Le Forum Catholique
http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=879974

( 879974 )
Lectionnaire NOM de ce mercredi : un passage peu connu par Sacerdos simplex (2019-11-19 19:22:58)
Il s'agit d'une page de St Luc (vous savez, "l'évangéliste de la miséricorde"...) qui comporte un détail tellement horrible et glaçant qu'à ma connaissance il avait été supprimé des lectionnaires pendant des décennies.
Mais ce détail fait bel et bien partie de l'Evangile, et nous devons recevoir l'Evangile dans sa totalité, sans en retirer quoi que ce soit, mais sans non plus construire toute une théologie personnelle sur un seul verset (tendance des hérétiques : on garde certains versets et on rejette ceux qui ne plaisent pas).
L'hymne du Christ-Roi reprennait cela : "Scelera turba clamitat : nolumus hunc regnare super nos" La foule criminelle crie : nous ne voulons pas que "celui-là" règne sur nous.
La scène se passe lors de la dernière montée à Jérusalem.
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 19, 11-28)
En ce temps-là, comme on l’écoutait,
Jésus ajouta une parabole :
il était près de Jérusalem
et ses auditeurs pensaient que le royaume de Dieu
allait se manifester à l’instant même.
Voici donc ce qu’il dit :
« Un homme de la noblesse
partit dans un pays lointain
pour se faire donner la royauté et revenir ensuite.
Il appela dix de ses serviteurs,
et remit à chacun une somme de la valeur d’une mine ;
puis il leur dit :
“Pendant mon voyage, faites de bonnes affaires.”
Mais ses concitoyens le détestaient,
et ils envoyèrent derrière lui une délégation chargée de dire :
“Nous ne voulons pas que cet homme règne sur nous.”
Quand il fut de retour après avoir reçu la royauté,
il fit convoquer les serviteurs auxquels il avait remis l’argent,
afin de savoir ce que leurs affaires avaient rapporté.
Le premier se présenta et dit :
“Seigneur, la somme que tu m’avais remise
a été multipliée par dix.”
Le roi lui déclara :
“Très bien, bon serviteur !
Puisque tu as été fidèle en si peu de chose,
reçois l’autorité sur dix villes.”
Le second vint dire :
“La somme que tu m’avais remise, Seigneur,
a été multipliée par cinq.”
À celui-là encore, le roi dit :
“Toi, de même, sois à la tête de cinq villes.”
Le dernier vint dire :
“Seigneur, voici la somme que tu m’avais remise ;
je l’ai gardée enveloppée dans un linge.
En effet, j’avais peur de toi,
car tu es un homme exigeant,
tu retires ce que tu n’as pas mis en dépôt,
tu moissonnes ce que tu n’as pas semé.”
Le roi lui déclara :
“Je vais te juger sur tes paroles,
serviteur mauvais :
tu savais que je suis un homme exigeant,
que je retire ce que je n’ai pas mis en dépôt,
que je moissonne ce que je n’ai pas semé ;
alors pourquoi n’as-tu pas mis mon argent à la banque ?
À mon arrivée, je l’aurais repris avec les intérêts.”
Et le roi dit à ceux qui étaient là :
“Retirez-lui cette somme
et donnez-la à celui qui a dix fois plus.”
On lui dit :
“Seigneur, il a dix fois plus !
– Je vous le déclare :
on donnera
à celui qui a ;
mais celui qui n’a rien
se verra enlever même ce qu’il a.
Quant à mes ennemis,
ceux qui n’ont pas voulu que je règne sur eux,
amenez-les ici
et égorgez-les devant moi.” »
Après avoir ainsi parlé,
Jésus partit en avant
pour monter à Jérusalem.

( 879978 )
Oui, mais il faut en donner une interprétation par megnace (2019-11-19 19:30:47)
[en réponse à 879974]
Personnellement je ne l'ai jamais vraiment compris. Il faut dire que, vous l'avez rappelé, il était si peu connu des fidèles "de base".

