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images/icones/fleche3.gif  ( 888408 )Dysmas de Lassus:Le prieur des Chartreux sort de son silence par Jean Kinzler (2020-02-24 18:33:52) 

Le prieur des Chartreux sort de son silence
Publié le 24/02/2020 à 18h16 - Modifié le 24/02/2020 à 18h18 Interview Sophie Lebrun

Dysmas de Lassus a reçu La Vie à son monastère de la Grande Chartreuse, alors qu’il publie un livre, fruit de ses réflexions sur les abus dans les communautés religieuses.


La neige n'est pas au rendez-vous cette année. À peine tient-elle par endroits autour des falaises du Grand Som qui s'élance vers le ciel, culminant à 2026 m. À ses pieds, les nombreux bâtiments du monastère de la Grande Chartreuse, murs blancs surplombés de toits gris, s'étalent dans un coin de vallée. Malgré les nombreux panneaux « Zone de silence », inscrit au-dessus du dessin sommaire d'un moine, les coups de marteaux sur des barres de fer résonnent d'une paroi rocheuse à l'autre. « Nous sommes dans un édifice classé monument historique, il y a toujours des travaux », explique Dysmas de Lassus, ministre général des Chartreux, qui nous accueille devant le grand portail rouge de son monastère.

Fait exceptionnel, l'homme à la robe de bure blanche et aux sourcils broussailleux nous entraîne au-delà de l'inscription gravée en noir sur une plaque en bois « On ne visite pas le monastère ». Nous pénétrons dans la Grande Chartreuse. Une fois de l'autre côté de la lourde porte de bois à la serrure impressionnante – « Elle aussi classée aux monuments historiques », glisse le prieur, amusé –, nous devons nous arrêter. Devant nous, un jardin aux allées de graviers bordées de haies de buis, qui mène à une immense bâtisse de quatre étages. Dans certaines familles de la région, on raconte encore les visites le long des couloirs mystérieux, abandonnés, quand, dans la première partie du XXe siècle, les frères étaient en exil en Italie après avoir été chassés par l'État français. Nous n'irons pas au-delà de quatre gonds rouillés figés dans la pierre de taille. « La clôture commence ici », s'excuse Don Dysmas, d'autant plus désolé qu'une femme ne peut vraiment pas la franchir, quand un homme aurait eu une chance…

Il faudra se contenter des paroles, exceptionnelles, de ce religieux normalement assigné à une vie de solitude et de silence. Assis dans les fauteuils d'un coquet salon, sous le regard de saint Bruno, fondateur du lieu et de l'ordre cartusien, Michel de Lassus, qui a choisi le prénom du Bon Larron de l’Évangile comme nom de religion, se confie longuement àLa Vie à l'occasion de la sortie de son livre, Risques et dérives de la vie religieuse (Cerf).

Pourquoi prenez-vous aujourd'hui la parole ?

Je n'ai pas décidé de parler ni d'écrire sur les abus dans la vie religieuse : cela s'est imposé à moi. Après être devenu prieur de la Grande Chartreuse en 2014, j'ai entretenu un échange épistolaire qui m'a mené à rencontrer une femme en détresse ; j'ai été touché par son témoignage. J'en ai lu d'autres, et de nouvelles victimes m'ont sollicité pour des entretiens. Dans notre règle, il est spécifié que nous ne faisons pas de direction spirituelle : ce n'est pas ce que j'ai fait, mais j'ai pu être une personne à l'écoute pour celles – principalement des religieuses ou anciennes sœurs – qui n'avaient pas trouvé d'oreille attentive. Devant la cohérence entre les récits d'abus dans des communautés très différentes, j'ai progressivement pris conscience que nous étions face à un problème considérable.

Abus dans l'Église : Le prieur des Chartreux sort de son silence
Sommes-nous donc face à une situation historique ?

La congrégation pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique indique que, en 2018, 3,8 % des instituts dans le monde sont concernés par une visite apostolique et présentent donc un souci. C'est à la fois peu… et beaucoup ; s'il ne faut pas dire que tout va mal, cela reste anormalement élevé. Les abus spirituels ne datent pas d'hier – ils sont humains et ont toujours existé –, mais je ne vois pas tellement de période comme celle que nous vivons. Il y a, actuellement, la découverte d'un côté totalitaire dans les phénomènes auxquels nous sommes confrontés. On a beaucoup abordé la question des abus sexuels sur mineurs – c'est une bénédiction que l'on soit sorti du silence à ce propos –, à tel point que, sur ce plan, je pense que l'on peut être fier de l'Église en France et de la manière dont elle réagit. Je ne l'aurais pas dit avant 2019… Le domaine des violences sexuelles sur des personnes adultes en milieu ecclésial reste moins connu. Quant à celui des abus spirituels, il est peu compris et difficile à appréhender.

Il y a, actuellement, la découverte d'un côté totalitaire dans les phénomènes auxquels nous sommes confrontés.

Ma réflexion a rencontré celle d'autres responsables religieux en France. Président de la Conférence monastique de France, le père abbé de l'abbaye de Maylis François You a mis en place deux années d'études sur les abus en 2016 et 2017, ayant lui-même été confronté au problème. Cette dernière année, il a proposé que l'assemblée régulière des supérieurs monastiques se tienne à la Grande Chartreuse pour que je puisse y assister. Nous n'étions pas prêts à recevoir 40 personnes d'un coup ! Ce fut un temps d'échange important pour une prise de conscience généralisée. Je me souviens des mots d'introduction de François You : ce sont des supérieurs de communauté qui ont fabriqué des situations d'abus, sans avoir toujours de mauvaises intentions. Nous sommes peut-être tous menacés par ce cancer, il vaut donc mieux savoir de quoi il s'agit.

