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images/icones/hein.gif  ( 894856 )Orient - Occident, qui gagne ? qui est le plus fort ? par Glycéra (2020-05-08 14:51:41) 



Que vous disent ces lignes sur notre (occidental) mode de pensée donc de vie ?

De quand datent-elles ?

Glycéra




L’Occident donne actuellement des signes manifestes de déséquilibre ; et cela devait arriver fatalement, au terme du développement d’une civilisation purement matérielle, véritable monstruosité dont l’histoire ne nous offre aucun autre exemple. Que certains commencent enfin à s’en apercevoir et à s’en inquiéter, c’est là, peut-être, un indice que le mal n’est pas tout à fait irrémédiable ; mais ce dont il faut bien se persuader, c’est que ce n’est pas en lui-même que l’Occident trouvera jamais les moyens d’y échapper. En effet, un changement radical de toutes les tendances constitutives de l’esprit moderne, une renonciation complète à tous les préjugés qui ont faussé la mentalité occidentale depuis plusieurs siècles, sont pour cela nécessaires, comme conditions préalables d’une restauration de la véritable intellectualité. Celle-ci, dont les Européens de nos jours sont devenus incapables de comprendre la nature et même de concevoir simplement l’existence, où pourront-ils la retrouver, sinon dans les civilisations qui la conservent encore, nous voulons dire dans les civilisations orientales ? Et nous ajouterons que, tant qu’on n’en sera pas arrivé là, aucune entente réelle et profonde ne sera possible entre l’Orient et l’Occident.

Que l’on nous comprenne bien : nous ne prétendons pas que l’Occident doive adopter des formes orientales, qui ne sont pas faites pour lui ; mais nous disons qu’une élite occidentale, chose aujourd’hui inexistante, devra se constituer et s’assimiler l’esprit de l’Orient, pour pouvoir redonner à l’Occident une civilisation normale, c’est-à-dire reposant sur des principes véritables, sur des bases que l’on puisse appeler traditionnelles dans toute l’acception de ce mot. Il s’agit d’entente, non de fusion ; et l’entente s’établit naturellement et comme nécessairement entre toutes les civilisations qui possèdent ce caractère traditionnel, mais entre celles-là seulement. Il ne saurait y avoir d’autre remède au désordre que nous constatons partout autour de nous ; que celui-là déplaise à ceux qui croient encore à la prétendue supériorité de l’Occident moderne, c’est fort possible, mais cela ne peut nous empêcher de voir les choses telles qu’elles sont : ou l’Occident changera dans le sens que nous venons d’indiquer, ou il périra par sa propre faute.

Il ne se passe presque pas de jour où nous n’ayons l’occasion de lire quelque déclamation sur la « défense de l’Occident », que personne ne menace ; quand donc tous ces gens comprendront-ils que l’unique danger réel est celui qui vient des Occidentaux eux-mêmes ? Les Orientaux, pour le moment, ont bien assez à faire de se défendre contre l’oppression européenne ; et il est au moins curieux de voir les agresseurs se poser en victimes. Il est vrai que, suivant les circonstances, les mêmes choses sont appréciées de façons fort diverses : ainsi, quand la résistance à une invasion étrangère est le fait d’un peuple occidental, elle s’appelle “patriotisme” et est digne de tous les éloges ; quand elle est le fait d’un peuple oriental, elle s’appelle “fanatisme” et ne mérite plus que la haine ou le mépris. D’ailleurs, n’est-ce pas au nom du “Droit”, de la “Liberté”, de la “Justice” et de la “Civilisation” que les Européens prétendent imposer partout leur domination, et interdire à tout homme de vivre et de penser autrement qu’eux-mêmes ne vivent et ne pensent ? On conviendra que le “moralisme” est vraiment une chose admirable !