( 879979 )
Inteprétation par Meneau (2019-11-19 19:42:05)
[en réponse à 879978]
Il s'agit de faire fructifier les dons reçus de Dieu, et non de les " ensevelir dans l’oisiveté d’une indolente apathie" (vén. Bède)
Dans l’ordre des richesses matérielles, les débiteurs ne sont obligés qu’à représenter la somme qui leur a été donnée ; ils ne doivent rendre qu’autant qu’ils ont reçu, et on ne leur en demande pas davantage. Mais pour la parole divine, non seulement nous sommes obligés de la garder fidèlement, mais nous devons encore la faire fructifier, comme le Sauveur nous en avertit par les paroles qui suivent : " Afin qu’à mon retour, je reprisse mon argent avec intérêt. "
St Jean Chrysostome (in St Thomas - Catena aurea)
Cordialement
Meneau

( 879982 )
Ministère des apôtres et châtiment des Juifs rebelles à leur Roi par Marquandier (2019-11-19 20:04:11)
[en réponse à 879978]

( 879990 )
Merci par Luc de Montalte (2019-11-19 21:02:24)
[en réponse à 879982]
Tout est dans le titre. Une excellente référence.

( 879981 )
Mon commentaire... par Sacerdos simplex (2019-11-19 19:59:22)
[en réponse à 879974]
Des amis de Jésus ont bien compris que l'heure est grave, Jésus monte à Jérusalem manifestement de manière différente (il marchait vite, en tête, etc...) ; ils pensaient qu'il allait faire un coup d'état et rétablir la royauté.
C'est pourquoi il se compare à un prétendant, qui va partir dans un pays lointain pour y être investi de la royauté (chose qui est arrivée à divers petits rois locaux investis par Rome).
Un long voyage : Jésus va être soustrait à nos regards, et il reviendra (dans la gloire) après un bon moment.
Il confie des biens à ses serviteurs, à charge pour eux de faire fructifier ces ...talents.
Tout ce que nous avons, ce sont des créatures confiées par Dieu, et que nous devons faire fructifier.
Et nous aurons des comptes à rendre, et une récompense en fonction de nos efforts.
C'est la parabole des talents.
Le serviteur paresseux ne se donne aucune peine, et pour se justifier il va accuser et insulter le patron : et c'est à cause de ses paroles qu'il sera condamné (voir les autres versions de la parabole des talents).
Des compatriotes envoient une délégation : nous ne voulons pas qu'il règne sur nous !
Refus total d'obéir à Dieu.
Quand le Roi revient, il est bien obligé de punir ces rebelles.
A leur révolte radicale, il ne peut y avoir qu'un châtiment, radical et définitif : l'enfer.
Egorgez en ma présence : simple allusion aux moeurs de l'époque, pour exprimer cette idée de châtiment total et définitif.
En ma présence : précaution élémentaire d'un roi, pour éviter d'être trahi par des subordonnés.
Spirituellement, cela signifie que Dieu voit la damnation des coupables, il la regrette vivement, mais il respecte leur liberté, la liberté de ceux qui ne veulent pas que Dieu règne sur eux, et donc qui choisissent eux-mêmes la révolte avec Satan.
C'est dur à avaler, mais ça fait partie de l'Evangile.
Mais ça n'est qu'une partie, il faut la comprendre avec tout le reste.

( 879984 )
Je crois par FilsDeMarie (2019-11-19 20:36:50)
[en réponse à 879981]
que c'est la violence de l'image qui est un peu choquante et même surprenante de la bouche de NS. Ce roi semble agir comme un leader de Daesh et la comparaison avec Celui qui doux et humble de cœur est difficile !

( 879988 )
C'est bien ce qui me faisait buter par megnace (2019-11-19 20:54:41)
[en réponse à 879984]
Sinon, ce qui est commun avec la parabole des talants ne pose aucun problème, bien entendu.
Merci aussi à Mr l'Abbé Sacerdos Simplex

