Le Forum Catholique

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images/icones/sacrecoeur.gif  ( 881009 )1er Dimanche de l’Avent par ami de la Miséricorde (2019-12-01 12:34:50) 



1er Dimanche de l’Avent

diocèse de Verdun : On ne fait rien cette année de St Airy, évêque et confesseur
images/icones/marie.gif  ( 881011 )La Providence et la confiance en Dieu par Fr.Garrigou-Lagrange par ami de la Miséricorde (2019-12-01 12:36:18) 
[en réponse à 881009]

CHAPITRE III
DIEU, ÊTRE ET VÉRITÉ SUPRÊMES

Ce que Platon dit de la beauté, il faut le dire de la vérité


Enfin il faut nous dire que ces désillusions, éprouvées ou causées par nous, à la vue de l'imperfection foncière de la créature, sont permises pour nous faire aspirer plus fortement à connaître et à aimer Celui qui est la Vérité et la Vie, Celui que nous verrons un jour, comme Il se voit. Nous comprendrons alors cette parole de sainte Catherine de Sienne : « la connaissance vécue de notre misère et celle de la grandeur de Dieu grandissent ensemble. Elles sont comme le point le plus bas et le point le plus élevé d'un cercle, qui grandirait toujours ». Et chaque fois que nous voyons mieux nos imperfections, nos limites, nous voyons mieux aussi que Dieu à cause de son infinie sagesse et de son infinie bonté doit être aimé par-dessus tout.

Enfin, dernière remarque, la Vérité suprême nous a parlé elle-même, elle s'est révélée elle-même de façon encore obscure, mais c'est sur elle que repose notre foi chrétienne. C'est au nom de cette Vérité suprême que Jésus dit : « En vérité, en vérité, je vous le dis... » Il est lui-même la Vérité et la Vie, dont nous devons vivre un peu mieux chaque jour. Ceci dépasse de beaucoup Platon ; ce n'est plus une ascension abstraite, philosophique vers la Vérité suprême ; c'est la Vérité suprême qui s'incline vers nous, pour nous élever jusqu'à elle.

CHAPITRE IV
DIEU, SOUVERAIN BIEN ET LE DÉSIR DU BONHEUR

En parlant de Dieu, Être et Vérité suprêmes, nous avons vu que la multiplicité des êtres, qui se ressemblent par une même perfection comme la bonté, ne suffit pas à rendre compte de cette unité de similitude qui est en elle : le multiple, comme le disait Platon, ne peut rendre raison de l'un. Et de plus aucun des êtres qui possèdent cette perfection à un degré imparfait ne suffit à en rendre compte, car chacun est un composé de cette perfection et de la capacité restreinte qui la limite, et, comme tout composé, il demande une cause : « quæ secundum se diversa sunt, non conveniunt in aliquod unum, nisi per aliquam causam adunantem ipsa ». Ce composé participe à cette perfection, il y a part, et donc il l'a reçue et il n'a pu la recevoir que de Celui qui est cette Perfection même, dont la notion n'implique aucune imperfection.

Cette doctrine devient, au point de vue moral, singulièrement vivante en nous rappelant que plus nous constatons nos limites, celles de notre sagesse et de notre bonté, plus nous devons penser à Celui qui est la Sagesse même et la Bonté même. Le multiple ne s'explique que par l'un, le divers que par l'identique, le composé que par le simple, l'imparfait mêlé d'imperfection que par le Parfait, pur de toute imperfection.

Cette preuve de l'existence de Dieu en contient implicitement une autre que Saint Thomas développe ailleurs Ia-IIae, q. 2. a. 8, en montrant que la béatitude ou le vrai bonheur, que l'homme désire naturellement; ne peut se trouver dans aucun bien limité ou restreint, mais seulement en Dieu connu au moins de façon naturelle, et aimé efficacement par-dessus tout. Il démontre que la béatitude de l'homme ne peut être ni dans les richesses, ni dans les honneurs, ni dans la gloire, ni dans le pouvoir, ni dans aucun bien du corps, ni dans un bien de l'âme comme la vertu, ni dans aucun bien limité. La démonstration qu'il donne de ce dernier point tient à la nature même de notre intelligence et de notre volonté.

