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images/icones/carnet.gif  ( 898667 )« Charles de Foucauld : pas un “ultra” de la colonisation par Cristo (2020-07-19 23:13:22) 

merci Le Monde d'avoir permis cette mise au point puisque l'époque oblige d'en passer par là.
Allez sur le lien : vous y découvrirez une photo du Père que je ne connaissais pas.



« Charles de Foucauld est un homme de son temps. En faire un “ultra” de la colonisation est absurde »

Tribune
Dominique Casajus
Paul Pandolfi

Les universitaires Dominique Casajus et Paul Pandolfi s’inscrivent en faux contre la vision du père ermite en agent de la « colonisation du Sahara ».
Publié le 16 juillet 2020 à 18h00, mis à jour hier à 14h17

Tribune. La vie de Charles de Foucauld (1858-1916) a inspiré autant les procureurs que les hagiographes, aussi peu soucieux les uns que les autres de la rigueur historique. Ayant déjà eu maintes fois l’occasion de nous pencher sur la prose des hagiographes, nous ne parlerons ici que des procureurs, dont la vogue actuelle de déboulonnage de statues et la perspective de la canonisation prochaine de l’ermite de Tamanrasset sont venues raviver le zèle.

A en croire certains, Foucauld aurait été le « défenseur d’une guerre totale contre l’Allemagne lors de la Grande Guerre » ; pour d’autres, il aurait eu une « implication directe dans les opérations militaires coloniales contre les tribus rebelles » et aurait été « l’auxiliaire incomparable » de Laperrine, commandant supérieur des territoires sahariens jusqu’en 1910 ; pour d’autres encore, il aurait avancé des « idées en faveur d’une désorganisation des structures sociopolitiques touareg »…

Foucauld « défenseur de la guerre totale » ? Plaisante formule. Totale, la guerre l’était, et Foucauld ne pouvait qu’en prendre acte. Il est un fait qu’il envoyait des lettres exaltées à ses amis engagés sur le front, mais son exaltation restait épistolaire, car l’essentiel de son temps était consacré à la mise au net de ses travaux linguistiques. Ses journées de travail duraient souvent plus d’onze heures, et le résultat en est une œuvre dont il est difficile d’affirmer comme le font certains qu’elle est « indissociable de la conquête coloniale ».
« Hérésie tactique »

Dans les faits, elle s’en dissocie tout à fait. Ses lettres à ses amis sur le front, tout comme ses relations avec les officiers sahariens, font partie de l’époque et elles sont banales une fois remises dans leur contexte. En revanche, ses travaux linguistiques, c’est-à-dire, pour l’essentiel, les deux tomes de ses Poésies touarègues et les quatre tomes de son Dictionnaire touareg-français, sont encore une référence pour tous les spécialistes, y compris touareg.

L’implication « directe » dans les opérations militaires est une pure invention. Foucauld avait effectivement échafaudé un plan de réorganisation de l’annexe du Tidikelt, mais qui resta lettre morte. De même, lorsque le sous-lieutenant Constant voulut donner suite aux propositions de Foucauld pour le réaménagement du fort Motylinski, il fut désavoué par son supérieur, le capitaine de La Roche, pour qui tout cela n’était qu’« hérésie tactique ». De même encore, la correspondance du lieutenant-colonel Meynier laisse deviner son scepticisme à propos de renseignements d’ailleurs très vagues transmis par Foucauld en août 1914.

Quant aux lettres à Laperrine, elles ne justifient pas le qualificatif d’« auxiliaire incomparable » que Foucauld s’est vu décerner après leur parution. Surtout si l’on songe qu’elles datent d’un temps où Laperrine, revenu en France, n’avait plus aucune responsabilité au Sahara. L’ermite avait l’habitude d’informer ses amis officiers de la situation du Sahara, mais il n’était guère en cela qu’une sorte de gazetier dont les « renseignements », qui mettaient plusieurs semaines à arriver à leurs destinataires, n’étaient ni exploitables ni d’un grand intérêt opérationnel. De plus, affirmer comme nous l’avons lu récemment que « ses renseignements fournis à l’armée coloniale ont influencé la stratégie de conquête du “pays touareg” » est un anachronisme. Lorsque Foucauld atteint le pays touareg en février 1904, le chef et futur amenokal Moussa Ag-Amastan vient de signer un traité avec les militaires. En d’autres termes, la « conquête » était déjà chose faite avant même son arrivée sur place.

