Le Forum Catholique

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images/icones/neutre.gif  ( 891747 )Fontgombault par gguivarch (2020-03-30 23:43:24) 

Pour ma part je trouve le père abbé très sensé.


Beaucoup parmi vous vivent la privation imposée de la Messe et de l’Eucharistie comme une grande souffrance. L’occasion douloureuse vous est donnée de vous souvenir que l’Eucharistie est un don gratuit, non un dû.

C’est aussi le moment d’un examen de conscience sur la façon dont nous nous préparons à recevoir ce sacrement, et sur la manière dont nous le recevons : les sacrements ne sont-ils pas trop souvent traités à la même enseigne que les biens de consommation ? Ce temps vous invite à une prière familiale et personnelle renouvelée et plus intense. Les diocèses développent heureusement des moyens pour y initier les fidèles.

Heureusement aussi, les églises restent encore ouvertes, et le Saint-Sacrement y est parfois exposé. Notre prière doit vraiment s’intensifier en ces périodes de détresses corporelles et spirituelles.

Contre la propagation de ce virus inconnu, des mesures de prudence ont été recommandées par les pouvoirs publics et spécifiées dans les diocèses par les évêques. Ces mesures dérangent nos habitudes. Il ne viendrait pourtant à l’idée de personne de supposer qu’elles ont été prises dans un autre but que de préserver la santé de la population et d’éviter autant que faire se peut une contagion massive, en particulier des personnes vulnérables que les services hospitaliers ne pourraient prendre en charge. Les respecter relève de la charité. N’oublions pas l’avertissement de saint Paul aux Romains : « Que chacun se soumette aux autorités en charge. Car il n’y a point d’autorité qui ne vienne de Dieu, et celles qui existent sont constituées par Dieu. Si bien que celui qui résiste à l’autorité se rebelle contre l’ordre établi par Dieu. Et les rebelles se feront eux-mêmes condamner. » (Rm, 13, 1-2) Tant que rien de contraire à la loi divine ne nous est commandé, il faut obéir. Mieux vaut obéir que de commenter sans fin, au risque de s’épuiser et d’épuiser les autres, les décisions prises par ceux qui sont responsables et qui cherchent de façon évidente le bien de tous. Les plus loquaces dans le genre de la critique sont souvent ceux qui ont le moins de responsabilités.

C’est dans ce contexte que des restrictions d’accès à l’église abbatiale vous sont imposées. Cette crise sanitaire mondiale révèle aussi la petitesse de l’homme en face de la nature. Un virus, ce n’est pas très gros et pourtant… Le colosse fait d’or et d’argent qui asservit le monde tremble et révèle ses pieds d’argile. Les bourses s’effondrent. Les frontières se ferment. Aurions-nous oublié que notre planète si confortable poursuit une course fulgurante dans un univers hostile ? Que la nature est généreuse, mais qu’elle peut s’épuiser ? Que le petit homme qui naît a besoin d’être accueilli, aimé ? Que tout homme a besoin d’être aimé ? Confronté au fléau, l’homme moderne, si sûr de lui, apparaît impuissant. Acheter la mort d’un enfant, acheter le silence des hommes en face d’une enfance ou d’une humanité exploitées et avilies ne lui pose pas de problème ; mais ce petit virus, lui, nul ne peut l’acheter. Il ne se vend pas. Sans foi ni loi, il contamine, offrant au monde l’image de ce qui se passe de manière beaucoup plus discrète, silencieuse et depuis longtemps, dans le domaine moral.

Évoquons à titre d’exemple la double et récente décision particulièrement révoltante de trois juges de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), rendue publique le 12 mars dernier, qui prive les sages-femmes en Europe de la garantie de leur droit à l’objection de conscience face à l’avortement. Comment imposer à ceux qui font profession de lutter pour la vie de poser des gestes de morts, et leur refuser une légitime liberté de conscience en face d’un acte qui demeure objectivement un crime ? Notre monde est devenu fou, incohérent.

