Le Forum Catholique
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( 871097 )
Découverte de la beauté de la liturgie byzantine (POEME) par Ezio Fortin (2019-07-08 13:26:42)
Chers liseurs,
Voici donc le premier texte que je vous propose, un peu le détonateur de mon retour à la liturgie traditionnelle latine, devant le contraste qu'offrait cette liturgie, face à la moderne.
Comme vous le verrez, je compose pour le moment exclusivement des sonnets, ce poème "de base" de 14 vers, assez facile à manier, suffisamment long pour exprimer ce que l'on veut, suffisamment court pour le pas perdre l'auditoire/le lecteur.
Le tout est en alexandrins, ce vers de 12 syllabes, que sa longueur rend solennel.
Pour que l'on puisse du mieux déclamer mes textes, dans l'idéal à haute voix, et ainsi goûter à la musicalité que j'essaie de leur donner, j'ai fait le choix de souligner les "e" qu'il faut bien prononcer, ce qu'on appelle les "e" muets.
J'accompagne mon texte d'illustrations, que l'on comprenne mieux certaines allusions, mais elles sont impossibles à mettre ici. Au moins cela laisse-t-il le texte trôner, en espérant qu'il n'y perdra toutefois pas trop…
Si vous aimez, n'hésitez pas à le dire (ici ou à mon adresse : ezio.fortin@protonmail.com) ou à pointer du doigt telle faiblesse, telle amélioration possible selon vous.
Mais le mieux, si vous avez la fibre poétique, pour la plupart enfouie pour le moment, est de rivaliser, et de proposer vous-mêmes vos productions, mon rêve étant de n'être qu'une étoile parmi d'autres, bien plus brillantes que la mienne, et élevant bien mieux le regard de l'Homme moderne vers les cieux...
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CIEUX DESCENDUS SUR TERRE
Récemment à Vilnius , touriste solitaire,
J’entrai dans une église orthodoxe un beau soir
D’hiver, tuant le temps, glacé, sans trop savoir,
Cinq heures débutant, ce que j’allais y faire.
Aussitôt me frappa le besoin de me taire
Devant le décorum, à moitié dans le noir,
Fait d’icônes, d’espace immense où se mouvoir
Sans bancs, de cierges, d’or couvrant le sanctuaire.
Un mur le séparait de la nef, jubé slave,
Porte des cieux, splendeur, sainte « Anastasis-Cave »,
Devant lequel, voilée , était Russe jolie.
Des chants mêlés d’encens s’élevaient pour les vêpres
Et je me dis, pensant à nos offices lèpres :
« Latins , qu’avons-nous fait, Dieu, de ta liturgie ? »
Samedi 22 juillet 2017
Notes :
V.1 : Vilnius, capitale de la Lituanie, est de tradition catholique donc, mais avec une forte présence juive jusqu’à la seconde guerre mondiale, ainsi qu’orthodoxe, étant très proche de la frontière avec la Biélorussie.
V.10 : "Anastasis-Cave" = poétisme pour « grotte de la Résurrection » (sens en grec du mot « anastasis »), l’impression, la 1ère fois que j’assistai à une liturgie byzantine, étant que je me trouvais, quand les portes se rouvrirent, après la consécration, devant l’entrée du Saint Sépulcre, à Pâques, où le miracle s’était accompli sans témoins humains. Iconostase et jubé occidental, présent partout jusqu’au XVIème, ont la même origine.
V.11 : Demande de saint Paul, suivie avant 1960 par toute fidèle catholique entrant à l’église.
V.14 Latins = Catholiques occidentaux, le « must » étant dans l’explosion a-liturgique de 1969, telle du moins qu’elle est célébrée quasiment partout, la traditionnelle, plus théâtrale au moyen-âge, n’étant pas exempte de reproches (sa proximité-lutte avec les réformés l’ayant rendue un peu austère et cérébrale, avec coupure nef-chœur).

( 871106 )
Hugolien par Candidus (2019-07-08 14:42:47)
[en réponse à 871097]
Vous mettez en pratique ce dont il se vantait :
J'ai dissloqué ce grand niais d'alexandrin.
Attention à ne pas être trop didactique ("jubé slave").
Avez-vous assisté à un messe NOM en Lituanie ? En général, dans ces anciennes républiques soviétiques, le NOM est plutôt bien célébré.