Quels sont les symptômes de ce « cancer » ?

Cette maladie est d'abord rendue visible par l'état de celles et de ceux qui sortent de la vie religieuse abimés, brisés. J'ai entendu cette terrible phrase de leur part : « Je ne sais plus qui je suis. » C’est totalement anormal ! Il y a des hauts et des bas dans la vie religieuse, comme partout ; mais, quand on exprime que l'on ne trouve plus le sens de la vie, l'urgence de la situation devrait sauter aux yeux.

Ayant été 20 ans maître des novices, j'ai été confronté à un jeune religieux habité par des pensées suicidaires. Le soir même, je l'ai envoyé chez des amis pour qu'il ne reste pas seul. Quand, sidéré par le témoignage d'une femme qui a accompagné des sœurs à leur sortie d'une communauté – toutes, à une exception près, avaient eu l’idée de mettre fin à leurs jours –, j'ai transmis l'information à des responsables au sein de l'Église, que j'estime à bien des égards, il n'y a eu aucune réaction… Le degré d'anesthésie est colossal !

Face à un abus dans la vie religieuse, les victimes ne savent plus ce qu'est une intériorité épanouie.

Quels sont les causes de cette maladie généralisée ?

La plus facile à identifier est une structure pyramidale construite autour d'un supérieur. Il reçoit toutes les communications, limitant voire interdisant le dialogue en profondeur entre les membres de la communauté. La déviance se situe alors au niveau du contrôle. À cela peut s'ajouter l'injonction à la transparence, un terrain glissant menant au contrôle des pensées. José Rodríguez Carballo, secrétaire de la congrégation pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique, souligne le risque qu'un institut se considère au-dessus des autres, insistant sur un rôle de « sauveur de l'Église » qu'il aurait reçu.

Ces éléments peuvent exister à divers degrés, et une graduation est à garder en tête. Mais quand ils entrent dans l'esprit des personnes, elles ne peuvent plus lutter, elles perdent peu à peu conscience de ce qu'est la discrétion – au sens monastique du terme, c'est-à-dire la faculté de discerner, le pouvoir de faire un choix libre. Elles ne savent plus ce qu'est une intériorité épanouie. Certaines se débattent face à cela ; pourtant, si une personne à l'intérieur d'une communauté déviante peut percevoir des éléments intuitivement, elle ne peut se convaincre elle-même. Seul, on en vient à se dire que l'on a tort, que l'on est la source du problème, que l'on a mal compris ; car on ne peut pas avoir raison contre tout le monde. On abdique alors devant les autres, devant l'autorité.

Quand le fondateur ou la fondatrice met en place une structure de contrôle – pas forcément avec malveillance –, la deuxième génération en hérite.

Dans la vie religieuse, le rapport à l'autorité est important. En quoi est-ce un levier de danger ?

La manière d'exercer l'autorité est souvent une histoire de transmission. Jeune scout, puis officier de réserve en tant que chef de section en montagne lors de mon service militaire, j'ai pour ma part reçu des repères. C'est en observant dom André, mon prieur pendant 20 ans, que je me suis ensuite forgé dans ce domaine. Chez les Chartreux, nous avons neuf siècles de tradition – c’est un héritage lourd à porter, mais cela donne une stabilité qui assure une grande sécurité. Dans les communautés nouvelles, c'est plus libre, mais ce n'est pas plus facile. Souvent, la structure de contrôle est mise en place par peur de perdre le pouvoir, à la naissance de l'institut. Or, quand le fondateur ou la fondatrice la met en place – pas forcément avec malveillance –, la deuxième génération en hérite : soit elle la remet en cause, soit elle continue à l'identique, répétant les erreurs du passé.

Il est difficile de questionner son héritage…

Cette difficulté se niche dans le passage d’une aventure presque familiale des origines à une structure plus grande. Je suis issu d'un milieu marin, et une image exprime bien cette réalité : faire de la planche à voile et commander un porte-avions ne se font pas de la même manière. En petit groupe, on suit les idées du fondateur et tout se discute. Lorsque le groupe croît, on ne peut pas continuer. Les chapitres entre membres et les formations adaptées pour tous deviennent indispensables ; les avis divergents s'expriment, le mouvement de tous devient plus lent. Cela permet à l'autorité de rester suffisamment décentralisée, et l'esprit de l'institut n'est pas perdu. La souplesse des débuts fait place à un alourdissement des structures qui n'est pas mauvais en soi : un porte-avion pèse plus lourd qu'une planche à voile, et l'on n'y peut rien ! C'est sûr qu'il ne suffit plus que le fondateur ou ses successeurs claquent des doigts pour que l’ensemble se meuve… mais c'est plus sain. Tout pouvoir doit appeler un contre-pouvoir ; l'expression de contrepoids et de résistances fait partie des éléments d'équilibre.

Le phénomène de surdimensionnement du fondateur est, à mes yeux, un réflexe moderne.

Dans l'histoire de la vie religieuse, les fondateurs ont-ils toujours eu une place importante ?

Jean-Marie Gueullette me disait que, pour les dominicains, saint Dominique est celui qui a commencé. Il ne minimisait pas son importance, mais ne le présentait pas comme une figure immense. Le phénomène de surdimensionnement du fondateur est, à mes yeux, un réflexe moderne. Or, quand on tend vers un culte de la personnalité, l'Esprit saint a bien du mal à passer…

Comment aborder la question de l'obéissance ?