De toute façon, ni Foucauld ni ses supérieurs religieux n’avaient alors un quelconque pouvoir décisionnaire. Il ne pouvait qu’influencer ces intermédiaires, ces acteurs de terrain qu’étaient les officiers qui intervenaient alors au Hoggar. Mais, même si ces derniers relayèrent parfois ses demandes, les autorités supérieures, tant à Alger qu’à Paris, y opposèrent une fin de non-recevoir. Voilà de quoi relativiser le rôle et l’influence politique de Foucauld. Voir en lui une sorte de maître à penser de la politique saharienne de la France et le lointain inspirateur de cette éphémère Organisation commune des régions sahariennes (OCRS) que la France créa en 1957 est manquer du sens des proportions.

« Fraternité écrite sur tous nos murs »

Pour ce qui est des idées coloniales, il les a assurément partagées. Mais ses avis tranchaient sur la bonne conscience alors de mise. C’est ainsi que, dans une lettre de 1912, il conseillait à Moussa Ag-Amastan de faire apprendre le français aux siens, pour qu’ils « puissent, au bout d’un certain temps, jouir des mêmes droits que les Français, avoir les mêmes privilèges qu’eux, être représentés comme eux à la Chambre des députés, et être gouvernés en tout comme eux ». Il ne concevait certes pas l’avenir des Touareg ailleurs que dans un ensemble français, mais au moins leur y assignait-il, à terme, celui de citoyens à part entière.
En février 1956 encore, un président du Conseil s’est fait conspuer par les « ultras » d’Alger pour beaucoup moins que ça. Il écrivait aussi en cette même année 1912 : « Si, oublieux de l’amour du prochain commandé par Dieu, notre Père commun, et de la fraternité écrite sur tous nos murs, nous traitons ces peuples [colonisés] non en enfants, mais en matière d’exploitation, l’union que nous leur avons donnée se retournera contre nous et ils nous jetteront à la mer à la première difficulté européenne. »
Lire aussi Charles de Foucauld, un « marabout » au Sahara
Sans doute ne voit-il là dans les colonisés que des enfants, mais étaient-ils nombreux, en 1912, ceux qui considéraient que, même dans les colonies, la « fraternité écrite sur tous nos murs » ne devait pas rester un vain mot ? Que Foucauld ait été un homme de son temps, nul ne songe à le nier et il est toujours utile de détailler ce trait du personnage (ce que nous n’avons cessé de faire dans nos travaux), mais en faire un « ultra » de la colonisation est absurde.
En bref, le rôle des historiens n’est pas de déboulonner des statues, ni, du reste, d’en édifier. Et l’image parfois floue qu’ils parviennent à recomposer n’est jamais ni tout à fait noire, ni tout à fait blanche.

Dominique Casajus, directeur de recherche émérite au CNRS et membre de l’Institut des mondes africains, a notamment publié Charles de Foucauld, moine et savant, CNRS Editions (2009).
Paul Pandolfi, professeur émérite à l’Université Paul-Valéry-Montpellier III, a notamment publié La Conquête du Sahara (1885-1905), éd. Karthala (2018).

Dominique Casajus et Paul Pandolfi

https://www.lemonde.fr/afrique/article/2020/07/16/charles-de-foucauld-est-un-homme-de-son-temps-en-faire-un-ultra-de-la-colonisation-est-absurde_6046410_3212.html
images/icones/1a.gif  ( 898669 )Tout de même... par origenius (2020-07-20 07:29:08) 
[en réponse à 898667]


Texte lisse et agglutinant où tout est aplati et neutralisé. Une logorrhée en prose. Le C.N.R.S a encore frappé…

Quand on à accès à "certaines archives" inaccessibles à ces deux messieurs, il est très clair que Foucauld était un agent du 2e Bureau, agent du Pentagone (Vatican) et paradoxalement, durant un temps très court, agent de l'Angleterre.


