Le Forum Catholique

http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=882345
images/icones/musique.gif  ( 882345 )un peu de musique dans ce monde de brutes par baudelairec2000 (2019-12-15 22:25:36) 

Concerts de Noël pour les Franciliens

En ce mois de décembre, la mairie de Neuilly-sur-Seine offre à ses administrés, et aux autres, une série de concerts gratuits. Depuis le 8 décembre jusqu’au 22 décembre, chaque week-end – samedi et dimanche à 16 h – des interprètes et des ensembles renommés se produisent dans différents endroits de cette ville des Hauts-de-Seine.


Hier, dans le Salon d’Honneur de l’Hôtel de Ville, Justin Taylor, jeune et talentueux claveciniste, pour les Variations Goldberg de Bach. Justin est absolument bluffant : rien d’étonnant pour celui qui a réalisé un enregistrent consacré aux Forqueray (chez Alpha). Avec son ensemble le Consort et aux côtés de la mezzo-soprano Eva Zaïcik, il publie un enregistrement pour Alpha : Venez chère ombre, consacré aux cantates françaises. Une intégrale des sonates en trio de Jean-François Dandrieu est sortie en septembre dernier, et récompensée par un Diapason d'or de l'année 2019. Sans compter un enregistrement Scarlatti/Ligetti. Quel talent !


Aujourd’hui dimanche, Adrien Mabire et la Guilde des Mercenaires avaient été programmés dans un récital Motteti per Santa Maria (Musique vénitienne du Seicento). Le mouvement social en a décidé autrement : les interprètes se sont vus pour la plupart dans l’incapacité de rallier l’Ile-de-France. Une nouvelle formation a été réunie dans l’urgence et, ma foi, elle a pu, pour notre plus grand bonheur, se produire sous la direction de Stéphane Fuguet (orgue et direction musicale). La soprano Claire Lefilliâtre a interprété à merveille des pièces religieuses du début du XVIIe siècle. Précisons que C. Lefilliâtre a accompagné, au moins depuis 20 ans, Vincent Dumestre et son Poème Harmonique dans chacune de leurs réalisations (enregistrements disponibles chez Alpha et encensés par la presse musicale).


A venir, le week-end prochain : la violoncelliste Emmanuelle Bertrand dans les Suites pour violoncelle de Bach qu’elle a enregistrées chez Harmonia Mundi (samedi 21 déc. à 16 h, Salon d’Honneur de l’Hôtel de Ville) et Emiliano Gonzalez Toro et son ensemble I Gemelli pour les Vêpres italiennes à San Marco composées par Chiara Margarita Cozzolani, un programme exceptionnel qu’on peut retrouver dans un enregistrement récompensé d’un Diapason d’Or et d’un Choc Classica (CD Naive). Ce dernier concert aura lieu le dimanche 22 déc. à 16 h dans l’Eglise Saint Jean-Baptiste.

Merci à monsieur le maire Jean-Christophe Fromentin qui a permis aux auditeurs très attentifs des Variations Goldberg de retrouver autour d’un verre Justin Taylor. Chapeau encore au maire de Neuilly qui, devant l’affluence du public, a assisté debout au concert.




Précisions sur la discographie des Variations Goldberg de J. S. Bach (pour continuer un fil entrepris il y a au moins 15 ans avec Rémi).

Au clavecin :

Du coté des pionniers, le regretté Gustav Leonhardt avec à son actif trois enregistrements (1955 chez Vanguard, en 1978 pour DHM et 1964 pour Telefunken). On peut hésiter entre les deux dernières.
Plus près de nous : Kenneth Gilbert (Harmonia Mundi en 1986), Scott Ross (Emi, 1988), Lars Ulrik Mortensen (Kontrapunkt, 1989), Blandine Verlet (Astrée, 1992) ou Pierre Hantaï (Opus 111, 1992).

Parmi les derniers enregistrements qui ne sont pas les moins recommandables, retenons :
Céline Frisch (Alpha, 2007)

Pierre Hantaï (Mirare, 2008)

Andreas Staier (Harmonia Mundi, 2010)

Blandine rannou (Zig-Zag territoires, 2011).


Côté piano : Glenn Gould (à notre connaissance 4 enregistrements chez Sony). Privilégier celui de 1981, celui du Gould de la maturité, sans délaisser pour autant l’enregistrement live capté à Salzbourg en 1959 avec ses prises de risque inégalées (reparu en 2015 dans un CD Diapason, les Indispensables).

Zhu Xiao-Mei (Mirare).

Murray Perahia (Sony).