Mais laissons cela ; nous ne nous adressons pas à ceux que la vanité occidentale aveugle à un tel point, mais seulement à ceux qui sont capables de comprendre qu’une civilisation peut être constituée par autre chose que des inventions mécaniques et des tractations commerciales. Il en est quelques-uns, du reste, qui se tournent instinctivement vers l’Orient, ou vers ce qu’ils croient être l’Orient, pour y chercher ce qu’ils sentent que l’Occident, dans son état actuel, ne peut leur donner ; mais malheureusement, comme ils ignorent tout du véritable Orient, ils risquent fort de faire fausse route et, en dépit de leurs bonnes intentions, d’aggraver encore le mal dont ils souffrent. C’est pourquoi nous tenons à faire entendre cet avertissement : le remède ne peut être trouvé que dans des idées et des doctrines authentiquement orientales, et à la condition que celles-ci n’aient pas été falsifiées et dénaturées par l’incompréhension d’intermédiaires occidentaux. Surtout, nous ne saurions trop mettre en garde contre toutes les contrefaçons anglo-saxonnes, allemandes ou slaves, qui ne représentent que des idées tout occidentales et modernes, masquées sous des vocables orientaux détournés de leur sens. Il est pitoyable de voir tant de gens croire qu’il y a des idées hindoues dans les élucubrations théosophistes, ou prendre les rêveries d’un Keyserling pour une expression de la sagesse orientale ; et il est inexplicable que certains “traditionalistes” ne comprennent pas qu’ils font le jeu de leurs adversaires en prenant au sérieux leurs prétentions les moins justifiées, en même temps qu’ils indisposent contre eux les alliés naturels qu’ils pourraient trouver dans le véritable Orient ; mais ceux-là se résigneront-ils jamais à admettre qu’ils peuvent avoir besoin d’alliés qui ne soient pas des “sujets” ?



images/icones/1b.gif  ( 894958 )C'est une questionou une devinette? par erminig (2020-05-09 08:49:08) 
[en réponse à 894856]


Keyserling fut en vogue sous la République de Weimar. Il fut lu à cett eépoque là, où , en tant que philosophe,il diffusa la pensée orientale, et dirigea une école dite Ecole de la Sagesse.... Ce texte est bizarre car il peut être interprété de multiples façons suivant les époques historiques.
Bon. Sans faire de recherche avec un copier collé sur le net, je le daterais au plutôt d'avant-guerre. au plus tôt. Et cela pourrait être écrit autant par un communiste que par un anti-communiste aussi.... Les nazis , de leur point de vue, trouvaient la pensée de Keyserling décadente. Comme l'Occident qui n'étaient pas sous leur botte, comme les occidentaux de la République de Weimar...... Oui, très bonne devinette dès le matin....
images/icones/fleche2.gif  ( 894983 )Vous avez ciblé Keyserling, ce n'est pas l'important par Glycéra (2020-05-09 13:18:48) 
[en réponse à 894958]



qui n'est pas important pour l'auteur des lignes que je mettais en lice.


Mais, en passant, voici une citation de Keyzerling, pour tous ceux qui n'en ont jamais entendu parler : il n'est pas inutile de lire qu'il pensait pourrie la société visible d'Extrème-Orient, et qu'il voyait l'Ismal comme abolition des limites entre les peuples.






La Révolution mondiale et la Responsabilité de l'esprit, 1934

Dès le commencement de la révolution allemande, je fus impressionné par la parenté du national-socialisme avec l'islam et cette impression n'a fait que se préciser et s'affermir depuis. L'islam, qui à l'origine était la foi d'une obscure tribu nomade, conquit avec une rapidité vertigineuse la plus grande partie de l'Orient qui comptait alors, historiquement parlant, et cela parce qu'il constituait un mouvement puriste et purificateur au milieu d'un monde civilisé à l'extrême et moralement pourri.

Sans la corruption monstrueuse de l'époque précédente, corruption plus contraire que tout au monde au tréfonds du caractère allemand, Adolf Hitler n'eut jamais pu, en un temps si court réunir autour de lui l'écrasante majorité du peuple. Mais la lutte contre la corruption entraine la suprême estime accordée aux valeurs de caractères;et par la, le critère auparavant valable de la culture et de l'esprit tombe en désuétude. Les vertus les plus simples et les plus élémentaires deviennent déterminantes, et ainsi nait du jour au lendemain, qu'il s'agisse du national-socialisme ou de l'islam, une nouvelle unité, dont la force et la tension sont immenses; et en face de cette unité on voit s'écrouler et se réduire à néant la plupart des différences précédemment importantes (dans le cas de l'islam, les différences entre les peuples et les cultures; en Allemagne, les classes et les partis).