En bref, le rôle des historiens n’est pas de déboulonner des statues, ni, du reste, d’en édifier.



Évidemment. En revanche, l'histoire officielle extrêmement faussée et partisane édifie, elle, beaucoup d'idéologies.


Et l’image parfois floue qu’ils parviennent à recomposer n’est jamais ni tout à fait noire, ni tout à fait blanche.



Sans doute, mais les historiens de l'Establishment noient souvent le poisson pour raisons idéologiques et quelques fois sur commande.

Comme par exemple Olivier Empétré Grenouilleau de Bénitier sur un tout autre sujet ce qui lui valu d'ailleurs à l'époque, pour service rendu, de très fortes promotions.

A titre personnel, je me suis contenté de l'anoblir.

Quant à la canonisation prochaine de l’ermite, elle ne me dérange pas.
Pour prendre un exemple parmi une foultitude d'autres, Foucauld n'est tout de même pas Stepinac.

J'ai eu l'occasion de le dire. En France, surtout en France, l'Histoire est complètement verrouillée.
images/icones/fleche3.gif  ( 898680 )le texte de ces deux chercheurs est surtout une idéologisation dégoulinante par Luc Perrin (2020-07-20 16:15:21) 
[en réponse à 898669]

pour faire d'un ancien officier patriote voire patriotard, ami des militaires et fervent partisan de l'empire colonial français, une sorte de linguiste schizophrène, si on comprend bien.

Même les Foucauldiens les plus "modernistes" n'ont jamais vu dans le Frère universel un passionné exclusif de linguistique qui écrirait des lettres aux militaires du front juste pour rire, sans porter crédit à ce qu'il écrivait.

Au demeurant ses assassins ne se sont pas trompés : ils ne l'ont pas pris pour un expert de l'amazigh en séjour de recherche linguistique.

J'ai rarement lu un portrait aussi bêta mais depuis la covid, nous savons que les pontifes de la "recherche d'État" française peuvent être des clowns écrivant n'importe quoi ou cautionnant des "études" entièrement bidon (cf. The Lancet).

Le sommet de la vision partisane est dans ces phrases :

"Dans les faits, elle s’en dissocie tout à fait. Ses lettres à ses amis sur le front, tout comme ses relations avec les officiers sahariens, font partie de l’époque et elles sont banales une fois remises dans leur contexte. En revanche, ses travaux linguistiques, c’est-à-dire, pour l’essentiel, les deux tomes de ses Poésies touarègues et les quatre tomes de son Dictionnaire touareg-français, sont encore une référence pour tous les spécialistes, y compris touareg."

Pourquoi "en revanche" ????
Ces messieurs ignorent, font semblant j'espère, que la masse des coloniaux spécialement militaires et ecclésiastiques ont pratiqué la recherche - à fin pastorale ou militaire - depuis le XVe siècle au moins. On dispose de lexique et recueils dès le XVIe pour le Kongo, les tribus brésiliennes, l'empire aztèque et l'empire inca, des descriptions minutieuses par les Jésuites notamment des moeurs et coutumes, par la suite ce fut pratiqué par les MEP en Asie.
Pareil pour les langues locales en Europe d'ailleurs.

La recherche de de Foucauld est absolument banale. Le fait qu'elle soit de qualité n'est pas la question : c'est une pratique missionnaire ordinaire.