Il y a un problème pour appréhender l'obéissance dans l'Église. Historiquement, on est passé d'un extrême à l'autre sur ce sujet. Avec le concile Vatican II, une conception trop rigide de l'obéissance a été remise en cause ; nous sommes tous d'accord pour dire que le changement était nécessaire. Néanmoins, la crainte d’un excès de règles a entraîné une absence de règles, avec pour conséquence, souvent, que la personne qui a le plus d'influence s'impose. Cela, conjugué à un désir de vie dans l'Esprit saint, a pu engendrer la délégation à une personne humaine une autorité qu'elle n'aurait pas dû avoir.

Le religieux qui obéit garde toujours une intelligence et une responsabilité.

Dans les instituts religieux anciens, on sait que le vœu d'obéissance est toujours fait dans un cadre. Un bénédictin promet d'obéir à son abbé… dans la mesure où celui-ci s'exprime à l'intérieur de la règle. Obéir est un agir : personne ne peut imposer une pensée par obéissance. Cela semble simple, mais on voit aujourd'hui combien des glissements vers l'abus ont eu lieu en raison de l'oubli de ces évidences. Le religieux qui obéit garde toujours une intelligence et une responsabilité. Aucune injonction à l'unité – très culpabilisante – ne doit faire disparaître le discernement propre. Je disais souvent aux novices que l’on n’obéit que si on le veut. C'est assez flagrant dans notre ordre, car nous vivons en solitude. Personne ne surveille qui fait quoi dans sa cellule – et personne ne le doit. Dans la vie religieuse, nous promettons obéissance à Dieu à travers une autorité humaine, un prieur, un maître des novices. Ce « à travers » est fondamental.

Quels sont les remèdes aux dérives dans la vie religieuse ?

Je pense que les dérives sectaires interviennent quand on ne cherche plus à former des personnes, mais que l'on court après un mode de fonctionnement unitaire, lisse. Or, le cœur de la vie religieuse est d'aider ses membres à être dans le fond de Dieu, avant d'être enfants de la communauté. Ils doivent alors sentir cette liberté dans la communauté, même s'ils n'en sont pas indépendants : liberté de rester en exprimant des désaccords, liberté de partir sans se voir professer toutes sortes de catastrophes si l'on n'est pas encore engagé.

Les éléments d'une dérive sectaire ressemblent à une toile d'araignée, avec des points de croisement : enlevez-en un et le reste s'écroule.

Le premier pas de la guérison est de comprendre la maladie à laquelle nous sommes confrontés. Technicien par tempérament, je pense que démontrer les mécanismes ouvre la porte à une prise de conscience de ce qui n'est pas « normal ». Ensuite, il faut vouloir changer. Les éléments d'une dérive sectaire ressemblent à une toile d'araignée, avec des points de croisement : enlevez-en un et le reste s'écroule. Par exemple, pour changer une structure pyramidale néfaste, il suffit de vouloir la changer, même si les conséquences de petites transformations dans les modes d'action ancrés dans une communauté et dans les personnes font peur. Cela peut prendre du temps. Il en faut beaucoup pour s'acclimater à l'idée d'un prêtre agresseur. Il en faut aussi pour accepter l'idée qu'une communauté, même reconnue et ayant pignon sur rue, puisse abriter des abus en son sein.

Vouloir écouter les victimes est déjà une brèche dans le système abusif. Dans les dernières communications du pape François sur les abus – laLettre au peuple de Dieu, la lettre apostolique Vous êtes la lumière du monde –, j'ai entendu un véritable appel à ce que la parole se libère. Et que, face à elle, nous nous sentions tous partie prenante. C'est aussi pour cela que mon livre s'inscrit dans un réel service d'Église.

J'affirme que l'on a la capacité interne, dans la vie religieuse, de se remettre en question.

Face aux révélations d’abus concernant Jean Vanier, comment faire face à un sentiment d'effondrement ?

Avant que mon livre ne prenne forme, j'avais livré mes réflexions dans un texte qui a constitué ma première étape d'écriture sur les dérives dans la vie religieuse. Il a circulé dans les communautés chrétiennes et les milieux religieux. Un jour, j'ai reçu la lettre d'une provinciale d'un ordre ancien me relatant tout le bien que ce texte, donné en lecture aux sœurs, avait fait. Il ne leur était pas destiné, mais cette supérieure pensait qu'il était important de questionner les formatrices de sa province, même si elles n'étaient pas dans une situation de dérive sectaire. J'affirme que l'on a la capacité interne, dans la vie religieuse, de se remettre en question.

Révélations sur Jean Vanier : “Un vrai combat spirituel est engagé dans ce présent“

On voit par ailleurs des congrégations durement touchées qui se transforment. Les frères de Saint-Jean font à ce titre un travail intéressant : remettre en cause leur fondateur, en l'espace de six ans, reste une avancée forte en un temps court – même si la prise en compte des victimes a été bien trop longue. Mais regardez les Fraternités de Jérusalem : à la sortie du récit d'une victime de leur fondateur, elles ont lancé une enquête et un appel à témoignage. Cela aurait été impensable il y a quelques années.

Ce travail d'écriture a-t-il eu des effets sur votre propre vie religieuse ?

Je reconnais que cela a vraiment eu un impact sur ma vie, depuis quatre ans, notamment parce que je n'aime pas écrire ! Ensuite parce que ce sujet est douloureux. Pour autant, je sais ce qu'est la vie de chartreux et je constate, depuis que je suis prieur, que ce n'est plus celle que je mène. Je suis constamment dans la communication pour assurer la gouvernance de l'ordre.

À quoi ressemble la vie d'un chartreux « normal » ?

