Une réponse possible par jejomau (2021-03-03 10:28:41) 
[en réponse à 912380]

L'Esprit-Saint est défini comme l'esprit de charité. Agir par haine, vouloir faire le mal sciemment, volontairement envers Dieu (et)(ou) son prochain est un péché grave et mortel car il se coupe de l'Esprit-Saint.. Bien sûr, si celui qui a agit ainsi se convertit et demande le pardon au Seigneur, il sera pardonné. Mais il est vrai que, comme le dit le proverbe : "l'arbre tombe toujours du côté oû il penche". Par conséquent, ce genre d'individu, enferré dans le mal et pour lequel celui-ci procure une vraie jouissances.... peut se faire du mourron quant à son devenir dans l'au-delà
images/icones/neutre.gif  ( 912384 )Naïvement sans doute par Paxtecum (2021-03-03 10:55:40) 
[en réponse à 912382]

j'ai toujours pensé qu'il s'agissait seulement du fait de refuser que Dieu puisse et veuille me pardonner.

En méditant un peu plus ces quelques mots il m'apparaît que la clé est l'Amour infini de Dieu, en ayant cette attitude consciente de refus du pardon ou de son existence, je nie en fait le Principe même de Dieu. Dieu...

Cela n'a rien de théologique sans doute mais c'est probablement facilement compréhensible par le commun des mortels.
images/icones/iphone.jpg  ( 912438 )Je partage cette explication simple par Fred (2021-03-03 18:56:22) 
[en réponse à 912384]

Mais pas simpliste. Pêcher contre l’Esprit Saint qui est l’Amour divin c’est refuser Dieu. Sa miséricorde ne peut rien si elle est refusée.
images/icones/bravo.gif  ( 912454 )C'est effectivement... par Chicoutimi (2021-03-03 21:47:51) 
[en réponse à 912438]

Très proche de la définition qu'en donne le Catéchisme de l'Église catholique.

À trop essayer de chercher tel péché qui ne serait supposément pas pardonnable, on risque justement de tomber dans le péché contre l'Esprit Saint en pensant faussement qu'on ne pourra jamais être pardonné.

La confiance en la miséricorde divine me semble être le remède approprié.
images/icones/pelerouin1.gif  ( 912383 ) Le refus de la transcendance par Jean-Paul PARFU (2021-03-03 10:52:50) 
[en réponse à 912380]

C'est le refus d'une loi supérieure et extérieure à l'homme et qui s'impose à lui. C'est le fait de se soustraire aux critères objectifs du bien et du mal. Dès lors, il n'y a pas pour cet homme de péché. En conséquence, pas de regret de tel ou tel acte et donc impossibilité du pardon. Mais celui qui est dans cet état d'esprit ne pourra se soustraire au jugement de Dieu.

"Le blasphème contre l'Esprit saint est le péché commis par celui qui revendique le « droit » de persévérer dans le mal — dans le péché quel qu'il soit — et refuse par là même la Rédemption.

L'homme reste enfermé dans le péché, rendant donc impossible, pour sa part, sa conversion et aussi, par conséquent, la rémission des péchés, qu'il ne juge pas essentielle ni importante pour sa vie.

Le péché contre le Saint Esprit est lié à la perte du sens du péché, évoqué dans l'Exhortation apostolique "Reconciliatio et paenitentia". C'est le refus de la « mise en évidence du péché » par l'Esprit saint qui est constitutif du péché contre le Saint-Esprit.

De Jean Paul II, Exhort. apost. post-synodale Reconciliatio et paenitentia (2 décembre 1984), n. 18: AAS 77 (1985), PP. 224228." (Wikipédia)

images/icones/fleche3.gif  ( 912389 )Il faudrait ajouter... par Sacerdos simplex (2021-03-03 11:57:29) 
[en réponse à 912383]

à l'article de wikipedia qui n'est pas trop catastrophique :
- le CEC, article 1864 :

1864 " Tout péché et blasphème sera remis aux hommes, mais le blasphème contre l’Esprit ne sera pas remis " (Mt 12, 31 ; cf. Mc 3, 29 ; Lc 12, 10). Il n’y a pas de limites à la miséricorde de Dieu, mais qui refuse délibérément d’accueillir la miséricorde de Dieu par le repentir rejette le pardon de ses péchés et le salut offert par l’Esprit Saint (cf. DeV 46). Un tel endurcissement peut conduire à l’impénitence finale et à la perte éternelle.


(toujoutrs cette manie de mettre le plus possible "l'Esprit" plutôt que "l'Esprit-Saint", qu'on trouve pourtant dans l'Evangile)
http://www.vatican.va/archive/FRA0013/_P66.HTM

- et surtout : les catéchismes "classiques", qui énumèrent les 7 péchés concernés. Je ne les sais plus par coeur, cela tourne autour du salut éternel : désespérer de son salut et de la miséricorde de Dieu (Comme Caïn : mon péché est trop grand..."), ou encore la présomption (penser se sauver sans faire le nécessaire et sans regretter ses péchés...), lutter contre le bien connu comme tel...

- dans Ste Gertrude (ou Ste Mechtilde ?...), il y a cette affirmation : le Saint-Esprit, c'est la bonne volonté [au sens très fort du terme].
Le contraire de la bonne volonté, c'est plutôt... la mauvaise foi : le péché des pharisiens à l'encontre de Jésus ("c'est par le démon qu'il chasse les démons....").
Il est très difficile de sortir de la mauvaise foi, d'où une grande difficulté pour obtenir le pardon.
Mais même alors, tant qu'on est ici-bas, on peut obtenir de Dieu de se convertir.

Enfin, des quantités de scrupuleux imaginent qu'ils ont commis un tel péché. Un scrupuleux ne peut pas commettre un péché contre le Saint-Esprit.
Un prêtre disait par boutade : "Untel ? Il est trop crétin pour pouvoir commettre un tel péché !..."



images/icones/bible.gif  ( 912387 )Pourquoi contre l'Esprit-Saint ? par Jean-Paul PARFU (2021-03-03 11:29:20) 
[en réponse à 912380]

Parce que l'Esprit-Saint est "le sceau de la Trinité" et "la touche" de Dieu sur le créé. Il est "le Doigt de Dieu" (St Luc 11-20, St Matthieu 12-28), "le Doigt de la Droite du Père", comme le dit le "Veni Creator".

Il est Le Sanctificateur ! C'est Lui qui agit par les sacrements et les sacramentaux. Si nous avons une relation de grâce et d'amitié avec Dieu, c'est par Lui que nous l'avons.
images/icones/bible.gif  ( 912410 )Concernant le ''problème'' trinitaire''... par Chicoutimi (2021-03-03 15:16:57) 
[en réponse à 912387]

Nous avons tendance à lire les Écritures en oubliant que les textes des Évangiles sont antérieurs aux Conciles oecuméniques ayant défini la doctrine trinitaire.

