Le Forum Catholique

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images/icones/fleche3.gif  ( 900909 )Le cardinal Ejk évoque la crise de l'Eglise par Jean Kinzler (2020-09-22 18:56:56) 

Fin du christianisme ? Un cardinal analyse le cas des Pays-Bas
S’il est bien un pays qui représente plus que tous les autres l’éclipse de la foi chrétienne en Occident, qui a été analysée de façon magistrale par l’historien Roberto Pertici dans le prédécent article, il s’agit bien des Pays-Bas.

Jusqu’au début des années 1970, les Pays-Bas se distinguaient comme l’une des nations les plus chrétiennes, par la quantité des fidèles pratiquants et par son élan d’expansion. En effet, 12% des missionnaires catholiques dans le monde étaient hollandais.

Puis, très vite, ce fut l’effondrement. À tel point qu’aujourd’hui, les Pays-Bas sont l’un des pays les plus déchristianisés d’Europe. À peine un hollandais sur quatre déclare aujourd’hui appartenir à une Église catholique ou protestante, ou professer quelque foi que ce soit. Sur une population de plus de 17 millions d’habitants, les catholiques qui se déclarent comme tels ont chuté à 3,5 millions et parmi eux, à peine 150.000 vont encore à la messe le dimanche, en grande partie des immigrés. On ne compte plus les églises, aussi bien catholiques que protestantes, fermées et transformées en édifices profanes.

Dernièrement, un livre qui vient de sortir en Italie aux éditions Ares donne la parole à un témoin de premier plan du cas hollandais. Il s’agit d’une interview de l’archevêque d’Utrecht, le cardinal Willem Jacobus Eijk, par Andrea Galli. Celle-ci est particulièrement intéressante pour au moins deux raisons : tout d’abord pour la précision avec laquelle il identifie les causes de cet effondrement mais également pour la confiance qu’il place dans les premiers signes d’une renaissance, grâce au « petit reste » des fidèles « qui croient, qui prient, qui entretiennent un rapport personnel avec le Christ », malgré le fait que « quiconque trouve aujourd’hui le courage d’exposer la doctrine catholique, en particulier sur le mariage et l’éthique sexuelle, se fasse traiter de fou ». En exergue sur la couverture du livre, figure cette inquiétante question de Jésus : « Le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » (Luc 18, 8). Mais le titre, « Dio vive in Olanda », exprime justement ce pari confiant sur le « petit reste » de croyants, sur le renouvellement des générations qui fait en sorte que la tempête révolutionnaire des années soixante et soixante-dix a fait place à « un caractère vraiment catholique, déjà dans la manière de célébrer la liturgie : ‘lex orandi, lex credendi’ ».

Ci-dessous, quelques passages de l’interview du cardinal Eijk dans laquelle il attribue l’éclipse de la foi chrétienne principalement à la culture « hyper-individualiste » qui s’est imposée en Occident à partir des années 1970, une culture qui ne saurait souffrir « un être qui la transcende, qu’il s’agisse de la famille, de l’État, de l’Église ou de Dieu ». Une culture à laquelle l’élite progressiste de l’Église hollandaise de l’époque, très active au Concile Vatican II, s’est soumise, s’anéantissant.

Mais avant de laisser la parole au cardinal Eijk, il est utile d’attirer l’attention sur deux autres éléments en rapport avec les questions qu’il analyse.

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Le premier élément concerne la ville de Rome, qui est également le diocèse dont le Pape François est l’évêque.

« À Rome, on ne se marie plus », commentait le « Corriere della Sera » le 10 décembre dernier pour résumer les données statistiques sur le mariage. En effet, au cours des dix dernières années, les mariages célébrés dans la capitale sont passés de 9500 à 6600, soit à peine 2 pour mille résidents, beaucoup moins que dans le reste de l’Italie où ils sont également en diminution.

Et ce n’est pas tout. Les mariages religieux qui, jusqu’à il y a une dizaine d’années, étaient plus nombreux que les mariages civils, ne représentent plus aujourd’hui que 39% du total. Et l’âge des époux a lui aussi radicalement changé.

L’année dernière, 22% des hommes et 7% des femmes qui se sont mariés avaient plus de 50 ans et dans pas moins de 211 mariages, les deux époux avaient plus de 60 ans.