Si cela se passe bien, ça ressemble d'abord à une belle histoire d'amour, comme toute vie religieuse ! C'est la seule chose qui peut justifier une vie comme la nôtre, sinon la solitude devient isolement. J'ai l'habitude de dire qu'un chartreux devrait être – et est parfois – l'homme le moins seul au monde, car notre but est d'être toujours avec Dieu. Le silence et la solitude ne sont que des moyens pour y arriver.

Un chartreux devrait être – et est parfois – l'homme le moins seul au monde, car notre but est d'être toujours avec Dieu.

Cette vie ne ressemble pas, en revanche, à l'image que les gens s'en font. Je lutte sans aucune efficacité contre l'idée que l'on serait en apesanteur, presque suspendu « entre ciel et terre » comme le dit Robin Bruce Lockart dans l’un de ses livres. Quand on est dans une communauté, on se sent surtout les pieds dans la gadoue ! Nous avons une vie très proche de la normalité, avec des jalousies, des colères, des temps de fraternité, des discussions aussi. Car nous ne sommes ni des ermites ni complètement en silence.

Celui qui entre en chartreuse vit-il un décalage entre le rythme de la société qu'il quitte et votre vie ?

Le décalage entre le monde et notre vie est colossal. Je garde en moi un souvenir impérissable de mon premier Noël en chartreuse, à 21 ans : je viens d'une famille nombreuse et, ce soir-là, j'étais toujours très entouré. Ici, il n'y a rien du tout avant le 26 décembre. Cela a été un choc. Ceux qui nous rejoignent aujourd'hui n'ont pas de souci à se retrouver sans téléphone, sans Internet. La réelle difficulté tient à la fragilité des psychologies, que l'on rencontre bien plus souvent qu'avant. S'engager « pour toujours » n'est plus acquis dans la société. Les profils que nous rencontrons ont connu des situations familiales éclatées, des parcours peu linéaires. La question d'une fidélité jusqu'à la fin de sa vie leur est beaucoup plus compliquée à appréhender. Nous avons renforcé la formation initiale, car ils apportent avec eux un peu du « bazar » de ce monde qui ne les a pas toujours bien structurés. Mais certains découvrent le cœur de notre vie.

C'est une belle vie, car tout ce qui l'habite a un sens. Combien de gens aujourd'hui ont une vie qui n'a pas de sens ? Après, c'est un long chemin car avec nous, les chartreux, le Seigneur n'est pas pressé.

Risques et dérives de la vie religieuse, de Dysmas de Lassus, Cerf (sortie le 5 mars). Si le livre peut paraître dense, l'écriture simple et imagée du prieur général des Chartreux permet de comprendre les mécanismes des dérives sectaires dans la vie religieuse, pour en restaurer toute la beauté.

Pour aller plus loin


Dérives sectaires dans les communautés catholiques, Secrétariat général de la Conférence des évêques de France, Documents épiscopat numéro 11, 2018.

Abus spirituels. S'affranchir de l'emprise, de Jacques Poujol, Empreinte, 2015.

Abus spirituels et dérives sectaires dans l'Église. Comment s'en prémunir, de Blandine de Dinechin et Xavier Léger, Médiaspaul, 2019.

Désabuser, se libérer des abus spirituels, de Laurent Lemoine, Salvator, 2019.

LV
images/icones/fleur.gif  ( 888412 )Un immense merci pour cet article d'un affreux conciliaire ! par JVJ (2020-02-24 19:13:28) 
[en réponse à 888408]

Tout ce qui vient et viendra de la Grande Chartreuse est béni !

Il y eut des évêques chartreux, si si !

Pour ceux qui s'ennuient de discuter avec leurs semblables et même leur famille, regarder le Grand silence, 3 h 30 sans parole ou presque.

Et repassez-vous cette visite de Benoît XVI dans cette chartreuse. J'étais persuadé qu'il se retirerait dans une chartreuse, quitte à aménager une chambre avec un bon lit…

Benoît XVI en chartreuse
images/icones/fleche2.gif  ( 888425 )Le lien par AVV-VVK (2020-02-24 20:39:26) 
[en réponse à 888412]

Que voulez-vous dire: "affreux"?? Un conciliaire radical ?
images/icones/ancre2.gif  ( 888461 )Merci ... par Paterculus (2020-02-24 23:35:41) 
[en réponse à 888408]

... de nous avoir fait connaître cet article très intéressant et le livre qui le motive.
Votre dévoué Paterculus
images/icones/fleche2.gif  ( 888481 )Des abus par AVV-VVK (2020-02-25 09:39:08) 
[en réponse à 888408]

Le point de vue de "Pro Liturgia":

* * * * NOUVEAU Mardi, 25 février 2020. C’est quand même hallucinant : on se rend compte que la plupart des fondateurs de « communautés nouvelles » après le Concile ont commis des abus.
Il y a d’abord eu Point Cœur. Puis il y a eu les frères de Saint-Jean. La semaine dernière, il y a eu Jean Vanier, de l’Arche. On apprend que le fondateur des fraternités monastiques de Jérusalem aurait lui aussi exercé une emprise sectaire sur des religieuses...
Immédiatement après Vatican II, tous les responsables - évêques et curés en tête - ont démoli systématiquement les structures qui maintenaient les paroisses et les diocèses pour les remplacer par des expériences anarchiques touchant à tout ce qui constituait des repères sûrs pour les fidèles : liturgies dominicales et catéchèse essentiellement. Les séminaires diocésains n’étaient d’ailleurs pas en reste : des pages entières sur ce qui s’y passait restent à écrire...
Toutes ces « expériences anarchiques » furent initiées par des gourous prenant l’argument de la spiritualité pour manipuler des esprits faibles ; on parlait alors de fidèles - ou de jeunes - « en recherche ».
Nous sommes en train de payer le prix fort du chaos et de l’anarchie que les évêques, par leurs silences ou parfois même leurs complicités actives, ont laissé s’enraciner dans l’Église durant les années 1970-1980.
images/icones/1g.gif  ( 888484 )Si l'on examine en parallèle par Pétrarque (2020-02-25 09:47:59) 
[en réponse à 888481]