Voyons 1° quel est le fait d'où part cette preuve, 2° quel est le principe sur lequel elle repose ; 3° quel est le terme auquel elle aboutit ; 4° ce qu'elle ne saurait exiger.

Source : Livres-mystiques.com

Que Jésus Miséricordieux vous bénisse
ami de la Miséricorde
images/icones/fsvf.gif  ( 881018 )Réflexion historique sur l'Avent. par Montes Gelboe (2019-12-01 15:24:03) 
[en réponse à 881009]

Le nom donné à cette période : Adventus, Avent, est lourd de sens. L'Adventus, c.a.d. la venue, l'arrivée, est à la fin de la République romaine, un cérémonial public très codifié, célébrant la venue d'un vainqueur ou d'un triomphateur: convocation de la foule, signes d'allégresse et de jubilation, ornement des voies publiques, chants, pièces oratoires de circonstances, sacrifices aux dieux etc...Le cérémonial impérial a amplifié encore l' Adventus, qui devient usuel sous les Flaviens et se pare d'aspect militaires sous les Sévères. Constantin y ajoute les symboles chrétiens, avant que le cérémonial s'estompe.

Sous d'autres formes et d'autres noms, l'Adventus n'est pas -mutatis mutandis- absent de l'Ecriture. L'arrivée d'Abraham revenant de Choderlahomor et accueilli par Melchisédec a des aspects d'Adventus, comme l'entrée de l'Arche d'Alliance devant laquelle danse le roi David. S. Jean Baptiste, après Isaie, demande de "préparer les voies du Seigneur" et la scène de l'entrée de Jésus à Jérusalem au milieu des acclamations des "Pueri Hebraeorum" agitant des palmes et parant le cortège de leurs manteaux est véritablement un cortège d'avènement, un Adventus.

Or ce récit évangélique dans s. Matthieu se trouve dans la plupart des rits liturgiques - le romain excepté- au premier dimanche de l'Avent :
Le rit de Paris en particulier, continué jusqu'à nos jours dans l'ordre des Carmes, le rit cistercien jusqu'au XVIIe s. Le rite de Sarum (Salisbury) qui le transmet à l'Eglise anglicane jusqu'à présent.
Le rit hispanique le connait à son troisième dimanche de l'Avent qui en connait six, et le rit ambrosien qui a également six dimanches d'Avent le place à son quatrième dimanche.

Les principales pièces de la liturgie ancienne de ce dimanche évoquent l'attente du cortège et l'invitation à y prendre part : L'invitatoire : " Voici que vient le Roi, allons au-devant de notre Sauveur". Le premier répons : " Allez au-devant de lui et dites : annoncez-nous si vous êtes Celui qui doit venir".
Le sermon encore lu chez les carmes, attribué à s. Maxime de Turin ou de Riez (Ve s.) évoque l'empressement des princes des ducs, des "militantes" à aller en cortège au-devant de l'Empereur lorsqu'il vient célébrer son anniversaire.. Il invite les fidèles à accourir plutôt vers le Roi éternel "Accuratione aeterni Regis", qui, lui ne distribue pas des honneurs périssables mais la dignité de l'Empire céleste "caelestis imperii dignitatem", le souvenir de l'Adventus romain est bien présent.

Le temps de l'Avent, en sus des explications traditionnelles, peut être tenu pour une transposition liturgique, opérée vers le Ve siècle, du cérémonial romain de l'Adventus, déployé désormais en l'honneur de la vue, de l'avènement en ce monde du Fils de Dieu...

Sur ces sujets on peut lire : Pierre Dufraigne : "Adventus Augusti, Adventus Christi, recherches sur l'exploitation idéologique et littéraire d'un cérémonial de l'Antiquité. Collection des Etudes Augustiniennes série Antiquté n° 141, Brepols, 1994, 520 p.