Le Forum Catholique
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( 904883 )
Les cycles de l'histoire de l'Eglise par Candidus (2020-11-15 09:04:27)
Un article intéressant est accessible sur le site
onepeterfive. L'auteur, Timothy Flanders, avance qu'il existe un cycle historique de 250 ans (ou 10 générations) qui ponctue l'histoire de l'Eglise. A intervalles réguliers, l'Eglise traverse une crise qui met en péril son existence même et semble contredire les promesses d'assistance faites par Son fondateur.
Lors de chacune de ces crises, les catholiques fidèles s'accordent pour dire que c'est une épreuve sans précédent. On y voit la venue de la fin des temps voire du monde, on annonce la naissance imminente ou déjà réalisée de l'Antéchrist ; la littérature apocalyptique prolifère, et... à chaque fois, contre toute attente, Dieu intervient miraculeusement pour rétablir l'intégrité de Son Église.
Un épisode relaté dans le Livre des Juges nous éclaire sur la stratégie suivie par Dieu afin de sauver Son peuple de la ruine : alors que l'existence d'Israël est menacée par les Madianites, Dieu désigne un individu pleutre et particulièrement mal préparé pour conduire Son armée : Gédéon.
A la veille du combat, Gédéon dispose de 32 000 soldats ; comme Dieu veut que tous sachent que c'est Lui et non les hommes qui vont écraser les Madianites, Il exige que l'armée soit réduite à 300 soldats et impose une tactique militaire fort peu conventionnelle : sonner de la trompette et briser des pots en terre cuite. Et l'armée des Madianites est défaite.
Cette stratégie divine se manifeste durant toute l'histoire de l'Église et l'auteur expose huit situations historiques, espacées chacune d'environ 250 ans, lors desquelles Dieu est intervenu pour sauver Son Église du marasme.
Ne nous inquiétons pas des grandes manoeuvres bergogliennes pour assurer la permanence des orientations actuelles : tout cela sera mis en échec par le moyen d'humbles et improbables instruments (des "pots de terre") choisis par Dieu.

( 904885 )
Intéressant ! par Jean-Paul PARFU (2020-11-15 09:53:01)
[en réponse à 904883]
Mais :
- L'Arianisme n'a totalement disparu que vers les 650.
- L'auteur donne un peu trop d'importance, en tout cas pour l'histoire de l'Eglise, aux invasions Vikings. Il aurait plutôt dû évoquer les conquêtes de l'islam et le schisme orthodoxe.
- Ce qu'il appelle la seconde pornocratie ne commence pas en 1517, mais se termine en 1503.
- Surtout, il ne distingue pas les crises qui finalement renforcent l'Eglise, de celles qui vont conduire à sa situation actuelle. La rupture est le début du XIVème siècle, sous le règne de Philippe le Bel. Il aurait pu remarquer qu'une période de 1000 ans sépare la victoire du Pont Milvius et l'Edit de Milan en 312-313, d'Anagni et de la persécution contre les Templiers 1303-1314. C'est l'origine du Jacobinisme en France.
- Il ne faut pas laisser croire que les crises répondraient ou se réduiraient à une sorte d'horloge mécanique. Là, on pourrait tomber, soit dans le manque de vigilance, soit dans une forme de superstition.
- Enfin, la crise actuelle n'est pas une crise comme les autres. Si toutes les crises du passé ont été perçues comme l'Apocalypse, cela ne signifie pas qu'elles l'étaient. C'est la crise que nous vivons actuellement qui est vraiment l'Apocalypse !

( 904902 )
Une question et une remarque. par Scrutator Sapientiæ (2020-11-15 17:24:48)
[en réponse à 904885]
Bonjour Jean-Paul PARFU,
Tout d'abord, une question : ne pensez-vous pas aux origines du gallicanisme, quand vous parlez de celles du jacobinisme, sous Philippe le Bel ?
Et ensuite, une remarque : je ne peux, nous ne pouvons, qu'abonder dans votre sens, en ce qui concerne la différence de nature entre la "crise" actuelle et les autres crises qui ont jalonné l'histoire de l'Eglise.
Mais cette crise ne découle-t-elle pas de l'actualisation ou de la réapparition, dans l'Eglise, de quelques hérésies qui ont déjà été connues et subies, puis contrées et vaincus, sauf que, cette fois-ci,
- il n'est absolument pas question, du point de vue de la hiérarchie, de faire connaître et de faire comprendre ces hérésies en tant qu'hérésies,
et
- il est encore moins question de faire combattre et de faire contrer les mêmes hérésies en tant qu'hérésies ?
Si les mots ont un sens, ne sommes-nous pas en présence d'un néo-arianisme, d'un néo-origénisme et d'un néo-pélagianisme, au moins depuis le début des années 1960 ?
De même, au contact des quatre dernières décennies, une actualisation, précise et prudente, de la réflexion d'Henri de Lubac dans "La postérité spirituelle de Joachim de Flore", ne permettrait-elle pas de prendre conscience du fait que les inducteurs de mutation de l'Eglise qui sont à l'oeuvre depuis AVANT le Concile ont des traits de caractère communs avec des conceptions et des convictions amplement antérieurs ?
On nous dit depuis longtemps que cette crise, que presque plus personne ne nie, découle seulement de problèmes d'adaptation et d'évolution ad extra, mais ne résulte-t-elle pas avant tout, officieusement, voire, parfois, officiellement, d'un changement d'inspiration et d'orientation ad intra ?
Merci beaucoup pour toute réponse, au contact de cette question et de cette remarque, ou plutôt de cette autre question, et bon dimanche.
Scrutator.

