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( 896786 )
L'octave de la Pentecôte et Marie Mère de l'Église par Chicoutimi (2020-06-01 16:45:23)
La forme ordinaire ne célèbre plus, malheureusement, l'octave de la Pentecôte. Par contre, la mémoire de Marie Mère de l'Église, célébrée le lundi de Pentecôte, a été instituée en 2018.
La forme extraordinaire célèbre encore, heureusement, l'octave de la Pentecôte. Mais la célébration de Marie Mère de l'Église n'a pas été ajoutée à l'ancien Missel.
Face à cette situation, un enrichissement mutuel est-il possible ou souhaitable? Je crois bien oui.
Plus précisément, la forme ordinaire pourrait réinstaurer l'octave de la Pentecôte, ce qui me semble être impératif. Quant à la forme extraordinaire, elle pourrait intégrer la célébration de Marie Mère de l'Église à l'intérieur de l'octave de la Pentecôte.
Je ne pense pas que l'une exclue l'autre. Quand on pense que saint Étienne, saint Jean et les saints Innocents sont célébrés dans l'octave de Noël, on peut très bien penser que la célébration de Marie Mère de l'Église puisse être célébrée à l'intéreure même de l'octave de la Pentecôte, sans que cela ne brise l'octave ou n'altère le sens et l'esprit de cet octave.
Il me semble que nous rejoindrions ainsi l'esprit et l'un des buts du Motu Proprio
Summorum Pontificum (qui sont précisés dans la
lettre d'accompagnement aux évêques), à savoir que ''
les deux Formes d’usage du Rite Romain peuvent s’enrichir réciproquement.''
Cela rejoindrait également ce que Mgr Marc Aillet disait dans la
Liturgie de l'Esprit:
"Il semble indispensable que l’ancien missel s’enrichisse également des fêtes des nouveaux saints (…). Le nouveau missel, lui, pourrait reprendre l’Octave de la Pentecôte : c’est un peu dommage de devoir reprendre les ornements verts dès le lundi de la Pentecôte." (ICI)
Et vous, qu'en pensez-vous? Y a-t-il des raisons sérieuses qui pourraient empêcher un tel enrichissement qui va dans les deux sens?

( 896791 )
Il y a, à mon humble avis, une confusion par Montes Gelboe (2020-06-01 17:37:39)
[en réponse à 896786]
entre la notion objective (la liturgie), et la notion subjective (la dévotion).
Exprimer des dévotions subjectives (fussent- elles pontificales ou collectives) par la liturgie est une erreur.
Il y a ainsi des fêtes "subjectives", fêtes d'"idées" ou de "piété", pour la plupart crées au XIXe et au XXe siècles, qui doublent inutilement et parfois altèrent ou diminuent les fêtes majeures, proprement liturgiques. Ainsi la fête du Christ Roi n'ajoute rien à l'Epiphanie. Fêter la royauté de Marie n'ajoute rien à l'Assomption...
Et les textes produits pour ces célébrations sont pour la plupart pauvres et répétitifs, les mélodies empruntées à d'autres offices, ou si elles sont crées, difficilement chantables.
Ainsi, l'octave de la Pentecôte souligne et affirme le mystère de cette fête majeure et permet d'en développer tous les aspects, y compris la présence de la Vierge Marie au Cénacle. Nul besoin de rajouter de la dévotion subjective qui passe et qui s'estompe vite .
Ne vaudrait-il pas mieux bien respecter les temps et les fêtes et en approfondir les aspects en soignant leur célébration, plutôt que délayer le tout dans un sentimentalisme passager et sans vraies racines ?

( 896792 )
Oui. J'ajoute par Yves Daoudal (2020-06-01 18:10:09)
[en réponse à 896791]
que la différence entre l'octave de Noël et l'octave de la Pentecôte est que les deux sont... traditionnelles telles qu'elles sont. C'est-à-dire que depuis "toujours" (depuis très longtemps avant saint Pie V) il y a saint Etienne, les saints Innocents... dans l'octave de Noël, et que depuis "toujours" il y a une liturgie spécifique du lundi de Pentecôte (avec les notes depuis qu'il y a des manuscrits notés...).
Il est donc IMPENSABLE de supprimer la liturgie spécifique de ce qu'on appelait autrefois LA DEUXIÈME FETE DE LA PENTECOTE, pour la remplacer par une fête qui en outre n'est pas dans l'esprit de la tradition liturgique.