Certes, la doctrine de la Trinité est contenue en germe dans les Écritures, mais elle n'y est pas déployée explicitement.

Les passages évoquant dans le même temps les 3 personnes de la Sainte Trinité sont même assez rares: on peut penser à la finale de l'Évangile de Matthieu, à certaines salutations pauliniennes ou encore au controversé comma johannique.

Autrement dit, on constate que certains passages évoquent seulement deux personnes: ''Moi et le Père nous sommes un'' en est un exemple tiré de l'Évangile de Jean. On ne pourrait pourtant pas affirmer que le Saint-Esprit est en dehors de cette unité simplement parce que le verset en question omet d'en parler.

Un autre exemple. Dans l'Évangile de Matthieu, il est dit ''Pour ce qui est du jour et de l'heure, personne ne le sait, ni les anges des cieux, ni le Fils, mais le Père seul.'' Ce n'est pas parce que le Saint-Esprit n'y figure pas qu'il faille comprendre que ce dernier ignore également le jour et l'heure. En tant que Dieu, le Saint-Esprit connaît tout ce que le Père connaît. Et malgré ce que dit le texte, il faut reconnaître que le Fils également - non pas en tant qu'homme mais en tant que Dieu - connaît également ce que le Père connaît.

Ceci étant dit, si on revient à la question du blasphème contre l'Esprit Saint, il faut tout simplement reconnaître ceci:

- Le Père n'est pas nommé dans ce passage, mais il ne faut pas en être surpris car les 3 personnes de la Sainte Trinité ne sont pas toujours nommées explicitement et en même temps dans les écrits néo-testamentaires; et

- La notion de péché impardonnable contre l'Esprit Saint ne signifie pas qu'il y aurait un péché pardonnable contre le Père. Cela ne signifie même pas qu'il y aurait un péché pardonnable contre le Fils (en tant que Dieu). La distinction à faire dans le passage en question ne concerne pas tellement la distinction des 3 personnes de la Sainte Trinité, mais plutôt la distinction entre Dieu d'une part et le Christ en tant qu'homme d'autre part.

Quant à savoir ce qu'est le blasphème contre l'Esprit Saint (ou contre la Sainte Trinité, ou encore contre chacune des personnes divines) il est clair que la diversité des opinions sur le sujet, que l'on retrouve au sein même de la Tradition, ne saurait nous faire oublier le choix que l'Église a fait: l'impossible pardon est lié à l'impénitence finale et non pas à un péché spécifique.
images/icones/colombe2.png  ( 912419 )Il s'agit bien par Jean-Paul PARFU (2021-03-03 16:29:01) 
[en réponse à 912410]

d'un péché spécifique ! L'impénitence finale n'est pas le péché contre l'Esprit. Le péché contre l'Esprit :

- peut être la cause de l'impénitence finale et d'une multitude d'autres péchés.

Par ailleurs, il est clair que tout ce qui est accompli "ad extra" par l'une des Personnes de la Sainte Trinité est aussi accomplie par les deux autres. Mais il est de Tradition précisément et conformément à la Sainte Ecriture, d'attribuer telle ou telle propriété à telle ou telle Personne : la Création au Père, l'Incarnation et la Rédemption au Fils et la Sanctification au Saint-Esprit. C'est la doctrine de l'appropriation. L'appropriation consiste à décrire les Personnes divines au moyen de leurs attributs essentiels.
images/icones/fleche2.gif  ( 912422 )Concernant la doctrine de l'appropriation... par Chicoutimi (2021-03-03 16:41:40) 
[en réponse à 912419]

Vous avez raison, je me préparais justement à écrire un complément à ce que je disais.
En effet, il y a des spécificités aux personnes divines. Ce n'est pas la Trinité mais le Fils seul (Dieu et homme) qui a marché sur les eaux. Ce n'est pas la Trinité qui est sous les espèces eucharistiques mais le Christ seul (avec son corps, son sang, son âme et sa divinité). De même, on peut penser qu'il y a un péché lié spécifiquement au Saint-Esprit.
Évidemment, le pardon des péchés est l'oeuvre de la Trinité, mais le Saint-Esprit y joue un rôle spécial en tant qu'âme de l'Église, détentrice du pouvoir d'absoudre.
C'est pourquoi chez saint Augustin, le péché contre l'Esprit Saint se rapproche du péché de schisme puisqu'en dehors de l'Église il n'y a pas de rémission.
Mais ce même Docteur affirme qu'il faut faire attention de considérer que tel péché commis signifie une impossibilité d'être pardonné.
images/icones/1n.gif  ( 912430 )Toujours un malentendu par Jean-Paul PARFU (2021-03-03 17:17:48) 
[en réponse à 912422]

Sur le péché contre l'Esprit.

Personne n'a jamais affirmé qu'une sorte de péché ne pouvait jamais être pardonné. Seulement, ce qui constitue le péché contre l'Esprit, c'est précisément de penser qu'il n'y a pas de péché, qu'une chose est bonne, vraie et belle, simplement parce qu'on l'a décidé ainsi.

Si une personne pense que la notion même de péché n'a pas de sens, elle ne peut pas se sentir en faute, demander pardon et l'obtenir ! C'est ça le péché contre l'Esprit !
images/icones/colombe2.png  ( 912432 )Je dois préciser alors... par Chicoutimi (2021-03-03 17:45:28) 
[en réponse à 912430]

Je n'ai pas affirmé que vous prétendiez qu'un certain type de péché ne pouvait pas être pardonné. Mais il faut reconnaître que certaines personnes, et pas des moindres, l'ont affirmé:


''Il y a trois opinions:

1- Les anciens Pères, c’est-à-dire saint Athanase, saint Hilaire, saint Ambroise, saint Jérôme et saint Chrysostome disent que l’on pèche contre l’Esprit-Saint, quand on prononce un blasphème qui s’adresse littéralement à l’Esprit-Saint lui-même. (...)''

2- Saint Augustin, (...) dit que le blasphème ou le péché contre l’Esprit-Saint est l’impénitence finale ; c’est-à-dire, quand on persévère dans le péché mortel jusqu’à la mort. (...)

3- D’autres disent (ce sentiment est celui de Pierre Lombard, que saint Thomas préfère.) que l’on pèche ou que l’on blasphème contre l’Esprit-Saint, quand on pèche contre un bien qui se rapporte par appropriation à l’Esprit-Saint. Ainsi (...) on pèche contre l’Esprit-Saint quand on pèche par malice. (...)''

(S. Thomas, Somme théologique, 2a 2ae, q. 14, a. 1. Respondeo)



Je rappelais donc que l'opinion selon laquelle certains types de péchés ne pouvaient pas être pardonnés - bien que cette opinion fut tenue par de grands auteurs - n'est pas celle qu'a retenue l'Église dans son Catéchisme, ni celle qu'a retenue Saint Augustin.

Je suis d'accord avec vous qu'une personne se place dans l'impossibilité d'être sauvée lorsqu'elle ''pense qu'il n'y a pas de péché, qu'une chose est bonne, vraie et belle, simplement parce qu'elle l'a décidé ainsi.''

