Le Forum Catholique

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images/icones/radioactif.gif  ( 879776 )Nostra Aetate, un exemple d'ambiguïté conciliaire par Candidus (2019-11-17 15:02:36) 

Lors du dernier entretien des Hommes en noir, un passage de la déclaration conciliaire Nostra Eatate a fait l'objet d'un différend entre les abbés Celier et Barthe d'un côté et le Père Viot de l'autre. Les deux premiers considéraient qu'il y avait au moins une ambiguïté dans ce texte, le troisième ne la voyait pas. Examinons le texte en question :

L’Église catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions. Elle considère avec un respect sincère ces manières d’agir et de vivre, ces règles et ces doctrines qui, quoiqu’elles diffèrent sous bien des rapports de ce qu’elle-même tient et propose, cependant reflètent souvent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes.

Nostra Aetate, chapitre II, 2ème paragraphe

Examen critique du texte :

L’Église catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions.

OK, il y a des éléments vrais et saints dans toutes les religions qui sans cela n'auraient aucune crédibilité. Ces éléments sont cependant tous présents, à l'état pur, sans aucun mélange, dans l'Eglise du Christ.

Elle considère avec un respect sincère ces manières d’agir et de vivre, ces règles et ces doctrines...

Problème : quels sont "CES manières d'agir et de vivre... règles et... doctrines" ? Vise-t-on ici "ce qui est vrai et saint dans ces religions" ? Dans ce cas, d'accord. Ou bien cette énumération vise-t-elle "ces religions" dans leur ensemble ? La réponse va venir...

...qui, quoiqu’elles diffèrent sous bien des rapports de ce qu’elle-même tient et propose,

Donc on ne parle pas de ce qui est "vrai et saint dans ces religions" puisque ces valeurs-là ne différent pas de ce que l'Eglise "tient et propose" ; il faut donc conclure que ce qui est décrit comme "vrai et saint" est bien l'ensemble que ces religions constituent. Mais le texte ne s'arrête pas là, puisque la proposition suivante va réintroduire une dose de confusion et d'ambiguïté.

... cependant reflètent souvent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes.

La déclaration indique-t-elle ici que ce que l'on doit considérer "avec un respect sincère" c'est seulement ce qui constitue un "rayon de la vérité" ? Si c'était le cas, on pourrait en déduire que la déclaration n'envisage ici que ce qui est "vrai et saint" à l'intérieur de ces religions ; mais quel est réellement le sujet du verbe "reflètent" ? "ces religions" ? "ces manières d’agir et de vivre, ces règles et ces doctrines qui...diffèrent sous bien des rapports de ce que [l'Eglise] tient et propose" ? ou uniquement "ce qui est vrai et saint" ?

CONCLUSION : c'est confus, voire contradictoire, et quand on sait que ce document, comme tous les autres du Concile, a été étudié et discuté sous toutes ses coutures, on a du mal à croire que cette confusion, cette ambiguïté, ne soit pas autre chose que le résultat batard d'une lutte entre les tenants de deux conceptions opposées du dialogue inter-religieux.

Évidemment, lorsqu'il s'est agi d'interpréter et de mettre en pratique cette déclaration, c'est la seconde interprétation, celle considérant que toutes les religions doivent être considérées en bloc "avec un respect sincère" qui a prévalu, avec pour résultat l'épuisement de l'élan missionnaire de l'Église.
images/icones/neutre.gif  ( 879790 )je serais plus de l'avis Du Père Michel Viot par Paxtecum (2019-11-17 18:20:25) 
[en réponse à 879776]

De tout temps la clé de compréhension est la continuité et non la rupture, donc il n'y a qu'une interprétation valide, l'autre n'est que du modernisme hérétique pachammamaniesque.
Que les fourbes et les mauvais détournent la Vérité nous n'y pouvons sans doute rien, ce n'est pas un motif suffisant pour écarter cette Vérité qu'en tout être humain subsiste une parcelle de Dieu que le péché originel n'a pu anéantir.
images/icones/neutre.gif  ( 879794 )Vous admettez donc qu'il y a une ambigüité par Meneau (2019-11-17 18:42:47) 
[en réponse à 879790]

puisque vous admettez qu'il y a deux interprétations possibles, l'une bonne, l'autre mauvaise.