( 896798 )
Et Saint Thomas Beckett ? par Vox clamantis (2020-06-01 19:25:55)
[en réponse à 896792]
L'octave de Noël a été modifiée pour y ajouter saint Thomas Beckett en 1177.
Cependant, il est vrai que les fêtes de saints entre le 25 décembre et le 1er janvier ont toujours eu une place à part dans la liturgie de l'église, au point qu'on les trouvait souvent au temporal et non au sanctoral dans les manuscrits médiévaux.
L'octave de la Pentecôte telle que nous la connaissons dans l'usus antiquior est, à l'exception de la fête de saint Thomas Beckett, bien plus récente que l'octave de Noël puisqu'elle s'est fixée à l'époque carolingienne : à cette date apparaît la fête de la Trinité (encore une fête d'idée ou de dévotions !), qui vient clore l'octave. C'est à cette date que les Quatre-Temps dits plus tard d'été se fixent à cette semaine, la date des autres ayant encore pu évoluer jusqu'au XIIe siècle. Quant à la Fête de la Trinité, elle ne s'impose et ne se généralise officiellement qu'au XIVe siècle, sous le pontificat de Jean XXII.
La Fête-Dieu est plus tardive encore, et le Sacré-Coeur encore bien plus. Notez que ce sont également des fêtes "de dévotion", qui font écho au Temps pascal bien après la Trinité.

( 896804 )
[réponse] par Yves Daoudal (2020-06-01 20:30:26)
[en réponse à 896798]
Ces fêtes sont dans le temporal dans tous les missels et bréviaires.
Quant à saint Thomas de Cantorbéry, il n'est plus qu'une mémoire depuis 1960 (et disparaît quand c'est un dimanche). Dieu sait si je ne suis pas toujours d'accord avec cette réforme, mais là elle a bien fait de rehausser l'octave.

( 896838 )
En effet par Turlure (2020-06-02 15:46:30)
[en réponse à 896798]
Avant 1955, il n'y avait qu'un seul jour ordinaire de l'octave de Noël (en excluant donc le jour-octave et le dimanche) : le 30 décembre. Par ailleurs, les fêtes du 26 au 28 décembre - doubles de deuxième classe - primaient sur le dimanche. Et avant 1911, c'était même le cas des fêtes de saint Thomas Beckett et de saint Silvestre.
Par ailleurs, avant qu'on place la fête du Saint Nom de Jésus à cette date, l'éventuel dimanche entre la Circoncision et l'Épiphanie n'avait pas de liturgie propre : on fêtait l'octave de saint Etienne (le 2 janvier), de saint Jean (le 3) ou des Saints Innocents (le 4), ou encore la vigile de l'Épiphanie (le 5).
Je ne sais pas exactement de quand datent les octaves communes (qui ont juste un jour-octave de rite simple et rien les six jours intermédiaires) mais il faut en tous cas savoir qu'en 1570, les trois fêtes suivant Noël avaient des octaves complètes qu'il fallait commémorer chaque jour.
Imaginons la célébration de la Saint-Silvestre dans une paroisse dédiée à saint Thomas de Cantorbery (qui aurait alors une octave) ou bien dans l'archidiocèse en question s'il était demeuré catholique : sauf erreur de ma part, après l'oraison du jour, il aurait fallu commémorer :
- Noël,
- saint Etienne,
- saint Jean,
- les Saints-Innocents
- saint Thomas de Cantorbery
On imagine les belles vêpres !

( 896839 )
Octaves par Lycobates (2020-06-02 16:16:48)
[en réponse à 896838]
Avant 1955, il n'y avait qu'un seul jour ordinaire de l'octave de Noël (en excluant donc le jour-octave et le dimanche) : le 30 décembre. Par ailleurs, les fêtes du 26 au 28 décembre - doubles de deuxième classe - primaient sur le dimanche. Et avant 1911, c'était même le cas des fêtes de saint Thomas Beckett et de saint Silvestre.
L'octave de Noël est une octave privilégiée, mais seulement du IIIe ordre, comme également celle du Sacré Coeur et de l'Ascension.
Pour évincer les fêtes doubles il en faut une du Ier ordre (Pâques, Pentecôte) ou, qui ne cèdent pendant l'octave qu'aux fêtes doubles de Ière classe, du IIème ordre (l'Epiphanie et la Fête Dieu).
octaves communes (qui ont juste un jour-octave de rite simple et rien les six jours intermédiaires)
Vous voulez dire les octaves simples.
Les octaves communes sont semidoubles pendant l'octave et double majeur le jour de l'octave.
Les octaves de Saint Étienne, Saint Jean et des SS. Innocents datent du VIIIe siècle.