Il est facile d’imaginer que la pandémie de coronavirus fasse plonger encore davantage le nombre de mariages, aussi bien civils que religieux. Les Pays-Bas ne constituent pas un cas isolé de déchristianisation. Le diocèse de Rome le suit également, plus lentement mais inexorablement.

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Le deuxième élément est un autre livre qui vient lui aussi de sortir en Italie des presses de Vita e Pensiero, mais qui avait été publié en langue originale en 2007. Il s’intitule « La patience envers Dieu » et son auteur est un théologien de très haut niveau, Tomás Halik, aveugle, qui a vécu les premières années de son sacerdoce dans la clandestinité.

En août 2015, Halik avait été désigné par le pape émérite Benoît XVI pour prononcer le discours introductif de la rencontre annuelle du « Ratzinger Schülerkreis », le cercle international de ses anciens étudiants de théologie, sur le thème : « Comment parler de Dieu aujourd’hui ».

Ce livre, magnifiquement écrit, mérite d’être lu dans son intégralité. Mais nous nous limiterons ici à citer quelques-unes de ses questions de départ :

« Le Pays dans lequel je suis né et où je vis est considéré comme étant l’un des pays les plus athées au monde. Mais peut-on vraiment mesurer la foi en ne comptant que le nombre de ceux qui se reconnaissent comme membres de l’Église, qui vont à messe et qui répondent par l’affirmative dans les sondages d’opinion quand on leur demande s’ils se considèrent croyants, et considérer automatiquement tous les autres comme athées ? Et tous les Zachée de l’Évangile, où les mettons-nous ? »

Halik fait référence à l’histoire religieuse tourmentée de sa patrie pour expliquer l’éloignement de nombreuses personnes de l’Église catholique. Mais il cite également deux « présidents philosophes », Tomás Masaryk et Václav Havel, qui n’étaient ni l’un ni l’autre athée, mais qui étaient toutefois ouverts à la dimension transcendante de la vie « dans un langage très différent du langage traditionnel de l’Église ».

Halik rappelle ensuite la parabole de Jésus sur le constructeur qui calcule comment construire une tour et sur le roi qui mesure la force de son armée, avec la conclusion inattendue que « celui d’entre vous qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut pas être mon disciple » (Luc 14, 33).

Pour commenter :

« Peut-être que si nous réfléchissions sur cette parabole, beaucoup de personnes dans l’Église cesseraient d’être effrayées par la ‘perte’ que l’Église – contrairement aux attentes de la majorité – à subie dans la période qui a suivi le concile. Parce que certaines de ces pertes – enseigne Jésus – sont un gain ». Et dans son livre, Halik veut justement en expliquer les motifs.

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Pour revenir au livre-entretien du cardinal Eijk, en voici quelques passages significatifs.

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« Une crise de foi jamais vue auparavant »
de Willem Jacobus Eijk

La chute de l’Église hollandaise peut nous enseigner quelque chose d’intéressant sur les causes d’une crise de foi encore jamais vue auparavant en tant qu’entité. Essayons de revenir aux années quarante du siècle dernier. Le 9 octobre 1947, pour être précis, un groupe de neuf personnes, laïcs et prêtres, se sont réunis au petit séminaire de l’archidiocèse d’Utrecht pour discuter des changements inquiétants que l’on observait parmi les catholiques de tout le pays. Les résultats de cette entrevue ont été publiés dans un livre au titre évocateur : « Onrust in de Zielzorg » [« Ferment dans le soin des âmes »]. Ces derniers constataient une usure pastorale, en outre ils constataient que le lien entre les catholiques et l’Église ne se fondait plus sur les contenus de la foi mais qu’il s’agissait d’un lien de type social. La foi était considérée comme un ensemble de commandements et un système de vérités abstraites qui ne touchaient plus la vie quotidienne. L’appartenance à l’Église était essentiellement un facteur communautaire : on allait à l’école primaire catholique, ensuite à l’école moyenne catholique, on était membre d’associations catholiques, surtout dans le domaine sportif ou du scoutisme. On était catholique pour des raisons d’appartenance sociale, parce qu’on grandissait dans des structures catholiques, et pas sur la base d’une foi vécue. […]