Le confinement imposé est aussi l’occasion de redécouvrir le cœur du foyer, ce lieu si sacré de la vie de famille et en famille. Devant le mal, les hommes redécouvrent ce lieu où ils ont été conçus, où ils ont grandi, où ils ont appris à vivre ensemble sous le regard de Dieu ; ce creuset de l’amour familial si malmené se révèle un refuge béni. Puissiez-vous prendre en ces jours le temps du silence, le temps de vivre la vraie vie. Pour nous moines, la charité passe par l’offrande de notre prière. Unissez-vous spirituellement à nous chaque mardi, lors des Messes pro tempore mortalitatis, « pour les temps d’épidémie », que célèbrent les prêtres de l’abbaye en réponse à la demande de notre évêque.
images/icones/fleche2.gif  ( 891750 )Un texte très intéressant qui cependant... par Chicoutimi (2020-03-31 05:10:32) 
[en réponse à 891747]

part peut-être du présupposé que la crise sera de courte durée et que tout reviendra à la normale dans quelques semaines. Et effectivement, si nous devons attendre 2, 3, ou même 4 semaines pour ensuite pouvoir vivre normalement, je pense qu'il y a là un sacrifice raisonnable qui peut se justifier.

Mais si la crise devait durer des mois, voire des années? Bien que la Providence nous précède, ne serait-il pas sage dès maintenant de commencer à envisager comment les sacrements pourraient être donnés, de manière sécuritaire, si la situation devait perdurer?

Je vous donne un exemple. Dans les Forces armées canadiennes, tout le personnel a reçu l'ordre de se tenir prêt car ''on s'attend à des vagues de Covid-19 pour les 12 prochains mois'' (Source). Il s'agit ici du pire qui a été envisagé, mais justement le pire est toujours possible et les institutions s'y préparent.

Bien que l'Église ne soit pas une institution purement humaine, il faut aussi admettre qu'elle est aussi humaine et, en ce sens, elle doit se préparer à faire face à des situations qui perturbent son fonctionnement et ses membres. C'est peut-être ce manque de préparation aussi qui fait que des fidèles manifestent leurs inquiétudes, parfois maladroitement ou même de manière lassante.

On ne peut certes pas tout prévenir, et il faut faire confiance en Dieu, mais comme toute institution l'Église doit se préparer au pire afin que les sacrements puissent être donnés dans des circonstances difficiles. Car c'est là l'une de ses raisons d'être. On peut bien donner l'exemple des chrétiens du Japon qui furent des siècles privés de l'Eucharistie, on ne va quand même pas souhaiter que cela arrive, ni même penser que cela puisse être viable pour l'Église dans son ensemble sur une longue période.

Que les mesures actuelles (à savoir l'impossibilité d'aller à la messe et le devoir de garder une distance sociale) soient pour notre bien, je suis d'accord et je les respecte. Mais personne n'a encore dit pour combien de temps cela allait durer. On se contente parfois de dire ''jusqu'à ce que le virus parte''. Mais aux fidèles qui se demandent: quand recommencerons-nous à recevoir les sacrements ? il serait possible d'y répondre si nous étions préparés. En effet, la réponse ne serait pas conditionnelle à la disparition du virus, mais elle dépendrait de notre capacité à agir dans des conditions où le virus est encore présent. À ce titre, il faut lever notre chapeau aux prêtres et aux évêques qui ont instaurés des pratiques créatives et sécuritaires: confessions du genre ''service au volant'', séparation du prêtre et du pénitent par une vitre, multiplication des messes pour diminuer les assemblées, etc.

Et enfin, c'est bien beau d'inviter les fidèles à l'obéissance en leur rappelant que l'Eucharistie n'est pas un dû, mais encore faut-il rappeler que les fidèles ont aussi un droit aux sacrements: ''Les fidèles ont le droit de recevoir de la part des Pasteurs sacrés l'aide provenant des biens spirituels de l'Église, surtout de la parole de Dieu et des sacrements'' (canon 213).