( 871111 )
Cher Candidus, par Ezio Fortin (2019-07-08 15:12:17)
[en réponse à 871106]
Merci pour votre message, qui montre votre intérêt pour ma première proposition de texte, mais petit regret de ma part : le fait qu'il soit un peu laconique, et donc sybillin car au final, après la remarque formelle, on ne sait pas trop ce que vous pensez de l'ensemble.
Pour le reste, oui, j'ai assisté à des messes NOM en Lituanie, et, même si elles étaient moins olé olé qu'en France, il y a, surtout du fait de la présence de la liturgie byzantine juste à côté, une impression de fadeur, contrastant avec l'architecture baroque des églises.
En gros, le bâtiment est grandiloquent (le baroque n'est pas mon style préféré), le rite bien misérabiliste.
Sans compter que, tout étant célébré en lituanien, je n'y comprenais pas grand chose, loin donc de l'universalité de l'Eglise que permet le latin...
Du côté catholique, ce qui m'a le plus marqué, positivement, est la colline des croix, symbole de la foi de tout un peuple, et de sa résistance à l'oppression athée.
Malheureusement, le matérialisme et le consumérisme semble désormais le grand but du plus grand nombre, comme chez nous...

( 871116 )
Quelques réflexions par Candidus (2019-07-08 16:07:51)
[en réponse à 871111]
Ma première lecture ne m'a pas enthousiasmé mais après l'avoir relu, je lui ai trouvé des qualités bien que je ne sois pas un grand amateur de poésie.
Je préfère habituellement la prose poétique, comme par exemple celle de Virgil Gheorghiu qui a aussi versifié mais en roumain ou, pour prendre un exemple français, la prose de Chateaubriand.
On sent que vous vous êtes nourri de la lecture des classiques de la poésie.
Trois mots ou expressions m'ont gêné dans votre poème : "orthodoxe", "jubé slave" et "Anastasis-Cave". Ils sont trop didactiques. "Orthodoxe" surtout passe mal, ne serait-ce que par sa sonorité. Idem pour "Anastasis-Cave" qui laisse perplexe jusqu'à ce qu'on lise votre note (si vous mettez des notes, numérotez-les, cela fait gagner du temps au lecteur).
En conclusion, si je devais vous donner un conseil, ce serait de travailler les sonorités : les assonances et les alitérations. Après tout, ce qui distingue la poésie en vers de la prose, c'est essentiellement ce souci de la sonorité qui tout autant que le signifiant des mots, contribue à créer une atmosphère.

( 871117 )
Dommage surtout par Romanus (2019-07-08 16:13:14)
[en réponse à 871116]
...que le premier alexandrin ait 13 pieds.

( 871122 )
Taquin de Romanus, et non, raté ! par Ezio Fortin (2019-07-08 16:45:18)
[en réponse à 871117]
Il fallait bien que l'un me tombe dessus sur ce point.
Tout d'abord, que faites-vous de la licence poétique, qui permet au compositeur parfois de prendre une légère liberté avec la règle, et d'en jouer ?
Pour le reste, effectivement, on peut se poser la question de savoir si "Vilnius" doit se prononcer "Vil-ni-us", en 3 syllabes, ou, comme dans la langue ordinaire, "vil-nius", en 2 syllabes.
Pour moi, je choisis en 2 syllabes, m'appuyant en plus sur le fait qu'en allemand ou en polonais, le nom est Wilno/Wilna, en 2 syllabes donc.
Pour finir sur ce point, j'essaye dans 95% du temps de respecter les règles de diérèse, mais me permets parfois de m'en affranchir.
Si vous n'arrivez à me coincer qu'en "pinaillant" sur ce point, Dieu soit loué !
J'allais oublier : un de mes buts étant de raviver la flamme de la poésie, en la sortant de sa prison intello inaccessible qu'elle est devenue pour le grand public, je réfléchis assidument, n'ayant pas encore de réponse, sur l'idée de laisser tomber la plupart des "e" muets". Ainsi font ces dernières décennies plusieurs poètes, donc Philippe Murray, dont j'aime bien les textes, avec ce bémol que souvent, il n'y a pas de logique ou de cohérence dans le fait de respecter à certains moments cette règle, ou pas...
Pour le reste, merci pour votre contribution.

( 871123 )
Préférer l'impair, plus vague et plus soluble dans l'air? par Romanus (2019-07-08 16:54:57)
[en réponse à 871122]
Pas très convaincu par votre Vilnius en deux syllabes, mais je mets ça sur le compte de votre licence poétique...
Je crois pour ma part, contre Philippe Murray et d'autres, que les rythmes classiques étaient plus jolis et plus simples. Mais peut être que je manque de fantaisie et de poésie.
Merci de votre poème en tout cas.
Romanus