Mais on pourrait ajouter qu'une personne se place dans le même état lorsqu'elle refuse soit d'entrer soit de persévérer dans l'Église catholique. Même chose pour ceux qui refusent de reconnaître Jésus-Christ comme le Messie. Nous pourrions multiplier les exemples, mais ce qui est leur point commun est ceci: l'impénitence du coeur jusqu'à la fin (comme le dit saint Augustin).
images/icones/livre.gif  ( 912437 )Saint Athanase... par Chicoutimi (2021-03-03 18:54:25) 
[en réponse à 912410]

apporte des éléments de réflexion concernant le problème du blasphème contre l'Esprit Saint en montrant que le Père et le Fils ne sont pas séparés du Saint-Esprit et ne sont donc pas en dehors du problème:


"Celui qui blasphème contre l’Esprit Saint, blasphème contre celui qui l’inspire, c’est-à-dire contre le Fils lui-même, et par le Fils contre son Père."




"En effet, comme celui qui tire le premier anneau d’une chaîne, tient le milieu et l’autre extrémité, de même, celui qui blasphème contre le Saint Esprit, c’est-à-dire la troisième personne de la Trinité, blasphème contre le Fils, qui est le milieu, et contre le Père, qui est le dernier, c’est-à-dire l’anneau principal de la chaîne du troisième ordre divin, distinct et séparé.''

Source



Dans mon post ci-haut, la distinction entre les personnes n'y apparaissait peut-être pas assez nettement. Mais le but était de montrer qu'on ne peut pas séparer les personnes divines.

Après cela, si j'ai dit quelque chose qui pourrait paraître s'écarter de l'orthodoxie de la foi, prière de me le dire et je rectifierai le tir. C'est dans cet esprit que j'ai apporté un complément à ma réflexion en donnant suite à une remarque très pertinente de Me Parfu que je remercie en passant. Je réfléchie de bonne foi en me soumettant bien sûr à tout ce que l'Église enseigne et en étant conscient que la Sainte Trinité est un mystère qui nous dépasse.
images/icones/neutre.gif  ( 912388 )[réponse] par Yves Daoudal (2021-03-03 11:42:03) 
[en réponse à 912380]

Il n'est pas évoqué de péché contre le Père, mais le verset commence par le péché contre le Fils.

Jésus dit précisément que celui qui aura dit une parole contre le Fils de l'homme sera pardonné, mais que celui qui aura parlé contre l'Esprit Saint ne sera pardonné ni dans ce siècle ni dans celui à venir.

Je n'ai jamais trouvé jusqu'ici d'explication qui me satisfasse.
images/icones/fleche2.gif  ( 912391 )Il est vraisemblable par Jean-Paul PARFU (2021-03-03 12:16:32) 
[en réponse à 912388]

que Jésus fasse une différence entre les paroles contre Lui, en tant qu'Il est un homme, qu'Il appartient à un peuple, à une certaine époque, etc ... et les paroles contre la divinité Elle-même et surtout le fait de vouloir sciemment se soustraire à la transcendance de Dieu, à l'ordre voulu par Dieu.

Se moquer de Jésus-homme d'un côté et vouloir dire à la place de Dieu ce qui est bien et ce qui est mal de l'autre et ainsi, en réalité, appeler mal le bien et bien le mal, Jésus estime que ce n'est pas la même chose. Vouloir dire à la place de Dieu ce qui est bien et mal, c'est se faire Dieu et, au fond, puisqu'il ne peut y avoir deux dieux, c'est vouloir détruire Dieu !
images/icones/pelerouin1.gif  ( 912400 )Des exemples par Jean-Paul PARFU (2021-03-03 12:54:50) 
[en réponse à 912388]

Jésus ne refuse pas les invitations et boit et mange, y compris avec les pécheurs et chez les pécheurs. On le lui reproche et on dit même, d'après ce qu'Il dit Lui-même, qu'il est un glouton. On reproche à ses apôtres, et donc en fait aussi à lui, de ne pas se laver les mains, etc ...

On pourrait aussi, dans des milieux non juifs, lui reprocher d'être un juif. La Samaritaine remarque ainsi immédiatement que Jésus est juif, (de même que plus tard Pilate qui le Lui rappelle). Certes, elle ne lui fait pas de reproches à cet égard, puisque c'est elle au contraire qui se plaint de l'attitude habituelle des juifs à l'égard des Samaritains (et de surcroît d'une femme), attitude, note-elle immédiatement, agréablement surprise, que Jésus n'a pas.
images/icones/bible.gif  ( 912401 )D'autres exemples par Jean-Paul PARFU (2021-03-03 13:03:11) 
[en réponse à 912400]

On reproche à Jésus d'être un Galiléen, d'être un Nazaréen, c'est-à-dire d'être originaire d'une région d'où jamais rien de bien n'est venue (contrairement d'ailleurs à ce qu'affirment des prophéties d'Isaïe) et d'un village "Nobody" qui n'est jamais même évoqué dans la Bible.

On lui reprochera finalement d'agir grâce à un diable et surtout de blasphémer !
images/icones/livre.gif  ( 912397 )La réponse de saint Thomas d'Aquin par Fenestri (2021-03-03 12:52:01) 
[en réponse à 912380]

Question 14 : Du blasphème contre l’Esprit-Saint

Après avoir parlé du blasphème en général, nous avons à parler du blasphème en particulier, de celui qui est contre l’Esprit-Saint. — Sur ce blasphème quatre questions se présentent : 1° Le blasphème ou le péché contre l’Esprit-Saint est-il le même que le péché que l’on commet avec une malice affectée ? — 2° Des espèces de ce blasphème. — 3° Est-il irrémissible ? (Cet article est l’explication théologique de ce passage de l’Evangile (Matth., 12, 32) : Si quelqu’un parle contre l’Esprit-Saint, il ne lui sera remise ni en ce siècle, ni dans l’autre.) — 4° Peut-on pécher contre l’Esprit-Saint dès le principe avant de commettre d’autres péchés ?



Article 1 : Le péché contre l’Esprit-Saint est-il le même que celui qu’on commet avec une malice affectée ?



Objection N°1. Il semble que le péché contre l’Esprit-Saint ne soit pas le même que celui qu’on commet avec une malice affectée. En effet, le péché contre l’Esprit-Saint est le péché de blasphème, comme on le voit (Matth., chap. 12). Or, tout péché que l’on fait avec une malice affectée n’est pas un péché de blasphème. Car il arrive que beaucoup d’autres genres de péché ont ce caractère. Donc le péché contre l’Esprit-Saint n’est pas le même que celui qu’on commet avec une malice affectée.

Réponse à l’objection N°1 : Comme la confession de la foi consiste non-seulement dans les paroles, mais encore dans les œuvres ; de même le blasphème contre l’Esprit-Saint peut se considérer dans la bouche, dans le cœur et les actions.