( 896840 )
Octave simple en effet par Turlure (2020-06-02 16:34:12)
[en réponse à 896839]
Merci pour la correction : mon inattention est ici coupable !
Ce que je veux dire est que les jours intermédiaires des trois octaves en question devaient autrefois être commémorés, et ce jusqu'à une date que je n'imagine pas très ancienne (XIXe siècle ou début XXe ?).
Du reste, la distinction entre doubles de 1ère et 2ème classes, majeurs et mineurs, octaves privilégiées de 1er, 2e, 3e ordres, communes et privilégiées et autres féries majeures, privilégiées ou non, et mineures, est une rationalisation elle-même assez récente, visant à expliquer par des règles générales des préséances qui exustaient déjà.
C'est parce qu'on a toujours célébré ces fêtes que l'octave a été plus tard qualifiée comme étant de 3e ordre, et non l'inverse.

( 896841 )
1911 par Lycobates (2020-06-02 16:42:51)
[en réponse à 896840]
Ce que je veux dire est que les jours intermédiaires des trois octaves en question devaient autrefois être commémorés, et ce jusqu'à une date que je n'imagine pas très ancienne (XIXe siècle ou début XXe ?)
La réduction comme octave simple date de la réforme de Saint-Pie X.
C'est le
minimum minimorum si on veut maintenir des octaves.

( 896842 )
De toutes manières par Regnum Galliae (2020-06-02 16:44:05)
[en réponse à 896840]
on fera ainsi à moins que l'on ne fasse autrement

( 896801 )
Mais un développement est toujours possible... par Chicoutimi (2020-06-01 19:42:08)
[en réponse à 896792]
Selon le cardinal Schuster, "primitivement, à Rome, la fête de la Pentecôte terminait la quiquagésime pascale et inaugurait les jeûnes des Quatre-Temps d'été. Puis la solennité commença à se prolonger pendant deux jours le lundi et le mardi, et finalement, après saint Léon le Grand, elle embrassa toute la semaine..." (
voir).
Il n'est donc pas exact que ce fut toujours la même chose depuis les origines. Il y eut un développement, et je ne vois pas comment un autre développement serait impensable.
Certes, on peut toujours craindre que le développement ne soit pas à la hauteur de ce qu'il devrait être dans les conditions actuelles de l'Église. Mais de fermer la porte comme si cela relevait de l'impossibilité absolue m'apparaît difficile à justifier.

( 896803 )
Après saint Léon le Grand... par Yves Daoudal (2020-06-01 20:20:47)
[en réponse à 896801]
C'est-à-dire il y a plus de 1500 ans... On parle de liturgie grégorienne, parce que c'est saint Grégoire le Grand, un peu après... Donc c'est une octave extrêmement ancienne.
C'est pourquoi je mets "toujours" entre guillemets : c'est depuis que la liturgie s'est à peu près fixée.
Pour les orientaux on ne doit pas y toucher, ou seulement de façon très parcimonieuse. Et je ne parle pas seulement des orthodoxes. Les grecs-catholiques melkites n'ont accepté d'ajouter qu'une seule fête, la Fête Dieu, au... XIXe siècle.
Parce que le propre de la liturgie, une fois constituée, complètement constituée et fignolée et unifiée (vers le XIVe siècle tant en orient qu'en occident) est d'être immuable (l'essentiel étant constitué depuis saint Jean Chrysostome et saint Grégoire le Grand). L'occident a perdu le sens de la liturgie depuis très longtemps. Déjà la fête de la Sainte Trinité est une erreur. On célèbre la Sainte Trinité tous les jours à toutes les heures et à toutes les messes.

( 896805 )
Dans ce cas que faites-vous du grégorien ? par Vox clamantis (2020-06-01 20:40:42)
[en réponse à 896803]
Compte tenu de la date d'apparition de la fête de la Trinité (vers le IXe siècle), si à cette date le sens de la liturgie était déjà perdu en Occident....
Que devient le chant grégorien, qui (sauf exception) se constitue à cette époque par métissage romano-franc ? Est-ce le fruit de cette perte de sens de la liturgie ?

( 896807 )
Pour ce qui remonte à saint Léon le Grand... par Chicoutimi (2020-06-01 21:00:52)
[en réponse à 896803]
il est vrai que cela est d'une importance considérable.
Dire que Benoît XVI a supprimé le titre de Patriarche d'Occident qui remontait pourtant à saint Léon le Grand!
Personnellement, je suis plutôt favorable aux ajouts dans la liturgie, et beaucoup moins aux suppressions, car ce qui est ajouté n'enlève rien à ce qui est déjà là.
Évidemment, on ne peut pas tout ajouter, et il y a une belle sagesse chez les Orientaux.
Mais le développement organique de la liturgie me semble important voire intrinsèque à la liturgie.

