Le Forum Catholique
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( 890320 )
A propos des options et des dérogations liturgiques par AVV-VVK (2020-03-18 09:42:12)
Intéressant (soyons un peu "indulgents")
* * * * Mardi, 17 mars 2020. Le Missel romain restauré à la suite de Vatican II parle d’ “options” : « On pourra... » est une expression que l’on retrouve assez souvent dans la “Présentation générale du Missel romain”. Le sens de ce verbe mérite d’être précisé lorsqu’il s’applique à la liturgie.
Une “option”, en liturgie, ne signifie jamais - insistons sur le mot “jamais” - un choix laissé au célébrant.
Il existe une règle essentielle en liturgie qui est celle-ci et que les prêtres devraient savoir après six années de “formation” les préparant au sacerdoce : il y a une “norme” qui doit impérativement être suivie dans toute célébration. Et c’est uniquement quand cette norme ne peut pas être suivie, pour des raisons indépendantes du célébrant, que les “options” peuvent entrer en jeu. Telle est la règle de base de la liturgie depuis les temps apostoliques.
L’erreur la plus courante que font aujourd’hui de nombreux célébrants et la quasi totalité des “équipes liturgiques” est celle-ci : on commence par regarder les “options”, puis on reconstruit la liturgie à partir de celles-ci pour obtenir une célébration qui sera plus ou moins conforme à la norme ; en fait, une célébration bancale et hybride faite de bric et de broc. On “peut” faire comme ceci donc on “va” faire comme ceci... On inverse les choses.
Or, c’est le contraire qu’il faut faire : il faut partir de la norme liturgique et, dans la mesure où celle-ci ne peut pas être suivie, voir au cas par cas ce que permettent de faire les “options” légitimes.
Cette règle élémentaire a été clairement rappelée dans la Lettre “Dominicae Cenae” de Saint Jean-Paul II : « Nous avons lu avec émotion, dans des livres écrits par des prêtres qui avaient été prisonniers dans des camps d’extermination, des relations de célébrations eucharistiques faites sans suivre [les règles liturgiques], c'est-à-dire sans autel et sans ornements. Si, en de telles conditions, cela était une preuve d'héroïsme et devait susciter une profonde estime, dans des conditions normales toutefois, négliger les prescriptions liturgiques peut être interprété comme un manque de respect envers l’Eucharistie, éventuellement dicté par l'individualisme ou par un défaut de sens critique au sujet des opinions courantes, ou par un certain manque d’esprit de foi. »
En liturgie, les “options” ont existé bien avant le concile Vatican II. Mais l’on parlait alors plutôt de “permissions” ou de “dérogations” ponctuelles à la règle générale. Ces “dérogations” étaient d’ailleurs tellement habituelles que, dans les petites églises rurales, le Propre du jour en grégorien n’était jamais chanté : il était remplacé par des cantiques qui n’avaient pas toujours un rapport avec les textes liturgiques. “Dérogation” à la règle générale qui demandait que le Propre du jour soit chanté... Ce n’est là qu’un exemple ; on en trouverait bien d’autres dans les messes célébrées dans les pays de mission avec les “moyens du bord”.
Quoi qu’il en soit, insistons sur le fait qu’une “option” doit toujours passer après le respect de la “norme”
Source: Pro Liturgia

( 890321 )
Pourquoi être indulgent ? par Nemo (2020-03-18 10:10:16)
[en réponse à 890320]
Depuis de nombreuses années Pro Liturgia nous donne des leçons.
Il ne s'agit pas d'oeil pour oeil et dent pour dent, ce serait stérile. D'autant plus que les idées défendues par Pro Liturgia n'intéressent qu'un petit nombre (dont moi), et qu'après tout j'ai toujours été favorable à des échanges d'opinion, je n'aime pas beaucoup le politiquement correct et l'uniformité à tout prix. Il s'agit donc plutôt d'être factuel.
Pro liturgia nous assène d'abord un postulat :
Une “option”, en liturgie, ne signifie jamais - insistons sur le mot “jamais” - un choix laissé au célébrant.
Il n'y a aucune démonstration.
Je prétends au contraire qu'une option est un choix laissé au célébrant. Qui choisit telle ou telle forme de pénitence dans le nouveau rite, kyrie ou confiteor ou versets ? Qui choisit telle ou telle prière eucharistique ?
On passe ensuite sur la messe dans les camps de concentration. Qui pourra m'expliquer le rapport ? Mettre une chasuble ou pas n'est pas une option déjà, et de plus quand on n'en a pas on n'en a pas ! Rien à voir avec ce qui se passe dans les paroisses du nouveau rite.
Il est d'ailleurs curieux qu'un site qui se pique de connaissances liturgiques n'emploie pas une seule fois ni le mot indult, ni le mot de coutume contra legem mais les mots dérogation et permission qui ne font pas partie du vocabulaire liturgique.
Enfin dire que dans les églises rurales le propre n'était jamais chanté mais remplacé par des cantiques s'applique aussi aux paroisses parisiennes. Je n'ai pas la source mais j'ai entendu dire qu'en 62 seules quatre paroisses parisiennes avaient conservé le chant du propre à la grand-messe. Mais ce qui a fait disparaître le pain-chant des églises, c'est le dénigrement systématique de Solesmes. Vous remarquerez que Solesmes ne s'attaque pas aux messes à cantiques mais aux chantres de campagne qui dénaturaient le chant grégorien. Je peux témoigner que tant en Normandie qu'en Bourgogne, les deux régions que j'ai investiguées, chaque petite paroisse possédait un graduel antiphonaire dont les pages usées et parfois les annotations témoignaient de l'utilisation. Il faut savoir que l'école normale formait les instituteurs au plain-chant et que très fréquemment l'instituteur complétait ses revenus en étant le chantre de l'église. Donc il est faux de dire que des cantiques étaient chantés en lieu et place du propre avant le 20ème siècle. Les cantiques se chantaient chez soi, dans les écoles, ou dans les chapelles de catéchisme quand elles existaient. C'est ce qui est écrit dans certains manuels de chants de Saint-Sulpice.
Je me demande vraiment qui a pu écrire l'article de Pro Liturgia que je récuse.