( 880034 )
Deux paraboles pour le prix d'une! par PEB (2019-11-20 10:58:47)
[en réponse à 879981]
Jésus se réfère à Hérode le Grand qui demanda à Rome d'être reconnu comme roi des Juifs. Ce titre sera repris en dérision par Pilate contre les prêtres du Temple. Les ennemis, comme dit saint Paul, c'est la mort et le péché. Et ils ont été cloués sur la Croix avec le vieil homme.
L'histoire des mines est celle d'un capitaliste investisseur. Une mine vaut environ 5 000 € en parité de pouvoir d'achat et un talent 300 000 €. La solution proposée par Jésus pour le timide est, en réalité, la meilleure possible. Elle consiste à faire société. Si le craintif avait misé sa mine en la confiant au plus audacieux, le maître en aurait récupéré, non pas dix, non pas onze mais vingt!
Donc en mines, on a 5 000 € de capital social qui donnent jusqu'à 50 000 € en fond propre en fin d'exercice.
En talents, on a 1 500 000 € qui donnent le double!
La violence est dans le refus de la coopération. Le maître traite le serviteur comme le serviteur le traite: confiance pour confiance, méfiance pour méfiance. Le mauvais intendant n'a même pas l'excuse de la ruine financière. Avec Jésus, si on se donne de la peine, on gagne à tous les coups!
De la même façon, si Caïn avait mis en commun son pain et son vin avec la viande immolée par son frère Abel, les deux frangins auraient pu multiplier les festins de l'amitié dans un sacrifice agréable de communion.
*Ma base de calcul est qu'un SMIC quotidien = 1 denier.

( 880040 )
Vision toute aussi vraie à l'intérieur par Glycéra (2019-11-20 11:52:28)
[en réponse à 879981]
Ce qui est au dehors est comme ce qui est dedans.
Il y a unité d'être : le corps est formé (informé aussi) par l'âme. C'est le sens des guérisons par Jésus, que St Luc donne à comprendre : le corps parle de ce que l'âme ne sait pas faire entendre, ou que l'Ego de l'homme ne veut ou ne sait pas comment voir.
Un péché du corps est toujours préparé, semé, par une pensée de péché dans l'âme.
Le Royaume de Dieu est en nous, dit Jésus. "Rentre en toi, et Ton Père le voit"
Toute cette histoire représente notre intérieur : celui où le Roi Dieu demande à habiter. Nous le désirons ou le refusons. Liberté bien mystérieuse : ontologique, constitutive pour cette créature spéciale qu'est l'homme.
Le Roi est l'Esprit (divin), les serviteurs sont nos volontés, nos envies, qui emploient les monnaie fournie à notre procréation : (talents), qualités, dons, aptitudes et capacités (forme et taille des récipients mis en chacun, tous différents).
Les ennemis sont les péchés, les démons aussi si nous les avons laissé entrer, par faiblesse, par inadvertance ou par vice grave, voire par filouterie pour conclure un contrat avec un diable...
Jésus veut entrer en nous, y être le Roi. Nous ne savons pas comment tuer ces failles en nous, Lui le sait. IL demande à ses serviteurs, ses anges, ses prêtres aussi de nosu aider à virer l'Ennemi, les ennemis, ceux que nsou avons habillés, et engraissés ...
Quand une vertu grandit, elle en tire d'autres.
Ainsi la Charité qui hisse toutes les autres, comme un mat tire les voiles par les haubans et les accroche par les lisses.
Alors, là je n'ai plus peur :
Quand Jésus fait le ménage en mon coeur, cela peut être violent.
Tous les saints le disent.
Violent plus qu'une tornade, mais plus doux que le zéphir.
Ce vocabulaire est celui de l'Ancien Testament. Les Juifs pieux savaient l'entendre, ils savaient "lire aux éclats" dans les mots dont les sens en hébreu sont souvent multiples, sans parler de faire danser les lettres pour que les mots farandolent et prient joyeusement en nous.
Le sens ?
Il n'est pas dasn les mots, dans le noir de l'encre : la lettre tue.
Le sens est dans l'espace, dans le blanc entre les signes noirs.
Là est la liberté de jeu de l'Esprit qui souffle, où iIl veut, et dans avec les mots.
Il me souvient aussi que Dieu est bien bizarre : Abraham ... et ses aventures si ahurissantes... Son fils est nommé Issac. Cela signifie "Eclat de rire".
La joie de Dieu qui fait place nette autour de nous quand il convient, et surtout, et surtout EN NOUS.
J'avais oublié cette ligne.
Mais je l'aime tant elle éclaire la tendresse de Dieu pour ses petits.
Merci Monsieur l'abbé
En union de prières
Glycéra

( 880021 )
L'épisode de l'égorgement par Candidus (2019-11-20 01:00:14)
[en réponse à 879974]
L'exégète Fillion commente ainsi ce passage :
"C'est une prophétie de la ruine de Jérusalem, et, dans le sens large, des châtiments qui atteindront à la fin du monde tous les ennemis de Notre-Seigneur Jésus-Christ et de son Église."