( 896806 )
Fêtes "nouvelles" : Objections... par Sacerdos simplex (2020-06-01 20:41:20)
[en réponse à 896791]
1) Il me semble qu'un certain nombre de ces fêtes nouvelles ou fêtes "d'idées" ont été instituées à la suite d'une demande du Ciel à des personnes qui ont ensuite été canonisées ou béatifiées (ou au moins à la suite d'une inspiration à de telles personnes) : Ste Julienne de Mont-Cornillon pour la Fête-Dieu, Ste Marguerite-Marie pour le Sacré-Coeur, Ste Faustine pour la Fête de la Miséricorde, etc.
S'opposer à de telles fêtes, n'est-ce pas aller contre la volonté du Ciel ?
2) Y a-t-il eu des saints ou des bienheureux qui aient émis de telles critiques après l'instauration de ces fêtes ?
J'ai beau chercher dans ma mémoire, je n'en vois pas.
3) "Déjà la fête de la Sainte Trinité est une erreur. On célèbre la Sainte Trinité tous les jours à toutes les heures et à toutes les messes."
A ce moment-là, l'Incarnation, la Passion, la Résurrection (et l'Ascension) sont également célébrées chaque dimanche - et même, à chaque Messe !...
Un simple prêtre (qui aime beaucoup ces fêtes nouvelles, qui l'aident puissament à raviver sa ferveur...)

( 896794 )
Enrichissement réciproque ? par vistemboir2 (2020-06-01 18:52:57)
[en réponse à 896786]
Je ne vois pas en quoi la forme ordinaire viendrait enrichir la forme traditionnelle de la messe.
L’enrichissement éventuel du missel avec les fêtes de nouveaux saints ne serait pas, à mon sens, un apport de la forme ordinaire, cet enrichissement ayant déjà été opéré à maintes reprises avant la réforme liturgique de Paul VI (ex : fêtes de saint Pie X, de sainte Jeanne d’Arc, etc.), d’autant que l’ajout de certains saints récents - que je ne citerai pas - ne me paraît pas absolument s'imposer...

( 896796 )
Benoît XVI évoquait... par Chicoutimi (2020-06-01 19:14:57)
[en réponse à 896794]
les nouveaux saints et de nouvelles préfaces comme source d'enrichissement, ce qui n'est pas révolutionnaire, et une suite fut donnée à cela récemment par le décret Cum sanctissima et par le décret Quo Magis de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi.
Quant aux nouveaux saints, nous pourrions en nommer plusieurs qui feraient le bonheur des uns et des autres: saint Maximilien Kolbe, saint Padre Pio, les saints enfants de Fatima, sainte Faustine, pour ne nommer que ceux-là.
De toute façon, les canonisations qui ne sont pas appréciées chez certains traditionalistes se résument à six cas: 3 papes (Jean XXIII, Paul VI et Jean-Paul II), un évêque (Mgr Romero), un prêtre (Mgr Escriva de Balaguer) et une religieuse (Mère Teresa). Personnellement, je n'ai rien contre ces 6 canonisations, bien au contraire, mais il n'est pas besoin de les ajouter dans le calendrier de la forme extraordinaire. Mais pour les autres, pourquoi s'en priver?