Objection N°2. Le péché par malice se distingue du péché par ignorance et du péché par infirmité. Or, le péché contre l’Esprit-Saint se distingue par opposition du péché contre le Fils de l’homme, comme on le voit (Matth., chap. 12). Donc le péché contre l’Esprit-Saint n’est pas le même que le péché par malice, parce que les choses dont les contraires sont divers, sont diverses elles-mêmes.

Réponse à l’objection N°2 : D’après la troisième acception, le blasphème contre l’Esprit-Saint se distingue du blasphème contre le Fils de l’homme, en ce sens que le Fils de l’homme est aussi le Fils de Dieu, c’est-à-dire la vertu de Dieu, sa sagesse. D’après cela le péché contre le Fils de l’homme serait le péché d’ignorance ou de faiblesse.



Objection N°3. Le péché contre l’Esprit-Saint est un genre de péché auquel on assigne des espèces particulières, tandis que le péché par malice n’est pas un genre spécial de péché, mais c’est une condition ou une circonstance générale qui peut se rencontrer dans tous les genres de faute. Donc le péché contre l’Esprit-Saint n’est pas le même que le péché par malice.

Réponse à l’objection N°3 : Le péché de malice, quand il provient de l’inclination de l’habitude n’est pas un péché spécial, mais une condition générale du péché. Mais quand il provient spécialement du mépris des effets que l’Esprit-Saint produit en nous, c’est un péché d’une espèce particulière. C’est en ce sens que le péché contre l’Esprit-Saint est un genre spécial de péché, et il en est de même suivant la première interprétation que nous avons donnée. D’après la seconde, ce n’est pas un genre spécial de péché, car l’impénitence finale peut être une circonstance d’un genre de péché quelconque.



Mais c’est le contraire. Le Maître des sentences dit (liv. 2, dist. 43) que celui qui pèche contre l’Esprit-Saint c’est celui qui aime la malice pour elle-même ; ce qui revient au même que pécher avec une malice affectée. II semble donc que le péché par malice soit le péché contre l’Esprit-Saint.



Conclusion. — Celui qui pèche contre l’Esprit-Saint, ce n’est pas seulement celui qui fait un blasphème contre les trois personnes divines ou contre la troisième personne de la Trinité, ou qui persévère dans le péché mortel jusqu’à la mort, mais c’est celui qui pèche avec une malice affectée en choisissant le mal, ou en empêchant et en repoussant loin de lui tout ce qui pourrait le retirer du péché.

Il faut répondre qu’à l’égard du péché ou du blasphème contre l’Esprit-Saint, il y a trois opinions. Les anciens Pères, c’est-à-dire saint Athanase, saint Hilaire, saint Ambroise, saint Jérôme et saint Chrysostome (Saint Athanase (in tract. partic. super. illud Matth., chap. 12 : Qui dixerit verbum contrà Filium hominis.), saint Hilaire (can. 12 in Matth.), saint Ambroise (in Luc. Super illud cap. 12 : Qui verbum in Spiritum sanctum dixerit), saint Chrysostome (Hom. 42), saint Jérôme (in Matth. 12).), disent que l’on pèche contre l’Esprit-Saint, quand on prononce un blasphème qui s’adresse littéralement à l’Esprit-Saint lui-même ; soit qu’on prenne le mot Esprit-Saint comme un nom essentiel qui convient à la Trinité entière dont chaque personne est esprit et sainteté ; soit qu’on le prenne pour le nom personnel de l’une des personnes de la Trinité. C’est en ce sens que saint Matthieu distingue (chap. 12) le blasphème contre l’Esprit-Saint du blasphème contre le Fils de l’homme. Car le Christ agissait comme homme, en mangeant, en buvant et en faisant d’autres actions semblables, et il agissait comme Dieu en chassant les démons et en ressuscitant les morts, et en faisant d’autres prodiges, qu’il opérait par la vertu de sa propre divinité et par l’opération de l’Esprit-Saint, dont il avait été rempli comme homme. Les Juifs avaient d’abord blasphémé contre le Fils de l’homme, en disant qu’il était un homme de bonne chère, qu’il aimait à boire, qu’il était l’ami des publicains et des gens de mauvaise vie (Matth., 11, 19). Ils blasphémèrent ensuite contre l’Esprit-Saint, en attribuant au prince des démons les prodiges que le Christ opérait par la vertu de sa propre divinité et par l’opération de l’Esprit-Saint. — Saint Augustin, dans son livre (De Verb. Dom. serm. 11, chap. 14, 15 et 21), dit que le blasphème ou le péché contre l’Esprit-Saint est l’impénitence finale ; c’est-à-dire, quand on persévère dans le péché mortel jusqu’à la mort. Ce blasphème ne se produit pas seulement de bouche, mais il est encore exprimé par le verbe du cœur et de l’action, non une fois, mais une infinité de fois. On dit que ce verbe ainsi entendu est contre l’Esprit-Saint, parce qu’il est contre la rémission des péchés que produit l’Esprit-Saint qui est la charité du Père et du Fils. Le Seigneur ne dit pas aux Juifs qu’ils pèchent contre l’Esprit-Saint, parce qu’ils n’étaient pas encore dans l’impénitence finale, mais il les avertit de prendre garde qu’en parlant ainsi ils n’arrivent à pécher contre l’Esprit-Saint. C’est ainsi qu’il faut entendre ces paroles de l’Evangéliste (Marc, 3, 29) : Celui qui aura blasphémé contre l’Esprit-Saint n’en recevra jamais le pardon… Et il leur disait ces choses parce qu’ils l’accusaient d’être possédé de l’esprit impur. — D’autres disent (Ce sentiment est celui de Pierre Lombard, que saint Thomas préfère.) que l’on pèche ou que l’on blasphème contre l’Esprit-Saint, quand on pèche contre un bien qui se rapporte par appropriation à l’Esprit-Saint. Ainsi on approprie la bonté à l’Esprit-Saint, comme on approprie la puissance au Père et la sagesse au Fils. Par conséquent ils prétendent que l’on pèche contre le Père quand on pèche par faiblesse ; on pèche contre le Fils quand on pèche par ignorance ; on pèche contre l’Esprit-Saint quand on pèche par malice, c’est-à-dire en choisissant le mal pour lui-même, comme nous l’avons dit (1a 2æ, quest. 78, art. 1 et 3). Ce qui a lieu de deux manières : 1° par suite de l’inclination de l’habitude vicieuse qu’on appelle malice ; en ce sens, pécher par malice, ce n’est pas la même chose que pécher contre l’Esprit-Saint ; 2° on pèche par malice quand on rejette et qu’on écarte avec mépris ce qui pouvait empêcher qu’on ne choisît le mal ; comme quand on rejette l’espérance par le désespoir, la crainte par la présomption et autres choses semblables, comme nous le verrons (art. suiv. et quest. 20 et 21). Or, tout ce qui nous empêche de choisir le péché est un effet de l’Esprit-Saint en nous ; par conséquent, pécher de la sorte par malice, c’est pécher contre l’Esprit-Saint (Les commentateurs modernes disent que le péché contre l’Esprit-Saint c’est le péché contre l’amour. Leur interprétation ne paraît pas éloignée de celle du grand docteur.).