Cordialement
Meneau
images/icones/fleche2.gif  ( 879793 )"La seconde interprétation" par AVV-VVK (2019-11-17 18:29:39) 
[en réponse à 879776]

Y a-t-il une autre? Ne faut-il pas recevoir la Déclaration comme un tout, sans parti pris? Que ce document a été débattu "sous toutes ses coutures" pendant les travaux de préparation, dans un esprit de "lutte", quelle importance? Le contenu du document fut approuvé. Les "pro" et les "contra" se sont fusionnés.
Je pense qu' un document du concile ne peut être interprêté, analysé comme une déclaration gouvernementale, qui est le résultat d' un compromis politique.
images/icones/neutre.gif  ( 879796 )Ce n'est ques trop clair par ReneComte (2019-11-17 18:51:31) 
[en réponse à 879776]

"Elle considère avec un respect sincère ces manières d’agir et de vivre, ces règles et ces doctrines..."

Le père Viot aurait -aimé- que ce fut écrit comme il le pense mais le sens est très clair. Elle respecte -intégralement- ces doctrines.
C'est une pure hérésie pastorale.

Ce point fut très certainement le passage le plus intéressant du débat.
images/icones/1n.gif  ( 879825 )C'est parce qu'il y a ces "parcelles" que la mission est nécessaire... par Fenestri (2019-11-18 10:02:50) 
[en réponse à 879776]

Je n'ai jamais cherché dans les archives du FC pour savoir ce que disait les liseurs, il faudrait que je le fasse, car j'avoue que ce texte reste pour moi une interrogation profonde...

Il y a un contresens... Déjà, dire qu'il y a des parcelles de vérité, ou alors "ce qu'il y a de vrai" dans les autres religions est, à mes yeux, une phrase trompeuse. Il y a des parcelles de vérités dans l'humanité entière, pour la simple et bonne raison que l'histoire des civilisations montre que la quasi-totalité des peuples qui ont foulé la Terre avaient des considérations qui les poussaient à regarder vers le ciel. Il y a une aspiration universelle à nommer, considérer et trouver (pour certains) Dieu. Les "parcelles de vérité" que possèdent les autres religions sont donc des parcelles de la prédisposition du cœur à aimer Dieu, prédisposition qui ne peut se compléter en plénitude que par le mystère de l'incarnation et donc, par la religion catholique.

Il est intenable de tenir comme position que Dieu a pu se révéler "ponctuellement exclusivement" dans le judaïsme, dans le christianisme, dans l'islam, dans les religions orientales... Car cela voudrait dire que Dieu a choisi de disperser sa vérité dans des corpus contradictoires. C'est là le deuxième point qui m'étonne beaucoup. La position du "rayon de vérité" qui traverserait les religions revient à nier que ces religions se contredisent. En vérité, il eut fallu dire que toutes les religions sont traversées par "le rayon de vérité qui ne trouve son sens que dans le christianisme".

Car enfin, quel amour du prochain sans la Croix ? Quel pardon des péchés sans la vie publique de Jésus et sans le Bon Larron ? Quelle espérance dans la vie du monde à venir sans la résurrection de Jésus ?

Bref, c'est justement parce que ces autres civilisations ont une prédisposition naturelle à l'amour de Dieu tel qu'il est proposé par le christianisme qu'il est plus que jamais nécessaire de leur proposer concrètement le baptême, le catéchisme, etc. En bref, d'y envoyer des missions.
images/icones/neutre.gif  ( 879827 )Et la suite n'est pas mieux ! par jl d'André (2019-11-18 10:41:09) 
[en réponse à 879776]

Voici ce qu'il est dit dans Nostra Aetate de la religion juive :

Encore que des autorités juives, avec leurs partisans, aient poussé à la mort du Christ (13), ce qui a été commis durant sa passion ne peut être imputé ni indistinctement à tous les Juifs vivant alors, ni aux Juifs de notre temps.