( 896811 )
Bien d'accord avec vous ! par Paterculus (2020-06-01 22:07:09)
[en réponse à 896786]
Je m'apprêtais à répondre à Yves Daoudal sur ce qu'il disait de l'octave de la Pentecôte dans un autre fil, je le fais ici.
Il a très souvent raison de critiquer certains changements, et on ne peut pas dire qu'on adhère à Vatican II sans reprendre un grand nombre de ses critiques.
Je l'ai déjà dit, la réforme entérinée par Saint Paul VI n'a pas respecté les consignes données dans le concile promulgué par ce même Saint Paul VI.
On lit en effet au paragraphe 23 de
Sacrosanctum Concilium :
on ne fera des innovations que si l’utilité de l’Église les exige vraiment et certainement, et après s’être bien assuré que les formes nouvelles sortent des formes déjà existantes par un développement en quelque sorte organique.
Il n'y avait aucune façon de justifier l'idée que la suppression de l'octave de la Pentecôte était vraiment et certainement exigée par l'utilité de L'Eglise : il importe de la restaurer le plus vite possible.
Ce que je ne peux pas admettre dans la position d'Yves Daoudal, c'est l'idée que l'Eglise ne puisse pas innover. Je l'ai dit par rapport au bréviaire : il n'y a aucune raison de penser que les prêtres d'aujourd'hui doivent absolument dire le même office que les clercs de Rome au quatrième siècle. Mais on peut le dire (que l'Eglise peut innover) par rapport à un grand nombre de choses.
Je ne vois nulle part dans la Révélation une justification de cet axiome que la liturgie soit immuable.
Ce qu'il faut maintenir, c'est que la liturgie est reçue, non pas fabriquée : cette idée était chère à Benoît XVI, et elle s'enracine dans l'Ecriture Sainte : "Je vous ai pourtant transmis, moi, ce que j’ai reçu de la tradition qui vient du Seigneur: la nuit même où il était livré, le Seigneur Jésus prit du pain, puis, ayant rendu grâce, il le rompit, et dit: «Ceci est mon corps, donné pour vous. Faites cela en mémoire de moi.» Après le repas, il fit de même avec la coupe, en disant: «Cette coupe est la nouvelle Alliance établie par mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi.»" (1 Co 11, 23ss)
Cependant les différents rites de l'Eglise, qui s'enracinent dans les façons de faire des Apôtres, montrent que ceux-ci se sont adaptés aux cultures des gens auxquels ils s'adressaient - je ne vois pas comment justifier, autrement, la diversité de ces rites. Or les cultures des hommes ne varient pas seulement dans l'espace, elles varient aussi dans le temps. C'est pourquoi les Pères conciliaires ont eu raison de penser que des adaptations devaient être faites pour les gens de notre temps. Mais bien sûr, il faut considérer non pas les modes passagères, mais distinguer les mouvements de fond.
C'est ce que l'Eglise fait depuis l'apparition du rationalisme à l'époque moderne, et Sacerdos Simplex a eu bien raison de souligner que c'est à la demande de Dieu qu'elle l'a fait.
Puisque le rationalisme dessèche l'esprit, il fallait trouver un moyen de toucher quand même les âmes. Ainsi des fêtes ont été rajoutées, dont le caractère populaire nous montre bien la légitimité pastorale - et ce mot ne devrait pas faire peur à ceux qui se souviennent que Jésus se présente comme le Bon Pasteur ! Alors, oui, vivent les fêtes de dévotion !
Je ne peux que réfuter l'affirmation que ces fêtes soient des fêtes "d'idées" : la Trinité, c'est Dieu, et Dieu n'est pas une idée, c'est un Être, et même l'origine de tous les êtres. Le Saint Sacrement, ce n'est pas une idée : c'est l'origine de toute la liturgie chrétienne, et l'on voit mal comment on pourrait dire que la liturgie n'est au service que d'une idée ! Marie, Mère de l'Eglise, ce n'est pas une idée, c'est une personne, la plus chère au coeur de Jésus, et sa maternité sur l'Eglise n'est pas une idée, c'est un fait, qu'il est bon de célébrer juste après la Pentecôte - car même si l'on reconnaît des antécédents à l'Eglise avant la Pentecôte (comme le Peuple de Dieu de l'Ancien Testament, ou la Sainte Famille dans le Nouveau, etc.), du moins c'est à partir de la Pentecôte que l'Eglise est en possession de tout ce que le Christ a voulu lui donner, en sorte que cette date est à juste titre considérée comme celle de la naissance de l'Eglise.
Bref, vous le voyez, cher Chicoutimi, je suis bien d'accord avec vous : il faut rétablir l'octave de la Pentecôte, mais dans cette octave rétablie la célébration de Marie Mère de l'Eglise devra avoir sa place.
Votre dévoué Paterculus

( 896812 )
Grand merci M. L'abbé... par Chicoutimi (2020-06-01 22:34:36)
[en réponse à 896811]
Je suis entièrement d'accord avec vos propos.
Cela est non seulement conforme au principe de développement organique de la liturgie mais constitue également une fidélité au principe de l'Évangile consistant à "tirer de son trésor du neuf et de l'ancien" (Mt 13, 52), et aussi de corriger certaines réformes qui ne furent pas conformes à ce que demandait Vatican II.