( 871118 )
Rendre par des mots le mystère par Ezio Fortin (2019-07-08 16:32:31)
[en réponse à 871116]
Cher Candidus,
Cette fois-ci, c'est bien plus clair.
1) Nourri des grands classiques de la poésie, oui, bien sûr, mais aussi de la musicalité que l'on trouve dans toutes les langues. C'est ainsi que j'apprécie la musique de la langue du Coran, écrit dans des sortes de vers, ou encore de la variété actuelle.
Les chanteurs populaires actuels, alors que les grands poètes du XXème siècle se fourvoyaient (selon moi) dans des recherches cérébralisantes aboutissant à donner l'impression au grand public que la poésie n'avait aucun intérêt, composent en respectant des rythmes, des systèmes de rimes...Rien de plus naturel, l'enfant faisant spontanément des jeux de mots, rapprochant des sonorités, et s'émerveillant devant la beauté du Monde.
2) Pour les mots sur lesquels vous avez buté, un peu mystérieux je vous le concède, je défendrai mes choix en vous disant que, découvrant interloqué, sans l'avoir prévu ni y connaître grand chose, la liturgie byzantine, ce qui m'a frappé, par-delà la structure générale, commune avec notre rite latin occidental, est son exotisme et son mystère.
Je m'efforce pour le reste de ne pas employer de mots trop compliqués, pour ne pas perdre l'auditeur/lecteur, choix opposé par exemple de l'abbé Jean-Paul André, prêtre de la FSSPX affecté à Notre-Dame-de-Consolation, près des Champs-Elysées à Paris : ses textes sont magnifiques, très musicaux (d'ailleurs lui-même les fait déclamer dans des récitals avec accompagnements d'instrument, piano et flûte au moins). Mais ils sont très durs à comprendre, déjà parce que c'est souvent de la poésie mystique, ensuite parce qu'il a fait le choix d'un vocabulaire très technique souvent, et de mots rares.
3) Pour l'histoire des notes, bien noté pour ce qui est de les numéroter, pour faciliter leur lecture. Je fais cela sur mon texte original, mais cela ne passait plus, quand j'ai fait un copié-collé sur mon message.
4)Pour le travail sur les sonorités, bien reçu aussi.
PS : plusieurs liseurs m'ont écrit de sympathiques mots d'encouragement sur ma boîte mail, qui apparemment n'ont pas de compte sur le Forum. Pour ceux qui ont un compte, n'hésitez pas à le faire, quand bien même ce n'est pas très long : pour qu'il y ait création, il faut qu'il y ait public, et donc des réactions, qu'elles soient critiques (ce qui fait du bien, obligeant à se remettre en question), ou enthousiastes (ce qui, dans l'idéal, fait encore plus de bien).

( 871165 )
Merci à vous, par Philippilus (2019-07-09 11:41:35)
[en réponse à 871097]
Pour ce poème, et aussi pour votre courage à vous exposer ainsi à la critique.
Mes impressions d'ensemble: Un joli poème, une belle inspiration, mais quelques points "faibles", si je puis me permettre.
La coupure entre le soir et l'hiver ne passe pas bien.
Comme d'autre ici, j'ai du mal avec la rime en "ave".
J'ai l'impression d'une rupture de style avec la russe jolie: vous passez de l'élévation spirituelle à l'anecdote, pour revenir à l'élévation spirituelle sans que le lien soit manifeste.
A tout prendre, une lituanienne m'eut semblé plus à sa place dans cette église, mais je conçois qu'elles plus difficile à placer que les russes dans les alexandrins.
Enfin, les deux derniers vers me semblent entre le ton de la réflexion et celui de la prière. Prendre plus nettement une des deux options aiderait à mieux poser la conclusion.
C'est en tout cas, - foi de Philistin - tout à fait prometteur, et je vous remercie encore.
Philippilus

( 871177 )
Joie et besoin de se faire critiquer, pour progresser, Philippilus par Ezio Fortin (2019-07-09 14:37:58)
[en réponse à 871165]
Cher monsieur,
Merci pour vos remarques, que je prends en compte.
Juste pour l'histoire de la "Russe jolie voilée", il faut replacer dans le contexte : Vilnius, certes à dominante lituanienne et catholique (au moins de culture) a une forte communauté russe, de tradition byzantine orthodoxe.
Cela s'explique par sa position géographique, car elle est à la jonction du monde catholique occidental, luthérien septentrional, russe oriental.
Pour le reste, m'a frappé la beauté de cette jeune femme (reflet de celle de Dieu, permettant donc malgré elle l'élévation de l'âme…), et surtout qu'elle se voile en entrant dans la cathédrale.
J'associais le voile jusque-là aux musulmanes dans la rue, et dans les chapelles de la FSSPX à la minorité qui le porte, dans mon ressenti plutôt des vieilles dames, ou pour les jeunes, pas les plus jolies (je vais me faire des ennemies en écrivant cela : pardon d'avance, mesdemoiselles et mesdames…: j'ai révisé ma position depuis).
Chez nous, il y a un côté rebelle à se voiler pour une femme, ou en marge de la société, dans des chapelles périphériques, et là cela m'a fasciné de voir une jeune femme le faire avec un naturel déconcertant dans un magnifique édifice au cœur de la vieille ville, la faisant passer dans une autre dimension tout de suite, celle de la liturgie.
Pour le reste, ce que je n'ai pu mettre dans le texte (contraint par les 168 syllabes qu'impose le sonnet), la cérémonie a duré 2h, que je n'ai pas vu passer, alors que tous étaient debout, et dans le froid…
C'est vraiment une expérience qui m'a marqué, spirituellement et esthétiquement, d'autant plus que ce n'était pas des catholiques : Dieu aurait-il permis ce schisme, pour sauvegarder ainsi la beauté du culte qui lui est dû, et par contrecoup nous faire comprendre la fadeur horizontaliste de notre rite moderne ?
Pour le reste, affronter le public ne me fait plus peur depuis un certain temps, mon premier public étant mon épouse (qui est aussi ma Muse et mon meilleur soutien), qui ne me laisse rien passer…
Tant mieux donc si d'autres s'y mettent, car la critique est féconde, quand bien parfois elle peut faire mal.