...le sort réservé aux évêques, prêtres et religieux qui, à la même époque, luttaient héroïquement pour maintenir la Tradition en subissant une véritable persécution (car, n'en déplaise aux convulsionnaires de Vatican II, c'était de cela et de rien d'autre qu'il s'agissait), force est bien de voir dans toutes ces déviances les fameuses fumées de Satan.

Pauvre "esprit du Concile", voile ta face !
images/icones/neutre.gif  ( 888501 )En fait pas vraiment par Eudoxie (2020-02-25 12:49:16) 
[en réponse à 888484]

Je suis désolée d'avoir à vous contredire, mais même si en effet il y a eu beaucoup trop d'abus chez les "conciliaires", il y en a même chez les tradis, et je parle en connaissance de cause. Simplement la culture du secret est plus présente, et donc les faits sont mieux gardés. Mais dans vingt ans, on apprendra certaines choses sans doute.

Pour ma part, j'avoue être très heureuse que ce problème des abus spirituels soit étudiés par Dom Dysmas, l'homme, le religieux et le prêtre auquel je ferais le plus facilement confiance sur la terre. Nous n'en avons pas fini avec les sales révélations.

Je me permettrais d'ajouter que le problème réside aussi dans la perte de la vie religieuse et monastique, ce qui autorise des figures qui tentent de sauver les meubles à se croire peu à peu tout permis. Si on avait vraiment le choix, on ne ferait pas autant d'erreurs. Il y a trop peu de communautés qui puissent attirer les jeunes en Europe en ce moment.
images/icones/nounours.gif  ( 888509 )Vous êtes par Jean-Paul PARFU (2020-02-25 14:37:20) 
[en réponse à 888501]

Aussi sa cousine ?

Vous nous préviendrez quand vous prendrez l'habit ?
images/icones/neutre.gif  ( 888519 )[réponse] par Eudoxie (2020-02-25 18:19:31) 
[en réponse à 888509]

Pas sa cousine, non malheureusement, mais je pourrais gloser en me disant que je connais sa nièce qui est en classe avec moi! ;)

Je préviendrai si je vais mes voeux perpétuels. La prise d'habit c'est prématuré et inutile.
images/icones/neutre.gif  ( 888492 )Dom Dysmas de Lassus:Entretien avec Famille Chrétienne par Jean Kinzler (2020-02-25 10:32:24) 
[en réponse à 888408]

Entretien exclusif avec un chartreux sur les abus spirituels

Qu’est-ce qu’un abus spirituel ? Comment le déceler ? Comment l’Église réagit ? Dom Dysmas de Lassus, prieur de la Grande Chartreuse, a enquêté durant quatre ans sur un fléau qui peut conduire « à des drames inouïs ». Entretien de Samuel Pruvot et Hugues Fefèbvre publié sur le site de l’hebdomadaire « Famille Chrétienne » :


« Pourquoi avoir travaillé durant quatre années sur le drame des abus spirituel ?

Avant tout, je peux dire franchement que j’ai trouvé dans la vie religieuse plus de bonheur que je n’aurais pu en rêver. Et ce n’est pas fini ! Je ne dis pas pour autant que c’est facile. Des accidents, il y en a toujours, mais ce n’est pas en fermant les yeux qu’on va les éviter. Prenons l’exemple de l’avion. Les accidents d’avion frappent par leur ampleur. Pourtant, c’est le moyen de transport le plus sécurisé. Cette sécurité, l’avion l’a conquise à force de persévérance. Chaque accident grave a donné lieu à une enquête approfondie afin de trou-ver la cause exacte du drame pour éviter qu’il ne se reproduise.

Enquêter pour guérir, c’est donc l’objet de votre travail...

Ce qui a motivé mon enquête, c’est la rencontre avec plusieurs personnes abîmées par des abus spirituels. C’est quand même dramatique d’entendre des religieuses qui avaient embrassé cette vie avec générosité et qui sont devenues incapables de prier ! Chaque cas est unique, mais j’ai été étonné de constater la cohérence de tous ces témoignages entre eux. Par ailleurs, je crois qu’on ne peut plus taire ces situations ! Pour les fidèles, le fait d’avoir caché des abus est peut-être un scandale plus grand encore que les abus eux-mêmes. L’attitude de l’Église visant à écouter les victimes et à les mettre au centre est quelque chose de nouveau.

Je crois qu’on ne peut plus taire ces situations !


Vraiment ? De quand datez-vous ce tournant ?

L’Église a changé en 2019, en France. C’est moins évident dans d’autres pays comme les États-Unis. Là-bas, on ne veut plus d’ennuis, donc il ne faut plus de victimes. Mais est-ce bien à elles qu’on pense en premier ? Pour revenir à la France, dans le cadre des abus sexuels, beaucoup d’études sont parues sur le sujet. Ensuite, plusieurs événements ont poussé l’Église à enfin réagir. Le procès Barbarin, pour lamentable qu’il ait été par certains côtés, aura eu un effet considérable. À cette occasion, tout comme lors de la réunion des évêques de France à Lourdes fin 2018 ou bien lors du sommet à Rome sur les abus en 2019, les participants ont toujours dit que ce qui avait changé leur regard était d’avoir pu entendre directe-ment des victimes.

