
( 892458 )
La Providence et la confiance en Dieu par Fr.Garrigou-Lagrange par ami de la Miséricorde (2020-04-13 22:38:56)
[en réponse à 892457]
CINQUIÈME PARTIE
PROVIDENCE, JUSTICE ET MISÉRICORDE
CHAPITRE IV
LA PROVIDENCE ET LA CHARITÉ ENVERS LE PROCHAIN
Quel est l'objet secondaire de la charité ?
La charité est aussi supérieure à la justice, non seulement à la justice commutative et à la justice distributive, mais même à la justice légale et à l'équité, qui nous font respecter les droits d'autrui par amour du bien commun de la société.
La charité nous fait aimer notre prochain, et même nos ennemis, pour l'amour de Dieu, et du même amour surnaturel et théologal que nous avons pour Dieu.
Comment est-il donc possible d'avoir pour des hommes, généralement imparfaits et parfois méchants, un amour divin ?
La théologie répond par un exemple très simple qu'explique ainsi saint Thomas : Celui qui aime beaucoup son ami aime du même amour les enfants de cet ami, il les aime parce qu'il aime leur père, et à cause de leur père il leur veut du bien ; pour l'amour de leur père il viendra, s'il est nécessaire, à leur secours et leur pardonnera s'il est offensé par eux. Si donc tous les hommes sont enfants de Dieu, ou tout au moins appelés à le devenir, nous devons aimer tous les hommes, même nos ennemis, et les aimer proportionnellement dans la mesure où nous aimons leur Père commun.
Pour aimer ainsi surnaturellement notre prochain, il faut le regarder avec les yeux de la foi, et se dire : Cette personne de tempérament, de caractère peut-être opposés aux miens, est « née non pas seulement de la chair et du sang ou de la volonté de l'homme », mais, comme moi, est « née de Dieu » ou appelée à naître de Dieu, à participer à la même vie divine, à la même béatitude.
Dans une même famille tous les membres doivent se regarder ainsi, et non seulement dans une même famille, mais dans une même association, dans une même patrie, bien plus dans l'Église entière, qui réunit les patries, sans méconnaître leur légitime et nécessaire variété, pour introduire leurs membres dans le royaume de Dieu.
Ainsi nous pouvons et devons dire des âmes avec lesquelles nous vivons, de celles même qui ne nous seraient pas naturellement sympathiques : Cette âme, même si elle n'était pas en état de grâce, est certainement appelée à devenir ou à redevenir enfant de Dieu, temple du Saint-Esprit, membre du corps mystique du Christ ; elle est peut-être plus près que moi du cœur de Notre-Seigneur, c'est une pierre vivante qu'il travaille peut-être plus que d'autres pour la mettre à sa place dans la Jérusalem céleste.
Dès lors comment ne pas l'aimer, si j'aime vraiment mon Dieu ? Et si je n'aime pas cette personne, si je ne désire pas son bien et son salut, mon amour de Dieu est un mensonge. Si au contraire je l'aime, malgré les oppositions de tempérament, de caractère, d'éducation, c'est un signe que j'aime mon Dieu. Je puis aimer vraiment cette personne du même amour essentiellement surnaturel, théologal, que j'ai pour les trois Personnes divines, car ce que j'aime en elle, c'est une participation de la vie intime de Dieu, qu'elle a déjà ou qu'elle est appelée à recevoir, c'est la réalisation de l'idée divine, qui préside à sa destinée, et la gloire qu'elle est appelée à donner à Dieu.
Les incrédules objectent : Mais est-ce vraiment là aimer l'homme ? N'est-ce pas seulement aimer Dieu et le Christ dans l'homme, comme on admire un diamant dans un écrin ?
L'homme voudrait être aimé pour lui-même, mais à ce titre il ne peut demander un amour divin. Et c'est pour réagir contre cette tendance égoïste que Pascal disait sous une forme volontairement paradoxale : « Je ne veux pas qu'on m'aime ».
En réalité la charité n'aime pas seulement Dieu dans l'homme, mais l'homme en Dieu, et l'homme lui-même pour Dieu. Car enfin elle aime ce que l'homme doit être, partie impérissable du corps mystique du Christ, et elle fait tout ce qui est en elle pour lui faire atteindre le ciel. Elle aime même ce que l'homme est déjà par la grâce, et, s'il n'a pas la grâce, elle aime en lui sa nature, non pas en tant qu'elle est déchue, blessée, et hostile à la grâce, mais en tant qu'elle est capable de la recevoir.
La charité aime l'homme lui-même, mais pour Dieu, pour la gloire qu'il est appelé à lui rendre, gloire qui n'est autre que la manifestation de la divine bonté ou son rayonnement.
Telle est l'essence de la charité envers le prochain, ou charité fraternelle, extension de notre amour de Dieu à tous ceux que Dieu aime.
Source : Livres-mystiques.com
Que Jésus Miséricordieux vous bénisse
ami de la Miséricorde