Article 2 : Est-il convenable de distinguer six espèces de péché contre l’Esprit-Saint ?



Objection N°1. Il semble qu’on ait tort de distinguer, comme le fait le Maître des sentences (liv. 2, dist. 43), six espèces de péché contre l’Esprit-Saint : le désespoir, la présomption, l’impénitence, l’obstination, la résistance à la vérité connue, et l’envie des grâces que Dieu accorde à nos frères. Car la négation de la justice ou de la miséricorde divine se rapporte à l’infidélité. Or, par le désespoir on rejette la miséricorde de Dieu, et par la présomption sa justice. Donc ces deux fautes sont plutôt une espèce d’infidélité qu’une espèce de péché contre l’Esprit-Saint.

Réponse à l’objection N°1 : Le péché de désespoir ou de présomption ne consiste pas en ce qu’on ne croit pas à la justice de Dieu ou à sa miséricorde, mais en ce qu’on les méprise.



Objection N°2. L’impénitence paraît se rapporter au péché passé et l’obstination au péché à venir. Or, le passé ou l’avenir ne changent pas l’espèce d’une vertu ou d’un vice ; car c’est d’après la même foi que les anciens ont cru que le Christ naîtrait, et que nous croyons qu’il est né. On ne doit donc pas faire de l’obstination et de l’impénitence deux espèces de péché contre l’Esprit-Saint.

Réponse à l’objection N°2 : L’obstination et l’impénitence ne diffèrent pas seulement en ce que l’une se rapporte au passé et l’autre à l’avenir, mais elles diffèrent encore selon leurs raisons formelles d’après les différents aspects sous lesquels on peut considérer le péché (Ainsi l’obstination est en opposition avec la conversion du pécheur, et l’impénitence est contraire au repentir du péché.), comme nous l’avons dit (dans le corps de l’article.).



Objection N°3. La grâce et la vérité nous sont venues par Jésus-Christ, comme le dit l’Evangile (Jean, 1, 17). Il semble donc que combattre la vérité connue et porter envie aux grâces que les autres reçoivent soient un blasphème contre le Fils plutôt qu’un blasphème contre l’Esprit-Saint.

Réponse à l’objection N°3 : Le Christ a produit la grâce et la vérité au moyen des dons de l’Esprit-Saint qu’il a accordés aux hommes (Par conséquent le blasphème contre la grâce et la vérité regarde le Saint-Esprit, et ne s’adresse pas proprement à la personne du Fils.).



Objection N°4. Saint Bernard dit (Lib. de dispens. et præc.) que refuser d’obéir c’est résister à l’Esprit-Saint. La glose dit aussi (Lév., chap. 10) qu’une pénitence simulée est un blasphème contre l’Esprit-Saint. Le schisme paraît donc également directement opposé à l’Esprit-Saint qui est le lien par lequel l’Eglise est unie. Par conséquent il semble que les différentes espèces de péché contre l’Esprit-Saint n’aient pas été suffisamment énumérées.

Réponse à l’objection N°4 : Refuser d’obéir c’est de l’obstination, feindre le repentir c’est de l’impénitence ; le schisme se rapporte à l’envie de la grâce fraternelle qui unit ensemble les membres de l’Eglise.



Mais c’est le contraire. Saint Augustin dit (De fid. ad Pet., chap. 3) : « Que ceux qui désespèrent du pardon de leurs péchés, ou qui sans mérites présument de la miséricorde de Dieu, pèchent contre l’Esprit-Saint (Ce livre est de saint Fulgence.). » Et ailleurs (Ench., chap. 83) : « Que celui qui s’obstine jusqu’à la fin est coupable du péché contre l’Esprit-Saint. » Dans un autre endroit (De verb. Dom., serm. 11, chap. 14) : « Que l’impénitence est un péché contre l’Esprit-Saint. » Dans son livre sur le Sermon de la montagne (liv. 1, chap. 22), il ajoute « que porter envie à ses frères c’est pécher contre l’Esprit-Saint. » Enfin (De Bapt. cont. Donat., liv. 6, chap. 35) il dit « que celui qui méprise la vérité, en veut à ses frères, auxquels la vérité est révélée, ou qu’il est un ingrat envers Dieu, dont l’inspiration instruit l’Eglise. » Il semble qu’il pèche ainsi contre l’Esprit-Saint.



Conclusion. — Il y a six espèces de péché contre l’Esprit-Saint : le désespoir, la présomption, l’impénitence, l’obstination, l’attaque de la vérité connue, et l’envie qu’on porte à la grâce dont jouit le prochain.

Il faut répondre que, selon la troisième acception que l’on donne au péché contre l’Esprit-Saint, on distingue avec raison les six espèces de péché que nous avons énumérées. On les distingue d’après l’éloignement ou le mépris des choses qui peuvent empêcher l’homme de choisir le péché. En effet, ces choses se considèrent, soit par rapport au jugement de Dieu, soit par rapport à ses dons, soit par rapport au péché lui-même. Car l’homme est éloigné du péché par la considération du jugement de Dieu, qui réunit la justice à la miséricorde, et par l’espérance, qui est le fruit de la contemplation de la miséricorde qui remet les péchés et qui récompense les vertus. Cette espérance est détruite par le désespoir (Le désespoir nous fait croire qu’il y a impossibilité absolue d’être pardonné.). Il en est encore détourné par la crainte qui naît de la considération de la justice divine, et qui est détruite par la présomption ; quand on présume, par exemple, qu’on peut obtenir la gloire sans les mérites, ou le pardon sans le repentir. — Les dons de Dieu qui nous retirent du péché sont au nombre de deux ; l’un est la connaissance de la vérité qui a pour contraire l’attaque de la vérité connue, comme quand quelqu’un attaque la vérité de la foi qu’il connaît, afin de pécher plus librement ; l’autre est le secours de la grâce intérieure qui a pour contraire l’envie qu’on porte à la grâce fraternelle ; comme quand on jalouse non seulement la personne de son frère, mais encore le progrès de la grâce de Dieu qui se développe en lui. — Relativement au péché, il y a deux choses qui peuvent engager l’homme à en sortir ; l’une est le dérèglement et le désordre de l’acte dont la considération (En considérant l’acte du péché, on peut être frappé de ce qu’il a de bas et de honteux, et cette considération doit engager le pêcheur à s’en éloigner.) peut porter l’homme à se repentir du péché qu’il a commis. Elle a pour contraire l’impénitence, non pas celle qui consiste à rester dans le péché jusqu’à la mort, comme on l’entendait plus haut (Saint Thomas fait ici allusion au sentiment de saint Augustin qu’il a rapporté dans l’article précédent.) (car alors ce ne serait pas un péché spécial, mais une circonstance du péché), mais on entend ici par impénitence cette disposition du cœur qui implique la résolution de ne pas se repentir. L’autre chose est la vanité et la faiblesse du bien (La joie qu’il procure n’est qu’une joie très vaine et très passagère, et cette considération est encore un des motifs qui en détournent.) que le péché produit, d’après ces paroles de l’Apôtre (Rom., 6, 21) : Quel fruit avez-vous retiré alors des choses dont vous rougissez maintenant ? Cette considération empêche ordinairement la volonté de l’homme de s’affermir dans le péché. Mais elle est détruite par l’obstination, c’est-à-dire quand l’homme s’affermit dans la résolution de s’attacher au mal. Le prophète (Jérem., 8, 6) parle du premier de ces crimes quand il dit : Il n’y en a point qui fasse pénitence de leur péché en disant : Qu’ai-je fait ? Et il parle du second, en disant : Ils courent tous où leur passion les emporte, comme un cheval qui court avec impétuosité au combat.



