Le Forum Catholique
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( 869236 )
Une étrange soirée (1/2) par Rothomagus (2019-06-08 16:25:48)
Il faut, rien que pour distraire ceux qui s’ennuient, que je vous raconte une aventure – en quelque sorte – qui m’est arrivée cette semaine. Vous me pardonnerez cependant pour sa conclusion qui vous décevra sans doute, bien que véridique !
De passage à Paris, je me promenais tranquillement en fin de journée dans les rues avec un ami, alors que le soir tombait. Il faut préciser que je transportais à ce moment une soutane noire, roulée en boule dans un grand sac plastique un peu encombrant. Cet ami m’indiqua subitement qu’il allait me conduire à l’église. Nous étions proches de Ste Rita, et, ayant oublié qu’elle était fermée depuis un certain temps, je ronchonnai à l’idée de devoir assister à des choses bizarres ou à des bénédictions d’animaux. Mais nous n’allions pas à Ste Rita : au détour d’une rue, nous arrivâmes alors auprès d’une vieille église inconnue au bataillon. Après avoir gravi les quelques marches, un homme se tenant sous le porche me pressait alors d’entrer. Mon ami s’éclipsa immédiatement me laissant quelque peu désappointé. Je passe la porte. Dans le vestibule entre les portes extérieure et intérieure, pour une raison que j’ignore il me prend de revêtir la soutane, puis j’entre. Un peu de monde à l’intérieur, une atmosphère étrange, certains luminaires allumés. Un office approchait sans doute. Il fallait semble-t-il passer par une sorte de guichet en bas du transept sud, formé par des grilles basses comme celles d’un choeur, au milieu desquelles était un passage, gardé par une vieille dame chapeautée assise derrière une grande table en bois disposée en perpendiculaire de la grille. Sur cette table se trouvait un presque aussi grand casier en bois, ou étagère horizontale permettant de glisser dans chaque espace de bois un livre à l’usage des participants aux offices des lieux. On m’en donne un, je passe.
Habillé de la sorte, je me rends compte que ça ferait un effet étrange de m’asseoir dans la nef. Je suis même refroidi complètement en regardant les bancs qui sont en face, sur lesquels siégeaient des personnes à l’hygiène manifestement douteuse et surtout un clochard, pieds nus, avec à ses côtés deux béquilles. Bref, il y avait en haut de mon transept, à la dernière arche à la croisée juste avant le chœur, un pilier autour duquel était agencé un carré de vieilles stalles en bois.
Je m’installe là et attends, en me disant que si le prêtre passe à côté je lui proposerai de l’aide au service de l’Autel. C’est alors que les choses prirent une tournure étrange.
Quatre clercs, dont certains très âgés, arrivèrent. Prêtres ou chanoines ou autres ? Aucune idée. Mais je remarque immédiatement la tenue : soutanes d’une couleur inhabituelle : une sorte de vieux rouge carmin complètement délavé, et par-dessus surplis ou rochets en dentelle et enfin camails de la même couleur un peu cramoisie. L’un deux, la cinquantaine peut-être, tourne la tête en passant, et s’arrête. Il me salue, s’assied à moitié sur une des stalles devant moi tout en se tournant dans ma direction. Je remarque qu’il avait aussi autour du cou un ruban, un peu comme on voit aujourd’hui chez les prêtres de l’ICRSP, mais celui-ci était tout bleu clair.
(La suite dans le message suivant.)