Alexandre Tharaud (Erato).
images/icones/ancre2.gif  ( 882360 )A l'orgue ? par Montes Gelboe (2019-12-16 07:43:49) 
[en réponse à 882345]

Dans le courant de l'année 2017, j'ai moi-même joué à l'orgue les " Variations Goldberg" de J.S. Bach, par trois fois, sur trois instruments différents : Un orgue français de 1740 conservé à peu près intact (28 jeux), un très romantique Théodore Puget (38 jeux 1884), et un orgue moderne de Schwenkedel (1967, 40 jeux).
D'autres organistes de ce forum ont-ils gravi -et mieux sans doute- cet "Everest de la Musique" (ainsi que le dit Alexandre Taraud) ? Et adapté à des instruments si dissemblables cette partition si intense et exigeante ?
La reprise de l'"Aria da capo" ne procure-t-elle pas un sentiment mélangé de fatigue, de plénitude et de nostalgie...?
Merci.
images/icones/1a.gif  ( 882365 )Les Variations Goldberg à l'orgue ? par baudelairec2000 (2019-12-16 09:03:56) 
[en réponse à 882360]

A ma connaissance, et après avoir parcouru différentes critiques, il n'existe pas de versions pour orgue des Variations Goldberg.

En effet, les Variations appartiennent au Quatrième volume du "Clavier-Ubung" paru en 1741 à Nuremberg - on peut traduire ce recueil par "exercice ou pratique du clavier". Elles portent pour titre "Aria avec différentes variations pour clavecin à deux manuels" (comprendre deux claviers). " De fait, l'écriture de certaines variations est difficile pour un seul clavier, demandant des croisements et des chevauchements de mains acrobatiques. Bach voulait ainsi utiliser les contrastes dynamiques permis par les clavecins à deux claviers. Les Variations 8, 11, 13, 14, 17, 20, 23, 25, 26, 27, 28 sont explicitement destinées à deux claviers; l'instrumentiste, d'après les indications de la partition a le choix pour les Variations 5, 7 et 29. Quant aux autres, elles sont pour un clavier."

Je pense que sur ce point vous êtes mieux informé que moi, puisque vous êtes confronté à la partition.

Bach a donc destiné le recueil au clavecin; ce dont on aurait pu douter pour "L'Art de la fugue", l'incertitude ayant été levée par Gustav Leonhardt. L'Art de la fugue en effet a été jouée à l'orgue (M.-C. Alain, Erato, 1992), au clavecin (Leonhardt, DHM, 1969; Davitt Moroney, HM, 1985), au piano, par des ensembles au premier rang desquels on doit mentionner le Musica Antiqua Köln de R. Goebel (Archiv, 1983) et Hesperion XX de J. Savall (Alia Vox, 1986).

Je vous propose l'interprétation de l'Art de la fugue par les musiciens réunis autour R. Goebel


L'abstraction faite musique


Il vous reste à ouvrir une nouvelle voie (voix?), à l'orgue. On pourrait alors parler de transcription...

En attendant, patientons avec une version live, celle de Jean Rondeau au Concertgebouw de Bruges (6 juin 2017), .

version qui n'est pas tirée par les cheveux...

Bonne journée à vous.
images/icones/1a.gif  ( 882387 )Détrompez-vous par Rémi (2019-12-16 11:35:55) 
[en réponse à 882365]

cher Baudelaire.


Il y a l'enregistrement remarquable de Jean Guillou (Dorian Recordings 1988) sur l'orgue Kleuker de Notre-Dame-des-Neiges à l'Alpe d'Huez, buffet de Jean Marol, l'architecte de l'église, inauguré en 1978 par le même Jean Guillou !

Orgue d'ailleurs conçu par l’interprète, de même que la transcription des Variations qui intègre le pédalier, faisant ainsi parfois merveilleusement entendre des subtilités polyphoniques mieux cachées dans les versions à deux mains (et deux claviers pour le clavecin) .


Pour l'anecdote existe également l'interprétation au tambour par le célèbre percussionniste sino-américain Lan Rantamp.
images/icones/carnet.gif  ( 882408 )Bach 333 par Rémi (2019-12-16 15:31:47) 
[en réponse à 882345]

La monumentale intégrale de très grande qualité parue l'an passé retient de son côté, pour les Goldberg toujours donc, Andras Schiff pour le piano (en concert, ECM Records 2003) , au clavecin Mahan Esfahani (DG 2016) et Christoffe Rousset (Decca 1995) , en plus d'extraits par Pinnock et Schiff à nouveau pour un enregistrement antérieur.


Mais je ne les ai pas encore écoutées.

Merci pour la référence du concert de Gould 1959, au fait, que j'ignorais absolument, et bien sûr pour les incontournables que vous listez.


Un saint et musical Noël par avance cher Baudelaire.
images/icones/1a.gif  ( 882455 )Merci pour ces références par baudelairec2000 (2019-12-16 23:33:33) 
[en réponse à 882408]

Heureux de vous retrouver sur le Forum pour parler musique. Cela me rappelle l'heureux temps des RIL du Languedoc...

Guillou dans les Variations à l'orgue, why not ? Il s'agirait d'une transcription dont les spécialistes se sont bien gardé de parler.

J'avais en effet oublié de mentionner la version de Christophe Rousset (L'Oiseau-Lyre, 1995). Mais elle ne semble pas avoir laissé un souvenir impérissable, contrairement à d'autres enregistrements Bach du même Rousset.