Sans aucun doute, l’Église des Pays-Bas, avec son unité basée sur des liens sociaux davantage que sur la vraie foi, était incapable de résister à des changements culturels aussi radicaux que ceux des années soixante. Pendant cette décennie, la richesse par tête d’habitant s’est accrue rapidement, ce qui a permis aux gens de vivre de façon autonome et donc indépendamment l’une de l’autre. Ce fut le grand coup d’envoi de la culture individualiste qui allait ensuite devenir hyper-individualiste. […]

L’hyper-individualisme ne veut pas d’un être qui la transcende, comme la famille, l’État, l’Église ou Dieu. Et s’il manifeste le besoin de l’un de ces réalités, il s’agit d’un besoin à des fins utilitaristes, c’est-à-dire, pour des intérêts – en général économiques – que l’individu est incapable de satisfaire seul, avec ses propres forces. Dans un tel contexte, on ne peut pas s’imaginer appartenir à une communauté, comme l’Église, qui partage des convictions communes, et encore moins avoir au-dessus de soi un pape ou une hiérarchie qui enseigne la vérité de la foi, y compris celles de la morale, sous la conduite de l’Esprit saint et participant de l’autorité du Christ. […]

Ce qui est frappant, c’est le fait qu’aux Pays-Bas, le débat sur l’introduction de l’euthanasie ait précédé celui sur la dépénalisation de l’avortement, contrairement à ce qui s’est passé dans pratiquement tous les autres pays. La raison en est probablement que notre pays avait commencé à parler d’euthanasie en 1969 déjà dans l’opuscule « Medische macht en medische ethiek » [« Pouvoir médical et éthique médicale « ] de Jan Hendrik van den Berg, professeur de psychiatrie de l’Université de Leida, qui recommandait la suppression des enfants nés avec de graves anomalies physiques causées par le thalidomide, un médicament anti-nauséeux pris par les femmes enceintes. […]

Catholiques et protestants ont pu maintenir une majorité au parlement jusqu’en 1967. En 1980, le parti catholique et deux partis protestants ont fusionné pour former le Christen-Democratisch Appel (CDA), devenu dans les années quatre-vingt le premier parti avec environ un tiers des sièges au parlement. Cela n’a toutefois pas empêché le parlement d’approuver la loi sur l’avortement en 1981. Le CDA s’est sécularisé et a très rapidement perdu ses caractéristiques d’origine. […] Outre ce parti chrétien-démocrate, qui est le plus grand, il existe deux partis protestants plus petits, la Christen-Unie (CU) et le Staatkundig Gereformeerde Partij (SGP). […]

Le CDA possède aujourd’hui 19 sièges au Parlement, le CU 5 et le SGP 3. Autrement dit, les partis politiques chrétiens n’occupent aujourd’hui ensemble plus que 27 sièges sur un total de 150. Cela n’empêche cependant pas que leur influence politique soit perceptible. Les Pays-Bas ont aujourd’hui un gouvernement qui consiste en un parti libéral de droite, un parti libéral de gauche – promoteur de la loi sur l’euthanasie de 2002 et de la légalisation du soi-disant mariage entre personnes de même sexe en 2001 – ainsi que du CDA et du CU. Ces deux derniers partis chrétiens s’opposent à un plan qu’avait le gouvernement précédent, celui de faire passer une loi sur la soi-disant « vie accomplie », pour permettre l’assistance au suicide de personnes qui déclarent souffrir de façon insupportable et sans issue, pour des raisons non médicales, telles que la solitude, un deuil, le grand âge. […] Même si les libéraux au gouvernement se sont déclarés en faveur de cette proposition de loi, les partis chrétiens ont été en mesure de la bloquer. […]

L’une des intentions du concile Vatican II était que l’Église s’ouvre à la société, chose qu’elle a faite, mais de son côté la société ne s’est pas ouverte à l’Église. Au contraire, elle l’a expulsée de la vie publique. L’Église est ensuite tombée dans l’une des plus profondes crises de foi de toute son histoire et ne se trouve pas aujourd’hui dans la meilleure position pour transmettre la foi à la société. De nombreux laïcs et de nombreux pasteurs sont confus par rapport aux contenus de la foi. Ce n’est qu’avoir mis sa propre maison en ordre que l’Église sera à nouveau véritablement capable d’évangéliser le monde. […]