( 896844 )
Intéressant par Peregrinus (2020-06-02 19:14:56)
[en réponse à 896811]
Cher Monsieur l'abbé,
Je vous remercie tout d'abord pour votre texte très stimulant.
De manière intéressante, je rejoins Yves Daoudal dans la presque totalité des reproches très fortement argumentés qu'il adresse aux livres liturgiques postconciliaires, mais, comme vous, je me séparerais de lui sur l'axiome de l'immutabilité essentielle de la liturgie, surtout pour le bréviaire (mais c'est peut-être ici mon tropisme gallicanisant qui parle : je suis fatigué d'entendre répéter sans arrêt les mêmes calomnies à l'égard de l'ancien clergé de France que pour ma part j'admire ; c'est un effet aussi d'une sorte de déformation professionnelle : la lecture, pour des motifs académiques, des pièces de la controverse liturgique du XIXe siècle m'a beaucoup secoué).
Peut-être est-ce la raison pour laquelle, alors que vos options notamment liturgiques ne sont pas tout à fait les miennes, je me sens souvent plus proche de ce que vous écrivez que des affirmations de personnes que schématiquement l'on pourrait dire du même bord que moi (si ce mot de bord a un sens entre catholiques).
Peregrinus

( 896848 )
Sensus Ecclesiae par Paterculus (2020-06-02 20:57:46)
[en réponse à 896844]
Mon cher Peregrinus,
Merci pour votre message plein de bienveillance.
Il me semble que les positions qui nous sont communes sont celles qu'impose le simple sensus Ecclesiae.
Ce qui nous distingue n'est sans doute que de l'ordre du choix personnel - ou plutôt de notre docilité aux inspirations de Dieu dans chacune de nos vies.
En effet, je crois que Dieu peut, dans des circonstances comme celles où Il nous a placés, inspirer des attitudes diverses pour maintenir au total ce qui doit l'être. Un peu comme en 1940 il fallait un maréchal à Paris et un général à Londres.
La résistance de Monseigneur Lefebvre était nécessaire parce que personne à l'époque ne faisait remarquer que le nouveau missel ne respectait pas les indications de Vatican II. Et il est nécessaire de continuer à pratiquer l'ancien missel.
Mais il était nécessaire aussi, à mon avis, d'affirmer que le nouveau missel n'était ni invalide ni illégitime ; et ceux qui l'affirmaient et continuent de le faire sont une forte épine dans le pied de ceux qui traitent la liturgie comme ils traitent le dogme : en rejetant toute norme et en n'en faisant qu'à leur tête.
On mettra peut-être deux ou trois siècles à reconstituer un missel unique pour le rite romain. Pour cela, il faut proposer, non imposer, des modifications aux deux missels : les groupes qui adopteront les meilleures modifications seront ceux qui auront le plus de vocations ; ainsi c'est l'Esprit Saint qui dira quels sont les bons choix.
Pour établir ces modifications, il faut partir de l'ancien missel, puisque d'après Vatican II les formes nouvelles devaient apparaître comme issues des anciennes. Mais il faut tenir compte du nouveau aussi, ne serait-ce que parce qu'il fait partie de la vie de l'Eglise. Par exemple, pour le lectionnaire, il faudrait partir de l'ancien, quitte à le remanier très légèrement ; et sur cette base, le développer en tenant compte du nouveau. Le développer, c'est à dire à mon avis ne pas hésiter à y insérer même les passages parallèles aux évangiles qui y figurent déjà, en sorte que la répartition sur trois ans me paraît judicieuse. Le développer, c'est aussi proposer des lectures pour les jours de semaine, mais non pas nécessairement sous forme de lecture continue, simplement en rapport avec les lectures du dimanche ; ou, si l'on veut des lectures continues, il faudrait qu'elles soient adaptées au temps liturgique, comme c'est le cas pour les Actes des Apôtres entre Pâques et la Pentecôte.
Je pense que l'avenir est aux communautés et institutions bi-missaliennes.
VdP

( 896875 )
L'observation des faits montre que par Regnum Galliae (2020-06-03 11:19:03)
[en réponse à 896848]
la manière digne de célébrer en Paul VI n'est en fait pas du Paul VI mais du Paul VI enrichi de rubriques du missel traditionnel. J'ai pour ma part eu la chance d'en bénéficier dans ma jeunesse ce qui fait que j'ai longtemps cru qu'il était possible d'avoir une messe moderne dignement célébrée, mais celle-ci n'existe que de manière extrêmement rare et marginale. Comme l'a dit un cardinal, avec Saint Pie V, c'est le rite qui porte le prêtre, avec Paul VI, c'est le prêtre qui porte le rite. Et dans l'immense majorité des cas, il le fait mal car, malgré ce que demandaient les premiers textes, l'ordo 1969 est fait pour être célébré en langue vernaculaire, face au peuple, avec communion dans la main. Le célébrant doit donc faire l'effort d'aller au-delà des textes. A condition qu'il en ait l'idée car je n'ai pas l'impression que la formation liturgique dans les séminaires soit très traditionnelle.
Au final, c'est dans la messe traditionnelle que j'ai retrouvé ce que je cherchais, mais en mieux

( 896936 )
Très bien dit par Jean-Paul PARFU (2020-06-04 00:39:35)
[en réponse à 896875]
Entièrement d'accord avec vous Regnum.