Vous parlez d'Andras Schiff: à chaque fois que la presse spécialisée mentionne le nom du monsieur dans Bach, c'est une descente aux enfers pour l'interprète. Illustration avec le Guide de la Musique ancienne et baroque (Bouquins/Robert Laffont) sous la plume de Jean-Charles Hoffelé dans la rubrique, je vous le donne en mille, des Variations Goldberg:

"Andras Schiff connaît-il le principe fondateur de la variation, qui consiste à varier un thème? La question reste toujours d'actualité avec ce disque (Decca, 1982) qui aurait aussi bien pu être produit par un ordinateur. Atone, dépressif, exsangue." Dans une version postérieure, on peut penser que l'interprète a progressé...

En tout cas, il est absent du palmarès de la Tribune des critiques de disques consacrée aux Variations Goldberg, version piano (1er octobre 2017), dans l'ordre croissant:

6/ Solennel, pesant et comme ânonné, le Bach d’Evgeni Koroliov suscite un rejet unanime. Guère envie de s’attarder en compagnie de ces Goldberg bien sérieuses.

5/ Sous les doigts d’Igor Levit, l’aria est précautionneuse : il lui manque la flamme, le plaisir et quelque chose de pâle et de doctoral se dégage de cette interprétation au toucher certes soyeux, mais dénuée d’éclat et de profondeur. Déception.

4/ Une certaine évidence s’impose dès les premières mesures, grâce au joli galbe de la phrase et un soleil illuminant la première variation. Pourtant Ekaterina Dershavina échoue à caractériser la seconde partie, privée d’allégresse. Et le son de ce piano, décidément, ne séduit guère.

3/ Vladimir Feltsman bouscule, déboussole… irrite, mais vous oblige à écouter. Ses Variations Goldberg, avec leurs aigus cliquetants et saturés, versent volontiers dans le loufoque : mille idées par mesure à défaut d’une véritable idée maîtresse qui donnerait corps et cohérence à l’ensemble. Intéressant tout de même.

2/ Nous voici plongés dans le luxe d’un piano sculptural, dont l’opulence dessert peut-être la lisibilité de la polyphonie. Mais comme Murray Perahia(Sony, 2000) sait faire chanter son Bach, lui insuffler chaleur, souplesse, esprit, caractère ! Les Goldberg d’un fin narrateur, portées par une implacable dramaturgie.

1/ L’équilibre, l’humanité face au texte, le naturel du discours, et, surtout, toute la lumière des Goldberg, leurs murmures, leurs traits virevoltants, leur poésie funambulesque : Zhu Xiao-Mei (Mirare, 1990) raconte, danse, déclame le chef-d’œuvre de Bach avec une fluidité, une sérénité et une élégance qui semblent faire le tour de la question. La référence moderne ?


A bientôt, mon cher Rémi, pour d'autres échanges. Si vous passez par Lagrasse, faites-moi signe; j'y serai la semaine de Noël.


images/icones/musique.gif  ( 882668 )surenchère par baudelairec2000 (2019-12-18 21:44:34) 
[en réponse à 882408]

Je me promenais sur le Boulevard Saint-Michel, profitant du soleil et, il faut bien le dire, à cause de la grève RATP; je rentre chez Gibert Disques, à la recherche d'un cadeau de Noël à faire, je jette un oeil dans le rayon Bach occasion, section Variations Goldberg, et je tombe sur la version des Goldberg à l'orgue que vous ne connaissiez sûrement pas - là, je m'avance peut-être un peu trop vite. Il s'agit de Pascal Vigneron, enregistré en 2018 sur l'orgue de la cathédrale de Toul (Quantum):

sur le net

Pour revenir sur l'un des versions sur clavecin, il faut insister sur le sérieux de la proposition de Céline Frisch chez Alpha: Diapason d'or et Choc Classica de l'année 2001. L'album est reparu en 2015, me semble-t-il, augmenté d'un second CD et dans une formule économique.

Céline Frisch est sûrement l'artiste française qui, partageant la codirection de l'ensemble Café Zimmermann avec Pablo Valetti, a le plus fait dans notre pays pour enregistrer, avec brio, l'oeuvre instrumentale de Bach: Clavier bien tempéré, Suites pour orchestre, Concertos Brandbourgeois, Concertos pour clavier et orchestre (enregistrements disponibles chez Alpha). Il y a un an encore un coffret économique regroupait les trois dernières séries. Illustration du talent de l'ensemble:



le célèbre Aria de la suite n° 3 de Bach

Céline Frisch en solo dans la partita 831
images/icones/1a.gif  ( 882672 )En effet, par Rémi (2019-12-18 22:13:19) 
[en réponse à 882668]

les Goldberg Alpha 2001, puis 2004 je crois, de l'excellente Céline Frisch déjà augmentées des "Verschiedene Canones" BWV 1087 , désormais à peu près introuvables, sont remplacées par une réédition également double CD, mais à prix à un chiffre, Alpha 2015 donc !


Quant au coffret "333" , quel dommage que les sélectionneurs aient lésiné sur les Variations ! Ils ont pourtant généralement et bien au contraire tapé très juste par ailleurs, presque sans surprise en fait, mais c'est bien ainsi.

Et bien entendu j'ignorais absolument cet autre enregistrement à l'orgue. Merci encore, je vais explorer ça.