Article 3 : Le péché contre l’Esprit-Saint est-il irrémissible ?



Objection N°1. Il semble que le péché contre l’Esprit-Saint ne soit pas irrémissible. Car saint Augustin dit (Lib. de verbis Dom., serm. 11, chap. 13), qu’il ne faut désespérer de personne tant que la patience du Seigneur l’appelle à la pénitence. Or, s’il y avait un péché irrémissible, on devrait désespérer de certain pécheur. Donc le péché contre l’Esprit-Saint n’est pas irrémissible.

Réponse à l’objection N°1 : Il ne faut désespérer de personne en cette vie, quand on considère la toute-puissance et la miséricorde de Dieu (Car il n’y a rien qui puisse résister à sa grâce, et il peut, quand il le veut, changer les lions en agneaux, selon l’expression de l’Ecriture.) ; mais quand on considère la nature du péché, il y en a qu’on appelle des enfants de défiance, selon l’expression de l’Apôtre (Eph., chap. 2).



Objection N°2. On ne remet aucun péché à moins que l’âme ne soit guérie par Dieu. Or, pour un médecin tout-puissant il n’y a pas de maladie incurable, comme le dit la glose sur ces paroles du Psalmiste (Ps., 102, 3) : Qui guérit toutes tes maladies. Le péché contre l’Esprit-Saint n’est donc pas irrémissible.

Réponse à l’objection N°2 : Ce raisonnement s’appuie sur la toute-puissance de Dieu, mais non sur la nature du péché.



Objection N°3. Le libre arbitre se rapporte au bien et au mal. Or, tant que cette vie dure, on peut s’écarter de la vertu, puisque l’ange lui-même est tombé du ciel. C’est ce qui fait dire à Job (4, 18) : Il a trouvé du dérèglement dans ses anges, à plus forte raison dans ceux qui habitent des maisons de boue. Donc pour le même motif on peut passer du péché à l’état de justice, et par conséquent le péché contre l’Esprit-Saint n’est pas irrémissible.

Réponse à l’objection N°3 : Le libre arbitre est toujours ici-bas susceptible de changer, mais néanmoins quelquefois il éloigne de lui, autant qu’il le peut, ce qui serait de nature à le tourner au bien. Par conséquent son péché est alors irrémissible en lui-même, quoique Dieu puisse le remettre.



Mais c’est le contraire. Il est dit (Matth., 12, 32) : Si quelqu’un parle contre l’Esprit-Saint, il ne lui sera remis ni en ce siècle, ni dans l’autre. Et saint Augustin dit (Lib. in serm. Dom., chap. 22) que l’infamie de ce péché est si grave qu’elle est inconciliable avec l’humilité nécessaire à la prière.



Conclusion. — Le péché contre l’Esprit-Saint est irrémissible, soit parce qu’après cette vie il n’y a plus lieu de se repentir, soit parce qu’il éloigne ce qui peut nous faire obtenir le pardon de nos fautes, soit parce que de lui-même il mérite d’être sans rémission, puisque pécher par malice, c’est ce qu’il y a de plus grave.

Il faut répondre que suivant les diverses acceptions qu’on donne au péché contre l’Esprit-Saint, il y a différentes manières d’expliquer comment il est irrémissible. En effet, si on entend par le péché contre l’Esprit-Saint l’impénitence finale, on dit alors qu’il est irrémissible, parce qu’il n’est remis d’aucune manière. Car le péché mortel dans lequel l’homme persévère jusqu’à la mort n’est pas remis en cette vie par la pénitence, et il ne le sera pas dans l’autre. — Dans les deux autres acceptions, on le dit irrémissible, non parce qu’on ne le remet d’aucune manière (On ne pourrait avancer qu’il y a des fautes absolument sans être hérétique. Ce serait l’erreur des novatiens, qui prétendaient que l’Eglise n’avait pas le pouvoir de remettre les grands crimes par l’absolution.), mais parce qu’autant qu’il est en lui il mérite d’être sans rémission. Et cela de deux manières : 1° quant à la peine ; car celui qui pèche par ignorance ou par infirmité mérite un châtiment moindre, tandis que celui qui pèche par malice n’a pas d’excuse qui puisse diminuer son châtiment. De même celui qui blasphémait contre le Fils de l’homme, lorsque sa divinité n’était pas encore révélée, pouvait s’excuser sur l’infirmité de la chair qu’il voyait en lui, et méritait par conséquent une moindre peine. Mais celui qui blasphémait la Divinité elle-même, en attribuant au diable les œuvres de l’Esprit-Saint, n’avait pas d’excuse qui pût diminuer son châtiment. C’est pourquoi d’après saint Jean Chrysostome (Hom. 42 in Matth.) ce péché n’a été remis aux juifs ni en cette vie, ni en l’autre ; car ils ont souffert pour son expiation les châtiments que leur ont infligés les Romains ici-bas, et les peines de l’enfer dans l’autre vie. Saint Athanase (Tract. super illud Matth. 12 : Quicumque dixerit verbum) cite pour exemple leurs ancêtres qui se sont d’abord élevés contre Moïse, parce qu’ils manquaient d’eau et de pain, ce que Dieu a supporté patiemment, parce qu’ils avaient pour excuse l’infirmité de la chair ; mais ensuite ils ont péché plus grièvement en blasphémant contre l’Esprit-Saint, lorsqu’ils ont attribué à une idole les bienfaits de Dieu qui les avait tirés de l’Egypte, et qu’ils ont dit : Voilà, Israël, vos dieux qui vous ont tiré de la terre d’Egypte. C’est pourquoi le Seigneur les a fait punir temporellement, puisque dans ce jour vingt-trois mille d’entre eux périrent, et il les a menacés en même temps des peines futures, en disant : Au jour de la vengeance je visiterai ce péché qu’ils ont commis (Ex., chap. 32). — 2° On peut entendre que ce péché est irrémissible quant à la faute. Ainsi on dit qu’une maladie est incurable quand par sa nature elle détruit ce qui pourrait la guérir ; par exemple, quand le mal enlève à la nature toute sa vertu, ou quand il produit un dégoût de la nourriture et de la médecine, quoique Dieu puisse guérir cette maladie. De même on dit que le péché contre l’Esprit-Saint est irrémissible de sa nature en ce sens qu’il exclut les choses par lesquelles on obtient la rémission des péchés. Toutefois ces choses ne sont pas un obstacle pour la toute-puissance et la miséricorde de Dieu, qui guérit quelquefois spirituellement et comme par miracle ceux qui se trouvent dans cet état.