( 897030 )
Que pouvez-vous donc bien en savoir ? par Paterculus (2020-06-05 20:50:16)
[en réponse à 896875]
Vous écrivez :
Comme l'a dit un cardinal, avec Saint Pie V, c'est le rite qui porte le prêtre, avec Paul VI, c'est le prêtre qui porte le rite.
Puisque vous semblez faire vôtre cet avis, puis-je vous demander sur quelle expérience vous vous fondez pour cela ?
Combien de messes avez-vous célébrées ?
J'ai célébré près de quinze mille messes selon le nouveau missel et mon expérience me permet de dire que ce cardinal se trompe...
D'ailleurs où avez-vous trouvé cette citation ?
VdP

( 896884 )
Peut-être pouvez-vous ... par Lycobates (2020-06-03 12:58:27)
[en réponse à 896848]
Un peu comme en 1940 il fallait un maréchal à Paris et un général à Londres.
Peut-être pouvez-vous nous dire aussi, cher Paterculus, lequel des deux serait la
forme ordinaire du gouvernement français, et lequel la
forme extraordinaire ?

( 896933 )
A vue de nez... par Paterculus (2020-06-03 22:51:02)
[en réponse à 896884]
... c'est assurément le général qui l'emporte pour la forme extraordinaire !
VdP

( 896815 )
La suppression de l'Octave de la Pentecôte était nécessaire ... par Ion (2020-06-01 23:35:04)
[en réponse à 896786]
... afin de revenir à l'usage antique d'un Temps Pascal de 50 jours qui se clôture par la fête de la Pentecôte. Cette suppression avait été demandée dès 1950, donc bien avant le Concile, et donc bien avant l'introduction du nouveau missel romain de 1970.
Ion

( 896816 )
Ça c'est l'argument des réformateurs... par Chicoutimi (2020-06-02 03:24:14)
[en réponse à 896815]
pour justifier la suppression de l'Octave de la Pentecôte. Mais ça ne prouve aucunement la nécessité de supprimer ladite octave.
Dans un premier temps, il aurait été possible tout simplement de considérer les jours de l'Octave de Pentecôte non pas comme un prolongement du temps pascal mais comme le début du temps après la Pentecôte. De même que le temps de Noël commence avec une octave, de même que le temps pascal commence avec une octave, ainsi le temps de l'Esprit Saint dans la vie de l'Église, inauguré à la Pentecôte, commence avec une octave. Il n'était point besoin de supprimer cette octave pour conserver la période pascale de 50 jours.
Dans un second temps, cette suppression ne reflète aucunement la place que les Pères du Concile ont voulu faire à l'Esprit Saint. Il est même assez ironique de voir que des réformes liturgiques, faites au nom d'un Concile supposé être le commencement d'une nouvelle pentecôte, puissent parvenir à supprimer… l'Octave de la Pentecôte.
Tout aussi ironique la critique de l'ancienne liturgie, que l'on entend de temps à autre, et qui consiste à dire que celle-ci n'aurait soi-disant pas laissé de place à l'Esprit Saint alors que cette même liturgie célèbre solennellement chaque année la Pentecôte et son octave!
Dans un dernier temps, il semble que Paul VI lui-même n'ait pas apprécié la suppression de cette octave. C'est, en tout cas, ce que Mgr Jacques Masson évoque dans ses souvenirs:
''Le Lundi de Pentecôte de 1970, Mgr Martin attendait l’arrivée du Pape Paul VI pour la célébration de Sa Messe quotidienne.
Arrivé dans la sacristie, le Saint-Père, voyant les ornements verts, déclare à Mgr Martin :
Paul VI : - « Mais ce sont les ornements rouges, car c’est le Lundi de Pentecôte et l’Octave de Pentecôte »
Mgr Martin, très embarrassé : - « Mmmmm, Très Saint-Père, il n’y a plus d’Octave de la Pentecôte ! »
Paul VI : - « Comment ? Il n’y a plus d’Octave de la Pentecôte ? Et depuis quand ? Et qui en a décidé ainsi ? ».
Mgr Martin, très, très embarrassé : - « Très Saint-Père, Mmmmmm, l’Octave de Pentecôte n’existe plus : c’est Vous qui avez signé sa suppression ! »
Paul VI : - « Non, Je n’ai rien signé de ce genre. Alors, j’ai été trahi. Comme le Christ. Vraiment, la fumée de Satan est entrée dans l’Eglise. Mais « portae inferi non praevalebunt ». (ICI)
Bref, je ne pense pas que la suppression de cette octave était nécessaire. Si on a vécu plus de 1000 ans avec cette octave, c'est que sa suppression n'était pas nécessaire.