Beaucoup parlent du danger d’un schisme, mais moi je pense que non. Je pense plutôt que ce qui s’est passé aux Pays-Bas se produira dans de nombreuses parties du monde. Il y a eu un assainissement silencieux avec le passage de génération. Les prêtres et laïcs de 1968, de ces années de débandade, aux idées ultra-progressistes, il n’en reste presque plus. Aux Pays-Bas, il ne reste plus que ceux qui croient, qui prient, qui ont un rapport personnel avec le Christ.

Un article de Sandro Magister, vaticaniste à L’Espresso.https://www.diakonos.be/settimo-cielo/fin-du-christianisme-un-cardinal-analyse-le-cas-des-pays-bas/

Lire aussi:

Les attentes du concile contredites par l’histoire. Les pourquoi de l’éclipse de la foi chrétiennehttps://www.diakonos.be/settimo-cielo/les-attentes-du-concile-contredites-par-lhistoire-les-pourquoi-de-leclipse-de-la-foi-chretienne/
images/icones/hum2.gif  ( 900913 )Ce que disait le cardinal en septembre 2018 par AVV-VVK (2020-09-22 20:47:02) 
[en réponse à 900909]

Déjà!! Le Walburgiskerk à Arnhem a été récemment vendu. Rolf Hensel
En 10 ans, seules 10 églises catholiques s'ouvriront dans le diocèse d'Utrecht
L'Église catholique est en train de disparaître rapidement des Pays-Bas. Dans dix ans, il ne restera probablement plus que dix à quinze églises dans l'archidiocèse d'Utrecht où se déroulent les célébrations eucharistiques. Aujourd'hui, 280 églises sont encore ouvertes dans cette région.

Rob Berends 14-09-18, 07:12 Dernière mise à jour : 09:54
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C'est ce que dit l'archevêque Wim Eijk dans une interview avec le Gelderlander, qui sera publiée samedi.

En raison de la diminution rapide du nombre de catholiques qui visitent les églises et contribuent financièrement, les paroisses plongent dans le rouge. Eijk dit que 10 % des paroisses de son diocèse sont en fait en faillite, que 10 % sont encore riches et que 80 % se situent entre les deux.

Pas d'autre choix
En raison du vieillissement rapide des fidèles et de la fréquentation peu fréquente de l'église, la situation est désastreuse. Chaque année, la fréquentation des églises par les catholiques diminue de 5 à 6 %. Officiellement, les Pays-Bas comptent 3,5 millions de catholiques. Mais la plupart d'entre eux ne visitent plus jamais une église.

En moyenne, 173 500 personnes sont assises sur les bancs pendant un week-end, selon les chiffres les plus récents de l'institut Kaski de Nimègue. L'église n'est pas fermée par les gens qui viennent encore ou par moi, mais par ceux qui restent à l'écart et ne contribuent plus,'' dit Eijk.

Les coûts d'entretien des églises monumentales, souvent grandes, sont trop élevés. Il devient donc inabordable de maintenir les églises en service. Eijk affirme qu'il n'y a pas d'autre choix que de fermer de nombreuses églises. "Si vous ne pouvez pas payer vos factures, la première et la deuxième lecture seront faites par l'huissier."

L'église catholique d'Aalten dans les archives.
Déjà! L'église catholique d'Aalten dans les archives. Le Gelderlander Achterhoek
- Par hasard, une photo d'une mauvaise église a été publiée aujourd'hui dans le journal avec cet article. -

L'église n'est pas fermée par les gens qui viennent encore ou par moi, mais par ceux qui restent à l'écart et ne contribuent plus.

Wim Eijk, archevêque
Négatif
Le diocèse d'Utrecht est le plus grand du pays en termes de superficie. Elle comprend Utrecht, la Gueldre au-dessus de la rivière Waal, Overijssel et le nord du Flevoland. Il y a quatre ans, Eijk avait prédit qu'il resterait vingt ou trente paroisses dans cette région en 2028, date à laquelle Eijk devrait cesser d'être archevêque à l'âge de 75 ans. À l'époque, cela était considéré comme un scénario négatif.

