Je pense que sous ce pontificat il faut avant tout comprendre le nouveau rapport introduit entre la doctrine et la pratique, c'est-à-dire la pastorale. Il ne suffit donc pas de se fier aux affirmations du pape sur tel ou tel sujet ; en général, mais pas toujours car par exemple à propos de la volonté de Dieu sur les religions ou sur la nécessité qu'elles soient diverses il est carrément hétérodoxe, en général il réaffirme la doctrine.
Mais il s'agit de voir le hiatus qu'il introduit entre une doctrine même s'il la confirme et une pratique qui relativise cette doctrine au nom de l'exigence pastorale ; la vérité sur les choses de la foi et du salut doit céder le pas au pragmatisme d'une approche de tous les hommes : il faut mettre des vérités entre parenthèses pour pouvoir rejoindre les gens, le monde d'aujourd'hui.
Il faut continuer à croire à la doctrine catholique, mais au plan pratique il faut s'accorder avec ceux qui ne sont pas d'accord avec elle ; d'où toutes ces entreprises communes avec des adversaires déterminés de la foi et de la morale chrétienne : pacte d'Abu Dhabi, pacte sur les questions économiques en février, pacte sur l'éducation en mai, en décembre 2019 voeux commun avec le secrétaire général de l'ONU, etc. Si on se montre d'accord avec les adversaires traditionnels de l'Eglise dans une pratique commune avec eux ils toléreront bien que l'on ait d'autres croyances par ailleurs.
Dans la pratique, l'Eglise nouvelle contredit la doctrine pour une adhésion commune à des "valeurs humanistes" et une entreprise commune pour changer le monde selon ses supposées valeurs dans de grands projets de Refondation de la société mondiale.
Cette coopération perverse s'introduit même dans des lieux propres d'enseignement de l'Eglise où on fait intervenir des gens opposés à cet enseignement.
Dans la pratique donc et au nom des valeurs de paix, de fraternité, d'écologie on se fond dans l'humanisme progressiste ambiant, d'accord avec tous les ennemis traditionnels de la doctrine de l'Eglise.
La doctrine n'est à affirmer qu'à l'égard de ceux qui croient, et on peut se faire complice de ceux qui la combattent, ne serait-ce qu'en les mettant en avant, et en leur reconnaissant une autorité idéologique.
La pratique fait donc un pied de nez à la doctrine dans cette coopération pour construire un monde "humaniste" et en faisant un seul chœur avec ceux qui combattent par ailleurs la doctrine de l'église, et œuvrent pour l'élimination des commandements de Dieu.
Tout ce à quoi on assiste dans ce sens, ressemble fort à la réalisation de la divinisation de l'homme à la place de Dieu, jusque dans l'Eglise, son épreuve ultime ; et c'est le succès du plan de la franc-maçonnerie.
L'autre grand pied de nez de la nouvelle pratique ecclésiale à la doctrine, ce sont les exceptions : il est porté atteinte à la doctrine c'est-à-dire la vérité des choses, au nom de situations exceptionnelles : on fait place à l'adultère au nom de situations spéciales, à la reconnaissance de l'homosexualité, et prochainement sans aucun doute à des prêtres mariés. Mais lorsque les circonstances suffisent à rendre une vérité caduque, cette vérité est atteinte en son fondement, et ainsi on assiste à la désagrégation de la morale catholique, et celle de la sacramentalité est en marche.
Cet article ("Une nouvelle conception de la relation entre doctrine et pratique") expose lui aussi comment il est crucial pour comprendre ce qui est en train de se passer avec le pape François de considérer cette question.
Et pour terminer, c'est ce nouveau rapport qu'exprime en particulier le fameux principe du primat du temps (l'action se développe dans le temps) sur l'espace (doctrine "figée").