En outre les deux mouvements sont essentiellement religieux, et non pas politiques. Si l'on observe les points essentiels, ils se distinguent surtout en ceci : l'esprit de l'islam était originellement nomade et partant conquérant et il le resta durant des siècles; le national-socialisme, par contre représente une rupture avec le déracinement provoqué par l'ère intellectualiste, et un retour aux racines du Sang et de la Terre.

La Révolution mondiale et la Responsabilité de l'esprit (1934), Hermann von Keyserling, éd. Libraire Stock, 1934, p. 134-135

images/icones/neutre.gif  ( 894981 )Nous serons tous.... par Pol (2020-05-09 13:16:03) 
[en réponse à 894856]

....plus forts, plus certains de l'avenir, plus confiants en nous-memes et tout le monde entier profitera quand la messe de toujours sera rétablie dans le monde.
images/icones/fleche3.gif  ( 894984 )Donc, quand notre tradition vivra à nouveau ? par Glycéra (2020-05-09 13:27:47) 
[en réponse à 894981]


C'est à dire quand chacun pratiquera sa tradition native ?
A fond ?
Car elle est comme le sol du verger où l'arbre a été planté ?

Elle est ce qu'il lui faut.

Alors qu'avons-nous fait de notre sol en Occident ? Et qu'y avons-nous voulu planter ?

Pareil pour l'Orient.
Connaître la manière de vie et le mode de pensée, et de pratiquer chacun l'un de l'autre, n'est-ce pas grandir, et arroser sa propre tradition en la redécouvrant sous le climat qui nous est bénéfique ?

Pour nous la messe ... Qu'elle redevienne contemplative !
et pour nous les visites à l'Eucharistie ... qu'elles soient rencontres entre l'âme et son Dieu.

Pour eux ?
Qu'au sein de leur méditation retrouvée, ils sentent combien une rencontre appelle leur âme.
Quand ils touchent le Créateur, il est aisé de parler de DIeu, et des lieux où aller se mettre en Sa Présence.

Deux angles à mon sens, l'un en pratiquant la messe et la communion, l'autre en se posant pour se centrer.
Deux angles de regard vers l'intérieur, pour voir une même vie.

Et hélas, qu'avons-nous fui notre richesse réelle :
être en soi avec Dieu ?

Perdus ? En courant derrière les acquis matériels, tant à l'Occident qu'à l'Orient.

Je laisse encore chercher avant de donner la date de ce texte...
Avec mes bonnes salutations
Glycéra
images/icones/1b.gif  ( 894998 )Ne cherchez plus par Signo (2020-05-09 17:06:34) 
[en réponse à 894984]

1927



images/icones/1a.gif  ( 894999 )Et que vous semble la pertinence de ces lignes ? par Glycéra (2020-05-09 17:08:33) 
[en réponse à 894998]


Il me semblait que c'était 1924...

Ce n'est pas loin !

Merci à vous.
images/icones/fleche2.gif  ( 895009 )Réponse par Signo (2020-05-09 21:09:45) 
[en réponse à 894999]

Je ne suis pas trop d'accord avec l'auteur, dans la mesure où je pense que la véritable mystique et métaphysique chrétienne subsiste en Occident, notamment dans les monastères traditionnels.

Il y a un malentendu pour ce qui est de l'Orient: Guénon parle des civilisations extrême orientales asiatiques, alors que personnellement je ferai plutôt référence à l'Orient chrétien (byzantin notamment).

