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La Mère du Sauveur et notre vie intérieure par Fr. Garrigou-Lagrange par ami de la Miséricorde (2020-06-08 22:06:46)
[en réponse à 897203]
Article IV
- LA PERFECTION DE LA PREMIÈRE GRACE EN MARIE
La première grâce en Marie fut-elle supérieure à la grâce finale de tous les saints et anges pris ensemble ?
Ces raisons théologiques nous permettent d'entrevoir déjà toute l'élévation et la richesse de la première grâce en Marie.
Si les chefs-d'œuvre de la littérature classique, grecque, latine, française et des autres langues, contiennent beaucoup plus de beautés qu'on ne le croirait à première lecture lorsqu'on les lit entre quinze et vingt ans, si ces beautés ne nous apparaissent que lorsque nous reprenons la lecture de ces œuvres à un âge plus avancé ; s'il en est de même des écrits d'un saint Augustin ou d'un saint Thomas, que penser des beautés cachées dans les chefs-d'œuvre de Dieu même, dans ceux composés immédiatement par lui, et en particulier dans ce chef-d'œuvre spirituel de nature et de grâce qu'est la très sainte âme de Marie, Mère de Dieu !
On est porté d'abord à affirmer la richesse de la plénitude initiale de grâce en elle à raison de sa beauté entrevue ; il arrive ensuite qu'un se demande si l'on n'a pas forcé la note, en transformant une probabilité en certitude ; finalement une étude approfondie nous ramène à la première affirmation, mais en connaissance de cause, non plus seulement parce que c'est beau, mais parce que c'est vrai, et parce qu'il y a là des convenances non seulement théoriques, mais des convenances qui ont effectivement motivé le choix divin et dans lesquelles s'est reposé le bon plaisir de Dieu.
Article V - LES SUITES DE LA PLÉNITUDE INITIALE DE GRÂCE
De la plénitude initiale de grâce en Marie dérivèrent dès l'instant de sa conception les vertus infuses et les sept dons du Saint-Esprit, qui sont les diverses parties ou fonctions de l'organisme spirituel. La grâce habituelle ou sanctifiante est même appelée à cause de cela, dès avant saint Thomas, « la grâce des vertus et des dons », car les vertus infuses, théologales et morales, dérivent d'elle à titre de propriétés et selon un degré proportionné au sien, comme les facultés procèdent de l'âme. Les sept dons en dérivent aussi selon le même degré, à titre de dispositions infuses permanentes qui rendent l'âme promptement docile aux inspirations du Saint-Esprit, un peu comme la barque est docile par ses voiles à l'impulsion du vent favorable.
De plus, les vertus infuses et les dons sont connexes avec la charité qui rend leurs actes méritoires, et ils grandissent avec elle comme les cinq doigts de la main se développent ensemble. Il se peut bien que les dons de sagesse, d'intelligence et de science, qui sont à la fois spéculatifs et pratiques, apparaissent davantage en tel saint sous une forme plus nettement contemplative, et dans un autre sous une forme plus pratique, mais normalement, en toute âme en état de grâce, toutes les vertus infuses et les sept dons existent à un degré proportionné à celui de la charité, qui correspond lui-même au degré de la grâce sanctifiante.
De ces principes généralement reçus et exposés dans le traité des vertus en général et des dons, on déduit communément qu'en Marie, dès le premier instant de sa conception, de la plénitude initiale de grâce sanctifiante dérivèrent, selon un degré proportionné, les vertus infuses théologales et morales et les sept dons.
Marie, ainsi déjà préparée à sa destinée de Mère de Dieu et de Mère de tous les hommes, ne devait pas être certes moins parfaite qu'Eve à sa création. Quoiqu'elle n'eût pas reçu en son corps les privilèges de l'impassibilité et de l'immortalité, elle avait dans son âme tout ce qui appartenait spirituellement à l'état de justice originelle et plus encore, puisque la plenitude initiale de la grâce en elle dépassait déjà la grâce finale de tous les saints réunis; ses vertus initiales dépassaient donc les vertus héroïques des plus grands saints.
Sa foi, éclairée par les dons de sagesse, d'intelligence et de science, était d'une fermeté inébranlable, de la plus grande pénétration ; son espérance était invincible, supérieure à tout mouvement de présomption ou de découragement ; sa charité très ardente dès la première minute. Bref, sa sainteté initiale, qui dépassait celle des plus grands serviteurs de Dieu, était innée et ne devait pas cesser de grandir jusqu'à sa mort.
Source : Livres-mystiques.com
Que Jésus Miséricordieux vous bénisse
ami de la Miséricorde