( 869237 )
Une étrange soirée (2/2) par Rothomagus (2019-06-08 16:32:19)
[en réponse à 869236]
Voici à peu près ce qu’il se passa alors.
En me désignant du menton un de ces clercs habillés comme lui, et qui était affairé à quelques mètres de nous, il me dit :
- « Que pensez-vous à cet instant de mon confrère ? »
Je jette un œil rapide mais m’aperçoit alors justement que son confrère, vieux, bedonnant, se tourne alors pour ramasser quelque chose qui était par terre. Je vis donc l’arrière de la soutane, non seulement délavée, mais parsemée de tâches jaunâtres d’humidité, et surtout percée de multiples trous et déchirures. Comme si on l’avait sortie d’un grenier moisi ou d’un cercueil. Je lui réponds, Dieu seul sait pourquoi :
- « Saint Vincent de Paul disait pour la soutane de ses prêtres : « Ni trou, ni tâche ! ».
A ce moment, il me jette un regard noir et fronce les sourcils. J’ajoute aussitôt :
- « Mais je ne connais pas les usages de ce lieu. »
Il s’apaisa du visage et me lança même un sourire. Et posa cette deuxième question :
- « Que savez-vous des Blancs ? »
- « Comment ça ? » lui répondis-je, ne comprenant pas la question.
- « Connaissez-vous les Blancs, ces fidèles qui ont été conduits notamment par Monseigneur [untel : il me cite un nom composé ou à particule que j’ai oublié] pendant la période révolutionnaire ? »
Cela me rappela vaguement un reste de culture de mes jeunes années sur la Révolution dans l’Ouest, mais ne sachant que répondre je fais :
« - Ah oui ! J’en ai entendu parler, mais j’en connais bien peu de choses. »
Sur ce, il me dit de quitter la stalle et s’en va ! Je m’installe alors derrière, sur un long banc de bois auquel le mur du transept servait de dossier. En ouvrant ce que croyais être le vieux livre de messe de la dame au guichet, je tombe alors sur la première page d’un sermon imprimé en caractères anciens, dans ce qui est finalement un ouvrage du 17ème ou 18ème siècle. A ce moment, un claquement, en face (de ma gauche à ma droite) la procession avance rapidement dans la nef : la croix devant, puis mes clercs « carmin » ensuite, ayant revêtu une barrette d’une forme que je n’avais encore jamais vue. Derrière eux - curieusement - des petits clercs en soutanelle rouge et surplis. Une fois arrivés dans le chœur, je ne les vois plus, mais entends l’écho d’une voix psalmodiant une lecture ou une leçon.
Je décide alors de sortir. J’enlève la soutane, et, une fois dehors, me rends compte qu’il fait jour ! Il se trouve que je n’étais pas à Paris, mais que tout cela n’était qu’un rêve.
Je ne sais pas si les prêtres rêvent d’églises dans leur sommeil, mais en ce qui me concerne c’est une première !
Le plus troublant dans tout ça, c’est que, perturbé par sa question sur les Blancs, j’ai cherché ensuite quelques renseignements rapides sur le « ouèbe ». Cela renvoie sur des articles au sujet des Petites Eglises…
Bizarre, bizarre !

( 869243 )
Cher Monsieur, par Ewondo (2019-06-08 18:41:25)
[en réponse à 869237]
Ne vous inquiétez pas, les deux ouvrages dédicacés que je dois vous envoyer ont pris du retard, mais vous parviendront à votre domicile de l'Orne la semaine d'après la Pentecôte
Cordialement.
Pierre.

( 869245 )
Voilà par Rothomagus (2019-06-08 21:23:18)
[en réponse à 869243]
une bonne nouvelle !
Je vous en remercie infiniment.

( 869246 )
Dites, votre récit... par Sacerdos simplex (2019-06-08 21:33:01)
[en réponse à 869245]
Il ne serait pas prémonitoire, j'espère ?...

( 869248 )
J'espère par Rothomagus (2019-06-08 22:17:08)
[en réponse à 869246]
que non. C'est plutôt un retour dans le passé.
Une réforme est toujours la réforme d'une réforme précédente. Mais à force de ne plus avoir rien de fixe et de définitif en liturgie et dans le calendrier, les gens sont perdus. Le risque est qu'à défaut de savoir faire des choix et de trouver l'offre correspondante, les catholiques finissent par devenir chambristes. Ou des catholiques "domestiques" au sens étymologique, ce qu'une bonne partie d'entre les catholiques français sont déjà : la foi et la religion sont là, mais les évolutions du clergé... eĺles sont plus fluctuantes que la foi.
Au passage, je lis que les catholiques "concordataires" enterraient, comme nous le faisons, la tête à l'Est, côté stèle. Alors que les Blancs et d'autres réfractaires dans l'Ouest le faisaient le pieds à l'Est ! Au final, quelqu'un ici connaît-il la pratique première et traditionnelle en France à ce sujet ?