On joue ici à fond sur l'ambiguïté du mot "juif" !
Si on le prend dans le sens d'une personne de race juive, la formule est évidemment vraie puisque la sainte vierge et les disciples fidèles par exemple ne sauraient se voir imputer la mort du christ !
Mais, si on le prend dans son sens de personne de religion juive et même de cette religion juive actuelle qui n'a rien à voir avec la religion juive de l'ancien testament (même si elle en a conservé les rites extérieurs), c'est une contre-vérité évidente : à l'époque du christ, les seuls adeptes de cette nouvelle religion juive qui est en train de se créer sont justement ceux qui réclament la mort de Notre Seigneur. Et aujourd'hui encore, il est impossible de professer la religion juive sans approuver dans son cœur la condamnation à mort du christ, puisque parfaitement conforme à la loi juive si on persiste à nier la divinité de Notre Seigneur.

Quant à ce qui est dit de la religion musulmane :

L'Eglise regarde aussi avec estime les musulmans, qui adorent le Dieu Un, vivant et subsistant, miséricordieux et tout-puissant, créateur du ciel et de ta terre (5), qui a parlé aux hommes. Ils cherchent à se soumettre de toute leur âme aux décrets de Dieu, même s'ils sont cachés, comme s'est soumis à Dieu Abraham, auquel la foi islamique se réfère volontiers. Bien qu'ils ne reconnaissent pas Jésus comme Dieu, ils le vénèrent comme prophète; ils honorent sa mère virginale, Marie, et parfois même l'invoquent avec piété. De plus, ils attendent le jour du jugement où Dieu rétribuera tous les hommes ressuscités. Aussi ont-ils en estime la vie morale et rendent-ils un culte à Dieu, surtout par la prière, l'aumône et le jeûne.

Si, au cours des siècles, de nombreuses dissensions et inimitiés se sont manifestées entre les chrétiens et les musulmans, le Concile les exhorte tous à oublier le passé et à s'efforcer sincèrement à la compréhension mutuelle, ainsi qu'à protéger et à promouvoir ensemble, pour tous les hommes, la justice sociale, les valeurs morales, la paix et la liberté.


Je dédie cela aux milliers de victimes actuelles du terrorisme islamique.
images/icones/bravo.gif  ( 879833 )Oui jl André ! par Jean-Paul PARFU (2019-11-18 11:52:40) 
[en réponse à 879827]

C'est ce qu'il faut dire et écrire. Merci à vous.

Les déclarations "Nostra Aetate" et "Dignitatis Humanae" sont particulièrement nocives.

On veut être gentils, compréhensifs et faire croire aux hommes qu'ils sont sur la bonne voie, qu'ils sont des chrétiens sans le savoir et c'est une grosse erreur.

St Paul avait déjà expérimenté à Athènes que la prédication sur "le dieu inconnu" était une impasse.

De manière générale, des textes comme "Nostra Aetate" :

- tendent en réalité simplement à justifier le refus de l'évangélisation ;

- méconnaissent les autres religions, la mentalité de leurs adeptes en ce qu'ils leur prêtent des modes de pensées proches de celles issues du christianisme ;

- font preuve d'une sorte de complexe de supériorité selon lequel nous serions des adultes et nous nous penchons sur les autres religions et leurs adeptes comme s'ils étaient des enfants que l'on devait encourager, alors qu'il s'agit d'adultes qui, pour la plupart, sont très hostiles à notre civilisation !

Plus profondément encore, se cache derrière ces textes l'erreur moderniste selon laquelle toutes les religions sont sœurs et légitimes, doivent donc être solidaires car issues du sentiment religieux.