( 890323 )
instituteur et chantre par JVJ (2020-03-18 10:53:42)
[en réponse à 890321]
Merci Nemo, toujours très très intéressant, à la fois ferme et ouvert.
La commune rétribuait aussi bien le curé en complément de son traitement de fonctionnaire, que la religieuse maîtresse d'école et que l'instituteur chantre bien souvent ex officio. On avait ainsi des maîtres républicains qui devaient, moralement, chanter à la messe sous la pression sociale, ou des Voltairiens dès la monarchie de Juillet (Louis XVIII était plus voltairien qu'ultramontain…).
Je prends le temps de transcrire du journal d'un curé du Langrois, légitimiste, qui tint son journal dans les années 1870... Manuscrit inédit piquant et qui mériterait une étude, comme celle du Professeur Boudon sur le menuisier Joachim Martin dans les Hautes-Alpes à la même époque (disponible en livre de poche, aspects religieux garantis).
Au sujet de l'instituteur du village de 1863 à 1872, Léon Hémery.
"Cet homme n'était pas brillant sous le rapport religieux et n'était pas exposé à une indigestion de dévotion. Il pouvait chanter avec mesure à l'église, car il avait souvent la montre à la main. Habile serviteur de Dieu et ami de la joie, il aurait pu faire un bon professeur de récréation, il s'avait s'amuser et s'en donnait le peine, son esprit frivole et léger, et le défaut de succès dans ses classes lui ont fait perdre l'estime de ses supérieurs qui l'ont envoyé à Leuchey en 1872. Il n'était pas sévère dans le choix de ses amis et son entourage laissait à désirer."
Dans l'église de mon village, on voit toujours le siège au premier rang à droite du chantre, avec des accoudoirs, et un pupitre très large devant pour recevoir l'antiphonaire.
Un jour, un maire idiot, adoubé par la CDAS tout aussi iconoclaste, détruira cette chaire sous le prétexte qu'elle gêne la perspective… On ne compte pas les curés et les maires qui ont détruit des bancs qui avaient des inscriptions remontant parfois au XVIIe siècle. Les bancs d'œuvre et de fabrique ont été souvent relégués…
Si un seul lecteur me le demande, je prends le temps de transcrire les premières lignes de ce journal, délicieuse tant elle attaque Thiers et le roi d'Italie, pour défendre le comte de Chambord. Nous sommes en 1873...
La tombe de ce brave curé existe encore, mais un jour, les remaniements des cimetières l'enlèveront dans l'indifférence des catholiques. Pitié pour les tombes des curés et des religieuses dans nos cimetières de campagne.

( 890361 )
Placet par Gaspard (2020-03-18 18:37:54)
[en réponse à 890323]
Pour les premières lignes de ce journal que vous proposez. Merci !

( 890364 )
Si j'osais... par Candidus (2020-03-18 19:02:27)
[en réponse à 890361]
Un scan de l'intégralité du journal serait-il envisageable ?

( 890380 )
pour Gaspard par JVJ (2020-03-18 21:34:28)
[en réponse à 890361]
"Registre de paroisse de St-Bénigne de [un mot], commencé par Claude Japiot, curé 26 mars de l'an de grâce 1873 sous le gouvernement de la République provisoire présidée par Thiers, sous le règne du St Pape Pie IX prisonnier de Victor Emmanuel son spoliateur et le père d'Amédée premier et dernier qui vient de descendre les marches du trône de l'Espagne que Dieu n'avait pas créé pour lui pour montrer à son père comment il devra s'y prendre pour quitter la Ville éternelle quand l'heure de la Providence aura sonné, sous le Pontificat enfin de Monseigneur Guerrin évêque de Langres".
Je m'interroge sur la presse qui pouvait si bien informer ce petit curé de campagne, légitimiste, d'un bien modeste village.
Il raconte dans ses mémoires comment il reçut les Prussiens (protestants…) dans son presbytère, ce fut quelque chose et il n'y a pas de raison de penser qu'il invente.
Il montre aussi très bien la canaille républicaine gagner petit à petit le conseil municipal dans les années 1880. L'école fit son œuvre.
Parlant de ses prédécesseurs, il écrit une notice sur un prêtre jureur en n'écrivant que sur une colonne de droite, pour ne pas le mélanger à la mise en page ordinaire !
Dans ce diocèse, en 1860, chaque village demandait à être érigé en paroisse et il y avait un desservant au moins par village. Beau XIXe siècle ! Une congrégation diocésaine des Sœurs de la Providence de Langres fut fondée par un ancien prêtre réfractaire. Presque deux religieuses par village tenaient l'école dans les campagnes, avant d'être sécularisées par la république. La congrégation essaima aussi dans le diocèse de Dijon au nord et nord-ouest. Aujourd'hui, il ne reste plus qu'une dizaine de ces religieuses.

