Le Forum Catholique

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images/icones/hein.gif  ( 884170 )Le "sacerdoce commun", quelle histoire ? par Fenestri (2020-01-07 15:24:02) 

Je serais assez preneur des lumières des liseurs sur l'épistémologie de la notion de sacerdoce commun et de la différence (ou non) avec le sacerdoce universel protestant.

Pour la faire courte, j'ai encore eu une discussion avec une connaissance affirmant que nous étions tous "prêtres, prophètes et rois" et que par conséquent, il fallait faire attention à ne pas mettre les prêtres sur un piédestal... Cela m'a fait penser que je ne savais pas quelle était l'origine, l'histoire, de ce que je pressens être comme un glissement assez dangereux (si cela n'est pas le cas, je ferai amende honorable !).

Cette logique de "prêtre, prophète et roi", bien connue, figure par exemple dans le CEC, §783 : "Le Peuple de Dieu tout entier participe à ces trois fonctions du Christ et il porte les responsabilités de mission et de service qui en découlent (cf. RH 18-21)."

Cette idée est développée, toujours dans le CEC, en écho avec Lumen gentium, au §1546 1547 : "1546 Le Christ, grand prêtre et unique médiateur, a fait de l’Église " un Royaume de prêtres pour son Dieu et Père " (Ap 1, 6 ; cf. Ap 5, 9-10 ; 1 P 2, 5. 9). Toute la communauté des croyants est, comme telle, sacerdotale. Les fidèles exercent leur sacerdoce baptismal à travers leur participation, chacun selon sa vocation propre, à la mission du Christ, Prêtre, Prophète et Roi. C’est par les sacrements du Baptême et de la Confirmation que les fidèles sont " consacrés pour être ... un sacerdoce saint " (LG 10). 1547 Le sacerdoce ministériel ou hiérarchique des évêques et des prêtres, et le sacerdoce commun de tous les fidèles, bien que " l’un et l’autre, chacun selon son mode propre, participent de l’unique sacerdoce du Christ " (LG 10), diffèrent cependant essentiellement, tout en étant " ordonnés l’un à l’autre " (LG 10). En quel sens ? Alors que le sacerdoce commun des fidèles se réalise dans le déploiement de la grâce baptismale, vie de foi, d’espérance et de charité, vie selon l’Esprit, le sacerdoce ministériel est au service du sacerdoce commun, il est relatif au déploiement de la grâce baptismale de tous les chrétiens. Il est un des moyens par lesquels le Christ ne cesse de construire et de conduire son Église. C’est pour cela qu’il est transmis par un sacrement propre, le sacrement de l’Ordre.'"

Justement, que dit Lumen gentium sur le "sacerdoce commun" ?

"Le Christ Seigneur, grand prêtre d’entre les hommes (cf. He 5, 1-5) 1-5) a fait du peuple nouveau « un Royaume, des prêtres pour son Dieu et Père » (Ap 1, 6 ; 5, 9-10). Les baptisés, en effet, par la régénération et l’onction du Saint-Esprit, sont consacrés pour être une demeure spirituelle et un sacerdoce saint, de façon à offrir, par toutes les activités du chrétien, autant d’hosties spirituelles, en proclamant les merveilles de celui qui, des ténèbres, les a appelés à son admirable lumière (cf. 1 P 2, 4-10). C’est pourquoi tous les disciples du Christ, persévérant dans la prière et la louange de Dieu (cf. Ac 2, 42-47), doivent s’offrir en victimes vivantes, saintes, agréables à Dieu (cf. Rm 12, 1), porter témoignage du Christ sur toute la surface de la terre, et rendre raison, sur toute requête, de l’espérance qui est en eux d’une vie éternelle (cf. 1 P 3, 15).

Le sacerdoce commun des fidèles et le sacerdoce ministériel ou hiérarchique, qui ont entre eux une différence essentielle et non seulement de degré, sont cependant ordonnés l’un à l’autre : l’un et l’autre, en effet, chacun selon son mode propre, participent de l’unique sacerdoce du Christ [16]. Celui qui a reçu le sacerdoce ministériel jouit d’un pouvoir sacré pour former et conduire le peuple sacerdotal, pour faire, dans le rôle du Christ, le sacrifice eucharistique et l’offrir à Dieu au nom du peuple tout entier ; les fidèles eux, de par le sacerdoce royal qui est le leur, concourent à l’offrande de l’Eucharistie [17] et exercent leur sacerdoce par la réception des sacrements, la prière et l’action de grâces, le témoignage d’une vie sainte, leur renoncement et leur charité effective."

Et il y a d'autres mentions, trouvables sur le site du Vatican.

