À une de mes dernières audiences, le Saint-Père m’a demandé si j’avais vu l’abbé de la Mennais, et ce que j’en pensais. Ne voulant pas m’avancer sur ce terrain, et ayant entendu dire que le Pape se montrait bien disposé pour lui, j’ai fait une réponse dilatoire. Bientôt je suis resté tout stupéfait, lorsque le Saint-Père, d’une voix calme et presque triste, m’a dit : “Eh bien ! nous l’aurons mieux jugé que pas un. Quand nous l’avons reçu et entretenu, nous avons été frappé d’effroi. Depuis ce jour, nous avons sans cesse devant les yeux sa face de damné.”
Le Saint-Père me disait cela si sérieusement que je n’ai pu m’empêcher de sourire. “Oui, ajouta-t-il en me regardant fixement, oui ce prêtre a une face de damné. Il y a de l’hérésiarque sur son front. Ses amis de France et d’Italie voudraient pour lui un chapeau de cardinal, Cet homme est trop possédé d’orgueil pour ne pas faire repentir le Saint-Siège d’une bonté qui serait justice, si on ne considérait que ses œuvres actuelles ; mais étudiez-le à fond, détaillez les traits de son visage, et dites-moi s’il n’y a pas une trace visible de la malédiction céleste.”
Je n’ai jamais pu faire revenir le Pape sur une pareille idée. La face de damné se présente toujours à lui, et je commence à croire que le voyage de l’écrivain ne servira que très peu ses projets d’ambition, s’il en avait conçu.
Je me dis que les saints ont toujours des propos miséricordieux surtout quand il s'agit du Salut.