Et, d'abord, Gaïa enfanta [elle met au monde le monde nouveau sans s'être uni avec un partenaire de sexe masculin] son égal en grandeur, l'Ouranos étoilé, afin qu'il la couvrit tout entière et qu'il fût une demeure sûre pour les Dieux heureux. Et puis, elle enfante les hautes montagnes, fraîches retraites des divines Nymphes qui habitent les montagnes coupées de gorges, et puis la mer stérile qui bout furieuse, Pontos ; mais pour cela, ne s'étant point unie d'amour. Et puis, unie à Ouranos [inceste répété avec ses autres enfants d'ailleurs] : elle enfante Océan aux tourbillons profonds, et Coéos, et Crios, et Hypérion, et Japet, et Théia, et Rhéa, et Thémis, et Mnémosyne, et Phoebé couronnée d'or, et l'aimable Téthys. Et le dernier qu'elle enfante fut le subtil Kronos, le plus terrible de ses enfants, qui prit en haine son père vigoureux [parricide, kronos tue celui qui représente le père et l'autorité]. Et elle enfanta aussi les Cyclopes au cœur violent, Brontès, Stéropès et le courageux Argès, qui remirent à Zeus le tonnerre et forgèrent la foudre. Et en tout ils étaient semblables aux autres Dieux, mais ils avaient un œil unique au milieu du font. Et ils étaient nommés Cyclopes, parce que, sur milieu du front, s'ouvrait un œil unique et circulaire. Et la vigueur, la force et la puissance éclataient dans leurs travaux. Et puis, de Gaïa et d'Ouranos naquirent trois autres fils, grands, très-forts, horribles à nommer, Cottos, Briarée et Gygès, race superbe. Et cent bras se roidissaient de leurs épaules, et chacun d'eux avait cinquante têtes qui s'élevaient du dos, au-dessus de leurs membres robustes. Et leur force était immense, invincible, dans leur grande taille. De tous les enfants nés de Gaïa et d'Ouranos ils étaient les plus puissants. Et ils étaient odieux à leur père, dès l'origine. Et comme ils naissaient l'un après l'autre, il les ensevelissait, les privant de la lumière, dans les profondeurs de la terre. Et il se réjouissait de cette action mauvaise, et la grande Gaïa gémissait en elle-même, pleine de douleur. Puis, elle conçut un dessein mauvais et artificieux.
Hésiode, Théogonie: 126-154
Elle tira de son sein un silex tranchant, fabriqua une faucille acérée, ou "harpè", et instruisit ses enfants du projet qu'elle avait formé [elle leur enseigne le crime]. Tous hésitaient, frappés d'épouvante ; seul, le courageux Cronos, son dernier-né, osa seconder sa mère. Lorsque le soir fut arrivé, Ouranos, accompagné de Nix (Nuit), s'abandonna, sans méfiance, au sommeil, Cronos, posté par sa mère, s'arma de la faucille, émascula son père et jeta les sanglants débris dans mer. [Gaïa veut que l'homme ne soit plus un homme ]
De l'affreuse blessure dégoutta un sang noir, qui s'infiltra dans la terre et donna naissance aux redoutables Erinyes, aux Géants monstrueux et aux nymphes des arbres, les Méliades. Quant aux débris qui flottaient à la surface des vagues, il en jaillit une blanche écume, d'où naquit une jeune déesse, Aphrodite, "qui fut d'abord portée vers la divine Cythère et de là parvint jusqu'à Chypre entourée de flots. "
Des embrassements d'un autre de ses fils , Pontos, elle engendre les divinités marines, dont Nérée.
De son union avec Tartare [Gaïa s'unit avec l'enfer… Un modèle proposé par nos écolos…] sont nés Typhon et Echidna.
D'autres théogonies lui attribuent la maternité du géant Antée, du serpent (ou dragon) Python et de bien d'autres monstres. Quand la dynastie des Olympiens se fut établie victorieusement le prestige de Gaïa fut un peu amoindri.