J'avoue être un peu perdu, car autant les textes précisent qu'il n'y a pas de raison de mettre un signe d'égalité entre un prêtre et un laïc, autant l'impression générale est je trouve assez confuse... Ce sacerdoce commun des baptisés a-t-il été développé par la Tradition ? par des Docteurs de l'Église ? vient-il des protestants ?

Merci par avance pour vos réponses.
images/icones/fleche2.gif  ( 884171 )Concernant les protestants par AVV-VVK (2020-01-07 15:35:46) 
[en réponse à 884170]

Ici
images/icones/info2.gif  ( 884232 )simple ce n'est pas substantiellement identique par Luc Perrin (2020-01-07 23:41:16) 
[en réponse à 884170]

Il n'y a pas de problème en dehors de la confusion liée au mots qui, en français ordinaire, veulent dire la même chose.

Congar et quelques autres dès avant Vatican II ont développé cette notion de "sacerdoce commun des baptisés". Mais c'est une notion traditionnelle bien entendu. La constitution conciliaire notes 16 et 17 renvoie à 3 textes de Pie XII dont Mediator Dei et une encyclique de Pie XI.
Le développement de l'Action Catholique avec Pie XI avait généré un renouveau de la réflexion théorique sur la place des laïcs, déjà amorcé par saint Pie X.

Vous citez vous-même le texte de Vatican II Lumen Gentium 10 : l'alinéa 2 est clair.

"Le sacerdoce commun des fidèles et le sacerdoce ministériel ou hiérarchique, qui ont entre eux une différence essentielle et non seulement de degré, sont cependant ordonnés l’un à l’autre : l’un et l’autre, en effet, chacun selon son mode propre, participent de l’unique sacerdoce du Christ [16]. Celui qui a reçu le sacerdoce ministériel jouit d’un pouvoir sacré pour former et conduire le peuple sacerdotal, pour faire, dans le rôle du Christ, le sacrifice eucharistique et l’offrir à Dieu au nom du peuple tout entier ; les fidèles eux, de par le sacerdoce royal qui est le leur, concourent à l’offrande de l’Eucharistie [17] et exercent leur sacerdoce par la réception des sacrements, la prière et l’action de grâces, le témoignage d’une vie sainte, leur renoncement et leur charité effective. "

Une différence essentielle - de nature donc - et non seulement de degré. Bref ce sont deux légumes mais un chou rouge n'a rien à voir avec un poireau, le poireau n'est pas un super chou rouge.

Mais comme les théologiens et les pasteurs usent de l'expression "sacerdoce commun" sans souligner cette différence essentielle, la confusion est entretenue par le langage courant. Mes étudiants, des spécialistes pourtant, se trompent souvent ! Si on disait le sacerdoce poireau et le sacerdoce chou rouge, personne ne s'y tromperait.

Le "sacerdoce universel" a été inventé par Luther en 1520 : il récuse le sacerdoce ministériel ordonné et l'ordre comme sacrement. Si bien qu'en bonne théologie protestante, hérétique, Fenestri, vous pouvez être comme moi "évêque", "pape", grand ou petit mamamouchi peu importe c'est selon les règles humaines et changeantes de votre Communauté ecclésiale.

Les "ministères" ne sont que des fonctions temporaires, des mandats, comme dans la société laïque. Tandis que le sacerdoce ordonné catholique et oriental est lui une grâce communiquée par un sacrement et il reste imprimé dans la personne sa vie durant. Etant une grâce sacramentelle, l'Église n'a pas le pouvoir de le changer.

L'évêque reste évêque même retraité, de même le prêtre, le diacre ... même "réduit à l'état laïc" comme McCarrick on garde la grâce du sacerdoce sans plus pouvoir l'exercer.
C'est pourquoi des "évêques" anglicans, "archevêques" luthériens ne sont pas même prêtres pour l'Église catholique : ils ont eu, sauf cas d'ordinations valides mais illicites, des titres mais pas la frâce sacramentelle de l'ordre.

Si un point vous a échappé, n'hésitez pas.

La catéchisme du concile de Trente au chapitre 26 en offre une catéchèse.




images/icones/bravo.gif  ( 884245 )Merci infiniment par Fenestri (2020-01-08 09:17:46) 
[en réponse à 884232]

Merci infiniment, votre réponse est parfaitement claire !

Le texte mis en gras ne m'avait pas échappé, mais vous avez raison de parler de "confusion" entretenue par le langage courant et aussi par certains, je crois malgré eux (je l'espère du moins), pour qui finalement nous serions tous un peu prêtre...

De l'importance de toujours revenir aux textes !