D'une manière générale, il est clair que Guénon est totalement passé à côté du christianisme, dont il n'a pas pu déceler la dimension initiatique, ésotérique et la profondeur métaphysique, pourtant évidente quand on lit les Pères.
images/icones/hein.gif  ( 895037 )Pas compris par Glycéra (2020-05-10 11:50:07) 
[en réponse à 895009]


Oui le texte parle de l'Orient lointain.

Oui, les orthodoxes sont l'Orient, mais proche.

(Vu de l'Orient lointain, ces contrées sont en Occident.)



Vous parlez de mode de connaissance et de pratique différents entre l'Est et l'Ouest de nos contrées, entre Rome et Byzance, pour schématiser.

Certes, il est resté plus de traditions chez les Orthodoxes qu'en Occident révolté, et la pratique de vie intérieure chez eux y est pour beaucoup. Certes aussi, des contemplatifs pratiquent chez nous, et des ermites inconnus (sauf de leurs très proches) vivent aussi chez nous. Est-ce assez ? ou pas encore assez ? le nombre est-il primordial, ou bien le feu du coeur l'est-il bien plus ?

Or, le texte parle de société, de "civilisation" dans le contexte de 1924, avec la volonté de conquêtes, d'annexions, visible alors en Occident, dont la Russie fait partie.



Cela fait que je n'ai pas compris pourquoi vous désiriez corriger le contenu du mot Orient.

images/icones/fleche2.gif  ( 895033 )Qu'est-ce qui a fait changer l'Orient ? par Glycéra (2020-05-10 11:35:38) 
[en réponse à 894981]

Mais a-t-il changé dans le fond ?

Ses marchands sont depuis des siècles très forts en commerce, ce n'est pas le fond de la vie des gens d'un pays.

Ses élites spirituelles, sages, ont-elles été éliminées ?

Ne sont-elles pas comme en Occident silencieuses, discrètes, à réveiller ?

Leur décadence n'est-elle pas moins ancienne que celle de la vie sociale de l'Occident, où, par exemple l'on était chrétien par sociabilité peureuse, et non pas habituel de l'intérieur de chacun ?

Ce n'est pas un hasard si les monastères contemplatifs qui tiennent sont traditionnels. Et cloîtrés, ou retirés le plus souvent. Prenons-en de la graine, pour avoir se retirer, en soi-même, et savoir qui on est.






Ecrit en 1927 :




‒ On parle d’une menace de l’Orient ?
- Moi je crois qu’il faudrait plutôt parler d’une menace de l’Occident. C’est l’Occident qui a envahi l’Orient, il me semble ! C’est l’Occident qui cherche à imposer partout son esprit. Le changer ? Il est dans la mentalité de l’Occident. Et l’Occident va tout droit à sa perte et risque d’entraîner avec lui le reste du monde ! L’esprit mauvais, c’est lui.

‒ Et l’esprit oriental ?
‒ C’est lui qui est dans la vérité. Car il admet la prédominance de l’intelligence. La spiritualité est pour lui essentielle. La vie contemplative, il la place au premier rang.

Les Orientaux ne dédaignent pas l’action, mais ils la jugent inférieure à la pensée et la subordonnent. Ces rapports de la connaissance et de l’action ont fait le sujet d’un de mes derniers articles où j’étudiais la possibilité d’une entente entre l’Orient et l’Occident.

Il y a un fait certain, c’est que l’Occident du moyen âge ressemblait beaucoup plus à l’Orient qui n’a que peu varié au cours des siècles. Mais l’Occident, lui, s’est transformé, et l’Occident est maintenant aux antipodes de l’Orient.

L’Orient, c’est l’esprit de tradition ; l’Occident est la négation même de cet esprit. Nulle conciliation n’est possible. Vous n’avez qu’à entendre parler les Orientaux.

/… /
« Redevenons des contemplatifs ; et ces hommes de l’Orient nous sentiront proches d’eux ; il y aura entre eux et nous, malgré la diversité des philosophies et des religions, une entente tacite des âmes. Nous ne pourrons nous-mêmes qu’y gagner. À nous de nous corriger ! Si l’Occident doit se défendre, c’est avant tout contre lui-même ! »