Prétendre, en outre, que ses lettres de guerre auraient été sans affect personnel, banales au sens d'une formalité, c'est inepte sans preuve. Que ces savants produisent les documents où de Foucauld dit écrire par politesse et qu'il est indifférent à la guerre et détaché en son coeur de l'armée et de la patrie française. Bref qu'il serait un homme au double langage puisque c'est ce qu'ils sous-entendent de façon perfide. Il existe alors des anti-guerre, des internationalistes ou pacifistes : de Foucauld aurait pu être l'un d'eux, il aurait pu rompre avec son ancien état d'officier. Rien n'appuie la thèse de Casajus et Pandolfi que les lettres patriotiques ou les relations étroites avec l'armée étaient une façade sans conviction.

Peut-être qui sait ? Mais prouvez vos dires par des lettres, un journal secret que sais-je ? Autrement c'est une reconstruction idéologique basée sur rien qu'une ignorance de la Mission catholique et plus largement chrétienne.
Avoir ouvert un manuel d'histoire des missions aurait beaucoup éclairé M. Casajus, qui n'est pas historien mais anthropologue et spécialiste de poésie et de la culture touareg. Quant à son compère Paul Pandolfi, visiblement c'est l'histoire de la conquête du Sahara qui est son champ de compétence et pas l'histoire des missions chrétiennes.

ps. le mauvais CNRS a encore frappé je dirais Origenus. Il y a des chercheurs sérieux et respectueux de la méthode scientifique au CNRS heureusement.
images/icones/neutre.gif  ( 898685 )Il me semble par Vox clamantis (2020-07-20 19:06:06) 
[en réponse à 898680]

Que cette tribune fait écho à cette autre.
images/icones/fleche2.gif  ( 898686 )la conclusion idéologique de L. Ouattara ne justifie pas par Luc Perrin (2020-07-20 19:31:13) 
[en réponse à 898685]

la réécriture idéologique absurde de Casajus et Pandolfi.

Le portrait tracé par Ladji Ouattara me semble nettement plus précis et plus juste que celui du linguiste hors du colonialisme et du nationalisme forgé par les deux précités.

La dimension proprement religieuse manque chez les trois : aucun ne s'arrête à ce qui est l'essence de la vie du Frère universel, colonialiste oui, patriote affirmé oui, proche de l'armée oui, passionné par les peuples qu'il a rencontrés sans l'ombre d'un doute, pas que les Touaregs.

Mais peut-être le coeur et la croix rouges ne sont-ils pas assez GROS (pourtant !) pour que les 3 universitaires laïques visiblement les voient ? L'adoration eucharistique est le centre de sa vie, rien d'autre.

Si Casajus et Pandolfi ont voulu "défendre" Charles de Foucauld, ils le trahissent en travestissant et affadissant sa pensée, ses convictions, sa vie et en faisant de la très mauvaise histoire avec regard rétrospectif.
La conclusion de Ouattara est aussi absurde que les statues rejetées aux USA ou la lamentable présentation du Code Noir de Colbert : Louis Sala-Molins n'avait rien compris au texte en le regardant avec des yeux de la fin XXe siècle.
Il s'agissait en fait d'une tentative, ô combien insuffisante, de limiter l'arbitraire des maîtres envers leurs esclaves et tout spécialement d'assurer la fonction de baptiser et de respecter les sacrements dont le mariage entre esclaves.
Ceci a largement été lettre morte d'ailleurs et les propriétaires s'efforçaient de tenir le prêtre à l'écart.

L'Église ne béatifie et ne canonise pas le colonialisme et le nationalisme : Ouattara ne sait pas qu'elle les a rejetés depuis longtemps, cela lui éviterait des impasses conclusives.
Pas plus qu'elle ne célèbre per se l'érudit linguiste de la culture touarègue.

Ce sont les qualités de sacrifice chrétien et de missionnaire par le témoignage au péril de la vie, la droiture d'une existence qu'elle appelle en modèle. Loin des puanteurs de la Seconde Pornocratie ou du marécage politique ivoirien rempli de crocodiles voraces qui trouvent plus commode de fantasmer sur le Vicomte d'avant avant-hier plutôt que d'affronter leurs propres et sanglants problèmes d'aujourd'hui et d'hier.