Article 4 : L’homme peut-il tout d’abord pécher contre l’Esprit-Saint ?



Objection N°1. Il semble que l’homme ne puisse pas d’abord pécher contre l’Esprit-Saint, sans avoir fait préalablement d’autres fautes. Car l’ordre naturel veut qu’on aille de l’imparfait au parfait, et c’est ce qu’on remarque pour le bien, suivant cette parole de l’Ecriture (Prov., 4, 19) : Le sentier des justes est comme une lumière brillante qui s’avance et qui croît jusqu’au jour parfait. Or, dans les maux ce qu’il y a de parfait c’est le mal le plus grand, comme le dit Aristote (Met., liv. 5, text. 21). Par conséquent le péché contre l’Esprit- Saint étant le plus grave, il semble que l’homme n’arrive à ce péché que par d’autres fautes moindres.

Réponse à l’objection N°1 : Dans le bien comme dans le mal, ainsi qu’en toutes choses, on va de l’imparfait au parfait, et c’est de la sorte que l’homme progresse en tous les sens. Cependant l’un peut partir d’un point plus élevé qu’un autre. Par conséquent, la chose par laquelle on débute peut être parfaite dans le bien ou dans le mal selon son genre, quoiqu’elle soit imparfaite relativement au progrès que l’homme peut faire sous ce double rapport (Ainsi les progrès que fera un homme ordinaire seront parfaits dans leur genre, dans le sens que ses facultés ne lui permettent pas de faire davantage ; mais ils seront imparfaits, si on les compare à ceux que fait un homme plus distingué.).



Objection N°2. Pécher contre l’Esprit-Saint, c’est pécher par une malice affectée ou par choix. Or, l’homme ne peut pécher ainsi immédiatement avant d’avoir fait une multitude de fautes. Car Aristote dit (Eth., liv. 5, chap. 6) que quoique l’homme puisse faire des injustices, cependant il ne peut pas agir immédiatement comme un homme injuste, c’est-à-dire par élection (Celui qui fait une injustice par élection, c’est celui qui trouve son plaisir à agir de la sorte, et il ne peut en être ainsi qu’autant qu’on a en soi l’habitude de l’acte qu’on fait.). Il semble donc qu’on ne puisse pécher contre l’Esprit-Saint qu’après avoir fait d’autres péchés.

Réponse à l’objection N°2 : Ce raisonnement s’appuie sur le péché commis par malice, quand il résulte de l’inclination de l’habitude.



Objection N°3. La pénitence et l’impénitence se rapportent au même objet. Or, la pénitence n’a pour objet que les péchés passés. Donc il en est de même de l’impénitence, qui est une espèce de péché contre l’Esprit-Saint. Par conséquent, le péché contre l’Esprit-Saint qu’on appelle impénitence en présuppose d’autres.

Réponse à l’objection N°3 : Si on prend avec saint Augustin l’impénitence pour la persévérance dans le péché, il n’est pas difficile de voir que l’impénitence présuppose des péchés comme la pénitence. Mais s’il s’agit de l’impénitence habituelle, considérée comme une espèce de péché contre l’Esprit-Saint, alors il est clair que cette impénitence peut être antérieure aux péchés. Car celui qui n’a jamais péché peut avoir le dessein de se repentir ou de ne pas se repentir (Et s’il prend la résolution ferme de ne pas se repentir, il y a là une impénitence habituelle qui précède toutes les autres fautes.), s’il lui arrivait de faire une faute.



Mais c’est le contraire. Il est facile à Dieu, comme le dit l’Ecriture (Ecclésiastique, 11, 23), d’enrichir et tout d’un coup celui qui est pauvre. Il est donc possible, au contraire, que les suggestions malicieuses du démon entraînent immédiatement quelqu’un dans le péché le plus grave qui est le péché contre l’Esprit-Saint.



Conclusion. — Il n’arrive pas à l’homme de pécher dès le principe contre l’Esprit-Saint, c’est-à-dire de pécher par malice ou de tomber dans l’impénitence finale ; cependant on peut tout d’abord pécher contre l’Esprit-Saint, en rejetant avec mépris les choses qui peuvent retirer du péché.

Il faut répondre que, comme nous l’avons dit (art. 1), pécher contre l’Esprit-Saint, c’est en un sens pécher par malice. Or, on pèche par malice de deux manières, comme nous l’avons vu (art. 1). 1° D’après l’inclination de l’habitude ; ce qui n’est pas pécher contre l’Esprit-Saint (Ce péché est simplement l’effet d’un mauvais penchant.), à proprement parler. On ne pèche pas d’ailleurs ainsi dès le commencement, il faut qu’on ait antérieurement commis des péchés pour produire cette habitude qui nous porte au mal. 2° On peut pécher par malice en rejetant avec mépris les choses qui peuvent retirer l’homme du péché ; et c’est pécher, à proprement parler, contre l’Esprit-Saint, comme nous l’avons dit (art. 1). Le plus souvent cette faute en suppose d’autres, parce que, comme le dit l’Ecriture (Prov., 18, 3) : L’impie méprise, quand il est arrivé au plus profond abîme des péchés. Toutefois il peut se faire que dès le premier acte coupable, on pèche contre l’Esprit-Saint par mépris ; soit à cause du libre arbitre ; soit à cause d’une foule de dispositions antérieures ; soit aussi parce qu’un individu se trouve vivement porté au mal, et qu’il a peu d’attrait pour le bien. Mais pour les hommes parfaits, il leur arrive rarement ou même jamais de pécher immédiatement dès le commencement contre l’Esprit-Saint. C’est ce qui fait dire à Origène (Periarch., liv. 1, chap. 3) : Je ne pense pas que l’un de ceux qui sont arrivés au souverain degré de la perfection s’évanouisse ou tombe subitement, mais il est nécessaire qu’il décline peu à peu et marche par degrés vers sa perte. — On peut faire le même raisonnement si, par le péché contre l’Esprit-Saint on entend littéralement le blasphème de l’Esprit-Saint (C’est-à-dire le péché que l’on commet contre la personne de l’Esprit-Saint.). Car ce blasphème dont parle le Seigneur procède toujours du mépris. — Si par le péché contre l’Esprit-Saint on entend avec saint Augustin l’impénitence finale (Serm. 11 de sub. Dom., chap. 14 et suiv.), il n’y a plus de question ; puisque le péché contre l’Esprit-Saint exige alors une continuation de fautes jusqu’à la fin de la vie (Car par l’impénitence finale on entend précisément cet enchaînement de fautes qui prolonge jusqu’à l’éternité.).