( 896820 )
Je ne pense pas ... par Ion (2020-06-02 08:59:53)
[en réponse à 896816]
... qu'il s'agisse de volonté de supprimer l'Octave de la Pentecôte, mais plutôt d'un souhait de revenir à un Temps Pascal de 50 jours, comme à l'origine. Le cierge Pascal, depuis la réforme liturgique, est encore allumé le jour de la Pentecôte. Comme vous le savez, la liturgie d'une Octave prévoit les mêmes oraisons et prières que le jour même. Dès lors, si l'Octave de la Pentecôte avait été maintenue, nous aurions continué une liturgie du Temps Pascal pendant 56 jours. Je ne vois donc aucune idéologie derrière cette réforme, mais une simple nécessité logique.
Par ailleurs, je ne crois pas avoir entendu de critique selon laquelle l'ancienne liturgie n'aurait pas laissé de place à l'Esprit Saint. En revanche, le constat qui est fait est que la Prière Eucharistique n°1, disponible dans les deux formes, ne contient pas d'épiclèses (invocations à l'Esprit Saint) explicites.
Quant à l'anecdote que vous rapportez, elle me parait bien trop ridicule pour être crédible, tout au moins au premier degré, ou dans les termes qui sont rapportés.
Ion

( 896832 )
Le cardinal Jacques Martin était un menteur. par Yves Daoudal (2020-06-02 12:12:09)
[en réponse à 896820]
Puisque c'est lui qui a raconté l'anecdote à plusieurs reprises, notamment devant des séminaristes.
Je vous laisse la responsabilité de votre accusation.

( 896823 )
Mais le vôtre est irréfutable ! par vistemboir2 (2020-06-02 09:31:03)
[en réponse à 896816]
Si on a vécu plus de 1000 ans avec cette octave, c'est que sa suppression n'était pas nécessaire.

( 896837 )
Certes, mais ... par Lycobates (2020-06-02 14:35:16)
[en réponse à 896823]
Si on a vécu plus de 1000 ans avec cette octave, c'est que sa suppression n'était pas nécessaire.
On a vécu encore davantage avec un vigile pascale avancée.
Vous avez raison de rappeler que la pratique liturgique, autorisée par qui de droit et non contestée, pendant un laps de temps considérable, est (devient) un lieu théologique, et par ce fait même, inabrogeable.

( 896850 )
Oui, aucune nécessité ! par Paterculus (2020-06-02 21:09:41)
[en réponse à 896816]
Je ne vois pas en quoi la foi est mieux assurée si les cinquante jours de Pâques n'ont pas de prolongement que s'ils en ont un !
D'ailleurs pourquoi à ce compte, ne devrait-on pas supprimer les premiers jours du carême sous prétexte que la Sainte Quarantaine ne devrait avoir que quarante jours ? Ce serait franchement ridicule !
VdP

( 896833 )
C'est une totale méconnaissance par Yves Daoudal (2020-06-02 12:19:58)
[en réponse à 896815]
de ce qu'est la liturgie.
Et un mépris ahurissant des papes, des liturgistes, des peuples qui ont célébré pendant 1500 ans cette octave en occident, et des Eglises y compris catholiques qui continuent de la célébrer. Personne n'a demandé la suppression de l'octave de la Pentecôte chez les byzantins. C'est tout simplement impossible, puisque cette octave commence par une célébration du Saint-Esprit. L'octave déploie ce qu'on n'a pas pu dire le jour-même (avec d'autres oraisons, contrairement à ce que vous prétendez, et d'autres antiennes de messe, d'autres lectures...), déploiement qui n'ajoute pas des jours puisque la Préface continue de chanter "hodierna die".

( 896836 )
Pourquoi écrivez-vous cela ? par Regnum Galliae (2020-06-02 13:49:12)
[en réponse à 896815]
Le temps de la Septuagésime ne contrevient pas aux 40 jours du Carême. De même, je ne vois pas pourquoi une octave de la Pentecôte remettrait en cause les 50 jours du temps pascal...