Soyons francs : s’il n’y avait pas eu tout ce processus de révélations fracassantes et humiliantes pour l’Église, nous serions encore dans la boue, et les abus auraient continué. Ce qui est un peu triste, c’est que l’Église n’a pas été capable de faire le travail toute seule et qu’il a fallu que des journalistes, ou parfois des personnes malveillantes, fassent ce boulot. Ce n’était pas la meilleure manière de faire. Mais elle a permis une rupture. L’Église a réagi alors sur la question des abus sexuels. Je considère même qu’on peut être fier d’elle, aujourd’hui, non pas sur ce passé évidemment, mais sur la manière dont désormais les choses sont traitées. Le même travail reste encore à faire sur la question des abus spirituels.

Désormais, l’Église est-elle vraiment capable d’écouter les victimes ?

Oui ! Et il faut bien comprendre que si elle ne le fait pas, tout recommencera ! La surdité de certains responsables a pu conduire à des drames inouïs. Vous savez, il arrive des situations où l’on écoute des victimes d’abus dans le but de les faire taire. Cela survient lorsque la réputation de la communauté ou bien l’intérêt personnel est plus fort que la souffrance de l’autre. Il faut inverser la chose et passer du réflexe « la victime est une menace » à « la victime est un médecin qui me diagnostique un cancer ». J’insiste : le médecin qui vous annonce un cancer n’est pas votre ennemi !

► À LIRE AUSSI : Abus sexuels : une enquête accablante contre Jean Vanier

Comment définissez-vous ce cancer mortel qu’est l’abus spirituel ?

Les évêques suisses ont fait le travail pour moi. Ils l’ont défini comme « la mise à profit d’un ascendant moral ». Cela veut dire que la personne qui a un ascendant moral (parent, professeur, père spirituel, supérieur, etc.), au lieu de l’exercer dans le sens du service, va l’utiliser en exploitant l’autre pour son propre profit. Dans un contexte ecclésial, on pourrait dire que le pouvoir pour les brebis devient un pouvoir sur les brebis. Le pasteur n’est plus au service des brebis, mais les brebis au service du pasteur. Finalement, la question est bien de savoir comment est utilisé cet ascendant et quelle limite on y met. Plus il est grand, plus la personne qui en est dépositaire peut s’en servir pour le bien ou le mal. En réalité, les abus ne sont pas extérieurs à nous, ils sont en puissance à l’intérieur de chacun.

Les abuseurs ne sont donc pas toujours des personnalités à la structure perverse ?

Quand vous êtes un fondateur ou un supérieur adulé par votre communauté, il est très difficile de résister à l’orgueil. Les membres d’une communauté ouvrent parfois grandes les portes au démon en glorifiant le fondateur de son vivant. Ce réflexe a pu être exacerbé après le Concile, lorsque des catholiques ont vécu un sentiment d’insécurité et ont souhaité se réfugier auprès de personnes « solides ». Peu à peu, le succès de ces personnes, saines à la base, a pu leur monter à la tête. Dans ma réflexion, je constate que dans la plupart des cas, un Père abbé qui déraille n’est pas un personnage pervers au départ. C’est le temps, l’environnement et puis l’orgueil, la gloire, le pouvoir qui le font peu à peu fléchir.


Les supérieurs coupables de dérives en ont-ils conscience ?

Je pense que c’est très souvent inconscient. Ce n’est pas un faussaire qui sait ce qu’il fait. Si le fondateur est convaincant, c’est qu’il est convaincu. Il manie alors l’obéissance comme un instrument d’esclavage en étant persuadé d’être dans le bien.Cette inconscience est plus compliquée à envisager dans les cas d’abus sexuels. Je précise au passage qu’un abus sexuel est généralement précédé par un abus spirituel. Pour revenir à mon propos, je peux vous assurer que certains abuseurs sexuels que j’ai rencontrés n’ont toujours pas compris le problème ! Ce qui est inouï, c’est que des personnes intelligentes peuvent parfois justifier des abus en disant : « C’est un don tellement grand que Dieu nous offre que, pour nous, cela est permis. » Pire encore : on peut lire des témoignages de victimes qui racontent que le supérieur estimait que non seulement Dieu le permettait, mais qu’Il le voulait ! Et encore une fois, il ne s’agit pas de personnes atteintes d’une pathologie psychiatrique à la base.

N’est-ce pas, du coup, une compréhension dévoyée de l’obéissance qui provoque ces drames ?

Dans mon livre, je ne dis rien de nouveau et d’extraordinaire sur l’obéissance religieuse. Mais je suis frappé de voir que des choses qui devraient être connues de tous ne le sont pas ! La juste obéissance est nécessairement à l’image du Christ. Elle n’est pas une obéissance à un homme mais à Dieu. Pour qu’elle se concrétise, il faut qu’elle s’incarne dans une réalité. Elle passe donc à travers l’obéissance à un homme. L’obéissance d’Abraham se manifeste à travers le sacrifice d’Isaac. À travers cet acte, Dieu lui permet d’aller plus loin dans son obéissance, pas seulement par le désir, mais bien au cœur de sa chair.

Il faut donc toujours voir l’obéissance à un supérieur comme étant une chance de pouvoir obéir à Dieu par un acte très concret. Cela permet de donner un sens incroyable au fait de balayer un cloître. Bien évidemment, l’action demandée doit toujours respecter mon humanité. Un religieux est un être doué d’intelligence et responsable de ses actes. C’est généralement lorsque l’obéissance se concentre sur le supérieur que les problèmes commencent.