Eijk dit maintenant qu'il était encore trop positif à l'époque. Il tient fortement compte du fait que les paroisses doivent fusionner à grande échelle. Dans une région comme l'Achterhoek, où de nombreux catholiques vivent encore aujourd'hui, seules une ou deux églises seront bientôt en fonction.



Traduit avec www.DeepL.com/Translator (version gratuite)et
SOURCE: De Stentor
images/icones/croix.gif  ( 901023 )Merci beaucoup pour cette contribution par Ptitlu (2020-09-23 22:33:53) 
[en réponse à 900913]

Ce qui est presque "rassurant" c'est que les protestants semblent au même point.

Pour être brièvement passé par la Hollande (Breda) en août dernier, j'étais allé visiter les églises de la ville, notamment la cathédrale (qui ressemble à une église paroissiale). Je pense être tombé sur l'évêque d'ailleurs, en col romain, qui faisait le travail d'un curé de paroisse.

Entre autres
- la cathedre était à peine surélevée parmi les chaises des célébrants et en bois sans décoration
- la sacristie était ouverte à tous vents, l'armoire forte aussi. Dans celle ci TOUS les objets étaient d'un modernisme et d'une laideur consequents (en France même dans les paroisses les plus modernes on a gardé au moins un calice ou ciboire ancien)
- PAS UN livre en latin ou antérieur à 1970 (c'est rare qu'en France on n'arrive pas à retrouver les vieux livres, tout en haut des armoires ou remisés dans un grenier ou le clocher)

C'est pour l'heure la seule ville que je connais de la Hollande, mais cela m'a marqué.

Et quelle est la situation en Flandres ? J'ai entendu parler d'un foisonnement de la messe traditionnelle en paroisse (MP) depuis quelques années ?
images/icones/fleche2.gif  ( 901191 )S'ouvrir sur la société ou sur une nouvelle conception de la société ? par Scrutator Sapientiæ (2020-09-26 10:10:08) 
[en réponse à 900909]

Bonjour Jean Kinzler,

Je cite le cardinal Eijk :

"L’une des intentions du concile Vatican II était que l’Église s’ouvre à la société, chose qu’elle a faite, mais de son côté la société ne s’est pas ouverte à l’Église. Au contraire, elle l’a expulsée de la vie publique. L’Église est ensuite tombée dans l’une des plus profondes crises de foi de toute son histoire et ne se trouve pas aujourd’hui dans la meilleure position pour transmettre la foi à la société. De nombreux laïcs et de nombreux pasteurs sont confus par rapport aux contenus de la foi. Ce n’est qu’avoir mis sa propre maison en ordre que l’Église sera à nouveau véritablement capable d’évangéliser le monde."

1. Je suis en désaccord avec cette formulation, qui laisse entendre qu'avant le Concile l'Eglise catholique était comparable à un ghetto ou à une secte, ou était en train de devenir, plus ou moins lentement, un ghetto ou une secte, et qu'au Concile l'intention a été de procéder, "E-N-F-I-N", à l'ouverture de ce ghetto ou de cette secte sur la société.

En réalité, l'une des intentions du Concile Vatican II n'a pas été que l'Eglise s'ouvre sur la société, mais a été que l'Eglise s'ouvre sur UNE NOUVELLE CONCEPTION DE LA SOCIETE,

ou

- en d'autres termes, sur UNE NOUVELLE CONCEPTION DES REFLEXIONS ET DES RELATIONS DE L'EGLISE EN DIRECTION DE L'HOMME ET DU MONDE CONTEMPORAINS,

ou,

- si l'on préfère, sur UNE NOUVELLE CONCEPTION DES REFLEXIONS ET DES RELATIONS DE L'EGLISE EN DIRECTION DE TELLES ASPIRATIONS DOMINANTES DE L'HOMME CONTEMPORAIN ET DE TELLE ORIENTATION DOMINANTE DU MONDE CONTEMPORAIN.

C'est essentiellement cela, Gaudium et spes, ce qui ne veut d'ailleurs pas dire que c'est exclusivement cela.

