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images/icones/livre.gif  ( 875857 )Réflexion sur la situation actuelle : en quoi la Révolution est en cause par Diafoirus (2019-10-02 11:53:39) 

Le péché originel mis au pluriel

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Ce que nous reprochons à la Révolution, c’est d’avoir inauguré un système sociologique, idéologique et juridique où il appartient aux hommes de se donner à eux-mêmes leur loi morale.

Ce n’est pas la démocratie politique ; ce n’est pas non plus l’idée qu’il est bon de codifier et de proclamer explicitement les droits intangibles de l’homme et du citoyen, – et de la famille, et de la société civile, et de l’Église. Cela fut dit, assez clairement semble-t-il, pour qu’il soit impossible de s’y méprendre. Cela fut dit justement par Albert de Mun, qui se « rallia » au régime républicain, aux institutions de la démocratie parlementaire, et qu’il serait véritablement paradoxal d’accuser d’avoir nourri l’« option politique » de restaurer l’Ancien Régime politique, ou que sais-je, par un « blocage politico-religieux ». Il ne contestait point la forme républicaine de l’État. Il ne se prononçait en faveur d’aucune « option politique très déterminée », « présentée comme l’unique façon chrétienne de concevoir l’État ». Il posait la question qui nous est toujours posée, mais que l’on s’efforce d’esquiver, celle d’une société maintenant fondée sur la volonté de l’homme et non plus sur la volonté de Dieu.

Pourquoi ne veut-on pas entendre cette question, pourquoi la fuit-on, pourquoi déploie-t-on tant d’efforts pour toujours répondre à côté, comme si l’on n’avait absolument pas compris de quoi on parle ? Cette esquive continuelle est peut-être de l’escrime, peut-être du vaudeville, ce n’est pas de la théologie.

Recommençons une fois encore, avec patience, à expliquer. Si notre propos est réfutable, qu’on le réfute. Il est identique en substance à celui d’Albert de Mun, identique à celui du Cardinal Pie. Nous disons que l’originalité de la Révolution de 1789 est d’avoir mis AU PLURIEL LE PÉCHÉ ORIGINEL.

Au singulier, vouloir se donner à soi-même sa loi, c’est exactement le péché d’Adam selon sa plus classique description : « Le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront et vous serez comme des dieux, qui connaissent le bien et le mal » (1). « Le premier homme pécha principalement en recherchant la similitude de Dieu quant à la science du bien et du mal, comme le démon le lui suggéra ; en ce sens que, par la vertu de sa propre nature, il se déterminât à soi-même ce qu’il est bon ou ce qu’il est mal de faire… » (2), «…afin que, comme Dieu, par la lumière de sa nature, régit toutes choses, de même l’homme, par la lumière de sa nature, sans le secours d’une lumière extérieure, pût se régir lui-même » (3).
En 1789, cette révolte s’est faite collective. Elle est devenue le fondement du droit politique. Cette « démocratie » là, c’est la démocratie en état de péché mortel. Que les législateurs, que les gouvernants soient désignés par l’ensemble des citoyens, que ceux-ci adoptent ou rejettent, par leurs suffrages ou par leurs représentants élus, les lois positives, cela n’est pas en question : c’est la démocratie en état d’innocence.

Dans la démocratie en état d’innocence, on demande au corps électoral de désigner les hommes ou d’approuver les lois positives qui lui paraissent les plus conformes à la volonté de Dieu : de Dieu personnellement nommé, ou implicitement voire inconsciemment invoqué par la recherche d’une conformité au « Bien » (4).
Dans la démocratie en état de péché mortel, on demande au corps électoral de choisir les hommes ou d’édicter les lois les plus conformes à sa propre volonté souveraine. L’apparence extérieure des institutions et des suffrages peut être identique dans les deux cas : mais l’esprit et la réalité sont différents et même contraires.

Dans toutes les civilisations jusqu’en 1789 (et ensuite encore, mais désormais par simple survivance implicite) la loi était l’expression de quelque chose de supérieur à l’homme, que l’homme traduisait, interprétait, codifiait librement, mais non arbitrairement. La loi était l’expression humaine de la volonté de Dieu sur les hommes. Quand Dieu était inconnu ou méconnu, la loi était du moins la volonté supposée des dieux du paganisme, ou l’expression d’un Ordre conçu comme supérieur aux volontés humaines. Les païens, faute d’en avoir une conscience claire, en avaient du moins le sentiment très vif.
C’est une date dans l’histoire du monde, celle où les hommes ont décidé que désormais la loi serait « l’expression de la volonté générale », c’est-à-dire l’expression de la volonté des hommes, et ne pourrait être légitime qu’à cette condition. La date où les hommes ont décidé de se donner souverainement, tous ensemble, à eux-mêmes leur loi. La date où ils ont mis au pluriel le péché originel. La date où le péché originel se fait collectif et social. Grande nouveauté dans l’histoire du monde : c’est introduire, non plus au niveau des destinées individuelles, mais au niveau de la destinée commune des hommes, politique, sociale, historique, une morale nouvelle et un nouveau droit. Sous le nom ancien de démocratie, c’est le droit et c’est la morale du totalitarisme moderne.
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ITINÉRAIRES N°62 p.39-41
1_Gén., III, 5.
2_Saint Thomas, Somme théologique, II-II, 163, 2.
3_Saint Thomas, Commentaire des Sentences, II, XXII, I, 2, ad 2.
4_Le Bien étant « la liberté et la responsabilité personnelles, la sociabilité et l’ordre social, le progrès bien compris », qui sont « des valeurs humaines parce que l’homme les réalise et en tire avantage » ; mais ce sont aussi, « des valeurs religieuses et divines, si on considère leur source » ; et il est bien certain que ces « valeurs fondamentales ne trouvent leur consistance réelle que dans la religion et en Dieu » (Pie XII, Message de Noël 1956).