( 904907 )
Ravi de vous relire par Jean-Paul PARFU (2020-11-15 17:57:31)
[en réponse à 904902]
Cher Scrutator !
Je vous répondrai rapidement; sachant que je ne suis pas un spécialiste.
1) Il me semble que le Gallicanisme est à l'origine du Jacobinisme. Le Gallicanisme est la forme ancienne du Jacobinisme. Le Jacobinisme y apporte une note cruelle et terrorisante, note déjà présente chez Philippe le Bel ;
2) La crise actuelle a pour nom : "Modernisme" ou "Néo-Modernisme" qui est, selon le saint Pape Pie X : "l'égout collecteur de toutes les hérésies".
Il est clair que la hiérarchie catholique, à des degrés divers bien sûr, est infestée par cette hérésie, hérésie qui récapitule toutes les autres et qu'elle ne cherche absolument pas à nous la présenter pour ce qu'elle est.

( 904909 )
La fin de votre réponse est d'un extrême intérêt. par Scrutator Sapientiæ (2020-11-15 18:26:45)
[en réponse à 904907]
Bonsoir et merci, Jean-Paul PARFU.
La fin de votre réponse est d'un extrême intérêt : "Il est clair que la hiérarchie catholique, à des degrés divers bien sûr, est infestée par cette hérésie, hérésie qui récapitule toutes les autres et qu'elle ne cherche absolument pas à nous la présenter pour ce qu'elle est."
Nous sommes en effet en présence d'une hiérarchie qui ne cherche pas particulièrement à faire connaître et comprendre les origines philosophiques et théologiques de toute une vision des choses, la sienne et celle de ses prédécesseurs (né)modernistes, alors que ces origines sont particulièrement propices à l'élaboration puis à l'utilisation d'hétérodoxies.
Or, il se trouve que l'histoire de la philosophie et celle de la théologie permettent de repérer, dans l'espace et dans le temps, une assez grande partie de ces origines : on peut penser ici
- à Kant, à Hegel, à Lamennais, à Schleiermacher, en ce qui concerne la période qui va des années 1790 aux années 1830,
- à Bergson, à Blondel, à Harnack et à Husserl, pour ce qui a trait à la période qui va des années 1890 aux années 1930.
Et il se trouve également qu'il n'est pas nécessaire d'être "doctrinalement" post-kantien, et qu'il suffit d'être "culturellement" post-kantien, comme bon nombre d'entre nous, pour avoir du mal à prendre la mesure du fait que ces courants philosophiques et théologiques sont effectivement et objectivement propices à l'hétérodoxie.
Par ailleurs, il faut un temps, certains clercs étaient fiers d'afficher et d'assumer toute une mutation de leurs structures mentales, parce qu'ils espéraient encore que cette mutation allait attirer vers le Christ et l'Eglise des contemporains non croyants, et allait aussi déringardiser et revaloriser le christianisme catholique.
Aujourd'hui, il semble vraiment qu'il ne soit plus question de la fierté qui a été à l'ordre du jour des années 1930 aux années 1970, et qu'il soit plutôt question, pour les uns, d'un recentrage ni affiché ni assumé d'une manière contrapositionnelle, et, pour les autres, d'une véritable fuite en avant, en direction du développement de l'alignement du christianisme catholique sur la postmodernité.
Bonne soirée.
Scrutator.

( 904921 )
L'inventeur du combat commando... par Paterculus (2020-11-15 22:21:47)
[en réponse à 904883]
... semble donc bien être Dieu lui-même !
Votre dévoué Paterculus

( 904925 )
Alors viser la conversion de la tête ? par Glycéra (2020-11-16 00:01:59)
[en réponse à 904921]
Prier pour la conversion du Président ...
ou de celui qui le commanderait si ce n'est pas lui le patron ...
Opération Commande-Haut ?
Là, ce ne sont pas les Anges subalternes, mais le St Esprit soi-même qu'il faut mettre sur le coup !

( 904922 )
Votre réflexion est intéressante par Paterculus (2020-11-15 22:23:05)
[en réponse à 904883]
La réflexion dont vous nous faites part est intéressante, mais il faut remarquer qu'à chaque fois le péril est plus grand : le pouvoir de l'Etat ne cesse de croître. Et depuis 1789 la force de résistance de l'Eglise s'amoindrit.
Cela n'enlève rien à la possibilité pour Dieu de renverser les situations...
Le triomphe de Dieu n'en sera que plus éclatant.
VdP

( 904926 )
Voici deux exemples de chronologie sur l'histoire de l'Eglise. par Scrutator Sapientiæ (2020-11-16 06:43:30)
[en réponse à 904883]
Bonjour Candidus,
Voici, à toutes fins utiles, deux exemples de chronologie sur l'histoire de l'Eglise :
Ici.
Ici..
Chacune de ces chronologies m'amène à penser que, dans l'histoire de l'Eglise, il y a eu au moins une crise par siècle...
Bonne journée.
Scrutator.