( 890332 )
je confirme dans ma paroisse par Paxtecum (2020-03-18 12:32:31)
[en réponse à 890321]
d'enfance dans le Bessin en Normandie, je me souviens avoir été marqué dans les années 50 par les deux chantres de la messe dominicale.
Il s'agissait de 2 braves agriculteurs pour lesquels tout cela était très naturel.
C'est un souvenir d'enfant qui m'a tellement marqué que je les revois encore dans ma tête 70 ans après.

( 890476 )
Vous oubliez un aspect de la question Nemo par Signo (2020-03-19 19:30:20)
[en réponse à 890321]
Les normes liturgiques, en plus de garantir la fidélité des formes au mystère célébré, sont aussi des normes juridiques.
Or il y a un principe de base en droit, qui est celui de la hiérarchie des normes. Toute norme doit être conforme à la norme qui lui est immédiatement supérieure.
Ainsi les décisions d'un directeur d'hôpital doivent être conformes au règlement intérieur de l'établissement. Ce règlement doit être conforme à la loi qui elle même doit être conforme à la Constitution.
En liturgie, c'est pareil: toute norme liturgique présente dans le Missel de 2002 doit être interprété à la lumière des textes magistériels (encycliques et lettres apostoliques comme Ecclesia de Eucharistia, Dominicae Cenae) et surtout à la lumière de Sacrosanctum Concilium. Et cette constitution doit être interprété à la lumière de la Tradition reçue du rite romain (autrement dit, en se rapprochant le plus possible du missel ancien, mais avec les normes nouvelles; là où ces normes sont silencieuses et si il y a un doute, on doit se référer à la pratique de l'usus antiquior, comme, par exemple, sur la manière d'encenser les offrandes, que les nouvelles rubriques ne précisent pas).
C'est ce principe qui rattache la forme ordinaire à la tradition du rite romain, et ce malgré les évidentes lacunes qui sont les siennes.
Il résulte de ce principe qu'en réalité, pour ce qui est des options, on ne peut pas choisir n'importe laquelle, mais on DOIT choisir celle qui correspond le mieux à la Tradition. Si on ne peut pas, on peut choisir l'option n°2, et ainsi de suite. En fait les options ne sont théoriquement pas un encouragement à la créativité, c'est une souplesse permettant l'adaptation du rite à des conditions parfois précaires rendant le respect de la règle traditionnelle difficile ou impossible. Cela permet d'adapter tout en restant "dans les clous" des normes.
Là où je suis d'accord avec vous, c'est que ce principe de hiérarchie des normes n'a jamais réellement été expliqué et appliqué, de sorte que les options sont apparues davantage comme des encouragements à une fausse créativité, c'est pourquoi je pense que leur introduction a été une erreur.
Pour le reste je suis assez d'accord avec vous.

( 890478 )
L'introduction des options a été faite délibérément par Pétrarque (2020-03-19 19:42:44)
[en réponse à 890476]
et, précisément, dans une intention diamétralement opposée à un esprit tradionnel.
Tout cela a été savamment organisé, par des gens qui savaient pertinemment ce qu'ils faisaient et où il voulaient emmener la liturgie.
Leur esprit était un esprit de rupture, pour ne pas dire un esprit de révolution.

( 890539 )
Oui et non par Ion (2020-03-20 11:02:31)
[en réponse à 890476]
Vous avez raison d'évoquer la hiérarchie des normes, et de préciser ainsi que la PGMR 2002 doit être interprétée à la lumière de Sacrosanctum Concilium. La PGMR cite d'ailleurs SC presque systématiquement.
En revanche, entre tradition liturgique préconciliaire et SC, nous ne sommes plus dans la hiérarchie des normes, dans la mesure où SC réforme cette tradition liturgique. C'est donc plutôt SC qui éclaire la tradition antérieure, en la réformant sans rupture, que l'inverse.
Par conséquent, vos critères de choix entre deux options me semblent hasardeux. Les expressions "ce qui correspond le mieux à la Tradition", "être dans les clous des normes" ne veulent pas dire grand chose.
En revanche, vous avez aussi raison quand vous rappelez que là où la norme actuelle est silencieuse, on peut se référer à la norme antérieure.
Ion