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L'éternelle vie et la profondeur de l'âme par Fr. Garrigou-Lagrange par ami de la Miséricorde (2020-11-26 22:10:03)
[en réponse à 905757]
DEUXIÈME PARTIE
LA MORT ET LE JUGEMENT
LE RETOUR EST DIFFICILE, MAIS RÉELLEMENT POSSIBLE
Il est difficile à cause de l'endurcissement qui suppose l'aveuglement, un jugement perverti et la volonté portée au mal de telle façon qu'elle n'a plus que de faibles mouvements vers le bien. On ne tire plus aucun profit des bons avis, des sermons, on ne lit plus jamais l'Évangile, on ne fréquente plus l'église ; on résiste même aux avertissements salutaires des plus bienveillants ; le coeur devient dur comme une pierre.
C'est l'état de ceux dont parle Isaïe, V, 20-21 : « Malheur à ceux qui appellent le mal bien, et le bien mal, qui font des ténèbres la lumière, et de la lumière les ténèbres, qui font ce qui est doux amer, et ce qui est amer doux ! Malheur à ceux qui sont sages à leurs propres yeux et intelligents à leur propre sens ».
C'est la suite de péchés souvent réitérés, d'habitudes vicieuses, de liaisons criminelles, de lectures par lesquelles on a bu avidement l'erreur en fermant les yeux à la vérité.
Après tant d'abus de grâces, il arrive que le Seigneur refuse au pécheur, non seulement le secours efficace dont est privé tout pécheur ordinaire au moment où il tombe, mais la grâce prochainement suffisante qui rendrait possible l'accomplissement des préceptes.
Cependant le retour à Dieu est encore possible. Le pécheur endurci reçoit encore des grâces suffisantes éloignées, par exemple pendant une mission, ou à l'occasion d'une épreuve; par cette grâce suffisante éloignée il ne peut encore accomplir les préceptes, mais il peut commencer à prier, et s'il n'y résiste pas, il reçoit la grâce efficace pour commencer effectivement à prier.
Cela est certain parce que le salut lui est encore possible, et, contre l'hérésie pélagienne, il ne l'est que par la grâce ; si le pécheur ne résiste pas à cet appel, il sera conduit de grâce en grâce jusqu'à celle de la conversion.
Le Seigneur a dit en effet: « Je ne veux pas la mort de l'impie, mais qu'il se détourne de sa voie et qu'il vive ». EZÉCH., XXXIII, II, 14, 16. Comme le dit saint Paul, I, TIM, II, 4 : « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité ».
C'est une autre hérésie, contraire à la précédente, de dire avec Calvin que Dieu par un décret positif prédestine certains à la damnation éternelle, et par suite leur refuse toute grâce.
Il faut dire au contraire avec saint Augustin comme le rappelle le Concile de Trente (Denz. 804) : « Dieu ne commande jamais l'impossible, mais, en nous donnant ses préceptes, il nous avertit de faire ce que nous pouvons, et de lui demander la grâce pour accomplir ce que nous ne pouvons pas ».
Or pour le pécheur endurci il y a encore sur terre, une obligation grave de faire pénitence, ce qui est impossible sans la grâce. Il faut donc conclure qu'il reçoit de temps en temps des grâces suffisantes pour commencer à prier. Le salut est encore possible pour lui.
Mais si le pécheur résiste à ces grâces, il s'enlise, comme celui qui s'aventure sur des sables mouvants, où ses pieds s'enfoncent quand il cherche à se dégager.
La grâce suffisante passe encore de temps à autre comme une brise pour renouveler ses forces, mais s'il continue à y résister, il se prive de la grâce efficace offerte dans la suffisante comme le fruit dans la fleur.
Et alors, aura-t-il plus tard ce secours efficace qui touche le coeur et le convertit véritablement ? Les difficultés augmentent, les forces de la volonté déclinent, et les grâces diminuent.
L'impénitence temporelle volontaire dispose manifestement à l'impénitence finale, quoique la Miséricorde Divine préserve parfois de celle-ci in extremis plusieurs pécheurs endurcis.
Source : Livres-mystiques.com
Que Jésus Miséricordieux vous bénisse
ami de la Miséricorde