On dit souvent que le supérieur est pour le religieux l’image de Dieu. En écrivant ce livre, j’ai compris que, pour le supérieur, le religieux est l’image de Jésus. C’est un enfant de Dieu qui n’est jamais la propriété d’un homme.

Outre l’obéissance mal comprise, quels sont les mécanismes qui favorisent les abus spirituels ?

Le zèle des jeunes religieux épris d’absolu mais pas encore armés pour le discernement peut être utilisé par l’abuseur. Les motivations hautement spirituelles mais déconnectées de leur humanité peuvent les séduire sans qu’ils puissent se rendre compte des dommages qu’elles vont produire à long terme. Le plus souvent, dans la vie religieuse, l’abus prend la forme d’une tentation sous l’apparence de bien, c’est ce qui le rend difficile à discerner pour le commençant et c’est aussi ce qui le rend difficile à apprécier pour le grand public , d’où la nécessité d’une analyse précise. C’est ce que je me suis efforcé de faire.

Aussi, il arrive qu’un religieux ne puisse pas se confier sur ses difficultés à cause du phénomène des cercles. Autour des fondateurs ou des supérieurs, on retrouve souvent une sorte de garde composée de quelques proches. Généralement, ces derniers profitent du système qu’ils entretiennent. Ce phénomène de cercles empêche le supérieur d’entendre ce qui vient de la base, puisque le message doit franchir plusieurs frontières. Un autre élément peut favoriser les abus : un excès d’affectivité.


C’est-à-dire ?

C’est surtout le cas des communautés féminines, mais cela peut s’observer chez les hommes. Je vais vous donner une anecdote éclairante : lors de l’élection d’une nouvelle abbesse, il arrive que des Sœurs votent pour celle qui termine son mandat pour ne pas lui faire de peine, et celle-ci peut jouer là-dessus pour se faire réélire. Ce n’est pas un raisonne-ment juste. Tant pis pour le prieur s’il vit sa non-réélection comme un drame, ce qui, au passage, est étonnant pour un religieux. La communauté passe avant lui. Un prieur rend un service. Cela semble simple, mais, dans la pratique, c’est autre chose...

Les communautés nouvelles sont-elles plus fragiles face aux abus ?

Les communautés nouvelles sont nées dans l’enthousiasme naïf de l’après-concile Vatican II. On se disait que l’Église était trop sclérosée, ce qui était vrai, et qu’il fallait remplacer tout cela par l’Esprit Saint ! Mais le discernement des esprits, cela s’apprend. Il y a trois types d’esprit : le bon, le mauvais et le mien ! À force de dire : « La parole du supérieur, c’est l’Esprit Saint », le supérieur peut se prendre au sérieux et croire que sa parole est vraiment celle de Dieu !

Les congrégations traditionnelles sont-elles à l’abri ?

Attention, l’ensemble des déviations dont je parle peut se produire partout, y compris chez les Chartreux ! Mais, dans les congrégations traditionnelles, il y a les moyens de réagir. La déviance reste locale et l’ensemble du corps peut se prémunir. C’est vrai que la sagesse se cristallise avec le temps. Cela dit, il y a une formule qui est employée à l’extérieur de la Chartreuse et que je me garde de colporter telle quelle : « La Chartreuse n’a jamais été réformée, car elle n’a jamais été déformée. » Je ne suis pas complètement d’accord. La formule juste serait de dire : la Chartreuse n’a jamais été réformée, car elle s’est toujours réformée ! Nos prédécesseurs ont fait ce qu’il fallait au fil de l’Histoire. Si le Chapitre général n’avait pas fait son travail et si les visites canoniques n’avaient jamais eu lieu, la Chartreuse n’existerait plus !

Justement, par quels moyens une communauté peut-elle se protéger d’abus spirituels ?

Il faut que la communauté développe son système immunitaire. Le principe de base est celui du pouvoir et du contre-pouvoir. Le système immunitaire doit être capable de repérer une défaillance et, ensuite, de la résoudre en agissant. Il faut donc dela lucidité et des moyens. La formation des responsables à l’exercice de l’autorité pourra les avertir sur les dangers qui les guettent et les aider à choisir des voies justes. Ce qui sauve aussi, c’est d’avoir une formation religieuse initiale et continue pour résister. Car les jeunes pleins d’enthousiasme et d’illusions n’ont souvent pas les moyens de se défendre. Cette formation est une pierre fondamentale de la santé humaine et spirituelle d’une communauté religieuse, l’Église insiste énormément dessus aujourd’hui. Une formation embrassant dans toute son ampleur la pensée chrétienne au fil des siècles représente un antidote efficace à la pensée unique.

On retrouve aussi la nécessité d’avoir un regard extérieur objectif sur la communauté. Une visite canonique ou un Chapitre général est l’occasion de repérer des dérives. Par ailleurs, je sais que certaines victimes en veulent aux évêques qui n’ont pas réagi à temps. C’est possible, mais, bien souvent, l’évêque n’a pas les moyens de réaliser ce qu’il se passe réellement. Vu de l’extérieur, que peut-il faire ?

Et les familles, ont-elles un rôle particulier à jouer ?

Je crois qu’au niveau communautaire elles sont incapables de diagnostiquer des anomalies. Mais au niveau individuel, elles peuvent se rendre compte de soucis. À la Chartreuse, quand quelqu’un entre, les familles sont souvent inquiètes. La première rencontre est alors l’occasion de constater pour chacune d’entre elles que leur fils se sent bien, ce qui les rassure, et elles acceptent. Mais si la famille note un sentiment dépressif, si elle remarque une distance qui se crée, une loi du silence, la survalorisation du charisme ou du fondateur, maintenant que ces phénomènes sont bien connus, elle peut poser des questions et jouer le rôle d’avertisseur. Elle ne sera probablement pas entendue, mais la petite fissure créée pourra peut-être un jour aider à une prise de conscience.