( 871179 )
Je peux être direct ? par MG (2019-07-09 14:38:17)
[en réponse à 871097]
j'ai lu, relu.
Lu à haute voix et c'est difficilement prononçable...
Trop de détails... bref je n'aime pas du tout.

( 871184 )
Merci MG pour cet avis rugueux ! par Ezio Fortin (2019-07-09 14:57:33)
[en réponse à 871179]
Votre sincérité vous honore, mais l'idée de ce poème est de rendre une ambiance, en 168 syllabes, d'où l'impression qu'il peut y avoir pour certains de trop-plein.
On m'avait prévenu que nombre liseurs qui interviennent peuvent être rudes dans leurs messages, mais dans la courtoisie, et cela fait du bien que ce côté viril, dans notre monde aseptisé où les gens ne disent rien, ou mettent tant les formes que le message en devient inaudible.
Sachez juste, pour information, que de l'autre côté plusieurs liseurs m'ont envoyé de sympathiques mots d'encouragements sur ma boîte mail (à tous ceux-ci, je m'efforce de répondre à chacun, mais cela prend du temps), dithyrambiques.
Il est toujours fascinant de voir que des goûts et des couleurs, il ne faut pas disputer, les uns s'enthousiasmant pour telle chose, qui laisse de marbre les autres…
Encore une fois, mon but est de stimuler l'envie de beaucoup de composer, et de se risquer à la critique du plus grand nombre. Puissiez-vous donc vous y mettre vous-même, pour me surpasser. Et n'allez pas dire que ce n'est pas votre truc. Jusque dans les années 50, on apprenait aux élèves à composer en vers, et nombre étaient ainsi capables de le faire, avec plus ou moins de talent. C'est vraiment notre époque qui impose l'idée que la Poésie est inaccessible, même discours que pour ce qui concerne la liturgie traditionnelle : nul besoin de parler latin pour l'apprécier, et en vivre spirituellement, n'en déplaise à ses détracteurs.
Plus j'avance dans la vie, plus j'en suis persuadé, l'Eglise ne reconquerra les intelligences et les cœurs que si les catholiques reconquiert les Arts, les Sciences et les Lettres, abandonnées depuis trop longtemps à l'Adversaire.
Un certain anti-intellectualisme règne dans les milieux catholiques, en particulier traditionnels, or le Monde a soif et besoin de Beau, de Vrai et de Bon.
A votre plume, cher MG, et au plaisir de vous "lisurer" vous-même dans ce domaine : c'est une invitation sincère.

( 871198 )
Pouvez-vous s'il vous plait! par Miserere (2019-07-09 19:03:10)
[en réponse à 871184]
Faire un poème à MG sur le port de la barrette?
Il affectionne beaucoup.
Continuez vos beaux poèmes, j'ai rarement vu MG aimer quelque chose sur le FC.
Mais que voulez-vous on l'aime bien comme ça.

( 871215 )
Merci de votre gentil mot, Miserere, mais non pour votre demande... par Ezio Fortin (2019-07-09 23:13:23)
[en réponse à 871198]
...taquine de composer un texte sur la barrette des prêtres, ceci n'étant pas vraiment pour moi une source d'inspiration.
En tout cas, vous m'avez fait bien rire, et j'ai apprécié votre défense du côté rude de MG, qui me plaît moi-même beaucoup.
Je savais en venant ici que je risquais de tomber sur des bretteurs émérites, mais croiser le fer avec tous me plait bien, du moment que c'est dans la bonne humeur, la courtoisie et surtout le désir sincère de contribuer, malgré nos imperfections et nos indignités, à la plus grande gloire de Dieu.