Somme théologique
images/icones/1d.gif  ( 912428 )Ben voilà, fils du vent ! par Yves Daoudal (2021-03-03 16:58:28) 
[en réponse à 912397]

le saint Thomas d'Aquin, et in extenso, s'il vous plaît !

Il suffisait de demander !

Je crains que Fenestri n'ait pas bien lu votre demande, mais bon...

En plus, couper le cheveu en six, ça ne fait pas vraiment avancer le schmilblick, mais il adore ça, l'Aquinate.

D'autre part, cette présentation de la Somme est aberrante. On doit lire les réponses aux objections après l'exposé qui suit les objections, évidemment, comme c'est dans le vrai texte.
images/icones/heho.gif  ( 912429 )Je vous en prie ! par Fenestri (2021-03-03 17:06:54) 
[en réponse à 912428]

Et je vous souhaite une bonne journée au passage et vous remercie d'avoir pris de votre temps pour écrire cette réponse.
images/icones/neutre.gif  ( 912403 )Tout à fait d'accord avec vous par Candidus (2021-03-03 13:18:01) 
[en réponse à 912380]

J'ai noté aussi que la définition du péché contre l'esprit variait selon les auteurs spirituels. En voici une parmi d'autres, qu'enseignait un vieux curé de campagne aux enfants du catéchisme : le refus de Dieu lorsque celui-ci se manifeste clairement à une âme. Et il donnait toujours l'exemple d'Emile Zola, parti à Lourdes avec l'intention d'écrire un livre sur ce lieu et ce qui s'y passait. Zola a eu l'occasion de côtoyer un pèlerin malade qui a été guéri à Lourdes. Le miracle était indéniable. Malgré cela, Zola a écrit son roman afin de disqualifier la réalité surnaturelle des apparitions et des guérisons.
images/icones/livre.gif  ( 912404 )Saint Augustin est assez précis... par Chicoutimi (2021-03-03 13:38:45) 
[en réponse à 912380]

Certes, des Pères de l'Église et d'autres auteurs spirituels ont pu avoir retenu différentes définitions de ce qu'est le blasphème contre l'Esprit Saint.

Le Grand Catéchisme de Saint Pie X donne même une liste de 6 péchés contre l'Esprit Saint:


Il y a six péchés contre le Saint-Esprit :

1 désespérer de son salut ;

2 espérer par présomption se sauver sans mérite ;

3 combattre la vérité connue ;

4 envier les grâces d’autrui ;

5 s’obstiner dans ses péchés ;

6 mourir dans l’impénitence finale.

Source



Mais c'est l'impénitence finale qui est l'explication à votre questionnement. Tant que nous sommes en vie, nous pouvons être pardonné, alors qu'une fois mort nous devons passer en jugement.

Saint Augustin est assez précis sur ce point lorsqu'il dit:


''Quant au blasphème contre l'Esprit-Saint lui-même, quant à ce blasphème qui fait que l'on résiste avec un coeur impénitent jusqu'à la fin de cette vie, à ce Don ineffable et divin, il est irrémissible. (...) Le seul moyen d'empêcher le blasphème de devenir impardonnable, est donc d'éviter l'impénitence du coeur et de ne croire à l'efficacité du repentir qu'au sein de l'Eglise, où s'accorde le pardon dès péchés et où l'on maintient l'union de l'Esprit par le lien de la paix.'' (Source)



C'est d'ailleurs la définition que l'Église retient:


1864 " Tout péché et blasphème sera remis aux hommes, mais le blasphème contre l’Esprit ne sera pas remis " (Mt 12, 31 ; cf. Mc 3, 29 ; Lc 12, 10). Il n’y a pas de limites à la miséricorde de Dieu, mais qui refuse délibérément d’accueillir la miséricorde de Dieu par le repentir rejette le pardon de ses péchés et le salut offert par l’Esprit Saint (cf. DeV 46). Un tel endurcissement peut conduire à l’impénitence finale et à la perte éternelle.''



Bref, le péché contre l'Esprit Saint est l'impénitence finale. Chercher un péché spécifique qui ne pourrait pas être pardonné de notre vivant est une impasse.
images/icones/neutre.gif  ( 912408 )Le refus du pardon par Leopardi (2021-03-03 15:03:40) 
[en réponse à 912380]

L'idée que son péché est impardonnable et donc que Dieu n'a pas de pouvoir sur ce péché, donc qu'il n'est pas tout puissant et que sa miséricorde n'est pas infinie mais limitée.

Ne pas reconnaître la toute puissance de Dieu c'est reconnaître implicitement Son pouvoir sur son propre Salut.

C'est mon avis et je le partage.
images/icones/fleche2.gif  ( 912409 )à noter par jejomau (2021-03-03 15:13:40) 
[en réponse à 912380]

qu'on peut faire célébrer une messe en l'honneur du Saint-Esprit. On ne peut qu'en tirer le plus grand profit et pour soi, et pour les autres.... c'est souvent un grand oublié
images/icones/neutre.gif  ( 912411 )N'est-ce pas le péché semblable à celui du Diable ? par Glycéra (2021-03-03 15:30:35) 
[en réponse à 912380]



C'est à dire un péché qui suit ce que fit et fait le grand Satan qui refuse ce que Dieu choisit et veut.


- Le Diable divise les choses, les oppose, est incapable d'unifier ce qu'il voit ou pense.

- Le Diable a sa propre idée et refuse celle de Dieu : refuse que Dieu se fasse Homme et en tire sa réplique célèbre "Non Serviam"

- Le Diable rouspète toujours, n'est jamais satisfait, veut toujours autre chose, même s'il attrape une âme, il en veut plus d'elle, et en vise d'autres, jamais assez de captures ...

- Le Diable s'obstine, se tient en dessous de sa décision, ne revient jamais sur ses dits. "Perseverare diabolicum" et tous les moyens sont employés pour rester entêté. Le Diable n'a pas de coeur, il refuse de savoir qu'il en a un.

- Le Diable résume les trois grandes trappes : les tentations qu'il expose à Jésus au désert : Jouissance // Possession // Puissance. Il s'imagine que tout lui est dû, à lui.



Il me semble que, autant que le Diable est morcelé, il est divers visages à ce péché contre l'Esprit. Résumé en : refuser de recevoir la grâce du Seigneur.

Celui qui ne demande pas le pardon ne peut le recevoir. C'est donc impossible qu'il soit pardonné. Il se veut donc dans la case "impardonnable" puisqu'il en a verrouillé l'accès.

N'est-ce donc pas : se couper de La Miséricorde qui purifie, clarifie, et permet d'entrer en Sa maison.