Lorsque Rome prend des sanctions contre des communautés, existe-t-il un risque d’erreurs de jugement ?

En règle générale, non ! Les excès de sévérité de la part de Rome sont assez difficiles à trouver. Le problème vient plutôt du fait que Rome n’agit pas assez rapidement. On garde l’exemple des Légionnaires du Christ où les abus ont mis des années et des années à être pris en considération.

Et qu’en est-il des faux témoignages ?

Cela peut exister, mais la mauvaise foi sur ces questions est plutôt rare. La commission Sauvé s’attendait à avoir beaucoup de faux témoignages, mais elle en a trouvé très peu. Je ne connais pas tellement de cas de vrais « faux témoignages ». Cela ne veut pas dire qu’il faut tout prendre au pied de la lettre lorsque l’on reçoit un témoignage. Les faits décrits par la victime sont généralement inattaquables. C’est l’analyse qu’en fait la victime qui peut parfois être à nuancer.

Finalement, n’est-ce pas paradoxal de voir que c’est à l’endroit qui devrait être le plus saint de l’Église qu’on retrouve parfois des crimes abjects ?

On ne le dit plus trop, le démon existe et il frappe à l’endroit le plus important. Il y a un apophtegme qui décrit le diable réunissant ses troupes pour estimer leurs résultats... Un démon se vante d’avoir suscité des tempêtes pour tuer des milliers d’hommes, mais il reçoit une raclée, car il lui a fallu des mois pour parvenir à ses fins. Un autre a fomenté des guerres, mais il lui a fallu trop de temps également... Le dernier démon arrive en expliquant qu’il a tenté un solitaire au désert et qu’il a fini par le vaincre après quarante ans de combat. Le diable le félicite et lui offre de venir de s’asseoir près de lui ! Le démon essaie toujours de frapper à la tête. C’est le sens de l’adage latin corruptio optimi pessima (la corruption de ce qu’il y a de meilleur est le pire). »


« Nous avons beaucoup parlé de maladies, nous avons rapidement parlé des remèdes, ne faudrait-il pas avant de conclure parler un peu de la santé ? Elle est beaucoup plus difficile, ou même impossible, à définir à cause de sa richesse multiforme. Les situations de dérives ne doivent pas faire oublier les innombrables communautés qui vivent sans faire de bruit leur amour du Seigneur dans la simplicité et l’infirmité de notre condition humaine, dans l’épreuve quotidienne et purifiante de la vie commune et dans le don de soi dont elle offre l’occasion. Jésus passa à Nazareth sans que personne comprenne qui Il était. La plus grande partie des communautés religieuses participe à cet enfouissement. »

famill²echretienne
images/icones/fleur.gif  ( 888498 )Fils d'Arnaud de Lassus par Jean-Paul PARFU (2020-02-25 11:38:37) 
[en réponse à 888492]

Il me semble. Arnaud de Lassus décédé récemment et catholique de Tradition !
images/icones/neutre.gif  ( 888499 )plusieurs bémols devant cette vision du Ministre général cartusien par Luc Perrin (2020-02-25 12:04:26) 
[en réponse à 888492]

J'ai assez dénoncé l'enracinement de la Seconde Pornocratie pour ne pas être satisfait qu'un responsable de haut niveau s'en préoccupe. Même si, à mon sens, il évoque trop vite dans la première interview la question de l'épiscopat qui n'est pas assez abordée par lui.
Il signale diplomatiquement au passage la répugnante attitude des évêques américains.

Toutefois je mettrais deux bémols sérieux :
- je suis toujours étonné quand un responsable de religieux ne fait aucune référence au décret Perfectae caritatis (1965) tout en mentionnant "Vatican II" de façon vague. Or quand dom Dysmas indique le risque de "surdimensionnement" des fondateurs, comment oublier que c'est une injonction de Vatican II de retrouver ces figures et de rester fidèles aux charismes d'origine ?
Je le trouve un peu leste au sujet de la transmission des charismes ... charismes approuvés par l'Eglise et qui ne comprennent pas les abus dénoncés.

- il ignore également qu'accusation n'est pas preuve. La présomption d'innocence ne lui traverse pas l'esprit jamais. Quand même toute "victime" auto-déclarée ne l'est pas tant qu'une enquête et un procès n'ont pas établi la matérialité des faits et la culpabilité. Il cite les procès Barbarin mais le second ayant établi l'innocence, cela aurait dû l'inciter à plus de mesures et à moins de "schiappisme".

Quant à dire que l'intervention romaine est toujours parfaite,alors là il convient d'être plus mesuré.
* c'est bien un Légat pontifical qui a persécuté la Madre d'Avila et saint Jean de la Croix.
* en 1911 l'intervention chez les Religieux de St Vincent de Paul fut désastreuse et n'était pas motivée que par des jalousies internes.
* la persécution du saint Padre Pio sous Pie XI et Jean XXIII était justifiée ???
* qui peut défendre la volpisation de la Fraternité italienne si prospère ?
Oui la visite apostolique est un bon moyen et oui elle intervient parfois trop tard parce que Sodoma a bloqué de multiples plaintes : l'ex. des Légionnaires du Christ est criant à cet égard.
Mais ce pouvoir bénéfique peut aussi être utilisé de manière malveillante.