2. Je suis également en désaccord avec ceci : "L’Église est ensuite tombée dans l’une des plus profondes crises de foi de toute son histoire et ne se trouve pas aujourd’hui dans la meilleure position pour transmettre la foi à la société."

En l'occurrence, c'est l'adverbe ENSUITE qui me gêne, car enfin, historiquement et spirituellement, la crise de la foi n'a-t-elle pas précédé le début des années 1960, et le Concile n'a-t-il pas été annoncé, préparé, puis réuni, et aussitôt détourné de sa préparation romaine initiale et officielle, pour apporter une réponse, non controversiste, disciplinaire, orthodoxiste, mais, au contraire, consensualiste, fraternitaire, oecuméniste, à cette crise de la foi ?

3. Enfin, je fais part d'un troisième désaccord, au contact de ceci : "De nombreux laïcs et de nombreux pasteurs sont confus par rapport aux contenus de la foi. Ce n’est qu’avoir mis sa propre maison en ordre que l’Église sera à nouveau véritablement capable d’évangéliser le monde."

Je suis de ceux qui considèrent depuis longtemps que la "remise en ordre" de l'Eglise catholique nécessite impérativement

- que l'on mette en retrait la dynamique de consensualisation ante-conciliaire (cf. une partie de la nouvelle théologie), intra-conciliaire, puis post-conciliaire, en direction des confessions chrétiennes non catholiques, des religions non chrétiennes, et de telles conceptions dominantes de l'homme et du monde contemporains, cette dynamique étant à l'origine de bien des erreurs et de bien des oublis sur la spécificité du catholicisme,

et

- que l'on remette en avant une dynamique d'évangélisation contrariante et convaincante ad extra, ID EST CONTRARIANTE ET CONVAINCANTE NOTAMMENT DANS LE DOMAINE DE LA FOI, mais aussi courageuse face à l'égalitarisme interreligieux et face à l'égalitarisme interconvictionnel, en vue de la conversion vers Jésus-Christ des croyants non chrétiens et des non croyants.

Bonne journée.

Scrutator.
images/icones/fleche2.gif  ( 901193 )Deux conséquences importantes de cette nouvelle conception. par Scrutator Sapientiæ (2020-09-26 11:04:18) 
[en réponse à 901191]

Bonjour,

Peut-être certains ne comprennent-ils pas deux conséquences importantes du déploiement, dans l'Eglise catholique, de la nouvelle conception des réflexions et des relations des catholiques en direction de telles aspirations dominantes de l'homme contemporain et de telle orientation dominante du monde contemporain qui est incarnée, pour ainsi dire, par Gaudium et spes.

Voici quelle est la première conséquence de la prise en compte de cette nouvelle conception : il s'agit de la sécularisation interne du regard et du discours (néo-)catholiques (post-)conciliaires sur l'homme et le monde contemporains ; en ce sens, ce regard et ce discours sont fréquemment beaucoup plus humanistes que chrétiens.

Et voici quelle est la deuxième conséquence de la mise en oeuvre de cette nouvelle conception : il s'agit de l'amollissement et de l'attiédissement des argumentaires et du vocabulaire, pour ne pas déplaire à l'homme et au monde contemporains, et/ou pour ne pas déplaire aux catholiques approbateurs et propagateurs de cette nouvelle conception de "ce qu'il faut dire" à l'homme et au monde contemporains.

Ainsi, ce n'est certes pas en adhérant à la conception "gaudium-et-spiste" de l'homme et du monde contemporains que l'on peut adhérer au constat, car vraiment c'en est un, d'après lequel l'homme et le monde contemporains, dans le monde occidental, encore depuis le milieu que depuis le début du XX° siècle, fonctionnent fréquemment à l'APOSTASIE et à l'IDOLATRIE, dans l'acception catholique orthodoxe et réaliste de chacun de ces deux termes.

Encore une fois, il est important de bien distinguer

- entre l'ouverture de l'Eglise catholique sur la société, l'Eglise catholique n'ayant certes pas attendu le Concile Vatican II pour s'ouvrir sur la société,

- et l'ouverture de l'Eglise catholique sur la nouvelle conception de son regard sur la société et de son discours sur la société, alors que nous connaissons cette nouvelle conception surtout depuis Gaudium et spes.

Bonne journée.

Scrutator.